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Chapiteau

Le mot  chapiteau désigne l'ensemble de moulures et d'ornements qui surmontent les colonnes, les piliers et les antes, et qui sont souvent placés sous l'architrave d'une baie ou sous la retombée d'un arc. Le nom, dérivé du grec, képhalè = tête, exprime bien sa situation de tête de la colonne; les Latins l'ont nommé caput, d'où nous avons fait chapiteau.

On parle de chapiteau angulaire quand il est situé dans un angle, porte un retour d'entablements et de chapiteau plié, pour désigner le chapiteau qui couronne un pilastre placé dans un angle rentrant, et qui suit la forme des deux parois.
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Photo d'un chapiteau de colonne (cloître de Saint-Lizier).
Photo d'un chapiteau de colonne (cloître de Saint-Lizier).
Ornements de chapiteaux des colonnes du cloître de Saint-Lizier. © Elsa Soucasse, 2006.

Il existe également des chapiteaux de triglyphe, qui sont les plates-bandes et cavets qui couronnent chaque triglyphe, et des chapiteaux de moulure qui n'ont que de simples moulures.
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Chapiteaux.

Le chapiteau sert de transition et aussi d'encorbellement entre le support (colonne ou pilier) et l'architrave ou le sommier de l'arc. Quelle que soit la composition, simple ou composée, d'un chapiteau, elle comporte toujours, à la partie supérieure, une tablette plus ou moins épaisse, nue ou ornée, appelée abaque ou tailloir, laquelle est disposée sur un plan carré ou inscriptible dans un carré ou un rectangle, et offre généralement une plus forte saillie que les parties placées au-dessous d'elle. Dans les constructions primitives dépourvues de tout ornement, cette tablette, véritable chapeau (ce nom lui est même donné en charpente), pose directement sur la colonne ou le pilier en bois ou en pierre, et tient parfois lieu du chapiteau tout entier.

Le chapiteau constitue un élément primordial de ces modes d'architecture que l'on appelle les ordres, et sert plus encore et mieux que toute autre partie de la colonne ou de l'entablement à différencier ces ordres, surtout lorsqu'il s'agit d'édifices de l'architecture dite classique. Quoique les plus beaux types des chapiteaux antiques, - lesquels sont toujours imités de nos jours, - doivent être demandés, pour la plus grande partie, à l'art grec et à l'art gréco-romain des derniers temps de la République romaine ou du commencement de l'Empire, il faut rechercher les origines des formes et des ornements de ces chapiteaux qu'ils soient doriques, ioniques ou corinthiens, à l'Orient de la Méditerranée, en Assyrie, en Phénicie, en Asie Mineure et en Egypte; ce dernier pays même, où l'architecture reçut un développement si remarquable avant l'épanouissement de la civilisation hellénique, fournit, dans les monuments construits depuis son origine jusqu'aux XVIIIe et XIXe dynasties (c.-à-d. jusqu'au XIIIe siècle avant notre ère), plusieurs types bien différents de chapiteaux, depuis le type le plus élémentaire consistant en un simple tailloir carré réunissant, comme au tombeau de Knoumhotpou, à Béni-Hassan (Ve dynastie), et comme au promenoir de Thoutmosis Ill à Karnak, le pilier polygonal à l'architrave, jusqu'aux chapiteaux dont les formes élégantes sont rehaussées de sculptures, de peintures et d'inscriptions hiéroglyphiques. C'est donc par l'Egypte et par le monde oriental qu'il faut commencer l'étude des divers types de chapiteaux, étude que, suivant les données habituelles de l'histoire de l'art, il faut continuer par la Grèce, par Rome, par le Moyen âge byzantin, roman et gothique, par la Renaissance et enfin par l'époque moderne.

