.
-

L'île de la Pantelleria

36°47 N
11°59' E
La Pantellaria ou Pantelleria (Cossyra des Anciens, Pantiddirìa en sicilien) est une île de la mer Méditerranée, dépendant de l'Italie, entre la Sicile et la Tunisie, à 96 km Sud-Ouest du cap Granitola et 76 km du cap Bon. Elle a 84 km² et 46 km de circonférence. 

D'origine volcanique, principalement formée de trachyte, son ancien cratère central, Montagna Grande, s'élève à 836 m. Le sol est fertile, malgré le manque d'eau douce; il est cultivé en vignes, oliviers, arbres fruitiers, céréales, coton. Il y a plusieurs sources thermales.

La population, dont la moitié habite le chef-lieu, Pantelleria ou Oppidolo, situé au fond d'une petite baie du rivage Nord parle un dialecte arabe mélangé de mots italiens

Cette île fut occupée par les Phéniciens, puis par les Carthaginois auxquels les Romains succédèrent. Les Sarrasins en furent chassés par le roi Roger de Sicile, mais leurs pirates la ravagèrent plusieurs fois depuis. Son ancien château a servi de prison d'État.

Géographie de la Pantelleria

Topographie générale.
Du Nord-Ouest au Sud-Est, qui est le sens de sa plus grande dimension, l'île offre une longueur de 13,6 km; elle a sept kilomètres de largeur moyenne. Sa forme générale se rapproche de l'ellipse, mais les contours en sont extrêmement dentelés. A partir de la pointe Monadone qui en forme l'extrémité septentrionale, on côtoie d'abord des falaises arides et rocheuses jusqu'à la baie qui porte le nom de Cala delle cinque denti, ainsi nommée à cause des nomreuses découpures de la rive. Un peu plus loin est la Punta Serafina, à laquelle succèdent les deux baies appelées Cala Tramontana et Cala Levante, extrêmement pittoresques dans leur aspect, et que sépare une pointe à l'extrémité de laquelle surgit (comme on en voit aux îles Lipari de fréquents exemples) un rocher Isolé qui élève au-dessus des eaux une haute cime, pendant que sa base reste, jusqu'à une grande profondeur, détachée l'île principale. Un îlot semblable est situé à l'extrémité Sud-Est de la Pantelleria, élevant son cône rocheux en face de la Punta della Finestra, ainsi appelée d'une ouverture qu'on y remarque à une hauteur considérable au-dessus des eaux; et un autre rocher pareil surgit en face de la pointe Sataria, à l'extrémité Ouest de l'île. 

Après la pointe della Finestra, on rencontre, au Sud, la Cala Rotonda; en général cependant, depuis la Cala Levante jusqu'à la pointe Nica, la plus avancée au Sud-Ouest, les côtes orientales et méridionales offrent des pentes escarpées et inaccessibles, percées à leur base de grottes très fréquentées par les pigeons sauvages, surtout celles du rocher voisin de la pointe della Finestra.

Sur les rivages occidentaux, au contraire, on trouve beaucoup de points d'un facile accès, avec des pentes assez douces et agréablement boisées : c'est là qu'on rencontre d'abord la pointe Sciarra, puis la pointe Sataria; et l'on arrive ainsi au Nord-Ouest de l'île, où s'ouvre le port principal, entre les pointes de Santa-Croce et de San-Leonardo : c'est un petit havre, de cinq à six cents mètres d'ouverture, avec quatre à cinq mètres d'eau diminuant graduellement jusqu'à deux mètres et moins encore, à mesure qu'on approche du fond de la baie, où la ville est bâtie. Il offre un très bon mouillage pour les petits bâtiments du pays, sauf le cas où il souffle un fort vent du Nord-Ouest, qui y produit alors un violent ressac. Les gros navires sont forcés de mouiller à deux milles au large, environ, par une trentaine de mètres d'eau, sur un fond de sable. Dans l'intérieur du port sont disséminées plusieurs têtes de roches perçant la surface de l'eau, qui laissent un passage d'une centaine de mètres de large et d'une dizaine de mètres de profondeur, entre elles et une pointe aiguë projetée en avant de la rive orientale du bassin, et qu'il faut doubler pour arriver au débarcadère.

