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Cordoue

Cordoue, Corduba, auj. Cordoba est un grande ville d'Espagne (Andalousie), chef-lieu de la province du même nom, à 440 kilomètres de Madrid, et à 130 de Séville, sur la rive droite du Guadalquivir; 310 000 habitants (2007). La plupart des monuments anciens de Cordoue ont été détruits ou endommagés, surtout par le tremblement de terre de 1589; seules les fouilles entreprises au cours des dernières décennies peuvent en donner une idée. On y remarque cependant la mosquée-cathédrale, magnifique monument de l'architecture mauresque, construit au VIIIe siècle par Abderrahman Ier, ainsi que la Plaza Mayor et un pont de 16 arches.

Cordoue a à peu près la forme d'un carré dont le côté méridional est bordé par fleuve. Une enceinte d'épaisses murailles, datant des Maures, mais maintenant fort délabrée, l'enveloppe; jadis il y avait, dit-on, cent trente-deux tours, octogonales, carrées, cylindriques : la plupart ont disparu; il reste encore les treize portes qui donnaient accès dans la ville et dont quelques-unes sont remarquables, principalement la porte du Pont, qui fut exécutée, à ce que l'on croit, sur les plans de Herrera. Le vieux pont qui se voit au delà date peut-être de l'époque romaine, mais a été reconstruit par les Arabes; il a seize arches et est défendu par une forteresse crénelée, la Carrahola. A l'intérieur, la ville, principalement la partie élevée ou septentrionale, ne se compose que de ruelles tortueuses, ou la circulation est peu active, et de quelques carrefours irréguliers. On y compte aussi dix-huit places, mais petites, sauf celle de la Constitution, qui est ornée de beaux édifices et entourée d'arcades; on l'appelle aussi la Corredora, parce qu'elle servait autrefois pour les courses de taureaux et les joutes (ainsi que d'ailleurs pour les autodafés). 
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Cordoue : le pont romain.
Vue générale de Cordoue, avec, à gauche, la mosquée 
et, au centre, le pont romain sur le Guadalquivir.

Histoire.
Cordoba semble avoir été occupée par les Phéniciens et son nom en langue sémitique signifierait la « bonne ville » ou le « moulin à huile ». Elle appartint ensuite aux Carthaginois, puis aux Romains à partir de 206 av. J.-C., et devint bientôt colonie de citoyens romains; elle joua un rôle dans les guerres civiles entre César et Pompée, devint sous Auguste le chef-lieu d'un conventus étendu, celui de la Bétique. Cordoue devint ainsi la cité la plus florissante de l'Espagne de ce temps, et fut même autorisée sous l'Empire à battre monnaie. Ensuite, Cordoue résista longtemps au chef des Goths, Ajila, qui s'en empara en 571  (L'Espagne wisigotique). 

Tombée aux mains des Arabes en 692, Cordoue devint un peu plus tard le centre d'un émirat dépendant du califat de Bagdad (715 à 756). En 756 Abderrahman, vice-roi des califes d'Orient en Espagne, s'étant déclaré indépendant, prit le titre de calife, et fit de Cordoue sa capitale. Ce fut l'époque la plus brillante de l'histoire de cette ville (L'Espagne musulmane), tant par ses richesses et ses monuments, que par l'éclat de ses écoles et la réputation de ses savants. On raconte, suivant une tradition qui a, il est vrai, sa part d'exagération, qu'elle comptait alors un million d'habitants, deux cent mille maisons, quatre-vingt mille palais, neuf cents bains publics, six cents caravansérails, trois cents mosquées, d'inombrables écoles, une bibliothèque de 600.000 volumes et 12 000 villages comme faubourgs. Lorsque le califat de Cordoue se démembra en une foule de petits États (1031), Cordoue devint la capitale du royaume musulman de Tolède-et-Cordoue, avec, pour commencer un souverain répondant au nom de Abou'l Haçan Djawa el-Modhaffer. 
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Cordoue fut reprise aux Arabes par le roi Ferdinand III de Castille le 29 juin 1236, qui la détruisit en grande partie, et reçut, le 8 avril 1241, un fuero particulier (La Reconquista). En 1400, elle perdit, par la peste, dit-on, 70.000 habitants. Sous l'Empire (Napoléon : les affaires d'Espagne), Cordoue fut occupée par le corps d'armée du général Dupont en août 1808, puis en 1810 par celui du maréchal Victor; elle a joué aussi un rôle assez actif dans les diverses révolutions qui ont en lieu au XIXe siècle.