Egypte et Orient. 
L'Eypte offre, en dehors du simple tailloir carré mentionné plus haut, trois types principaux de chapiteaux : 1° le chapiteau campaniforme; 2° le chapiteau lotiforme; 3° le chapiteau hathorique : 

1. le chapiteau campaniforme.
Évasé en forme de cloche, comme son nom l'indique, ou se modelant sur une corbeille semblable à celle qui servit plus tard de galbe au sculpteur grec Callimaque pour créer son chapiteau corinthien, le chapiteau campaniforme égyptien offre la plus grande variété. On trouve même, dans les monuments de la décadence de l'art égyptien, à l'époque de la dynastie Ptolémaïque, comme au grand temple d'Edfou, des colonnes élevées dans une même salle et semblables, mais couronnées de chapiteaux tous différents entre eux, créant ainsi cette variété que l'emploi irréfléchi des fragments de l'art antique donna à certaines basiliques chrétiennes primitives, et que reproduisit à dessein l'imagination des sculpteurs du Moyen âge. La comparse est tantôt presque lisse et tantôt recouverte de palmes ou de feuilles sur lesquelles s'implantent des tiges de lotus ou de papyrus, en fleurs ou en boutons et même des régimes de dattes; parfois aussi, mais rarement, la campane est retournée et sa partie la plus évasée repose sur le fût : un dé cubique assez peu élevé et peu décoré, car il est presque entièrement masqué par la courbure du chapiteau, sert d'abaque et couronne la campane. A la partie supérieure, de la colonne et faisant partie de cette dernière, mais raccordant le chapiteau avec le support, sont tracées, comme dans presque toutes les ordonnances égyptiennes, des bandes séparées par des annelets légèrement incisés et peints, ainsi que la campane, de couleurs variées, bleu, ert, jaune ou rouge. Un pilier quadrangulaire de Karnak, dans l'édifice construit par Harmhabi (fin de la XVIIIe dynastie), offre même une véritable astragale au-dessous de la gorge du chapiteau et, au-dessus de cette gorge, un abaque relié à l'architrave par une légère pente (Architecture égyptienne).

2.  le chapiteau lotiforme.
A l'origine, le chapiteau lotiforme représentait sans doute, au-dessous d'un abaque fort simple, un bouquet de boutons de lotus dont les tiges, réunies en faisceau,
formaient la colonne elle-même, ainsi qu'on peut le voir à Eléphantine, sur la façade du temple périptère d'Aménophis III (XVIIIe dynastie); mais une surface ainsi accidentée se prêtait peu à la décoration hiéroglyphique : aussi, à l'époque du plus grand développement de l'art égyptien, le chapiteau lotiforme, ne rappelant au premier abord que peu son origine, consista en un tronc de cône à génératrice peu inclinée dont la partie inférieure est arrondie pour relier le chapiteau au sommet de la colonne, et dont la partie supérieure est couronnée par un abaque assez saillant, comme au temple de Khonsou, dans les bas côtés de la salle hypostyle de Karnak. Sur ce chapiteau sont figurés en peinture trois segments, dont celui du haut et celui du bas sont encore fasciculés pour rappeler les tiges de lotus et dont celui du milieu est chargé de sculptures. 

Pour l'abaque, il porte, dans des cartouches, en caractères hiéroglyphiques, des noms de pharaons. 

3. le chapiteau hathorique.
Plus curieux peut-être encore que les deux autres, est le chapiteau hathorique dont on trouve quelques exemples, dès les temps anciens, au temple de Béir-el-Bahari, mais que l'on peut surtout étudier dans les monuments de la dynastie ptolémaïque. Ce chapiteau, dont nous donnons une reproduction d'après un chapiteau du temple de la déesse Hathor à Tentyris (l'ancienne Dendérah, Thanathor, habitation d'Hathor), consiste en deux blocs superposés dont le plus bas est un bloc carré sur chaque lace duquel se détache, en haut relief, une tête de femme (la déesse Hathor) dont la coiffure, maintenue par des bandelettes, passe derrière les oreilles et tombe sur le cou. Au-dessus de chaque tête est une corniche cannelée portant le deuxième bloc, lequel est d'aspect légèrement pyramidal et décoré, sur chaque face, d'un naos encadré de deux volutes allongées. 
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Denderah : chapiteaux hathoriques.
1. Chapiteaux égyptiens à tête d'Hathor, à Denderah.

