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Le
terme buffle désigneun groupe d'espèces de grands bovidés
que l'on divise principalement en deux genres : Bubalus, qui regroupe les
buffles d'Asie, et Syncerus, qui désigne le buffle d'Afrique.
Le buffle d'Afrique.
Le buffle d'Afrique
(Syncerus caffer) est un animal emblématique de la savane subsaharienne,
réputé pour sa nature imprévisible et considéré comme l'un des "cinq
grands" (big five) d'Afrique, un groupe
d'animaux considérés comme les plus dangereux à chasser. Il présente
une variabilité morphologique et écologique importante, ce qui a conduit
à la reconnaissance de plusieurs sous-espèces. Ces formes se distinguent
par leur taille, la forme des cornes, leur coloration et surtout leur adaptation
à des habitats très contrastés, allant des savanes
ouvertes aux forĂŞts tropicales denses.
• Le
buffle de savane, Syncerus caffer caffer, parfois appelé buffle du
Cap
est la sous-espèce
la plus connue. C'est la plus grande et la plus massive de toutes. Les
adultes peuvent dépasser 800 kg, avec une musculature imposante et une
silhouette robuste. Sa caractéristique la plus notable est la présence
d'un boss frontal très développé : les bases des cornes fusionnent
pour former une plaque osseuse épaisse qui protège le crâne. Les cornes
s'incurvent ensuite latéralement puis vers le haut. Sa robe est généralement
brun très foncé à noire. Cette sous-espèce occupe les savanes et les
zones boisées ouvertes d'Afrique orientale et australe. Elle est connue
pour son comportement grégaire et parfois agressif, notamment face aux
prédateurs comme les lions.
• Le buffle
de forĂŞt, Syncerus caffer nanus, est nettement plus petit, avec un
poids moyen de 250 à 320 kg. Sa robe est habituellement brun rougeâtre,
ce qui le distingue visuellement du buffle de savane. Les cornes sont plus
fines, plus courtes et ne présentent pas de boss frontal développé.
Elles s'écartent puis se recourbent vers l'arrière de manière plus délicate.
Cette sous-espèce vit dans les forêts tropicales humides d'Afrique centrale
et occidentale, où la densité de végétation favorise une taille réduite
et une plus grande discrétion. Son comportement est également moins grégaire
: il forme de petits groupes familiaux plutĂ´t que de vastes troupeaux.
• Le buffle
d'Afrique de l'Ouest, Syncerus caffer brachyceros, représente une
forme intermédiaire entre les deux précédentes. Il est de taille moyenne,
avec une masse généralement comprise entre 400 et 600 kg. Sa robe est
souvent brun foncé, parfois plus claire que celle du buffle du Cap. Les
cornes sont plus courtes et moins massives, avec un boss frontal
assez peu développé ou absent. Cette sous-espèce est adaptée aux savanes
soudaniennes et aux mosaĂŻques de forĂŞts claires et de prairies d'Afrique
de l'Ouest. Elle est aujourd'hui relativement rare et fragmentée en raison
de la pression humaine et de la transformation des habitats.
• Le buffle
du Nil, Syncerus caffer aequinoctialis, est également considéré
comme une sous-espèce intermédiaire, proche du buffle de savane mais
de taille légèrement inférieure et avec des cornes moins massives. Il
présente une variabilité importante selon les populations, ce qui rend
sa délimitation parfois discutée par les zoologistes. Sa distribution
couvre les régions d'Afrique centrale et orientale, notamment les zones
de savanes humides et de plaines inondables. Sa morphologie reflète une
adaptation à des milieux intermédiaires, ni aussi ouverts que ceux du
buffle du Cap, ni aussi fermés que ceux du buffle de forêt.
Ces sous-espèces illustrent
un cas classique de polymorphisme écologique au sein d'un grand mammifère
africain. Malgré ces différences, elles restent interfécondes et appartiennent
à une seule espèce biologique. Toutefois, certaines études génétiques
récentes suggèrent que la divergence entre le buffle de forêt et les
autres formes pourrait être plus ancienne et marquée que ce que la classification
traditionnelle laisse entendre, ce qui alimente encore le débat taxonomique
autour du genre Syncerus.
