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Le mercantilisme

Le mercantilisme est une doctrine économique et une pratique étatique qui ont été dominantes en Europe du XVIe au XVIIIe siècle. Ce n'est pas un système unifié, mais plutôt un ensemble de pratiques et de croyances partagées par les monarchies en construction, visant à renforcer la puissance de l'État-nation dans un contexte de rivalités européennes permanentes, sur fond de colonisation.

Ses racines plongent dans la période de la Renaissance et des Grandes Découvertes. L'afflux massif de métaux précieux en provenance des Amériques (notamment l'argent espagnol) bouleverse les économies européennes et alimente la réflexion sur la richesse. La montée des monarchies centralisées (comme celle de Louis XIV en France) et le développement du capitalisme commercial (avec l'essor des grandes compagnies de commerce comme la Compagnie néerlandaise des Indes orientales) fournissent le cadre politique et économique de son épanouissement.

Le principe fondamental du mercantilisme est que la richesse d'une nation se mesure à la quantité de métaux précieux (or et argent) qu'elle détient. Comme ces métaux sont considérés comme limités, le jeu économique est nécessairement un jeu à somme nulle : l'enrichissement d'une nation se fait au détriment d'une autre. L'objectif ultime est donc d'accumuler un maximum de trésor, ou bullion (= lingot) en anglais (d'où le nom parfois donné au mercantilisme anglais : le bullionisme).

Pour atteindre cet objectif, les États mettent en oeuvre un système cohérent de politiques interventionnistes :

• Balance commerciale positive. - Il s'agit d'exporter plus qu'on n'importe, afin que la différence soit réglée en or et en argent. Pour cela, on encourage les exportations de produits manufacturés à haute valeur ajoutée et on freine les importations par des droits de douane élevés, voire des prohibitions.

• Développement industriel et manufacturier. - L'État favorise la création de manufactures royales (comme les Gobelins en France), accorde des privilèges, des monopoles et des subventions pour produire sur le sol national des biens auparavant importés.

• Colonialisme économique. - Les colonies sont conçues comme des marchés captifs et des sources de matières premières bon marché. Elles doivent acheter les produits finis de la métropole et lui fournir exclusivement des ressources brutes (sucre, tabac, coton, etc.). Le commerce colonial est strictement contrôlé par la métropole (système de l'Exclusif).

• Contrôle de la main-d'oeuvre. - Pour maintenir des salaires bas et des prix compétitifs à l'exportation, on réglemente strictement le travail (comme les Statuts des Artisans en Angleterre). On encourage également la croissance démographique, source de soldats et de travailleurs.

• Politique maritime et militaire. - Une puissante marine marchande et de guerre est essentielle pour protéger les routes commerciales, conquérir des colonies et affaiblir les rivaux. C'est l'ère des grandes batailles navales et de la course (piraterie légale).

Les figures marquantes illustrent ces principes. En France, Jean-Baptiste Colbert, ministre de Louis XIV, est l'archétype du mercantiliste appliqué (le colbertisme). Il développe systématiquement les manufactures, réglemente la production pour en garantir la qualité, crée des compagnies de commerce et une marine puissante. En Angleterre, des auteurs comme Thomas Mun (Discours sur le commerce d'Angleterre avec les Indes orientales, 1621) théorisent l'importance d'une balance commerciale excédentaire. L'Acte de Navigation de 1651, imposant que les marchandises à destination de l'Angleterre soient transportées sur des navires anglais, est une mesure mercantiliste typique.

Le mercantilisme entre progressivement en crise à la fin du XVIIIe siècle. Les Physiocrates français (comme Quesnay) le critiquent, affirmant que la vraie richesse vient de la terre et de la production agricole, et non du commerce. Surtout, Adam Smith porte le coup de grâce théorique dans ses Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations (1776). Il dénonce le mercantilisme comme un système erroné (la richesse n'est pas le stock d'or, mais le flux de biens et services) et préjudiciable, défendant à la place le libre-échange, la division du travail et le laisser-faire. Les bouleversements de la Révolution industrielle rendent également obsolètes nombre de ses contrôles.

L'héritage du mercantilisme est pourtant considérable. Il a contribué à forger les États-nations modernes, à structurer les premières économies mondiales et a jeté les bases du capitalisme industriel. Certaines de ses préoccupations (la défense de l'industrie nationale, la recherche d'excédents commerciaux) ressurgissent aussi périodiquement sous des formes modernes, dans ce qu'on appelle parfois le néo-mercantilisme.

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