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Joaillerie

La joaillerie est l'art de monter les pierres précieuses dans l'or ou dans l'argent ne faisait pas chez les anciens l'objet d'une industrie spéciale. C'était le même ouvrier qui mettait en oeuvre l'or et l'argent pour quelque usage que ce fût. On a monté des pierreries depuis très longtemps; l'énumération faite par le prophète Isaïe des richesses que les filles de Sion accumulaient sur elles ne laisse pas subsister de doute à ce sujet, car, à la suite d'une longue liste qu'il donne d'ornements d'or, il termine en signalant les pierreries qui retombent sur leurs fronts. On peut citer un passage de Pline, où il dit avoir vu Lollia Paulina toute couverte d'émeraudes et de perles, que le mélange des couleurs rendait encore plus éclatantes. Sa tête, ses cheveux, sa gorge, ses oreilles, son cou, ses bras, ses doigts en étaient surchargés. A part le diamant peut-être, on peut donc affirmer que, dans l'Antiquité, toutes les autres pierres étaient abondantes et qu'on les montait pour servir à la parure; mais on les montait autrement qu'à présent. Chaque pierre avait sa sertissure particulière faite d'une bâte tournée, et les joyaux des temps anciens étaient composés de la réunion ou de l'éparpillement de ces sertissures, disposées sur une plaque pour y former des dessins, ou rattachées par des anneaux en manière de pendeloques. 

L'Orient a certainement été le berceau de la joaillerie; toutes les pierres précieuses en étaient originaires. Les joailleries orientales qui ont été conservées et qui sont parvenues jusqu'à nous sont celles qui ont été faites dans l'Inde. Revêtues d'un caractère qui leur était propre, elles n'offraient aucune analogie avec celles des autres contrées elles dérivaient de la palme et de la fleur; le règne animal y était parfois représenté, sous la forme d'un oiseau à longue queue, dont le paon semble avoir fourni le type. Les grosses pierres centrales, émeraudes et rubis, étaient presque toujours de forme cabochonnée au-dessus et au-dessous et gravées ou sculptées partout, de façon à présenter soit des rayonnements à côtes arrondies, soit des corymbes superposées, soit des arabesques de feuillages et de fleurs; les reliefs de cette gravure étaient toujours doux au toucher et à la vue. On dit que les molettes employées pour exécuter ce travail étaient faites d'un bois dur que les ouvriers imprégnaient de poudre de diamant mélangée à l'huile. Les grosses pierres étaient montées à jour, tandis que les plus petites étaient montées à fond et jouaient sur paillon. Les pierres de couleur étaient en forme de cabochon et les diamants étaient taillés sur table. Ces diamants étaient désignés par le nom de labora et étaient montés à fond sur un paillon blanc concave qui leur donnait un jeu sans acuité; aussi le plus grand effet des bijoux indiens était-il produit par les pierres de couleur. Toutes les montures étaient faites en or d'un titre excessivement élevé; les envers et les épaisseurs en étaient décorés de dessins en émaux transparents et très vifs, de couleur rouge, verte et quelquefois gros bleu, presque toujours entremêlés de blancs opaques. Le serti des pierres était très caractéristique; les larges filets creux qui les contournaient étaient bordés extérieurement d'un petit biseau net et précis qui en accentuait agréablement la forme. Le plus souvent les colliers et les bracelets étaient composés de ces plaques de joaillerie, enfilées par des cordons de soie dont les extrémités nouées tenaient lieu de fermeture.

L'ancien monde occidental connut surtout les meilleures pierreries de l'Orient, par le trésor de Mithridate que Pompée fit placer au Capitole après qu'il eut vaincu son adversaire. Varron nous dit qu'indépendamment des rubis, des topazes, des diamants, des émeraudes, des opales, des onyx et de tant d'autres pierres précieuses, en y voyait encore une multitude d'anneaux, de bagues, de cachets et de chaînes d'or d'un travail exquis. Plus tard ce sont les successeurs au trône de Constantin qui se couvrent d'or et de pierreries, imitant en cela les souverains asiatiques. Puis le goût de ce luxe se répand en Europe, et nous voyons les successeurs de Clovis, lorsqu'ils se furent affranchis de toute sujétion à l'Empire, copier la tenue des souverains de Constantinople. Leurs riches colliers et leurs ceintures resplendissent de pierres précieuses et leurs vêtements mêmes sont ornés de pierres cousues. Les princes et les princesses suivent cet exemple; Fortunat, dans un passage de la Vie de sainte Radegonde, raconte que cette princesse, voyageant un jour avec ses plus belles parures, s'arrêta devant une église et que, touchée de la sainteté du lieu, elle déposa comme offrande, sur l'autel, ses fines tuniques, ses manchettes, ses coiffes, ses fibules, tous les objets enfin où l'on voyait briller l'or et les pierreries. 