L'ensemble du chapiteau et de la colonne rappelle assez bien l'aspect des sistres caractéristiques du culte d'lsis. Il reste à noter que, dès le règne de Nectanébo (XXXe dynastie, IVe siècle avant notre ère), on trouve, au pavillon de Philae, le chapiteau cubique aux quatre têtes d'Hathor, surmontées chacune d'un naos, placé au-dessus du chapiteau campaniforme largement évasé mais sans abaque : il est vrai que, par suite de fantaisie ou de motifs plus sérieux de la part des constructeurs égyptiens et peut-être aussi de restaurations accomplies à différentes périodes, on rencontre parfois, dans le même édifice, les trois types du chapiteau égyptien. 

Si le chapiteau égyptien campaniforme, avec sa corbeille recouverte de palmes, de feuilles, de boutons ou de fleurs et même de fruits, peut fournir l'origine du chapiteau corinthien grec et romain, origine que peut cependant lui disputer l'Assyrie et la Phénicie, et si l'Egypte nous fournit encore la plus ancienne application connue de l'abaque commun à tous les chapiteaux, c'est surtout en Asie Mineure et en Assyrie que l'on peut trouver les principales données qui caractériseront plus tard les chapiteaux grec, dorique et ionique, c.-à-d. l'échine du chapiteau grec dorique et la volute du chapiteau ionique. En effet, des débris de colonnes phéniciennes ou chypriotes, provenant d'Eddé et de Golgos, et étudiés en premier lieu par Renan (Mission de Phénicie) et par Ceccaldi (Revue archéologigue, 1874), sont surmontés de chapiteaux circulaires peu élevés composés d'une échine recouverte d'un abaque carré, et des chapiteaux de piliers, provenant de Golgos et rapportés par Renan au Musée du Louvre, sont formés de puissantes volutes entrecroisées, lesquelles portent un abaque composé de plusieurs tablettes minces saillant l'une sur l'autre et sont reliées au fut du pilier par une série d'annelets qui deviendront aussi bien les annelets des chapiteaux doriques grecs que les astragalesdes chapiteaux en général. Enfin Botta (Ruines de Ninive), et Layard (The Monuments of Nineveh), ont découvert et étudié, dans les bas-reliefs du palais de Sargon à Khorsabad (VIIIe siècle avant notre ère) et du palais nord de Koyoundjick, des chapiteaux à volutes accentuées portant un tailloir et surmontant un petit ordre de colonnes. Au reste, dans toute l'Asie Mineure, aussi bien dans les fragments ou les représentations d'architecture que dans les débris de meubles ou de poteries et les objets de métal, des volutes ioniques figurent comme motifs décoratifs dès la plus haute antiquité.

La Perse, soumise d'abord à l'influence chaldéo-assyrienne et peut-être à l'influence indienne, avant de l'être aux influences égyptienne et grecque, offre, dans les colonnes de la grande Salle royale de Persépolis, la ville favorite des Achéménides (fin du VIe siecle avant notre ère), un type bien curieux de chapiteaux et dont le Musée du Louvre possède un modèle . Ce chapiteau, très allongé, car, complet, il mesure près de 8 m. c.-à-d. presque autant de hauteur que le fût de la colonne qu'il surmonte, comprend trois parties distinctes : une partie inférieure composée de deux sortes de campanes superposées, mais se joignant par leur base; une partie médiane formée de quatre consoles se terminant en haut et en bas par de doubles volutes et enfin une partie supérieure composée de deux taureaux accouplés l'un à l'autre, sur les croupes desquels est figuré l'about d'une poutre transversale et dont les têtes semblent, comme de puissantes consoles, porter l'architrave. D'autres chapiteaux, encore en place dans cette même résidence royale, ne comportent que cette dernière partie dans laquelle, parfois, des licornes remplacent des taureaux.
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Chapiteau perse à taureaux accouplés.
2. Chapiteau à taureaux accouplés, provenant
du palais d'Artaxerxès II (musée du Louvre).