Ajoutons que la ville a donné le jour aux deux Sénèque (58 ans av. J.-C. et l'an 4 de notre ère), au poète Lucain (39-65), au médecin et philosophe arabe Averroès (mort en 1198 ou 1206), de Moïse Maïmonide (né en 1131), son savant disciple, à l'auteur Juan de Meria (XVe siècle), à l'historien Ambrosio Moralès (1591), au casuiste Sanchez (1610), aux poètes Luis de Gongora (1623), dont le style est devenu un type de boursouflure, et Jean de Mena, aux peintres Cespèdes , Luis Valdés Léal et Zambrano. Quant à Gonsalve de Cordoue naquit non loin de là, à Montilla.
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Cordoue en 1640.
Cordoue vers le milieu du XVIIe siècle.

Les monuments.
A Cordoue, l'attention du visiteur est captivée par la multitude de débris du passé qu'on rencontre à chaque pas; ici des fragments romains, là des portes arabes, de hautes galeries à ogives des vieilles mosquées et koubbas, des façades sans édifice, des ruines abandonnées, des inscriptions, des épitaphes, des morceaux de sculpture, etc. 

Un seul monument est vraiment remarquable : c'est l'ancienne mosquée-cathédrale. Commencée au VIIIe siècle, elle avait dix-neuf allées dans le sens de la longueur (167 m) et trente-six dans celui de la largeur (119 m). Les piliers fuient à perte de vue quand on y pénètre, comme les alignements d'arbres d'une forêt; les arcades qui les relient complètent la ressemblance dans la demi-obscurité qui règne habituellement dans l'édifice.  Décorée au dedans et au dehors avec une incroyable somptuosité, cette mosquée (mezquita passait pour le chef-d'oeuvre de l'architecture musulmane. Par la suite, cette mosquée extraordinaire a eu malheureusement à souffrir d'un vandalisme religieux qui l'a transformée en cathédrale :

La mosquée-cathédrale.
Suivant les auteurs espagnols, la cathédrale primitive de Cordoue fut bâtie à l'époque du royaume wisigothique sur l'emplacement d'un temple de Janus; et dédiée à Saint Georges.   Après la conquête des Arabes, une mosquée remplaça cette église, et, quand les chrétiens rentrèrent en possession de la ville, la mosquée fut transformée en nouvelle cathédrale. 

La mosquée de Cordoue eut pour fondateur le calife' Abderrahman (Abdérame I), qui en traça lui-même le plan en 786 : pour encourager les ouvriers, il y travailla, dit-on, de ses mains une heure chaque jour. Hescham ler, son fils, et Abdérame II, continuèrent les constructions; Hescham Il fit exécuter la décoration en 965. L'accroissement de la population de Cordoue et l'affluence des pèlerins déterminèrent, en 988, le calife Almanzor à agrandir la mosquée. 
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Après la conquête de Cordoue par Ferdinand, la mosquée fut consacrée au culte chrétien et à la Vierge (1236), et la nef principale devint l'église tandis que les autres servirent à établir cinquante-deux chapelles; en 1513, comme cette installation paraissait défectueuse, le chapitre, malgré la résistance de l'ayuntamiento, obtint de Charles-Quint l'autorisation de construire une véritable église au milieu de la mosquée et de détruire ce qui paraîtrait gênant pour la nouvelle destination. L'empereur, trois ans après, en voyant ce qu'avait fait le chapitre, regretta amèrement de lui avoir donné une autorisation qui avait eu pour résultat de changer une merveille en chose monstrueuse. Il s'écria en voyant cette profanation d'un chef d'oeuvre, en 1516 :

« Vous avez bâti ici ce que vous ou tout autre aurait pu bâtir partout et vous avez détruit ce qui était unique au monde. »
La construction moderne est, comme dit Théophile Gautier, « une verrue architecturale-». Très richement décorée et pouvant produire un effet assez heureux, si elle était isolée, elle jure avec ce qui l'entoure et dépare complètement l'ancienne mosquée. 
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Mosquée de Cordoue.
Intérieur de la mosquée de Cordoue.