Quoi qu'il en soit,
ce sont des animaux qui vivent en grands troupeaux pouvant compter de 50
à plus de 500 individus, un comportement qui leur permet de mieux se défendre
contre des prédateurs comme les lions, les hyènes ou les crocodiles.
Ils se nourrissent principalement d'herbes, passent leur temps Ă ruminer
et ont absolument besoin de vivre à proximité d'un point d'eau.
Contrairement Ă
son cousin asiatique, le buffle d'Afrique n'a jamais été domestiqué
en raison de son caractère imprévisible et agressif. Ses populations
sont aujourd'hui classées comme quasi menacées, victimes de la fragmentation
de leur habitat, des conflits avec les humains pour les cultures, et de
maladies transmises par le bétail comme la tuberculose bovine.
Les buffles d'Asie.
Les buffles d'Asie,
quant à eux, sont principalement représentés par le buffle domestique
(Bubalus bubalis), un animal qui a joué un rôle décisif dans le développement
des civilisations agraires depuis plus de 5000 ans. On estime aujourd'hui
sa population mondiale à plus de 200 millions de têtes, répartis en
deux types principaux.
• Le
buffle de rivière, que l'on trouve de l'Inde
au bassin méditerranéen, est généralement noir, possède des cornets
enroulés et a été sélectionné pour sa richesse en lait, entrant dans
la fabrication de fromages comme la mozzarella di bufala.
• Le buffle
de marais, présent de l'Inde à la Chine et
l'Asie du Sud-Est, est de couleur gris ardoise
avec des chevrons blancs sur la gorge, et ses cornes s'étendent latéralement
en une large courbe. Il est avantageusement utilisé comme animal de trait
dans les rizières, ce qui lui vaut le surnom de "tracteur vivant de l'Orient".
L'ancĂŞtre sauvage de
ces formes domestiques, le buffle d'eau sauvage (Bubalus arnee), est aujourd'hui
une espèce gravement menacée, classée "en danger", dont il ne subsiste
que quelques milliers d'individus dans des réserves protégées d'Inde,
du Népal, du Bhoutan
et de ThaĂŻlande. Plus imposant que ses cousins
domestiques, il peut peser jusqu'à 1200 kilogrammes et possède des cornes
qui détiennent le record de longueur parmi tous les bovidés. Parfaitement
adapté aux zones humides, il possède de larges sabots écartés qui lui
permettent de se déplacer dans la boue sans s'enfoncer, et il passe une
grande partie de ses journées immergé dans l'eau jusqu'aux naseaux pour
se rafraîchir et se protéger des insectes. Comme les yacks,
les buffles d'eau sauvages vivent en petits clans matriarcaux, tandis que
les mâles plus âgés ont tendance à vivre en solitaires ou former des
groupes de célibataires.
Le genre Bubalus
comprend également des espèces de buffles nains, beaucoup plus méconnues
et toutes gravement menacées. L'anoa des plaines (Bubalus depressicornis)
et l'anoa de montagne (Bubalus quarlesi) sont endémiques de l'île indonésienne
de Sulawesi, oĂą ils vivent seuls ou en petits
groupes dans les forĂŞts denses. Avec une taille
ne dépassant pas 75 centimètres au garrot pour un poids de 300 kilogrammes,
ce sont les plus petits de tous les buffles. Le tamaraw (Bubalus mindorensis)
est quant à lui originaire de l'île de Mindoro aux Philippines.
Comme ses cousins indonésiens, il est classé en danger par l'UICN (Union
internationale pour la conservation de la nature), ses populations étant
menacées par la perte de son habitat et la chasse.
Tous les buffles
sauvages partagent aujourd'hui un même défi : la survie dans des habitats
de plus en plus fragmentés, la compétition avec le bétail domestique
pour les ressources, l'hybridation génétique avec les formes domestiques,
et les maladies transmises par les élevages. |
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