Avant de quitter l'Asie, il faut remarquer, en dehors de tous couronnements de pilastres exubérants de sculptures et réellement fantastiques que l'on trouve dans les monuments de l'Inde et particulièrement dans ceux d'Ellora, quelques types de chapiteaux des temples indiens, types probablement imités de la construction en bois quoique sculptés dans le roc et offrant soit une sorte de sphère aplatie surmontée de consoles, soit une sorte de lambrequin retombant au-dessous d'un tailloir carré, sur le fût orné de la colonne. Mais ces formes, d'une date incertaine (peut-être même du commencement de notre ère), n'eurent aucune influence sur l'art grec, duquel plutôt on peut les croire inspirées.

Quant à l'extrême Orient, Chine ou Japon, avec ses supports et ses linteaux de bois décorés, il ne comporte que des assemblages relevant de la charpente et nullement les éléments constitutifs du chapiteau.

Grèce
A l'embrasser dans tous ses détails, l'étude du chapiteau grec, qu'il soit dorique, ionique ou corinthien, et quoique ce dernier chapiteau n'ait reçu son entier développement que dans l'architecture romaine, l'étude du chapiteau grec entraînerait presque une étude complète des ordres et de l'architecture des édifices grecs; mais, en renvoyant aux mots Architecture, Colonne et Ordres d'Architecture, ainsi qu'aux mots Abaque, Armilles, Echine, Volute, Calathus, Caulicoles, etc., nous nous bornerons à résumer les données primordiales des chapiteaux surmontant les colonnes des trois principaux ordres grecs d'architecture, qui sont : le dorique, l'ionique, le corinthien, en y ajoutant quelques mots sur les chapiteaux de piliers et d'antes

1. le chapiteau dorique.
Le chapiteau dorique grec comprend deux membres caractéristiques, mais assez simples de formes, malgré les modifications qu'ils ont pu éprouver; ce sont l'échine et l'abaque. L'échine est une courbe convexe, très saillante à l'origine, mais de moins en moins saillante à mesure que l'on arrive à la belle époque de l'art, et l'abaque, dans le chapiteau dorique grec comme dans certains chapiteaux égyptiens, est un dé aplati recouvrant l'échine et supportant l'architrave. Souvent même, au-dessus de ce dé beaucoup plus saillant que la partie supérieure du fût de la colonne, se trouve un second dé de fort peu de hauteur, rendu presque invisible par la saillie du premier et qui reçoit directement la portée de l'architrave. Au bas de l'échine et pour la relier à la colonne, à la partie supérieure du fût de laquelle ils sont parfois reproduits, sont les armilles ou annelets, sorte de petits anneaux alternativement en relief ou en creux.

Pour les chapiteaux de piliers ou d'antes, ils offrent, dans l'ordre dorique grec, une extrême variété, selon qu'ils font partie de la construction ou qu'ils jouent un rôle purement décoratif et suivant aussi les époques auxquelles ils appartiennent et les influences étrangères auxquelles fut soumis l'art grec. C'est ainsi que, richement ornés et très mouvementés au grand temple de Selinonte (Sicile) et au temple de Némésis, à Rhamnus (Attique), ils deviennent moins saillants et composés de tablettes et de moulures superposées aux portiques de Délos et aux propylées d'Athènes. 

2. le chapiteau  ionique. 
Le chapiteau ionique, qu'il soit grec ou romain et même qu'il appartienne à la Renaissance ou à l'architecture moderne, est surtout caractérisé par ses volutes courbes s'enroulant en spirales autour d'un petit disque rond appelé oeil et se rejoignant horizontalement ou suivant des inflexions diverses, concaves ou convexes, au-dessous d'un abaque de peu de hauteur et consistant quelquefois en une simple moulure, un quart de rond décoré d'oves
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Chapiteaux ioniques.
Chapiteaux ioniques.