Avant que saint Eloi ne fût consacré à Dieu, il portait des habits couverts d'or et de pierreries ; ses bourses étaient tressées de perles. L'usage des joailleries cousues se perpétua fort longtemps. Le sort de la joaillerie fut presque toujours attaché à celui de la fortune publique. Le goût du faste chez les souverains contribua souvent à la mettre en faveur, mais ce goût était la plupart du temps déterminé lui-même par les événements. Nous l'avons vu prospère chez les successeurs de Clovis; sous Charles le Chauve, elle jette quelque éclat et tombe au milieu des calamités et des terreurs qui marquèrent la fin du Xe siècle, dans le marasme le plus complet. Elle tend à se relever au XIIe, et, au moment où il semble qu'elle va refleurir, elle est frappée, en 1272, par l'édit de Philippe le Bel qui enjoint aux bourgeois de se défaire immédiatement de ce qu'ils possèdent en fourrures de vair et de gris, ou joyaux, en cercles d'or et d'argent. En 1343, lorsque la chevalerie fut conférée à son fils Louis, le roi parut oublier son édit; il y eut des fêtes publiques ou la bourgeoisie et les corporations émerveillèrent les contemporains par leurs richesses. Isabeau de Bavière donna, lorsqu'elle fut reine de France, l'exemple des pompes et du luxe à ses femmes qui l'imitèrent; elle fit couvrir son hennin de pierreries  et le surmonta d'une couronne d'orfèvrerie fleurdelisée. Elle porta de riches colliers, et ses manches, le bas de sa cotte, ainsi que le devant de son surcot, étaient enrichis de bandes de pierreries cousues. Dans tous les récits du temps, on trouve la trace d'une grande prodigalité, jusqu'au commencement du XVe siècle. Mais à cette époque ce furent les artisans de Bruges, de Gand et des autres villes du Hainaut et de Flandre qui se saisirent de la fabrication de la joaillerie. L'influence de la maison de Bourgogne ne fut pas pour peu dans ce remarquable développement. C'était l'époque à laquelle le diamant, dont l'art de la taille faisait chaque jour des progrès, commençait à être recherché. On le taillait en façon tablettes, à façon écusson, à plusieurs faces, à pointes, à huit pans, en roses, en étoiles. L'histoire des nombreuses pierreries de Charles le Téméraire est connue de tous; le cabinet des Estampes, à Paris, conserve le dessin d'un des chapeaux du duc, dont le bord est garni d'un double rang de perles et la calotte d'un quadruple. 

Une plaque volumineuse, enrichie de pierreries, sert à rattacher une aigrette dont les plumes sont elles-mêmes agrémentées de perles. Un large ruban en pierres précieuses contourne le bas de la calotte comme un galon. Le sommet en est orné d'un rubis de forme pyramidale, entouré de saphirs et de perles et tenu dans un chaton que supportent quatre figures ciselées.

Au XVIe siècle, la joaillerie proprement dite dut céder le pas à la ciselure; cependant les ceintures garnies de pierreries étaient très à la mode. Les perles aussi commencent à dominer; Marguerite de Valois en porte autour du cou deux rangs, quatre autres s'en échappent et viennent sillonner le corsage; trois autres rangs descendent des épaules plus bas que la taille. Le règne de Henri II fut des plus favorables à la joaillerie, car le roi donnait le signal de ce mouvement, se parant lui-même comme une femme. L'histoire dit qu'il conférait plus souvent et plus longtemps avec ses joailliers qu'avec ses ministres. Sous Henri IV, l'élégance et la richesse semblent un moment perdre leurs droits. Cependant le faste se manifeste dans certaines occasions. Au baptême du dauphin, par exemple, en l'année 1606, la robe de la reine était couverte de 32 000 pierres précieuses et de 3 000 diamants; il est vrai qu'elle était si pesante que la reine ne put s'en vêtir. C'est de l'époque de Louis XIII que date la transformation dans la manière d'entendre la monture des pierres. 