Cet édifice est situé sur le versant d'une colline, dont le Guadalquivir baigne le pied, et entièrement isolée, ce qui en fait ressortir davantage la masse imposante. D'un aspect maussade, les murs extérieurs, hauts de 12 m, épais de 4 à 6 m à la base, sont appuyés par une quarantaine de contreforts, et couronnés de créneaux qui cachent entièrement le toit et donnent à l'édifice l'aspect d'une forteresse. Du côté du fleuve, les soubassements sont gigantesques. 

Entre les contreforts, dix-neuf portes donnaient accès dans l'intérieur; neuf de ces portes sont à l'orient, neuf à l'occident; toutes étaient revêtues de plaques en bronze, qu'ornaient des arabesques d'un travail très délicat; la 19e, qui était la principale, était recouverte de lames d'or; sur lesquelles on avait inscrit des versets du Coran. Ces portes ont 2 m d'ouverture, sur 3 m de hauteur; elles ont de chaque côté une fenêtre à double arc, surmontée d'une ouverture carrée que ferme une claire-voie taillée dans le marbre en dessins capricieux; quelques-unes sont encore entourées d'un arc, dont l'intérieur est plein ou garni de bandes de marbre à jour, avec des ornements en stuc entremêlés de magnifiques mosaïques en faïences blanches et rouges et d'inscriptions arabes. 

Le toit de l'édifice était surmonté de nombreuses coupoles; sur la plus élevée il y avait trois boules d'or portant chacune une grenade d'or. Elles ont disparu. Du côté du nord s'élevait l'Alminar (minaret), tour de 80 m de hauteur, dans laquelle deux escaliers tournaient en sens inverse et se rencontraient au sommet démolie en 1593, elle fut remplacée par une tour en style gréco-romain, à 5 étages en retraite, haute de 93 m, commencée par l'architecte Hernan Ruiz, et finie en 1653 par Gaspar de la Peña (L'architecture espagnole).

Le plan de la mosquée de Cordoue a la forme d'un rectangle de 207 m sur 147. On arrive par une sorte de parvis rectangulaire, qui recouvre une vaste citerne dont les voûtes reposent sur des piliers en pierre de taille; au milieu jaillissent trois fontaines, dont les eaux servaient aux ablutions des fidèles, et toute l'enceinte est plantée de palmiers, d'orangers, de citronniers et de cyprès. Un portique large de 8 à 9 mètres et soutenu par 60 colonnes l'environne de trois côtés. 

La mosquée présentait à l'intérieur, du temps des Arabes, plus de 1000 colonnes disposées en quinconce de manière à former 19 nefs du Nord au Sud, et 36 plus étroites de l'Est à I'Ouest. Chaque nuit, 4700 lampes y étaient allumées, et on consumait par an près de 20.000 livres d'huile; on brûlait 60 livres d'aloès et autant d'ambre gris pour les parfums. Les colonnes avaient été arrachées aux antiques temples romains de Maurétanie et de Carthage, de l'Espagne et des Gaules; 115 furent emportées, dit-on, de Nîmes et de Narbonne, 60 de Tarragone et de Séville, et l'empereur Léon en envoya 140 de Constantinople. Elles sont, pour la plupart, de marbres choisis, et quelques-unes en jaspe, en porphyre, en granit, en vert antique : les fûts sont tantôt lisses, tantôt à cannelures verticales ou torses. Comme les colonnes n'étaient pas toutes de hauteurs égales, les architectes arabes, pour les ramener à la même taille, ajoutèrent aux plus courtes d'énormes bases et de monstrueux chapiteaux, imités généralement de l'ordre corinthien; ils tronquèrent celles qui étaient trop élevées. Cependant elles sont toutes à peu près d'un même diamètre (0,50 m environ); elles ont au plus 5 m de hauteur. 
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Cordoue : intérieur de la mosquée.
Détails de l'architecture intérieure de la mosquée de Cordoue. Photos : The World Factbook.