Souvent les volutes ne décorent que la face principale et la face postérieure du chapiteau; alors leurs courbes sont rejointes, l'une à l'autre, sur les faces latérales par deux rouleaux infléchis au milieu et appelés coussinets, comme au chapiteau du temple de la Victoire Aptère, à Athènes, et du temple d'Apollon Didyméen, à Milet; mais, parfois aussi, le chapiteau de la colonne d'angle a ses volutes contiguës réunies sous un angle de 45° et formant une saillie accentuée, comme dans le beau chapiteau d'angle de l'Erechtheion, à Athènes; enfin, les quatre faces du chapiteau offrent quelquefois une disposition particulière dans laquelle les huit volutes se rejoignent sur les angles, ce qui donne une grande fermeté de support au chapiteau, et dont on peut considérer comme type le chapiteau du temple d'Apollon à Bassae, près Phygalie (Péloponnèse). Au-dessous des volutes du chapiteau ionique est un quart de rond, souvent décoré d'oves, qui surmonte l'astragale ornée de perles de la colonne; mais, parfois aussi, comme à l'Erechtheion, le chapiteau offre en outre un gorgerin et une seconde astragale

Les chapiteaux d'antes ou de piliers présentent, dans l'ordre ionique grec, de grandes variétés; les uns consistent en moulures convexes, séparées par des baguettes, comme au temple de la Victoire Aptère ; mais d'autres, comme ceux des chapiteaux d'antes de l'Erechtheion, rappellent et imitent, sur une moindre hauteur, certaines données du chapiteau de la colonne, telles que le gorgerin décoré de palmettes entre deux astragales, et d'autres enfin, comme au temple d'Athéna, à Priène, ou au temple d'Apollon Didyméen, à Milet (Asie Mineure), offrent une sorte de cadre ornementé à l'intérieur par des palmettes ou des griffons. Dans l'ordonnance ionique, certaines parties des moulures des chapiteaux d'antes se continuent à la partie supérieure du mur de la cella en lui servant comme de corniche au-dessous de l'architrave. 
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Chapiteau de l'Erechtheion.
3. Chapiteau d'ante 
de l'Erechtheion, à Athènes.

3. le chapiteau corinthien.
Quoique ce soit surtout dans le monde romain que le chapiteau corinthien se présente dans toute sa splendeur et puisse être étudié dans toutes ses parties, il est néanmoins indispensable d'en rechercher les éléments à l'état rudimentaire dans l'architecture grecque ou l'on trouve, comme dans le chapiteau égyptien campaniforme, un noyau central ou calathus, sorte de corbeille placée entre l'astragale de la colonne et l'abaque et recouverte de feuilles dont celles d'angle se terminent généralement en petites volutes infléchies sous cet abaque. Une colonne du temple d'Apollon, à Bassae, et le temple d'Apollon Didyméen, à Milet, offrent des types différents, mais encore incomplets, du chapiteau corinthien grec, qui n'atteignit son entier développement que dans le petit monument chorégique de Lysicrates, à Athènes, élevé 334 ans avant notre ère et où trois rangées de feuilles, étagées l'une sur l'autre et paraissant inspirées d'ornements métalliques, montrent bien ce que deviendra le chapiteau corinthien romain de la République et du premier siècle de l'Empire.

Rome.
Aux trois ordres de la Grèce, le dorique, l'ionique et le corinthien, Rome en joignit deux autres, le toscan et le composite. Dans le toscan, que l'on peut considérer comme un dorique primitif n'ayant pu atteindre son complet développement en Etrurie, mais dont cependant Rome se servit même au temps de sa splendeur, le chapiteau, tout en rappelant le chapiteau dorique grec par son abaque et par son échine, présente, au-dessous de cette dernière, un gorgerin ou un cavet et un astragale, comme dans un chapiteau antique trouvé à Vulci et qui répond assez bien à la description que donne Vitruve du chapiteau toscan. 

Des exemples bien différents entre eux peuvent être cités de chapiteaux doriques romains : ainsi, dans les colonnes honorifiques, comme celles de Duilius, l'abaque et l'échine, quoique cette dernière soit décorée d'oves, rappellent les chapiteaux doriques grecs; mais l'échine repose sur un astragale et, dans le chapiteau dorique romain du théâtre de Marcellus, un des plus imités dans les temps modernes, l'abaque, moins épais, est recouvert d'un listel saillant, l'échine au-dessous est séparée du gorgerin par trois listels circulaires, et enfin le gorgerin est relié à la colonne par l'astragale. 

Le chapiteau ionique romain présente peu de particularités intéressantes et rappelle assez bien, mais sans offrir à beaucoup près autant de variétés, le chapiteau ionique grec. 

