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Le symbolisme de l'arbre

Le choix d'un arbre ou d'un arbuste pour servir d'emblème  religieux politique ou moral,  était un usage chez dans beaucoup de sociétés anciennes et modernes. Il pouvait s'agir d'un arbre en particulier, comme Yggdrasill, le frêne qui, dans la Mythologie nordique reliait la terre au ciel et aux enfers. Il pouvait aussi s'agir d'arbres différents, attributs des dieux, comme en Grèce (Mythologie grecque). L'olivier y était ainsi consacré à Athéna, la myrte à Aphrodite, la vigne à Dionysos, le laurier à Apollon, le cèdre aux Euménides, le figuier à Arès, le peuplier à Heraclès, le pin à Poseidon, le chêne à Zeus.
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L'arrachage de l'arbre sacré. Un des actes rituels les plus fréquents dans la Grèce archaïque. Un homme à genoux arrache l'arbre posé sur l'autel, tandis que l'une des prêtresses danse et l'autre est penchée sur la table sacrée. Ce rite paraît avoir eu un caractère funèbre. (Bague d'or de Mycènes, Musée national d'Athènes).

Athènes affectionnait évidemment l'olivier d'Athéna : ses médailles avaient ainsi, les unes la chouette seule, les autres la chouette et l'olivier réunis. Cependant les platanes y étaient en honneur : au Céramique interne, c'est-à-dire dans la promenade des tuileries situées dans la ville, on remarquait un platane fameux, où les magistrats chargés de surveiller le costume des femmes affichaient les noms de celles qui se négligeaient à cet égard, et la peine qu'on leur infligeait. A côté de la rue sacrée, et presque entre les deux Céramiques ou tuileries, on trouvait le figuier sacré, près duquel s'arrêtait le cortège qui venait de sacrifier à Eleusis

C'est ici le cas, rapportait en 1791 l'abbé Grégoire à qui on a repris une partie du texte, de rappeler encore une infamie royale. Les figues de l'Attique étaient très estimées. Athénée raconte qu'un roi de Perse ne trouva pas de meilleur moyen pour en avoir sans les payer que de déclarer la guerre à la Grèce. Sans doute des milliers d'hommes furent égorgés parce qu'un tyran aimait les figues. L'arbre qui les produit a conservé sa réputation; et actuellement encore, en Orient, le figuier pagode est, pour les Indiens, l'objet d'une vénération religieuse.
Au Pérou, des cérémonies se déroulaient sous le palta et le lucuna, deux espèces d'arbres distingués par la bonté de leurs fruits, par la beauté de leurs tiges, et qui formaient communément un bosquet autour des cabanes. En Océanie, les premiers voyageurs européens ont trouvé l'usage de planter pour chaque individu un arbre qu'il regardait comme sacré. 

Palmyre et la Judée, les Phéniciens, les Carthaginois et les colonies fondées par ces peuples en Europe, avaient adopté le palmier (Palme), qui par ses espèces très multipliées, nourrit l'homme, le désaltère et l'habille. Les Babyloniens en vantaient une, qui, à en croire Pline, leur fournissait 360 sortes d'utilité, et que par cette raison, ils regardaient comme l'emblème de leur année, composée d'un nombre égal de jours. Le palmier figurait encore la durée des états, et sa feuille était un symbole triomphal ou commémoratif, dont l'usage s'est perpétué jusqu'à nos jours. Au XVIIIe siècle, les Juifs des contrées septentrionales de l'Europe faisaient venir annuellement d'Italie et d'Orient des palmes pour la célébration de la fête des tabernacles (Judaïsme). 
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Paris : rue Tiquetonne (l'Arbre à liège).
L'Arbre à liège, une enseigne ornant une façade de la rue Tiquetonne, à Paris.
Photo : © Serge Jodra, 2008.

Dans les catacombes chrétiennes, les arbres figurés sur les tombeaux sont l'image du Paradis terrestre. Pendant les premiers siècles de son existence, le christianisme eut beaucoup de peine à faire disparaître le culte des arbres et les croyances attachées aux forêts. Il fut un temps où il était défendu de planter des arbres dans les cimetières, non plus pour motif d'idolâtrie, mais pour faire cesser les assemblées profanes qui se tenaient dans ces lieux consacrés. (E.-H. V.).