Cette transformation donne réellement naissance aux ouvrages qu'on désigne aujourd'hui par le nom de joaillerie. Elle consistait à ne plus employer de chaton qu'accessoirement et à réunir les pierres en les sertissant, juxtaposées dans des feuilles de métal découpées suivant une forme déterminée. Les ferrets, les fleurs, les bouquets et les noeuds fournirent les principaux motifs de ce nouveau genre d'ornementation. Le serti en est comme un souvenir des travaux de ciselure, dont il procède encore. Sous la minorité de Louis XIV, Mazarin rendit un édit somptuaire, dont le premier effet fut de développer l'industrie de la joaillerie d'imitation. Mais cette mode dura peu; de 1661 à 1685, date qui concorde avec celle de la découverte et de l'exploitation (les mines de Golconde, les diamants se répandirent partout à profusion sur les vêtements des hommes, aussi bien que sur ceux des dames. Les joailleries d'alors employaient beaucoup le diamant taillé en roses. Il y en avait de fort grosses et, comme on leur laissait une grande épaisseur et qu'elles étaient parfaitement taillées, elles produisaient un très bel effet. 

Bien que la joaillerie qui se faisait alors ait une grande analogie avec celle qu'on fait de nos jours, elle en différait pourtant par plusieurs points. Les bouquets, les fleurs et les rubans en fournissaient les principaux motifs, mais ces sujets étaient traités presque à plat. La découpure ou la silhouette, qui semble avoir été la grande préoccupation des monteurs du XVIIe siècle, était presque toujours admirablement étudiée. Cette même joaillerie s'est continuée aussi prospère pendant toute la première moitié du XVIIIe siècle, en s'enrichissant des motifs alors en vogue, aigrettes à la turque, carquois, tourterelles et flambeaux. Mais elle se modifia sensiblement dans la seconde; les compositions délicates, les finesses élégantes, une perfection sans précédents dans la manière de sertir les pierres, forment les caractères distinctifs des précieuses merveilles qu'on désigne encore aujourd'hui sous le nom de joailleries Louis XVI.

La ciselure, la gravure et l'émail s'y mêlaient souvent et venaient y ajouter leur mérite. Parmi ceux qui, sous le nom d'orfèvre qu'on leur donnait alors, se sont fait une réputation dans l'art de la joaillerie, il faut citer : au XVIIe siècle, Gille Légaré, dont il nous reste de fort jolis noeuds de rubans, faits en joaillerie de pierres juxtaposées; au XVIIIe siècle, Lempereur, dont les élégants bouquets de fleurs en diamants jouirent d'une vogue universelle. Lorsqu'au commencement du siècle, les joailliers reformèrent leurs ateliers, il se trouva que les finesses de la fabrication avaient été conservées, mais que le goût du dessin et de l'invention avait totalement dévié. A partir de la Restauration, deux noms de joailliers viennent en évidence. C'est Bapst qui, en raison de la quantité de parures qu'il exécuta dans ses ateliers, est devenu en quelque sorte un joaillier historique; c'est Fossin qui fut un maître. Les bouquets à plat du dernier siècle furent remplacés par des jets de feuillages élancés. De 1835 à 1848, le goût français subit l'influence du faire viennois qui consistait à obtenir une grande légèreté, en montant les feuilles et les feuillages sur des tiges debout. Mais bientôt l'art de la joaillerie entra dans une période de décadence et ne parut tendre à se relever qu'à partir de l'Exposition de 1855, à Paris. Il était réservé à la période actuelle de découvrir la caractéristique de la joaillerie du XIXe siècle. Cette caractéristique, elle l'a trouvée dans l'étude attentive de la nature. C'est à Massin que l'industrie est redevable de cette innovation. La grande joaillerie moderne ne se fait plus que d'après sa méthode.

