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Edrisi

Abou Abd Allah Mohammed lbn Ahmed, connu sous le nom de Ach-chérif al-Edrisi,  est un géographe arabe né vers 1099, à Ceuta, mort vers 1180, et descendant du fondateur de la dynastie marocaine des Edrisites. II vint étudier à Cordoue, où il s'adonna principalement à l'étude de l'astronomie, de la géographie et de la médecine.

Chassé des domaines qu'il possédait en Afrique, il se mit ensuite à voyager, visita le Sud de l'Italie, la Grèce, l'Asie Mineure, le Maroc, le Portugal et même, dit-on, les côtes de France et d'Angleterre. Etant venu en Sicile, il fut retenu par Roger II, roi normand des Deux-Siciles, qui le combla de ses faveurs. 

Suivant le désir de ce prince,  vers 1153 (548 de l'hégire), Edrisi grava sur un planisphère (daïra) d'argent, du poids de huit cents marcs, la forme de la Terre telle qu'on la supposait alors, divisée en sept climats parallèles, le premier commençant vers l'équateur et le septième comprenant les pays de l'extrême Nord et limité par l'océan Ténébreux. Il y fit graver, en arabe, tout ce qu'il avait pu savoir des diverses contrées de la terre alors connues,.

Il écrivit ensuite, pour l'intelligence de ce planisphère, un traité qu'il intitula Nozhat Al Mochtâq fi Ikhtirâq al Afâq (récréation de celui qui désire parcourir les horizons). Cet ouvrage est le traité géographique le plus complet que les Arabes nous aient laissé. L'exactitude avec laquelle Edrisi indique les mesures itinéraires et l'intérêt des détails qu'il rapporte font de cette oeuvre un document précieux pour la géographie du commencement du Moyen âge  (Le géographie médiévale). 

On trouve dans ce livre curieux une description complète du monde entier, ou du moins du monde connu, de tous les pays, de toutes ses villes et de toutes ses particularités physiques et politiques. Edrisi partage la Terre en sept climats qui, partant de l'équateur, s'étendent au nord jusqu'à cette limite, au delà de laquelle en suppose que le froid la rend inhabitable. Chaque climat est partagé lui-même par des lignes perpendiculaires en onze parties égales, qui commencent à la côte occidentale de l'Afrique, et finissent à la côte orientale de l'Asie. Ainsi, le monde se compose de soixante dix-sept carrés égaux, semblables aux cases d'un échiquier, ou à celles que forme sur une carte plate l'intersection des longitudes et des latitudes.

Edrisi commence ensuite son ouvrage par la première subdivision du premier climat, qui comprend la partie occidentale du centre de l'Afrique, et il s'avance ainsi vers l'est en traversant successivement les autres sections de ce climat, jusqu'à la mer de Chine qui lui sert de limites. Il revient alors à la première partie du second climat, et continue sa marche d'après le même procédé, jusqu'à ce qu'il atteigne enfin la onzième division du septième climat, qui finit à l'extrémité nord-est de l'Asie.

Les inconvénients d'une pareille méthode se conçoivent facilement. Au lieu de décrire à part chaque région, ou du moins chaque pays qui présente le même caractère physique, Edrisi les découpe, par un procédé purement mécanique, en fragments décrits dans plusieurs parties séparées de son ouvrage, qui ne contient ainsi aucun aperçu général sur aucune grande contrée de la terre.

Dans une esquisse sommaire de cosmographie, le géographe arabe représente la Terre comme un globe, dont la régularité n'est interrompue que par les montagnes et les vallées de sa surface. Il adopte le système des anciennes écoles qui supposent une zone torride inhabitée; mais, comme il connaissait au midi du tropique des régions fort peuplées, il recule le commencement de cette zone jusqu'à la ligne équinoxiale. Au-delà, dit-il, il n'y a ni plantes ni animaux : la chaleur rend la terre inhabitable. Par la même raison, dans son système, le monde ne peut être habité que jusqu'au 64e degré de latitude nord; au-delà, tout est couvert de glaces et de frimas éternels.