Arbre de la science / du bien et du mal. 
L'arbre du discernement, plus communément appelé arbre de la science, ou arbre du bien et du mal, est un symbole introduit par la Genèse, (II et III) :

En plaçant l'homme et la femme dans le jardin d'Éden, au milieu duquel était planté l'arbre de vie, l'éternel Dieu lui permit de manger librement de tout arbre du jardin, à l'exception d'un certain arbre, qu'il nomma l'arbre de la science du bien et du mal : Le jour où tu en mangeras, dit-il, tu mourras de mort. Or, le serpent, qui était le plus fin de tous les animaux des champs, dit à la femme : Vous ne mourrez nullement; mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux seront ouverts et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. La femme donc, voyant que le fruit de l'arbre était bon à manger et qu'il était agréable à la vue, et que cet arbre était désirable pour donner de la science, en prit du fruit et en mangea; elle en donna aussi à son mari, qui était avec elle, et il en mangea. Et les yeux de tous deux furent ouverts, et ils connurent qu'ils étaient nus, et ils cousirent ensemble des feuilles de figuier et ils s'en firent des ceintures. 
On ferait toute une bibliothèque avec ce qui a été écrit pour interpréter ce texte, et tout un musée avec ce qui a été composé pour le figurer. Nous nous bornons à deux simples remarques : Rien dans la Genèse n'indique que l'arbre de la science fût un pommier, ni que le serpent fût le diable déguisé; au contraire, il est présenté comme un animal, et la condamnation prononcée centre lui suppose nécessairement un animal :
« Parce que tu as fait cela, tu seras maudit entre tous les animaux et toutes les bêtes des champs; tu marcheras sur le ventre et tu mangeras de la poussière tous les jours de ta vie. »
Arbre de Noël.
C'est surtout en Allemagne et dans les pays scandinaves qu'on trouve l'usage de l'arbre de Noël anciennement établi. La veille de Noël au soir, on dresse dans la plus grande chambre de la maison un sapin orné de pommes et de noix dorées; on le garnit de bougies, dont la clarté illumine la table chargée de cadeaux. Il y en a non seulement pour les enfants de la famille, mais aussi pour les domestiques et les hôtes de la maison. En cette fête intime, on chante des cantiques aux mélodies douces et joyeuses; et les vieux, unissant leur voix à celle des enfants, se retrouvent jeunes. L'origine de l'arbre de Noël était, dans le passé, communément attribuée au protestantisme; Il se distinguerait ainsi du catholicisme, qui aurait gardé en propre la crèche comme emblème de la fête. Il y a là une erreur longtemps avant la Réformation, l'arbre de Noël est mentionné dans les légendes allemandes du Moyen âge.-

Une lettre charmante de Luther à son fils traduit des impressions et des visions que le célèbre réformateur doit avoir perçues en sa propre enfance, devant l'arbre de Noël. P. Cassel (Weihnachten, Ursprünge, Braüche und Aberglauben; Berlin, 1862) a écrit que, dès les anciens temps, cet arbre fut un symbole de l'arbre du Paradis, reconquis par la venue du Sauveur : Ses pommes ne sont plus des fruits de mort, comme au temps d'Eve et d'Adam; il porte la lumière et sa verdure ne se flétrit point. Cette conjecture semble singulièrement subtile et théologique pour un usage populaire. L'arbre de Noël symbolise simplement un moment aimable de la vie; les dons qu'il porte sont offerts à tous, comme marque d'affection et non comme récompense du mérite. Dans la pensée populaire, c'est l'enfant Jésus qui les apporte; c'est pourquoi les petits les appellent Christkindchen. Comme la joie ouvre le coeur à la pitié et à la sympathie, Noël se fait la fête de la charité; le riche visite l'indigent et lui apporte de quoi fêter ce jour-là avec ses enfants.