Cette île est formée par un groupe de montagnes fort élevées, décharnées, d'un aspect sauvage, sillonnées de gorges et de ravins, affectant une forme très irrégulière, et ne présentant de tous côtés qu'escarpements, coupures, précipices, grottes et excavations de toute espèce. Le point culminant, qui est vers le centre de l'île, mesure une hauteur absolue de six cent soixante-treize mètres au-dessus du niveau de la mer.

Nature volcanique du sol.
La nature de ces montagnes est complètement volcanique. Dolomieu, qui les parcourut en 1769, nous en a laissé une courte description, en exprimant le regret que le temps et les circonstances ne lui eussent pas permis de les étudier avec plus de détail; ce qu'il en dit reste encore intéressant à lire; et le capitaine Smyth, qui les décrit aussi après les avoir visitées en 1815, semble s'être borné à résumer les indications du célèbre géologue, auquel nous ne pouvons mieux faire que d'emprunter à notre tour les éléments d'une esquisse abrégée.

Suivant l'observation de Dolomieu, les montagnes de la Pantelleria portent de toutes parts les vestiges des phénomènes volcaniques qui les ont produites, et des ouvertures profondes qu'il a faites sur leurs flancs ou sur leurs sommets elles sont formées de scories noires et de laves solides; les vallées qui les séparent sont couvertes de laves qui ont coulé de tous côtés et dont l'entassement a formé de très grands massifs. Elles ont presque toutes pour base le porphyre ou la roche cornéenne, et elles contiennent, dans un fond noir, des cristaux nombreux de feldspath blanc, et quelques schoeris noirs : elles sont en général très vitreuses, preuve de l'ancienne activité volcanique, autant que de la fusibilité des matières qu'elles ont traitées. On y trouve, beaucoup plus que dans les autres volcans, des verres parfaits ou pierres obsidiennes en blocs d'un très gros volume; mais dans le centre de cette vitrification bien noire, très dure, et d'une cassure aussi nette que celle du cristal, il y a toujours une infinité de cristaux de schoerl blanc, qui n'ont éprouvé d'autre altération que beaucoup de gerçures. De toutes les matières volcaniques propres à faire de petits vases, des boîtes et d'autres objets d'ornement, celle-ci est la plus agréable; elle prend le poli et le lustre de l'agate la plus fine, et elle a une couleur noire très foncée qui fait un très bel effet avec les taches blanches de feldspath.

Le capitaine Smyth ajoute que la pierre ponce est abondante, ainsi que de la pouzzolane, l'une et l'autre étant d'excellente qualité.

Grottes qui offrent divers phénomènes singuliers.
Il y a dans ces montagnes une grande quantité de cavernes qui présentent toutes des phénomènes singuliers. Plusieurs tirent, de la figure prismatique des colonnes de basalte qui en forment les parois, un aspect très pittoresque analogue à celui d'arceaux gothiques en ruine. Près de la pointe Satana il en est quelques-unes, appelées Stufe ou étuves, que les habitants croient fermement posséder des vertus très efficaces pour la guérison de certaines maladies. 

Suivant le rapport qu'en fait Dolomieu, on voit sortir par un trou ou galerie étroite et inclinée, qui est dans le fond de cet autre, une fumée humide qui à son débouché établit un courant d'air assez fort et semblable à celui des étuves de Sciacca en Sicile; ces vapeurs, par le contact de l'atmosphère, se condensent sous la voûte, coulent contre les parois, et forment un petit ruisseau d'eau douce qui s'échappe de cette caverne obscure et qui sert pour la boisson.

A peu de distance de la ville, il y a une autre grotte et quelques fentes dans le corps de la montagne, d'où il sort, au contraire, un courant d'air très froid, qui cause une sensation très vive lorsqu'on y présente la main. Les habitants, paraît-il, viennent ou y venaient y exposer les vaisseaux qui renferment leur boisson, et celle-ci acquiert une fraîcheur qui devient glaciale quand le liquide reste assez longtemps soumis à cette influence réfrigérante.

