 |
Le Brun
(Charles). - Peintre français,
né à Paris
le 24 février 1619, mort aux Gobelins
le 12 février 1690. Fils d'un sculpteur employé aux travaux
d'art de l'hôtel du chancelier Séguier, il fut de très
bonne heure remarqué par le chancelier qui, à onze ans, le
logea dans son hôtel et lui donna Simon Vouet
pour maître. Dès l'âge de quinze ans, ce peintre d'une
puissance de travail prodigieuse commence à beaucoup produire. A
Fontainebleau
il copie la Sainte Famille de Raphaël;
puis le chancelier Séguier le confie à Nicolas
Poussin et l'envoie à Rome
où il arrive le 5 novembre 1642. Il y passe quatre ans, y suit les
conseils de Poussin et en revient célèbre et ambitieux. A
Rome, il a beaucoup étudié l'Antiquité ,
mais il s'est arrêté surtout aux recherches de costumes, au
côté extérieur et décoratif de l'art.
Il est à peine rentré à
Paris
qu'il obtient de Séguier l'institution d'une académie qui
apprenne à dessiner « d'après
le naturel », et, sous les auspices de Mazarin,
l'Académie royale de peinture
et de sculpture se fonde (1648) : Le Brun
naturellement est un des douze anciens; il en sera directeur en 1683. En
1649, il décore l'hôtel Lambert avec son rival Le Sueur :
ce dernier peint l'Histoire de l'Amour et Le Brun les Travaux
d'Hercule .
Il a peint en 1647 le Martyre de saint André pour le tableau
votif que tous les ans, au mai nouveau, la Compagnie des orfèvres
offre à l'église Notre-Dame ,
et en 1651 le Martyre de saint Étienne qui est au Louvre
et qui a été gravé par Gérard
Audran. A Vaux, il a peint quatre plafonds : le Sommeil, le Secret,
l'Apothéose d'Hercule, les Muses ,
pour Fouquet qui lui donne, en dehors du prix de ses tableaux, une pension
de 12000 livres et qui l'a présenté à Mazarin, et
Mazarin le présente à Louis XIV.
Il peint alors pour l'oratoire de la reine
mère le Christ
aux Anges
qui est au Louvre.
-
Le
chancelier Séguier entrant à Paris en 1660, par Charles
Le Brun (1670).
En 1660, Colbert
le nomme directeur des Gobelins
: c'est là que, sur l'ordre du roi, il peint ses célèbres
Batailles
d'Alexandre dont les chevaux sont
de Van der Meulen, mari de sa nièce. Louis
XIV satisfait nomme Le Brun son premier peintre et, pour remplacer
la générosité de Fouquet, lui donne 12000 livres de
pension et des lettres de noblesse. Depuis 1655, son rival Le Sueur est
mort; directeur des dessins et des tableaux
du cabinet du roi, Le Brun exerce, à partir de 1662, la direction
effective des beaux-arts : sa puissance est énorme et son activité
prodigieuse. En 1666, il fait fonder par Louis XIV l'Académie
de France à Rome. En 1667,
il accompagne le roi dans la campagne de Flandre .
Il décore pour Colbert au château
de Sceaux la chapelle et le pavillon de
l'Aurore. Mais en 1683, quand Louvois succède à Colbert,
Mignard
remplace Le Brun qui, pris alors d'une maladie de langueur, se retire à
sa campagne de Montmorency, d'où il revient aux Gobelins pour y
mourir. Il fut enterré à Saint-Nicolas-du-Chardonnet, dans
la chapelle Saint-Charles qu'il avait décorée,
où était déjà le tombeau de sa mère
et où on lui éleva un monument avec un buste de Coysevox.
Peintre puissant, merveilleusement habile,
coloriste médiocre, surnommé le Comédien pour
abuser de l'expression dont il se fera le théoricien, Le Brun est
le peintre né de Louis XIV parce qu'il
a comme pas un autre le sentiment décoratif. Qu'il soit peintre
où qu'il se fasse architecte, Le Brun est un décorateur.