Le mariage de la reine Victoria avec le prince Albert de Saxe-Cobourg-Gotha introduisit l'arbre de Noël à la cour d'Angleterre. L'exemple de la cour fut imité par le peuple, si rapidement que l'usage semble ancien, tant il est devenu général. Il a été importé en France par des familles protestantes d'Alsace et d'Allemagne, dressé non seulement dans les maisons, mais dans les écoles et dans les églises; enfin popularisé, à la suite de la douloureuse émigration, par la Société des Alsaciens-Lorrains; il est dégagé de tout dogme, mais garde la pensée originelle : Grâce, paix et joie aux petits et aux pauvres, sympathie entre tous les hommes de bonne volonté. (Ch. Pfender).

Arbres de la Liberté. 
Dans un grand nombre de communes de France, à l'époque de la Révolution, on planta des arbres destinés à rappeler, ainsi que de véritables monuments commémoratifs, l'avènement des libertés nouvelles. C'est ce qu'on appela dans le langage du temps des arbres de la liberté. Le premier paraît avoir été planté à Saint-Gaudent, près de Civray, département de la Vienne, par les soins du curé de la paroisse, Norbert Pressac de la Chagneraye. En mai 1790, le jour de l'inauguration de la municipalité, il fit transporter par les jeunes gens et les jeunes filles, sur la place du village, un chêne que l'on y dressa. Il le bénit et prononça une allocution patriotique finissant par ces mots : 

« Au pied de cet arbre vous vous souviendrez que vous êtes Français, et dans votre vieillesse vous rappellerez à vos enfants l'époque mémorable où vous l'avez planté. »
Ensuite le curé exhorta ses paroissiens à nommer sur-le-champ des arbitres qui termineraient amiablement leurs procès. Le conseil fut suivi, et le soir même tous les plaideurs « s'embrassaient après avoir entendu leur sentence. » 

Le Moniteur du 25 mai 1790, qui a enregistré cette cérémonie, en parle comme d'un exemple sans précédent et digne d'être suivi. Il fut suivi en effet. A Paris, dès 1791, on comptait deux cents arbres de la liberté : Louis XVI en fit planter un dans le jardin des Tuileries; les particuliers en plaçaient devant leurs portes, dans leurs cours ou leurs jardins. C'était devenu bien vite un prétexte à réjouissances et à manifestations. Le jour de l'inauguration, devant l'arbre enrubanné, fleuri, décoré d'inscriptions, on prononçait des discours, on débitait des strophes patriotiques, les enfants chantaient des choeurs; puis la cérémonie s'achevait par des danses et un banquet. A partir de 1792, l'état des esprits ayant changé, ces sortes de fêtes prirent un autre caractère. C'est ainsi que le 20 juin 1792 le bataillon de Santerre amena aux Tuileries un arbre de la liberté, qu'il se proposait d'élever sur la terrasse des Feuillants, en souvenir de l'insurrection; mais, la foule encombrant la terrasse, l'arbre fut planté simplement dans les dépendances d'un couvent du voisinage. Le mouvement avait déjà gagné les provinces. 

« En mai 1792, dit l'abbé Grégoire, à l'époque où nos ennemis redoublaient d'efforts, on vit dans toutes les communes des arbres élever leurs têtes majestueuses et défier les tyrans : le nombre de ces arbres monte (en 1794) à plus de 6 000, car les plus petits hameaux en sont ornés, et beaucoup de grandes communes du Midi en ont dans presque toutes les rues et même devant la plupart des maisons. »
Les colonies elles-mêmes imitèrent la métropole. Le 22 thermidor an Il (9 août 1794), une députation du Sénégal annonçait à la Convention qu'un arbre de la liberté avait été élevé à Saint-Louis, « dans l'endroit où se tenait jadis l'infâme marché de la servitude ». Il y ont aussi des Arbres de la fraternité. Le plus célèbre est celui qui fut apporté du bois de Vincennes sur la place du Carrousel, le 28 janvier 1793, et planté solennellement en présence du Conseil général de la commune et des autorités de Paris.
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Arbre de la liberté.
Plantation d'un arbre de la Liberté.