Au milieu des montagnes est un endroit appelé Serallia Favata, qui offre des traces sensibles d'une inflammation existant encore avec une espèce d'activité. Il sort, par une infinité de petits trous et de fissures, une fumée sulfureuse et épaisse qui blanchit les pierres exposées à son influence, et qui sublime du soufre à l'extrémité des canaux qui lui donnent issue; le sol y est presque brûlant. A peu de distance il y a une grotte au fond de laquelle on entend le bruit d'une chute d'eau considérable, et dont il sort une fumée épaisse qui se condense au contact de l'atmosphère, et qui couvre d'humidité quelques arbrisseaux voisins. Dans une petite anse gui est à un kilomètre de la ville, débouche, par une gorge étroite, un gros ruisseau doué d'une chaleur si considérable, qu'il rend tiède l'eau de la mer à laquelle il se mêle; on en éprouve encore la sensation à dix pas du rivage. Dolomieu pensait que ce ruisseau, dont il ne put aller chercher la source, pourrait bien être formé par l'eau dont la chute s'entend dans la grotte de la Favata.

Lacs formés dans des cratères de volcans éteints.
En arrière de la Cala di cinque denti, à cinq cents pas de la ville, il y a un lac nommé Bagno dell'Aqua ou Lago Spechio du Venere, qui occupe un ancien cratère, et qui a des dimensions de 500 m sur 400 m (1700 m de circonférence), sur une immense profondeur; les eaux en sont tièdes, et les habitants s'en servent pour laver leur linge; on voit quelquefois une espèce de bouillonnement produit par un dégagement d'air. Il ne contient aucun poisson; mais, loin de chasser les oiseaux ou de faire tomber morts ceux qui volent au-dessus de sa surface, ainsi qu'on le disait anciennement du lac Averne, il les attire, au contraire; par sa température chaude, et ils se rassemblent par milliers pendant l'hiver. Il sort du pied de cette montagne plusieurs sources d'eau chaude, qui sont fournies vraisemblablement par le lac; et un peu plus loin, tout près de la pointe Serafina, est une petite anse où il s'en trouve également plusieurs qui, tenant en dissolution de la soude, ont une qualité savonneuse que l'on mettait autrefois à profit pour le blanchissage.

Suivant une indication recueillie par Dapper, on trouve au milieu de l'île un abîme ou gouffre, appelé Fossa. On avait dit pareillement au capitaine Smyth que, sur la montagne la plus haute, qui est au centré de l'île, étaient les restes d'un cratère converti en un lac d'eau douce; mais on ne s'accordait pas sur son étendue, et il ne put l'aller vérifier par lui-même, ainsi qu'il l'eût voulu faire.

Aspect général de l'île et de sa végétation.
L'aspect général de l'île correspond de tout point à son origine; et quoique ce volcan ne fasse plus d'éruption depuis un très grand nombre de siècles, il conserve encore toute l'aspérité et la teinte noire et brûlée des volcans les plus modernes. Presque toutes les hauteurs se refusent encore à la végétation; mais le flanc des montagnes et le fond des vallées produisent naturellement différents arbrisseaux, parmi lesquels le lentisque joue le premier rôle. Sur les pentes méridionales de la principale montagne s'étend une belle forêt où dominent le châtaignier et le chêne; plus bas, les oliviers ont une floraison magnifique.

Les Pantelleriens travaillent opiniâtrément cette terre ingrate; ils cultivent peu de blé, et leur récolte d'une année suffit à peine à la consommation de trois mois, ce qui les rend tributaires de la Sicile pour leur approvisionnement; mais ils ont beaucoup de cotonniers, de vignes, d'oliviers et de plantes potagères; leurs fruits sont excellents, et leurs raisins surtout sont parmi les plus beaux de toute la Méditerranée.

Ainsi qu'il est naturel de le penser, les cultures se sont agglomérées autour de la ville, et la Pantelleria, vue de ce côté, présente un charmant aspect, dont un touriste américain, Bigelow, faisait, à la fin du XIXe siècle, une peinture que l'on ne peut se défendre de trouver empreinte de quelque exagération, tant elle diffère du sévère portrait de Dolomieu, confirmé plutôt que contredit par les indications de Smyth. Mais rien n'oblige le touriste et le géologue à porter un regard identique sur le même objet.