En revanche, le chapiteau corinthien romain, qui n'atteignit toute sa magnificence qu'à la fin de la République et sous les empereurs, est bien un type romain dans lequel, si on retrouve l'astragale, le calathus et l'abaque des chapiteaux corinthiens rudimentaires de l'architecture grecque, les trois rangées de feuilles et les hélices, sorte de volutes extérieures et intérieures infléchies sous l'abaque, ont pris le plus riche et le plus harmonieux développement qu'il soit possible de rêver; témoins les chapiteaux corinthiens des temples de Mars vengeur et de Jupiter Stator, à Rome

Quant au chapiteau composite, formé de l'alliance des volutes ioniques superposées aux deux premières rangées de feuilles du chapiteau corinthien, et dans lequel souvent des têtes, des figures de Victoires ou des trophées surgissent au milieu des faces, ce chapiteau est comme une extension décorative des formes précédemment étudiées plutôt qu'une forme typique. Cependant, le chapiteau composite romain mérite bien une mention spéciale, car outre l'influence qu'il exerça sur la composition des chapiteaux au Moyen âge, il fut bien souvent imité et inspira nombre d'artistes depuis la Renaissance jusqu'au seuil de l'époque contemporaine.

Moyen âge byzantin, roman et gothique.
L'architecture romaine s'était emparée des ordres grecs et, sans en saisir toutes les finesses, en avait cependant conservé les données principales : aussi peut-on rapprocher les chapiteaux romains des chapiteaux grecs des ordres correspondants; mais, avant même la chute de l'Empire romain, dès l'ère de Dioclétien et jusqu'à la Renaissance, on peut constater, dans l'ordonnance générale de l'architecture, des modifications profondes, telles, par exemple, que la retombée directe des archivoltes des arcs sur les tailloirs des chapiteaux des colonnes; alors le chapiteau, recevant le sommier de l'arc, au lien de se borner à prolonger la colonne en la couronnant, joua un rôle plus important dans la construction. En outre, des besoins de construction complexes et l'originalité des nombreuses écoles d'architecture qui brillèrent au Moyen âge donnèrent aux chapiteaux de cette longue période les proportions les plus différentes et une décoration des plus variées. Il serait difficile de retracer même brièvement et d'essayer de classer les données si multiples des nombreux exemples de chapiteaux que nous ont surtout conservés les églises du Moyen âge, depuis l'époque byzantine jusqu'à à la fin de l'ère gothique : cependant, en se reportant à l'article sur l'Architecture byzantine on y retrouvera, dans les chapiteaux de l'église Sainte-Sophie de Constantinople et de l'église Saint-Vital de Ravenne, des types bien choisis de chapiteaux byzantins très caractérisés, et les figures 4, 5, 6 et 7 peuvent montrer ce que devint le chapiteau en travers des variations et des développements de l'architecture romane et gothique. 
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Chapiteau de la cathédrale d'Evreux.
4. Chapiteau de la nef 
de la cathédrale d'Evreux.

La fig. 4, chapiteau de la nef de la cathédrale d'Evreux, représente un des types les plus simples, un peu grêle mais en même temps fort délicatement travaillé, de l'ère romane, chapiteau dans lequel le faisceau de feuilles prolongeant le fut de la colonne au-dessus de l'astragale forme un heureux encorbellement, supportant bien un tailloir carré composé de deux faces reliées par une doucine et donnant une assiette plus que suffisante à la retombée de l'archivolte munie d'un gros boudin. 
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Chapiteau de l'église sainte Madeleine de Vézelay.
5. Chapiteau de la nef de l'église 
Sainte Madeleine de Vézelay.