Un autre fut placé à la frontière de la France et du canton de Genève, par des citoyens des deux pays. Jusqu'alors on avait laissé en cette matière toute initiative aux particuliers et aux municipalités. La Convention ne tarda pas à intervenir. Le 3 pluviôse an II (22 janvier 1794) les « Orphelins des défenseurs de la patrie » viennent lui demander la permission d'abattre l'arbre « planté par le tyran » dans le jardin des Tuileries et de le remplacer. La permission est accordée; puis, sur la proposition de Dubois-Crancé, la Convention décrète séance tenante : 

« Que dans toutes les communes où l'arbre de la liberté aurait péri, il en sera planté un d'ici au 1er germinal (21 mars). Elle confie cette plantation et son entretien aux soins des bons citoyens, afin que dans chaque commune l'arbre de la liberté fleurisse sous l'égide de la liberté française. »
Beaucoup d'arbres, en effet, avaient péri parce qu'on les avait plantés dans une saison défavorable; d'autres, et c'était le plus grand nombre, ayant été mis en terre sans racines comme les anciens mais, se trouvaient desséchés on renversés.

Le petit livre de l'abbé Grégoire, mentionné plus haut, publié après le décret de pluviôse, l'Essai historique et patriotique sur les arbres de la liberté (Paris, an II, in-18.), montre bien quelle place ce grave sujet tenait alors dans les préoccupations du public. Le livre est divisé en six chapitres, dont les titres sont parlants :

« I. Arbres sacrés chez les anciens. - II. Du chêne. III. Emblèmes de la liberté.- IV. Arbres de la liberté. V. Le chêne doit être préféré pour l'arbre de la liberté. - VI. Réflexions civiques sur l'arbre de la liberté. »
Deux citations ne sont pas superflues. Le choix des arbres faisait alors l'objet de vives controverses : les uns préféraient le chêne, les autres le peuplier, dont le nom latin populus prêtait à un calembour symbolique. Grégoire penchait pour le chêne 
« L'arbre destiné à devenir l'emblème de la liberté, dit-il, doit être en quelque sorte fier et majestueux comme elle; il faut donc : 1° Qu'il soit assez robuste pour supporter les plus grands froids, sans quoi un hiver rigoureux pourrait le faire disparaître du sol de la République... 2° Il doit être choisi parmi les arbres de première grandeur..., car la force et la grandeur d'un arbre inspirent un sentiment de respect qui se lie naturellement à l'objet dont il est le symbole. 3° La circonférence doit occuper une certaine étendue de terrain..., ce qui le rendra plus capable de remuer les sens et de parler fortement à l'âme. 4° L'ampleur de son ombrage doit être telle que les citoyens trouvent un abri contre la pluie et les chaleurs sous ses rameaux hospitaliers. 5° Il doit être d'une longue vie... 6° Il faut enfin qu'il puisse croître isolément dans toutes les contrées de la République. Or le chêne, le plus beau des végétaux d'Europe, réunit,... etc. » 
La conclusion vaut aussi Ia peine d'être citée : 
« L'arbre de la liberté croîtra; avec lui croîtront les enfants de la patrie; à sa présence ils éprouveront toujours de douces émotions... Là les citoyens sentiront palpiter leurs cours en parlant de l'amour de la patrie, de la souveraineté du peuple... Là nos guerriers raconteront les prodiges de bravoure des soldats de la liberté en combattant les esclaves des rois... Sous cet arbre se rassembleront ceux qui forment les extrémités de la vie : J'aidai à le planter, je l'arrosai, dira le vieillard, en jetant sur le passé des regards attendris. II est dans la vigueur de la jeunesse, et moi j'incline vers le tombeau... Alors les enfants et les mères, en bénissant le vieillard, jureront de transmettre à leurs descendants la haine des rois, l'amour de la liberté... et l'amour de la vertu. »
Mais tout le monde ne partageait pas l'enthousiasme de Grégoire. Plusieurs arbres furent abattus par les contre-révolutionnaires. Celui de Castres ayant été renversé, le départ. du Tarn fut autorisé par la Convention (27 mars 1793) à le rétablir et à élever « autour » un autel de la patrie aux frais des coupables. Bientôt on se montra plus sévère : le 5 septembre, neuf personnes furent condamnées à mort pour avoir scié pendant la nuit l'arbre de Rouen. On n'en scia pas moins celui d'Amiens (novembre). André Dumont, alors en mission dans la Somme, fit célébrer une cérémonie expiatoire. Quand un nouvel arbre eut été planté, le tronc de l'ancien fut porté en pompe à l'hôtel de Ville, couvert d'un drap noir, escorté par la garde nationale, tandis que la musique exécutait une marche funèbre. La réaction thermidorienne multiplia les délits contre les arbres de la liberté. Le Directoire se vit forcé de sévir. Le 7 germinal an IV (27 mars 1796) il renvoyait devant le tribunal criminel de Seine-et-Oise les municipaux de Selles-les-Bordes; on avait coupé et enlevé l'arbre de la commune dans la nuit du 23 nivôse (11 - 12 janv.) et les municipaux ne s'en étaient pas inquiétés. Quelques jours plus tard, le Directoire prenait l'arrêté suivant (25 germinal, 11 avril 1796) : 
« Le Directoire exécutif, informé que, dans plusieurs communes de la République, les arbres de la liberté ont été coupés, arrachés ou mutilés; que les auteurs de ces délits sont évidemment des ennemis déclarés de la République, et que c'est par erreur que certains tribunaux ont, soit de leur propre mouvement, soit d'après des avertissements peu réfléchis, pensé qu'on ne devait les punir que de la peine déterminée par l'art. 14 du titre Il du décret du 27 sept. 1791 sur la police rurale; - arrête que le ministre de la justice prendra les mesures nécessaires pour que les délits ci-dessus désignés soient poursuivis avec toute l'activité et punis avec toute la rigueur que prescrivent les lois portées contre toute espèce de crime contre-révolutionnaire et attentatoire à la liberté, à l'égalité et à la souveraineté du peuple français, et ce, nonobstant toute lettre ministérielle en instruction à ce contraire. »
Ensuite de cet arrêté, les tribunaux correctionnels furent dessaisis du jugement, de ces délits (15 floréal an IV, 4 mai 1796). Les attentats se renouvelèrent, favorisés par la négligence des autorités et surtout par la réaction de l'esprit public. Le 24 nivôse an IV (13 janvier 1798), les Conseils votèrent une loi pour essayer de mettre un terme à cet état de choses. Cette loi arrivait trop tard: l'enthousiasme des premiers temps avait disparu, et des mesures administratives ne pouvaient y suppléer. Ni le Consulat, ni même l'Empire, ne firent abattre, comme on l'a prétendu, les arbres de la liberté. Une lettre de Frochot, préfet de la Seine, datée du 7 brumaire an X (29 octobre 1801), prouve qu'à cette date l'administration s'inquiétait encore de les préserver. 