La grande quantité de brillants, que la découverte des mines récentes a amenée sur le marché européen, a eu sur la mode une telle influence qu'aujourd'hui les bijoutiers sont amenés à faire de la monture de diamants, c.-à-d. à devenir joailliers. Les pierres transparentes se montent, soit à jour, soit à fond. La monture à jour est celle qui, ne prenant du feuilletis de la pierre que juste ce qu'il en faut pour qu'elle tienne dans la sertissure, en laisse juger la transparence au jour et permet, en la retournant, d'en voir la culasse par derrière aussi bien qu'on en voit la table par devant. La monture à fond est, au contraire, fermée par dessous et garnie, à l'intérieur, d'un paillon coloré, destiné à augmenter la couleur, l'éclat et le jeu de la pierre. La progression dans l'art de la taille des pierres, en y comprenant les pierres de couleur, peut être établie ainsi, en s'en tenant aux certitudes. 

Dans l'Antiquité et jusqu'au XIVe siècle, taille en cabochon. Au XVe siècle, taille en tables, employées dans les ouvrages de joaillerie, mélangées à des cabochons. Au XVIe siècle, taille en tables, à coins abattus, pour les pierres de couleur. Essais divers de formes variées, taille en roses, taille en pointe naïve. Au XVIIe siècle, abatage des quatre angles, régularisation de la taille en pan recoupé, taille définitive en brillants. Au XVIIIe siècle, modifications apportées dans la grandeur relative des facettes entre elles. Lorsque le lapidaire eut inventé la culasse qui donnait à la pierre tout son éclat, sans qu'il fût besoin d'avoir recours, pour la faire jouer, au fond garni du paillon, les principes, dont l'application ultérieure devait être la joaillerie, telle que nous l'entendons de nos jours, étaient découverts. C'est seulement dans la seconde moitié du XVIIe siècle que ce progrès fut accompli. Aujourd'hui, la joaillerie est devenue une profession spéciale, dont l'art consiste  à monter les pierres précieuses et surtout les diamants avec une telle perfection que, dans une pièce bien faite, l'or ou l'argent qui forment la monture ne sont apparents nulle part, si bien que celle-ci offre, en quelque sorte, l'aspect d'un objet qui serait modelé d'un seul morceau, tout en diamant.

L'outillage qui sert à faire la joaillerie est très simple, car, quel que soit l'objet qu'elle doive représenter, fleurs, feuillages, nœuds ou arabesques, le mode de travail ne varie pas et peut se résumer ainsi découper préalablement une ou plusieurs plaques suivant le besoin; leur donner l'accentuation des plans par l'embouti; faire dans le métal un trou pour chaque pierre et l'y ajuster; faire la mise à jour, la polir, sertir les pierres; enfin polir l'ensemble de la pièce pour l'achèvement. C'est l'ouvrier joaillier proprement dit qui exécute les quatre premières parties du travail. Les trois dernières sont l'affaire des ouvriers spéciaux appelés polisseuses et sertisseurs. Avant de décrire à la fois et ces travaux et les outils qui servent à les exécuter, il est, nécessaire de faire connaître les soins qu'il a fallu donner à leur préparation; c'est généralement le patron qui s'en charge. Après que le trait exact du dessin de la pièce qu'on veut exécuter a été arrêté, on choisit les diamants un à un à l'aide d'une précelle et on les pose sur le dessin, à la place que chacun d'eux devra occuper plus tard. On peut ainsi juger déjà approximativement de l'effet que rendra la pièce une fois terminée. 

Outre les lois du goût, il y a certaines règles qu'on ne peut se dispenser d'observer, sans risquer de compromettre la beauté de l'ouvrage, comme, par exemple, de placer de préférence les grosses pierres au centre, ou près du centre, de mettre auprès de celles-ci des pierres plus petites, en nombre suffisant pour obtenir des feux fins et multipliés dont la ténuité fera valoir le grand éclat des pierres principales, et qui, par conséquent, contribueront à en augmenter la beauté et le volume apparent. On jugera encore, en disposant les pierres sur le dessin, des vides aussi bien que des pleins de la composition, car, dans une pièce de joaillerie, les vides jouent un rôle considérable. Lorsque la place de chaque pierre est bien déterminée, on transporte chacune d'elles sur une surface lisse de cire résineuse noircie, où le calque du dessin a été préalablement reporté et on l'appuie légèrement avec le doigt, afin qu'elle adhère quelque peu. Cette opération s'appelle la mise sur cire. C'est quand elle est achevée que le patron remet à l'ouvrier le dessin qui doit lui servir de modèle et les pierres disposées ainsi qu'il vient d'être dit. 