La fig. 5 montre un chapiteau pris parmi l'un des quatre-vingt-quatorze chapiteaux de la nef de l'église Sainte-Madeleine de Vézelay, ce type par excellence de l'architecture de l'école de Cluny. Ce chapiteau, dont la sculpture est largement traitée, représente, au-dessous de son tailloir décoré de gros boutons orlés qui rappellent les oves antiques, Moïse descendant du Sinaï d'où il rapporte les Tables de la loi; à la vue du prophète, un démon s'échappe de la bouche du veau d'or et un israélite, portant sur ses épaules un chevreau qu'il venait sacrifier à l'idole, reste interdit. De nombreuses scènes, empruntées à la Bible, décorèrent au reste pendant longtemps et avec une grande variété de composition les chapiteaux des édifices romans; mais, souvent aussi, le bestiaire fantastique (Imagerie) du Moyen âge fut mis à contribution. 
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Chapiteau des ruines de l'église de Déols.
6. Chapiteau des ruines de l'église de Déols,
près de Châteauroux

Ainsi, la fig. 6 offre, avec une grande finesse d'exécution, cet enchevêtrement d'animaux et d'ornements que l'on rencontre pendant une longue période du Moyen âge sur les étoffes, sur les ivoires et sur les métaux aussi bien que sur la pierre, sur le bois ou sur le verre et le parchemin, et qui est comme une caractéristique de l'ère romano-gothique. 
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Chapiteau de la cathédrale Notre-Dame de Paris.
7. Chapiteau des gros piliers cylindriques
de la cathédrale Notre-Dame de Paris.

Enfin, un dernier exemple (fig, 7), un chapiteau des gros piliers cylindriques de la cathédrale Notre-Dame de Paris, peut servir à donner une idée de ce que l'architecture et la sculpture du Moyen âge français, à leur plus belle époque, étaient arrivées à créer un art complet, sachant subir en les accentuant même et en les ornant les nécessités de la construction et satisfaire à la fois à l'art et à la raison. Dans ce chapiteau, composé de deux assises de pierre, les feuillages bien modelés et taillés avec largeur portent bien le tailloir dont les angles sont abattus et sur lequel retombent les archivoltes des arcs joignant les piliers cylindriques de la nef et les bases des faisceaux de colonnettes montant jusqu'aux grandes voûtes. Mais, après cette époque (XIIIe siècle), qui marque comme un sommet dans l'histoire du chapiteau au Moyen âge, le chapiteau, toujours et presque seulement orné de feuillages, devint de plus en plus allongé. A mesure que les faisceaux de colonnettes grêles remplaçaient les fortes colonnes des âges antérieurs, les tailloirs, de carrés ou de polygonaux, devinrent circulaires et tout l'ensemble, en offrant toujours un grand charme décoratif de plus en plus inspiré par l'étude de la nature, répondit de moins en moins à ces impérieuses nécessités de construction si bien accentuées dans les périodes romane et gothique primitives.
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Chapiteau du palais des Doges, à Venise.
Chapiteau du palais des Doges, à Venise.
 Chapiteaux du palais des Doges, à Venise (XIVe siècle).
© Photos : Serge Jodra, 2012.

On ne peut quitter cette étude du chapiteau au Moyen âge sans mentionner au moins, malgré leur peu d'influence sur l'histoire générale de l'art, les deux principaux types de chapiteaux usités dans l'architecture musulmane, types composés, l'un de petites niches ogives, en encorbellement les unes au-dessus des autres et se multipliant en s'alternant à chaque rang pour passer de la gracilité de la colonne à la fermeté du tailloir carré, comme au pavillon des miroirs à Ispahan (Iran), et l'autre formé, au-dessous d'un tailloir creusé, d'une corbeille de feuillages couvrant et surmontant des moulures diverses, horizontales et verticales, comme à l'Alhambra de Grenade (Espagne).
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Chapiteau mauresque.
Chapiteau
mauresque.