« Pantelleria, écrivait Bigelow, ressemblait à une algue marine verdâtre, entourée d'une monture en bleu; le soleil levant semblait se complaire à éclairer cette terre charmante. Combien elle enchanta nos regards lorsque nous nous en fûmes approchés, et que nous glissâmes le long de ses rivages d'émeraude! La verdure, éclairée par les rayons du soleil, avait pris une  teinte plus vive, et la végétation étalait toute sa richesse : des vergers en pleine floraison déployaient des nuances variées à l'infini; dans tous les jardins, l'amandier était couvert d'une profusion de fleurs rosées; les orangers et les citronniers exhalaient les odeurs les plus suaves, et toute la nature souriait sous l'influence d'une matinée délicieuse. Les vagues de la mer, réduites à des ondulations douces en approchant du rivage, brisaient sur ses bords en cercles blancs comme la neige et ressemblant à des colliers de perles orientales.

Ce ne sont pas des beautés imaginaires que je décris; mes expressions ne peuvent suffire à rendre les impressions produites par le tableau qui s'offrait spontanément à mes regards : souvent nous étions à peine éloiignés d'une portée de trait de la côte, parce que la profondeur de la mer permet partout d'en approcher ainsi; nous étions du côté où peut-être la perspective est la plus belle et la plus variée, et nous pûmes en jouir à loisir. Nous contemplâmes la ville, qui est bâtie à l'extrémité Nord-Ouest l'île, et sa jolie alameda ou promenade. Nous aperçûmes les habitants, les uns occupés, d'autres, en plus grand nombre, marchant d'un air tranquille, ou assis et faisant la conversation à l'ombre des arbres fleuris. Des paysans travaillaient aux vignes et aux oliviers; sur les chemins conduisant de la ville à la Cala Tramontana et à San Gaetano, des muletiers et des hommes ou des femmes allant et venant à pied, animaient la scène générale.

Quand nous eûmes doublé la pointe septentrionale du port, et quitté la ville, le paysage nous offrit un caractère différent, mais non moins agréable : le monastère de Saint-Théodore dominait sur nous du haut d'un coteau verdoyant et boisé; des maisonnettes, dans des situations pittoresques, se présentaient successivement à nos regards. Plusieurs petites vallées d'un agrément merveilleux attiraient notre attention; de temps en temps nous apercevions un ruisseau limpide se glissant à travers l'herbe fraîche pour aller se mêler avec les eaux qui baignaient ces rivages enchantés. En un mot l'île se déployait comme un vaste jardin partagé en enclos sans nombre, dont les limites circonscrites marquaient la valeur et la fertilité des plus petits espaces; c'était réellement un tableau ravissant; l'imagination la plus riche n'aurait pu concevoir rien de plus cieux. »

Histoire de la Pantelleria

Nom ancien de l'île.
Le nom de Pantelleria ou Pantellerea, que porte aujourd'hui cette île, ne nous laisse pas deviner son étymologie; il se trouve dans le portulan de Jean d'Uzzano, ainsi que dans la carte catalane de la bibliothèque du roi Charles V, qui date de 1375, et peut-être n'est-il pas beaucoup plus ancien; il figure cependant déjà, sous une forme un peu différente (la Pantanella), dans les mémoires de Raymond Montaner, en l'année 1313. L'étymologie du mot de Pantanella se révélé d'elle-même dans la signification bien déterminée de ce mot, diminutif de Partano, un marécage : serait-ce une allusion au lac du Bagno ou à la Fossa? Nous n'osons rien affirmer à ce sujet.

Il a remplacé, pour les Européens, celui de Qoussrah, conservé par les Arabes, et dans lequel se perpétue la dénomination antique de cette petite terre. Les écrivains classiques l'écrivent de manieres très diverses : parmi les Grecs, Scylax orthographie Kosyros, PolybeKossyros, StrabonKossoura, Appien et PtoléméeKossyra; parmi les Latins, on trouve Cosyra chez Ovide et chez Pline, Cossyra dans Silius Italicus, Cosura dans Méla et Sénèque, enfin Cossura dans Ethicus, Martianus Capella et Paul Diacre, ainsi que dans plusieurs médailles.