En 1661, après l'incendie de la Galerie des peintres au Louvre ,
il est chargé de sa restauration et il conçoit cette belle
galerie d'Apollon dont il fait les dessins,
où il peint en plafond le Soir et la Nuit et en voussureNeptune
et Amphitrite ,
et qui, abandonnée pour Versailles ,
ne devait être terminée qu'en 1851 par Duban. A Versailles,
il décore la Grande Galerie qui le retient pendant quatre ans et
où, en vingt et un tableaux, il peint la vie du roi; il décore
le salon de la Paix, le salon de la Guerre et le Grand Escalier.
A Marly ,
il décore les façades. Il est aussi le décorateur
de toutes les fêtes lors du mariage du roi (1660), il prépare
la place Dauphine
pour l'entrée du roi et de la reine; en 1668, il prépare
Saint-Germain
pour le baptême du Dauphin; et quand le chancelier Séguier
meurt, il fait pour son service funèbre une décoration de
l'église des Pères de l'Oratoire
dont Mme de Sévigné dans une lettre et Sébastien Leclerc
dans son estampe de réception à
l'Académie nous ont conservé la pompe.
-
L'Entrée
d'Alexandre à Babylone, par Charles Le Brun.
Parmi les nombreuses oeuvres de Le Brun
on citera encore : au Louvre ,
le
Sommeil de l'Enfant Jésus (1655), appelé
le Silence, Entrée de Jésus dans Jérusalem ,
Jésus portant sa croix, Jésus élevé en croix,
deux Adoration des bergers, la Chute des anges
rebelles (1698), le Passage du Granique, la Bataille
d'Arbelles ,
la Famille de Darius, Alexandre et Porus, Entrée d'Alexandre
à Babylone ,
tous ces tableaux provenant de la collection de Louis
XIV; et encore : la Descente du Saint-Esprit, où Le Brun
s'est représenté sous les traits d'un disciple vêtu
de blanc, Sainte Famille dite le Bénédicité,Jésus
servi par des anges dans le désert, Sainte Madeleine repentante,
la Mort de Caton, la Chasse de Méléagre
et d'Atalante ,
la
Mort de Méléagre, Mars
et Vénus ,
le portrait de Du Fresnoy et son portrait
par lui-même.
L'Entrée
d'Alexandre à Babylone (Détail), par Charles Le Brun.
Le Louvre
possède aussi de très beaux
dessins
de Le Brun, parmi lesquels : le portrait de la Brinvilliers et le
Projet
pour le plafond de la Galerie de Versailles .
Aux Offices de Florence : Jephté
au moment de sacrifier sa fille; à l'Académie de Venise ,
le Repas chez les Pharisiens, donné par la France
à la place des Noces de Cana de Véronèse.
A la Pinacothèque de Munich : Sainte Madeleine priant, Saint
Jean dans l'île de Pathmos, Buste de vieille femme; à
Berlin ,
portrait du Banquier Jabach de Cologne et de sa famille; à
Dresde, Sainte Famille; à Vienne, l'Ascension .
Le Brun a peint aussi un portrait de Pierre Corneille,
dont la Comédie-Française possède une copie. Les plus
célèbres graveurs de Le Brun ont été Edelinck
et les frères Audran. Lui-même a
gravé quelques planches à l'eau-forte : l'Enfant Jésus,
le Petit saint Jean, Saint Charles, les Quatre Parties du jour. Le
Brun a publié plusieurs ouvrages didactiques
: Conférence sur l'expression des différents caractères
des passions (Paris, 1667); Traité de la physionomie,
avec 56 planches.
Son frère, Nicolas, né en
1615, mort en 1680, fut un paysagiste. Son autre frère, Gabriel,
peintre-graveur, naquit en 1625; on ne connaît pas la date de sa
mort. (Etienne Bricon). |
|