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Les
Périssodactyles
(ongulés à nombre impair de doigts), constituent un ordre
de la classe des mammifères
placentaires dont une caractéristique fondamentale réside dans la structure
de leurs membres : l'axe du membre passe par le troisième doigt, qui est
le plus développé, tandis que les autres sont réduits ou ont complètement
disparu. Leur nom mĂŞme, du grec perissos (impair) et daktulos
(doigt), rend compte de cette spécificité morphologique qui les distingue
nettement des artiodactyles ( Cétartiodactyles),
leurs cousins ongulés aux doigts pairs. Cette adaptation à la locomotion,
souvent qualifiée de mésaxonne, est le reflet d'une évolution
vers la course rapide en milieu ouvert, avec un allongement des membres
et une réduction du nombre d'appuis au sol pour gagner en efficacité
et en vitesse.
Leur histoire évolutive
est riche et complexe, apparaissant au début de l'Éocène,
il y a environ 56 millions d'années, avec des formes primitives comme
Hyracotherium (anciennement appelé Eohippus), le petit ancêtre du cheval,
qui possédait encore quatre doigts aux membres antérieurs et trois aux
postérieurs. À partir de cette souche ancestrale, l'ordre s'est diversifié
en de nombreuses lignées aujourd'hui éteintes, comme les brontothères,
colossaux rhinocéros sans corne au corps
trapu, ou les chalicothères, de grands ongulés aux griffes puissantes
qui représentaient une branche évolutive aberrante.
Sur le plan anatomique,
au-delà de la structure des membres, les périssodactyles présentent
d'autres traits distinctifs. Leur denture
est spécialisée pour le régime herbivore,
avec une formule dentaire variable mais souvent marquée par des incisives
adaptées à la préhension, des canines réduites ou absentes chez certaines
espèces, et des prémolaires et molaires à couronne haute (hypsodontes)
chez les formes les plus évoluées, particulièrement les équidés, qui
ont développé des dents à croissance continue
pour résister à l'abrasion des herbes siliceuses. Le système
digestif est celui de fermenteurs non ruminants, ce qui constitue une
différence majeure avec les ruminants artiodactyles.
La digestion de la cellulose se fait principalement
dans le caecum et le cĂ´lon,
des compartiments du gros intestin oĂą la flore
microbienne fermente les fibres végétales. Ce mode de digestion, bien
que moins efficace que la rumination, permet de traiter de grandes quantités
de fourrage de qualité souvent médiocre, mais il impose une contrainte
: une taille corporelle généralement élevée et un besoin de nourrissage
fréquent.
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Equidés
:
Chevaux
et zèbres, ânes, hémiones, onagres |
Rhinocérotidés
:
Une
corne : Rhinocéros;
deux cornes : Didermocerus,
Ceratorhinus, Diceros. |
Tapiridés
:
tapirs. |
La classification
des périssodactyles actuels est bien plus restreinte que leur diversité
passée, se limitant à trois familles distinctes qui semblent, à première
vue, très dissemblables.
• Les
équidés (famille des Equidae) ne comptent aujourd'hui qu'un seul
genre, Equus, qui rassemble les chevaux, les
zèbres
et les ânes. Ils sont caractérisés par un corps
élancé, de longues pattes conçues pour la course, un seul doigt fonctionnel
(le troisième) protégé par un sabot corné, une crinière dressée et
une queue touffue. Leur régime est exclusivement herbager et ils vivent
en groupes sociaux dans les steppes et savanes d'Afrique
et d'Asie, le cheval domestique ayant quant Ă lui
conquis le monde entier sous la tutelle humaine.
• Les rhinocérotidés
(famille des Rhinocerotidae) représentent un contraste saisissant
: ce sont des animaux massifs, au cuir épais formant une véritable armure,
possédant trois doigts à chaque pied, et dont la caractéristique la
plus emblématique est la présence d'une ou deux cornes dermiques, composées
de fibres de kératine agglutinées, sans
aucun noyau osseux. Vivant en solitaire pour la plupart, ils sont aujourd'hui
confinés à l'Afrique et à l'Asie
du Sud-Est, et toutes les espèces sont
gravement menacées par le braconnage lié à la demande en corne dans
certaines pharmacopées traditionnelles.
• Les tapirs
(famille des Tapiridae), les plus discrets des périssodactyles actuels,
sont des animaux forestiers au corps trapu, au museau prolongé par une
courte trompe préhensile flexible, et possèdent quatre doigts aux membres
antérieurs et trois aux postérieurs. Leur pelage est généralement brun
foncé, mais les jeunes sont recouverts d'une livrée rayée et tachetée
qui leur offre un camouflage efficace dans la végétation dense. On les
trouve dans les forêts tropicales d'Amérique
centrale et d'Amérique du Sud, ainsi qu'en Asie du Sud-Est, où leur mode
de vie semi-aquatique et leur discrétion en font des habitants difficiles
Ă observer.
L'histoire de cet ordre
est indissociable de l'impact humain. Considérés comme des espèces charismatiques,
les périssodactyles ont subi de plein fouet la pression de la chasse,
de la destruction de leurs habitats et de la compétition avec le bétail
domestique. Si le cheval, Ă travers sa domestication,
a connu un succès démographique sans précédent, ses cousins sauvages
sont pour beaucoup au bord du gouffre. Le rhinocéros blanc du Nord n'existe
plus qu'à l'état de spécimens en captivité, et les populations de tapirs
sont fragmentées et en déclin. Leur conservation est aujourd'hui un enjeu
majeur, nécessitant des stratégies complexes alliant lutte anti-braconnage,
préservation des corridors écologiques et programmes de reproduction
en captivité. Enfin, d'un point de vue évolutif et biogéographique,
les périssodactyles constituent un groupe d'une importance capitale pour
comprendre les grandes radiations adaptatives des mammifères tertiaires,
leur répartition actuelle étant le reflet d'une ancienne distribution
mondiale qui a été progressivement restreinte par les changements climatiques
et la compétition interspécifique, faisant d'eux un véritable fossile
vivant de l'histoire évolutive des ongulés. |
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