Plus tard, sous l'Empire, on les négligea. La population ne s'en souciait plus; les arbres morts ne furent pas remplacés, et les travaux d'édilité en firent disparaître beaucoup d'autres. On en voyait pourtant encore un grand nombre à l'époque de la Restauration. Le gouvernement des Bourbons les fit détruire presque partout. Quelques-uns cependant échappèrent : en 1830, on en montrait un à Linas, un à Pantin (Seine-Saint-Denis), deux à Marseille, etc.; ces derniers, deux chênes magnifiques, étaient encore debout en 1848.

Lors de la Révolution de Juillet, quelques arbres de la liberté furent plantés en province; l'autorité les fit enlever promptement pour couper court aux manifestations républicaines dont ils étaient le prétexte. En 1848 on les vit reparaître : la France en fut couverte. Le gouvernement provisoire avait donné le signal en plantant un peuplier sur la place de l'Hôtel-de-Ville. Bientôt chaque quartier de Paris eut son arbre de la liberté : un ancien ministre de Louis-Philippe en fit mettre un devant sa porte, avec cette inscription : Jeune, tu grandiras. Puis ce fut le tour des départements, jusque dans le moindre village. L'autorité encourageait ces cérémonies; le clergé y participait complaisamment; le peuple y apprenait que ses maux allaient finir. Mais à partir de 1850, tout changea. A Paris, le préfet de police Carlier fit abattre, une nuit, les arbres de la Croix-Rouge, de la rue Furstemberg, de la place du collège Rollin, et dans la banlieue ceux de Charenton, de Ménilmontant, de Belleville. Personne n'osant protester, on enleva en plein jour ceux du Château-d'Eau, des quais Napoléon et Montebello, des places Maubert, de la Sorbonne, de la Concorde, de la Bourse, de la rue Montmartre, etc. Le peuplier de l'Hôtel-de-Ville tomba à son tour. Mais ces exécutions avaient à la longue irrité la population. Quand la police voulut enlever l'arbre du Parvis-Notre-Dame, la foule s'y opposa. Pour le préserver on avait suspendu aux branches cette dédicace :

 « A Mgr Affre, pour son dévouement à l'humanité en 1848. »
L'arbre fut néanmoins abattu. Dans les départements, les préfets agirent de même. En 1870, après la proclamation de la République, on planta de nouveau quelques arbres de la liberté, surtout dans les villes du Midi.