Bochart trouvait, au nom de Cossura, une étymologie punique. Il n'avait garde de l'oublier : il a même deux étymologies toutes prêtes : si ce nom était écrit par les Carthaginois ou les Phéniciens Qoussrah, comme il est orthographié par les Arabes, cette appellation faisait allusion à la petitesse de l'île, que Silius Italicus a en effet remarquée; ou bien on peut penser que sa stérilité, stigmatisée par Ovide et par Sénèque, lui avait valu une dénomination dérivée de Hhoser, qui signifie disette. Ce sont des jeux d'esprit qu'il n'est pas donné à tout le monde de se permettre, et auxquels Bochart pouvait seul imposer quel que gravité.

Origine phénicienne des habitants de la Pantellaria.
Il est à présumer que Kossyra ou Cossura reçut, comme Malte, et à la même époque, ses premiers habitants de la Phénicie; et si elle ne fut pas directement peuplée par les Phéniciens qui durent la visiter, on a du moins la certitude qu'elle fut occupée par les Carthaginois, car on possède des médailles puniques frappées dans cette île, et qui sont en tout semblables, sauf les caractères de l'inscription, aux médailles romaines de la même localité, portant en lettres latines le mut COSSVRA; Boze communiqua, en 1731, à l'Académie des inscriptions et belles-lettres, un dessin comparatif des unes et des autres, en faisant remarquer la similitude complète des types, la correspondance nécessaire des caractères puniques de l'un avec les caractères latins de l'autre, et la date relative qui en résultait, l'un appartenant à l'époque carthaginoise, autre à l'époque romaine.

On peut tirer, de la langue des habitants, un argument encore en faveur de leur origine punique; non en prenant cette langue pour un reste de la langue des Carthaginois, ainsi que longtemps les érudits l'ont pensé du maltais, mais en faisant remarquer ici, comme on peut le faire pour la population de Malte, que les habitants de la Pantelleria parlent un dialecte de l'arabe, malgré leurs rapports presque exclusifs de très longue date avec la Sicile; et cependant ils n'ont guère subi que trois siècles de domination arabe, entre neuf siècles de domination romaine et huit siècles de domination sicilienne et italienne : d'où il faut conclure que leur langue actuelle s'est greffée sur une langue antérieure analogue (tel que le punique), que la domination des Romains n'avait pu leur faire oublier.

Histoire ancienne de la Pantellaria.
C'est pendant la Première Guerre punique que nous voyons Cossura apparaître pour la première fois dans l'histoire : Zonare nous raconte que les consuls Servius Fulvius Paetinus Nobilior et Marcus Aemilius Paullus ayant équipé une flotte de trois cent cinquante galères pour aller rétablir, en Afrique, les affaires des Romains compromises par la défaite de Régulus, furent poussés par une tempête sur l'île de Cossura, en 255 avant l'ère commune; ils profitèrent de l'occasion pour y faire une descente, ravagèrent tout le plat pays et prirent la ville capitale, appelée du même nom que l'île entière : ils allèrent ensuite remporter quelques avantages sur la côte d'Afrique, et revinrent subir un désastreux naufrage sur les rivages de Sicile; mais leurs prouesses furent jugées des plus glorieuses, et rentrés à Rome à l'expiration de leur charge, ils eurent tous deux les honneurs du triomphe pour leurs victoires navales sur les Cossuriens et les Carthaginois, ainsi que le constatent les fastes capitolins : Fulvius Nobilior triompha le 20 janvier de l'année 254, et son collègue eut le même avantage le lendemain 21 janvier; des médailles frappées en mémoire de ce triomphe sont parvenues jusqu'à nous. Cependant la possession de Cossura par les Romains fut de courte durée sur la nouvelle du désastre de leur flotte, les Carthaginois s'empressèrent d'envoyer des vaisseaux et des troupes sous la conduite de Carthalon, qui reprit, en passant, l'île et la ville de Cossura, et gagna ensuite la Sicile.

Pendant la Seconde Guerre punique, en l'année 217 avant notre ère, le consul Cnaeus Servilius, qui commandait la flotte romaine, ayant fait vers le sud une croisière, et rançonné l'île de Cercina, parut devant Cossura, dont il s'empara, et mit garnison dans sa petite ville, ainsi que le raconte PoIybe. Et néanmoins le poète Silius ltaIicus nomme la petite Cossyre parmi les populations qui en 213 envoyèrent des renforts à l'armée cathaginoise de Sicile. Mais lorsque Carthage tut tombée, Cossura fut désormais romaine.