La première préoccupation de l'ouvrier doit être d'arrêter dans son cerveau le mouvement général qu'il donnera à l'ensemble de la pièce, et, autant que possible, le modelé particulier de chacune de ses parties, afin d'aller droit à son but lorsqu'il travaillera le métal, et d'éviter de le fatiguer par des hésitations qui nuisent autant à la beauté de l'exécution qu'à la solidité. Cette première étude est d'autant plus nécessaire qu'il sait que ce travail de mouvementé aura pour effet d'absorber une partie de l'étendue de la feuille de métal qu'il va mettre en œuvre, et qu'il risquerait, s'il n'y faisait pas les réserves nécessaires, que sa pièce vint plus petite que le dessin.

La joaillerie se fait quelquefois en or, mais presque toujours en argent, la blancheur de ce dernier métal se mariant plus agréablement avec celle du diamant. L'ouvrier prend donc une feuille d'argent et y trace soit au crayon, soit à la pointe d'acier, les contours du dessin qu'il doit reproduire, en les augmentant des réserves qu'il juge devoir faire ; après qu'ils sont tracés, il les découpe à la scie. Puis il soude sur l'envers même de la pièce ainsi découpée une doublure en or destinée à la renforcer. L'argent qui est fort mou n'offrirait pas, sans cette doublure, la résistance nécessaire à l'achèvement de la pièce. Ensuite, il lui donne, à l'aide des tenailles, des bouterolles, du marteau, et quelquefois par la simple action des doigts, tel modelé, telles torsions qu'il juge devoir produire un bel effet. Après quoi, il en rectifie, à la lime, les contours extérieurs, en les ramenant.à la forme exacte du dessin qu'il a reçu comme modèle. Si l'objet qu'il est chargé d'exécuter se compose de la réunion de plusieurs pièces détachées, chacune d'elles est traitée successivement à part, tel qu'il vient d'être dit, et c'est lorsque toutes sont amenées au même degré d'avancement qu'on les assemble, soit par la soudure, soit par des rapports devis ou de cliquets qui nécessitent également l'opération de la soudure. Ces soudures se font à la lampe au gaz, dont l'ouvrier dirige la flamme à l'aide d'un chalumeau.

Lors donc que l'ouvrier a rectifié à la lime le contour d'une pièce ou d'un fragment de pièce, il le fixe à l'aide d'un mastic spécial sur un manche de bois appelé poignée à ciment, qu'il lient de la main gauche, tandis que, de la droite il trace avec une pointe, sur la face de la pièce, la place que chacun des diamants devra occuper dans l'argent. Puis il fait, avec un foret emmanché dans un drille, autant de trous qu'il a tracé de places et ajuste les diamants un à un, en coupant la matière de façon à évaser le trou par le haut avec une sorte de burin. Cet ajustement a pour résultat d'établir le logement de la culasse de chaque brillant dans le trou qui le recevra plus tard. Ce logement est établi dans l'épaisseur du métal, de telle façon que les feuilletis des pierres soient assez rapprochés les uns des autres pour qu'ils se touchent. Il importe de noter ici que, tout en ne laissant subsister aucune partie du métal entre chaque feuilletis de pierre, l'ouvrier a cependant pris soin de ménager, tout autour de la circonférence extérieure de la pièce, un filet régulier très étroit qui en marque le contour. 

Lorsque l'évasement est achevé, l'ouvrier retourne la pièce afin de rectifier avec une petite soie très fine les cloisons minces qui ont été réservées entre chaque pierre, de façon à ce que les cloisons arrivent à former des parallélogrammes réguliers, dont l'étendue, tout en étant subordonnée à celle de chacune des pierres, n'en suit pas le contour exact, mais produit l'effet d'un gros tulle fait en linéaments d'or, car on se rappelle que l'envers de la pièce a été doublé d'or. Cette partie du travail s'appelle la mise à jour. Toutes les cloisons, très minces en apparence, parce qu'elles sont amincies en dessus et en dessous par suite de I évasement des trous dans les deux sens, offrent à l'œil une surface à peine appréciable; mais elles se trouvent être renflées à leur partie médiane. Ce sont ces renflements qui, habilement ménagés; constituent, avec la doublure d'or, la solidité de la pièce. D'où il résulte que, malgré un aspect très fragile, elle offre une grande résistance relative, si elle a été habilement faite. Pour achever l'objet, l'ouvrier y soude soit une épingle, soit des charnières, soit une bélière, selon l'usage auquel cet objet est destiné.