Tout l'édifice, du pavé à la voûte, n'a guère plus de 10 m de hauteur. Le jour qui y pénètre a quelque chose de sombre et de mystérieux. Dans la partie Sud-Est se trouve le Mihrab, sorte de chapelle octogonale, somptueusement décorée, où les musulmans avaient déposé un exemplaire du Coran entièrement écrit de la main d'Othman, couvert d'or, et orné de perles et de rubis. Ainsi que dans tous les monuments arabes, les arcades en fer à cheval sont d'une extrême légèreté, et partout on a semé avec profusion les fleurons, les feuillages, les bandelettes, les enroulements les plus gracieux, les entrelacs les plus compliqués, les inscriptions et tous les genres d'arabesques

L'ancien toit de la mosquée était en charpente de bois de mélèze, peint et sculpté comme le reste de l'édifice; chaque nef avait une charpente spéciale, et des traverses ajustées avec habileté reliaient ensemble ces ouvrages. Les poutres vermoulues menaçant ruine, on construisit en 1713 les voûtes en brique qui existent aujourd'hui.

Quand on appropria la mosquée au culte chrétien; on éleva des cloisons dans plusieurs rangées de colonnes, pour former 52 chapelles; le Mihrab fut transformé en sacristie et en chapelle de San-Pedro, avec le nom vulgaire de Zancarron (vieil os); la Maksurah, enceinte privilégiée, où pouvaient entrer seuls l'imam et les ulémas, devint la chapelle de la Cène, que décore un grand tableau de Cespédès; la tribune de l'Alatema, où se disait la prière, fut la chapelle de Villaviciosa, où se trouve une image de la Vierge apportée du Portugal et renommée pour ses miracles supposés. 

Enfin, vers le milieu de l'édifice moresque, Hernan Ruiz pratiqua une trouée à la place de 63 colonnes, pour y faire une croix latine, c.-à-d. que de la principale nef arabe il forma la sienne, longue de 65 mètres, la coupa par un transept de 43 mètres, et bâtit un choeur de style gothique flamboyant. C'était une entreprise étrange; cependant le choeur est remarquable par la hauteur, de son dôme, l'élégance et le fini de ses arcades; on admire aussi les stalles des chanoines, travail prodigieux de sculpture en acajou, exécuté au XVIIIe siècle, et qui coûta dix années à l'auteur; le retable du maître-autel; les grilles et balustrades de fer ouvragé; le lampadaire d'or et d'argent suspendu à la voûte.

Les autres monuments.
A Cordoue, il y a encore a citer parmi les choses curieuses les ruines de l'Alcazar Viejo avec ses beaux jardins d'orangers arrosés par mille rigoles, l'Alcazar Nuevo, ensuite transformée en prison de l'Inquisition, la tour de la Paloma, qui renfermait les bains des califes, le Campo Santo, le Triunfo, monument en marbre surmonté d'une colonne avec une statue de bronze de saint Raphaël (patron de la ville), le palais épiscopal, élevé en 1745, avec de beaux jardins, de vastes salons et une bibliothèque publique. 

Tous ces édifices se trouvent dans la partie basse de la ville, à l'Ouest. Parmi ceux d'une époque plus récente, il y a à peine à mentionner une plaza de Toros, au Nord-Ouest, et un théâtre. Deux promenades sont assez fréquentées : le paseo del Gran Capitan, dans l'intérieur de la ville, le paseo de la Victoria, au Nord-Ouest, où l'on jouit d'une très belle vue sur la sierra Morena.

L'eau est partout très abondante. Cordoue a été traditionnellement un marché agricole d'une grande importance et a continué, au cours du XXe siècle, à devoir une part de sa prospérité, à l'activité économique de la Campiña, la plaine environnante, qui doit son nom à la comparaison qu'avaient faites les Romains avec leur Campanie; autrefois, Cordoue était même une cité industrielle; elle avait de nombreuses soieries, des tanneries célèbres dont les produits, connus sous les noms de cordobanes et guardamecies, étaient recherchés en Amérique et à l'étranger, des ateliers d'orfèvrerie, des manufactures de tissus, etc. (E. Cat / B.).
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Cordoue.
Cordoue sur une ancienne gravure.
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Dictionnaire Villes et monuments
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