On a beaucoup disserté sur l'origine de cette coutume. A l'époque de la Révolution on la rattachait aux usages du paganisme, aux croyances druidiques, et C. Grégoire, qui reproduit ces opinions, a jugé bon toutefois d'invoquer des souvenirs plus récents, tels que le mûrier de Shakespeare et les deux palmiers de Paul et Virginie; n'insistons pas sur cette filiation. Il a été mieux inspiré en rappelant l'orme de Boston, et surtout les maïs de l'ancienne France. A Boston, dès 1765, les partisans de l'indépendance américaine prirent l'habitude de s'assembler sous un orme, qui devint bientôt fameux dans tout le pays. Chaque État voulut avoir des rejetons de cet arbre; la plupart des. grandes villes de l'Amérique plantèrent ainsi, avant la France, des arbres de la liberté. L'orme de Boston fut abattu par les Anglais dans les premiers temps de la guerre de l'Indépendance; quand Washington rentra victorieux dans la ville on lui montra avec indignation la place où ce "sacrilège" avait été commis. 

Ces faits étaient connus en France en 1790. Mais c'est bien plutôt à une coutume nationale, quoi qu'en pense Grégoire, qu'il convient de rattacher les arbres de la liberté. De temps immémorial, dans beaucoup de contrées, le premier jour de mai, les paysans plantaient un arbre sans racines qu'on appelait le mai. En certains lieux, à Châteauneuf, par exemple, cet usage était devenu une obligation féodale; dans d'autres localités on y avait substitué une redevance en nature. La corporation des orfèvres de Paris, jusqu'à 1499, présenta, tous les ans, à Notre-Dame, un arbre vert, qu'elle remplaça, à cette époque, par un travail d'orfèvrerie, puis par des tableaux votifs appelés tableaux de mai. En 1610, on planta encore un arbre de mai dans la cour du Louvre. Jusqu'au milieu du XVIIIe siècle, les Bazochiens en plantèrent un, chaque année, dans la cour du Palais qui reçut de là le nom de cour du mai. A la fin du XIXe siècle encore, il y avait des villages et même des villes où, au printemps, les pompiers plantent le mai. C'est donc bien de ces coutumes qu'on parait s'être inspiré sous la Révolution. En effet, l'arbre de Saint-Gaudent, le premier de tous, fut planté au mois de mai 1790. C'est également au mois de mai, d'après le témoignage de Grégoire lui-même, qu'en 1792 on plaça des arbres de la liberté dans la plupart des communes. Enfin il convient de remarquer que la majeure partie de ces arbres, conformément à la tradition, étaient des troncs sans racines. (C. G.).

Arbre (sur un blason) : nom générique de tout arbre dont l'espèce n'est pas déterminée. Sauf indication particulière, il est représenté de sinople (vert); l'arbre sans feuilles est dit effeuillé; si le tronc est d'un autre émail que le feuillage, il est futé; si l'arbre porte des fruits apparents il devient fruité et l'émail du fruit est indiqué; il est arraché lorsque ses racines paraissent. Il est souvent employé comme armes parlantes, Son usage est fréquent dans les armoiries françaises.

En bibliothèque - Oscar Cullmann, La Nativité et l'arbre de Noël, Le Cerf, 1993.

En librairie - Jacques Brosse, Dictionnaire des arbres de France, histoire et légendes, Bartillat, 2002; du même, Mythologie des arbres, Plon, 1999; Pierre Gallais, Joël Thomas, L'arbre et la forêt dans l'Enéide et l'Enéas, Honoré Champion, 1997.

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Dictionnaire Religions, mythes, symboles
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