Edrisi donne 11,000 lieues de tour à la terre, et s'en rapporte aussi au calcul d'Hermès, qui lui en trouva 12,000. Il adopte la division établie des 360 degrés; mais en même temps il remarque que, vu l'impossibilité où sont ses habitants de franchir la ligne équinoxiale, le monde connu ne forme qu'un seul hémisphère, composé moitié de terre et moitié d'eau, et que la plus grande partie de cette eau appartient à la grande mer, qui environne la terre par un cercle continu, semblable à une zone, et au milieu de laquelle la terre flotte comme un oeuf dans un bassin. L'unique partie de cette mer qui fût un peu connue était l'Océan Atlan-, tique, nommé la mer des Ténèbres. Une autre partie qui baignait la côte nord-est de l'Asie s'appelait la mer des Ténèbres profondes, parce que le climat sombre du pays rendait encore plus épaisse l'obscurité qui, dans l'opinion des Arabes, régnait constamment sur l'Océan. Outre la grande mer ou Océan, Edrisi en compte sept autres plus petites, à savoir, la mer Rouge ou le golfe Arabique, la mer de Damas ou la Méditerranée, la mer Verte ou le golfe Persique, la mer du Pont ou la mer Noire, la mer de Venise ou l'Adriatique, et la mer de Géorgie ou Daitem, nom par lequel il désigne sans doute la mer Caspienne.

Edrisi paraît ainsi avoir possédé toutes les connaissances dont disposaient alors les Arabes. On voit, d'après le planisphère, que les noms des villes, des contrées et leur situation respective, leur étaient donnés d'après des itinéraires de voyageurs récents dans toutes les parties du monde; mais que leur système géographique était, sous un point de vue général, le même que celui de Strabon, rectifié, quant à la mer Caspienne et au nord de l'Europe, par les idées de Ptolémée, dont les Arabes avaient traduit l'ouvrage dans leur langue, et aussi par les découvertes récentes, qui leur donnaient quelques notions confuses sur plusieurs contrées orientales, et surtout sur la Chine et la Tartarie chinoise.

Il suffit de comparer ce planisphère avec quelques autres qui ont été composés par des géographes chrétiens et d'Occident, depuis Edrisi jusqu'au commencement des courses maritimes des Portugais à la fin du XVe siècle, tels que celui qui a été gravé dans le recueil des historiens des croisades publié par Bongars, celui de la bibliothèque Borgia, la carte manuscrite collée sur bois de la bibliothèque nationale de Paris, le planisphère d'Andrea Bianco, inséré par Formaléoni dans l'Essai sur la navigation des Vénitiens, celui de Fra Mauro dans la bibliothèque Marciana à Venise, et même le globe de Martin Behaim à Nuremberg , pour être convaincu que pendant trois siècles et demi les géographes de l'Europe n'ont fait que copier, avec des variations peu importantes, le globe d'Edrisi; et que même les additions faites à ce globe, d'après la relation de Marco Polo, n'ont amené aucun changement remarquable au système général qu'on avait reçu des Arabes, puisqu'on retrouve dans toutes ces cartes les mêmes défauts que dans les leurs. On y voit aussi les mêmes noms, le rempart de Gog et de Magog, et toutes les autres légendes alors en vogue.

Ajoutons que l'ouvrage d'Edrisi renferme plus de détails positifs sur l'intérieur de l'Afrique et de l'Arabie, qu'on n'en trouvait dans les géographes modernes, qui, au milieu du XIXe siècle en savaient moins sur ces contrées qu'Edrisi et les auteurs arabes où il a puisé.

Des exemplaires manuscrits de l'ouvrage se trouvent dans les bibliothèques de Paris et d'Oxford. Un abrégé en arabe imprimé à Rome en 1592 a été traduit en latin sous le titre de Geographia Nubiensis (Paris, 1619). Plusieurs parties ont été publiées séparément Edrisii Africa, par Hartmann (Göttingen, 1796); Edrisii Hispania, par le même (Marbourg, 1803); Descripcion de España, par Conde (Madrid, 1799). A. Jaubert en a donné une traduction française complète : Géographie d'Edrisi (Paris, 1836-1840, 2 vol.). Enfin une excellente édition de la partie concernant l'Espagne et l'Afrique a été publiée par Dozy et de Goeje : Edrisi, Description de l'Espagne et de l'Afrique, avec traduction française et notes (Leyde, 1866). Non moins remarquables sont : Saavedra, La Geografia de España (Madrid, 1881); Amari et Schiaparelli, L'Italia (Rome, 1883); Gildemeister, Palaestina und Syria (Bonn, 1885). (L. Leriche / W - R).

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