Au temps des guerres civiles de Marius et de Sylla, en l'année 82 avant notre ère, le consul Cnaeus Papirius Carbo, qui tenait encore en Afrique contre la fortune de Sylla et de Pompée, voulant se rapprocher de la Sicile, se rendit, avec plusieurs sénateurs et autres gens de marque qui lui étaient demeurés fidèles, dans l'île de Cossura, d'où il dépêcha Lucius Brutus à Lilybée pour avoir des nouvelles; mais Brutus fut arrêté et se tua; et Pompée, averti que Garbo était à Cossura, envoya aussitôt des gens sûrs pour s'emparer de lui et des siens, et les ramener en Sicile, où ils furent tous mis à mort.

Nous devons occasionnellement à Sénèque quelques lumières sur l'état de Cossura pendant la domination romaine : déjà Ovide avait d'un mot caractérisé sa nature stérile; Sénèque est plus explicite : dans son livre de la Consolation, adressé à sa mère Helvia, développant la thèse qu'il n'est pas de lieu d'exil où quelqu'un ne vive pour son plaisir, il lui cite pour exemple les lieux les plus déserts, les lies les plus âpres, entre autres, Cossura :

" Que peut- on, lui écrit-il, trouver de plus décharné, de plus abrupt de toutes parts que ce rocher? Qu'est-il de plus dénué de tout quant aux provisions, de plus farouche quant aux hommes, de plus laid quant à l'aspect des lieux, de plus variable quant au climat? Et cependant il s'y rencontre plus d'étrangers que de natifs."


Histoire moderne de la Pantellaria.
Ce n'est qu'au IXe siècle de notre ère que cette île fut conquise par les Arabes; Ibn-Khaldoun, dans son histoire des Aghlabites, raconte ou plutôt indique, sous l'année 220 de l'hégire, 835 de l'ère commune, qu'une flotte fut dirigée par Zvâdet-Allah, roi de Kairouan, contre l'île de Qoussrah, où elle rencontra (et battit) la flotte de l'empereur de Constantinople. Au mois de janvier 1026, suivant un récit d'Ibn-el-Atsir, Qoussrah fut témoin d'une tempête qui assaillit et disloqua une flotte de quatre cents bâtiments, que Mo'ezz ben-Bâdis envoyait au secours des Arabes de Sicile, et dont la plupart périrent dans la tourmente : le même fait est rapporté par le Nowaïri, qui nous fait ensuite connaître comment, en l'année 1143, le roi de Sicile Roger envoya une flotte de cent cinquante vaisseaux, sous les ordres de son amiral Georgi, pour s'emparer de Qoussrah, et se diriger ensuite contre Mehdyah, sur la côte d'Afrique. Edrisi, qui vivait à la cour de Roger, dit que cette île est bien fortifiée, qu'elle a des puits, des champs cultivés et des oliviers; qu'on y trouve beaucoup de chèvres sauvages qui s'enfuient à l'approche des humains; enfin, qu'elle a un port assez bien abrité.

Réunie à partir de ce moment à la Sicile, la Pantellaria forma pendant longtemps une partie du domaine de la reine; elle passa ensuite à diverses familles privées, jusqu'à ce qu'en 1492, elle fut inféodée, à titre de principauté, à la maison de Requesens, à qui elle est restée jusqu'à l'intégration de la Sicile au royaume d'Italie. 

Le fameux corsaire Dragut y fit, en 1588, une descente, saccagea le château, et emmena un millier d'habitants en esclavage; elle éprouva encore depuis quelques actes de piraterie de la part des vaisseaux barbaresques, jusqu'à ce que la France eût enfin purgé la Méditerranée de ces écumeurs de mer. (D'Avezac).



[La Terre][Cartotheque][Etats et territoires][Histoire politique]

[Pages pratiques][Aide][Recherche sur Internet]

© Serge Jodra, 2009 - 2015. - Reproduction interdite.