Renaissance et temps modernes.
L'étude du chapiteau, sous la Renaissance et dans les temps modernes, quoique pouvant fournir l'examen de modèles des plus variés, des plus intéressants et méritant bien de retenir l'attention, ne peut être longue; car la Renaissance, par son retour à l'antique, ne fit qu'imiter des types déjà consacrés autrefois à Rome et, depuis la Renaissance, l'Antiquité et, dans ces derniers temps, l'antiquité mieux et plus complètement connue et le Moyen âge inspirèrent les artistes, même quand ceux-ci s'efforcèrent de créer du nouveau. On peut donc ne pas s'appesantir sur les différents exemples de chapiteaux si nombreux dus à la verve, à la singulière liberté et parfois à la fantaisie avec laquelle les maîtres de la Renaissance s'inspirèrent de l'Antiquité; mais il faut mentionner la grande influence exercée d'abord en Italie, puis en France et ensuite dans le monde entier, par les nombreux traités d'architecture imités de Vitruve et parus en italien, en français et dans pratiquement toutes les langues européennes, traités qui, consacrés aux ordonnances d'architecture et aux relevés d'édifices anciens, fournirent une mine inépuisable de types précieux à consulter. En effet, pendant plusieurs siècles, les monuments de l'Italie, de le France et de l'Europe rappelèrent, dans leurs chapiteaux ainsi que dans leurs autres parties, les conceptions des artistes gréco-romains et si, par la suite, les architectes et les sculpteurs, élargissant leur sphère de recherches, se sont encore s'inspirés de la Grèce autant que de Rome, parfois de l'art roman-gothique et même de l'art musulman, on ne peut nier que, sauf quelques bizarreries et sauf les monuments commémoratifs, lesquels sont moins soumis que les autres aux exigences des ordonnances architecturales, les chapiteaux exécutés jusqu'au XIXe siècle appartiennent à des données précédemment étudiées et rappellent des oeuvres d'époques souvent mentionnées dans cet article. 
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Chapiteau de la colonne de Juillet, à Paris
8. Chapiteau de la colonne commémorative
des journées de juillet 1830, à Paris.

Cependant, quelques types seraient à mentionner en dehors des nombreux chapiteaux si heureusement imités de l'antique depuis quatre siècles par des maîtres italiens et français : c'est ainsi qu'à Paris, Louis Duc étudia, pour la colonne commémorative des journées de juillet 1830 (fig. 8), place de la Bastille, un chapiteau composé d'éléments divers et atteignit l'originalité tout en s'inspirant de motifs connus mais auxquels il sut donner un caractère propre exigé par l'emploi du bronze; de même, Charles Garnier, dans le chapiteau ionique de la loggia de l'Opéra, lui aussi exécuté en bronze. Mais de tels exemples, marqués d'une empreinte personnelle, sont rares et les artistes de cette époque semblent, en suivant les programmes des édifices et parfois en tenant compte de traditions locales, s'efforcer d'étudier plus scrupuleusement que jamais l'ère architecturale dont ils s'inspirent sans guère s'affranchir des formes de chapiteaux que l'Antiquité et le Moyen âge leur ont léguées. (Charles Lucas).
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Chapiteau antique (Jouarre).
Chapiteau latin du VIIe s. (Grenoble).
Chapiteau roman du XIe s. (Brantôme).
Antique
Jouarre (Seine-et-Marne).
Latin du VIIe siècle
Grenoble, Saint-Laurent
Roman du XIe siècle
Brantôme (Dordogne).
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Chapiteau roaman du XIIe s. (Puybarban).
Chapiteau roman du XIIe s. (Saint-Pierre-le-Moutier).
Chapiteau roman du XIIe s. (Saint-Gaudens).
Roman du XIIe s.
Puybarban (Gironde).
Roman du XIIe s. St-Pierre-le-Moutier (Nièvre). Roman du XIIe siècle
St-Gaudens (Haute-Garonne).
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Chapiteau gothique, fin du XIIe s. (Saint-Leu-d'Esserent).
Chapiteau gothique du XIIIe s. (Chartres).
Chapiteau gothique de la fin du XIIIe s. (Troyes).
Gothique, fin du XIIe s.
St-Leu-d'Esserent (Oise).
Gothique du XIIIe s. 
Chartres, cathédrale
Gothique, fin du XIIIe siècle
Troyes, Saint-Urbain.
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Chapiteau gothique du XVe s. (Provins).
Chapiteau renaissance du XVIe s. (Caen).
Chapiteau moderne des XVIIe-XVIIIe s. (Bordeaux).
Gothique du XVe s.
Provins, Sainte-Croix.
Renaissance du XVIe s.
Caen, Hôtel des Monnaies.
Moderne des XVIIe-XVIIIe s.
Bordeaux, musée.
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Dictionnaire Architecture, arts plastiques et arts divers
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