La polisseuse polit la mise à jour, c.-à-d. l'intérieur des trous par quatre opérations successives. La première en les pierrant, c.-à-d. en les frottant avec une petite pierre taillée en cône, quelle trempe dans l'eau. La seconde en les frottant avec une petite natte ou écheveau de fils imprégnés de ponce en poudre mêlée à de l'huile. La troisième en employant des fils analogues couverts de tripoli. Enfin, la quatrième en les avivant avec d'autres fils et du rouge à polir. La face interne est polie à l'aide des mêmes agents successifs, en employant des petits crayons de bois et des brosses. L'objet est alors prêt à être livré au sertisseur. 

Cet ouvrier commence par fixer solidement la pièce sur une poignée à ciment, car il doit exercer des pesées sur l'argent, afin de le forcer à se refermer sur les brillants. Il présente ensuite successivement chaque pierre devant son trou pour l'ajuster définitivement et faire ce qu'on appelle la portée, c.-à-d. dans l'intérieur du trou une sorte de petit bourrelet circulaire sur lequel reposera son feuilletis. Quand la portée est faite, il met la pierre en place et, par une sorte de pesée exercée sur le métal à l'aide d'un outil presque tranchant, il la fixe provisoirement. Lorsque toutes les pierres sont mises en place, tous les feuilletis doivent se toucher et l'ensemble du travail simuler une sorte de pavage serré. Mais comme la forme des diamants est une sorte de carré arrondi aux angles, il reste alors aux points de jonction de ces angles une minuscule surface d'argent.

Cette surface formera la petite griffe presque invisible qui retiendra les quatre diamants dont elle touche les angles; elle sera relevée en grain et arrondie par le parloir. Répétée à tous les points de jonction de quatre diamants, elle sera en nombre à peu près égal à ceux-ci, de sorte que chaque grain servira à fixer quatre diamants ou quatre coins de diamant, et que chaque diamant sera retenu par quatre grains. Le sertisseur coupe ensuite avec un burin, sur le bord d'argent qui dessine la forme extérieure de la pièce, un même filet à angle creux qui en affirmera le contour. La polisseuse polit alors les épaisseurs et les parties accessoires de la pièce, anneaux, bélières, épingles ou charnières. Dans la joaillerie très soignée, elle polit aussi les filets coupés sur les bords par les sertisseurs. Dans la joaillerie plus ordinaire, elle les laisse sur ce qu'on appelle le coupé-vif, qui est une manière employée par le sertisseur pour donner de l'éclat au métal, en le tranchant rapidement avec un burin poli. Parfois les grosses pierres sont montées dans des sertissures isolées. La mode actuelle veut qu'elles soient tenues par des chatons dits illusion, c.-à-d. dont les griffes évidées à jour et dissimulées par l'inclinaison qu'on leur donne en dessous de la pierre sont à peine visibles. Ou emploie, pour faire la joaillerie, le même outillage de temps immémorial. Dans cette industrie, tout se fait à mesure et à la main, sauf quelques chatons spéciaux qui s'obtiennent mécaniquement.  (L. Knab).



Le design Cartier vu par Ettore Sotssass, Skira, 2006.
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Le joaillier Cartier possède une exceptionnelle collection de bijoux, de montres, de pendules et d'accessoires qui regroupe près de 1 200 pièces au total. Pour l'exposition au Vitra Design Museum de Berlin en 2002, Cartier a demandé au grand maître du design italien, Ettore Sottsass, de choisir 200 objets et d'assumer la direction artistique de l'événement. «Je ne me soucie absolument pas de l'importance sociale des pièces ou de leur valeur matérielle. Mon choix est fondé sur les couleurs et la qualité du design», dit Ettore Sottsass. Les bijoux - diadèmes, broches, colliers, bagues, bracelets mais aussi étuis de cigarettes et stylos - sont conçus comme des temples, et révèlent un regard unique et fascinant de l'univers poétique de Cartier. Ce volume rassemble des textes d'Eric Nussbaum, de Mateo Kries, d'Aleksander von Vegesack et un entretien exclusif avec Ettore Sottsass par Marie-Laure Jousset.(couv.).

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Dictionnaire Architecture, arts plastiques et arts divers
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