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Les darçana
Dans la philosophie indienne, le terme Darçana (दरà¥à¤¶à¤¨),  DarÅ›ana, Darshana, qui signifie vue, vision, point de vue, désigne plus spécialement les différentes écoles de pensée ou systèmes philosophiques qui ont émergé en Inde au fil du temps. Chacune de ces écoles propose sa propre interprétation de la réalité, de la connaissance et de la philosophie. En général, on considère qu'il y a six darÅ›ana, également connues sous le nom de Sad-Darçana ou Shad-Darçana ( = les six points de vue), qui constituent les grandes écoles classiques de la philosophie orthodoxe de l'Inde, dites « Ästika », c'est-à-dire reconnaissant l'autorité des Veda. Ces traditions de réflexion élaborées sur plusieurs siècles sont fréquemment en dialogue ou en controverse les unes avec les autres, chacune proposant une voie spécifique vers la connaissance vraie (jñÄna) et la libération (moká¹£a). Leur richesse tient à la fois à leur rigueur conceptuelle et à leur orientation existentielle : chacun propose une analyse du réel indissociable d'un chemin vers la transformation intérieure.
• Le NyÄya est avant tout une école de logique et d'épistémologie. Son objectif principal est d'établir des moyens fiables de connaissance (pramÄṇa), afin de dissiper l'ignorance, considérée comme la cause fondamentale de la souffrance. Il reconnaît quatre sources de connaissance valide : la perception directe, l'inférence, la comparaison et le témoignage verbal digne de confiance. Le NyÄya développe une analyse très rigoureuse du raisonnement, notamment à travers le syllogisme en cinq membres. Il défend un réalisme philosophique : le monde extérieur existe indépendamment de la conscience, et les objets peuvent être connus tels qu'ils sont. La libération est atteinte par la connaissance correcte de la réalité, qui élimine les erreurs cognitives.

• Le VaiÅ›eá¹£ika est étroitement lié au NyÄya, avec lequel il fusionnera progressivement dans l'histoire. Il propose une ontologie détaillée fondée sur une classification des catégories fondamentales de l'être (padÄrtha). Il distingue notamment les substances, les qualités, les actions, les généralités, les particularités et l'inherence. Le système est célèbre pour son atomisme : la réalité matérielle est constituée d'atomes indivisibles combinés de diverses manières. Il affirme également l'existence d'âmes individuelles et d'un ordre cosmique. La connaissance de ces catégories permet de comprendre la structure du réel et de se libérer de l'ignorance.

• Le SÄṃkhya ou Sankhya est un système dualiste qui distingue radicalement deux principes fondamentaux : la conscience pure (puruá¹£a) et la matière (praká¹›ti). La praká¹›ti est dynamique, composée de trois गà¥à¤£ (guṇa) (sattva (clarté), rajas (activité), tamas (inertie)) dont les déséquilibres produisent le monde manifesté. Le puruá¹£a, en revanche, est passif, immuable et multiple (il y a une pluralité de consciences). La souffrance naît de la confusion entre ces deux principes. La libération consiste à réaliser leur distinction absolue, ce qui met fin à l'identification erronée de la conscience avec les processus matériels et psychiques.

• Le Yoga, fréquemment associé au SÄṃkhya, en constitue en quelque sorte la dimension pratique. Codifié notamment dans les Yoga SÅ«tra, il reprend la même métaphysique dualiste, mais propose une méthode systématique pour atteindre la libération. Cette méthode repose sur l'arrêt des fluctuations du mental (citta-vá¹›tti-nirodha), obtenu par une discipline en huit membres (aṣṭÄá¹…ga yoga) : règles éthiques, discipline personnelle, posture, contrôle du souffle, retrait des sens, concentration, méditation et absorption. Le Yoga introduit également la notion d'un Seigneur (Īśvara) comme principe particulier de conscience, pouvant servir de support à la méditation.

• Le MÄ«mÄṃsÄ (plus précisément PÅ«rva-MÄ«mÄṃsÄ) se concentre sur l'interprétation des Veda, en particulier leur partie rituelle. Il s'intéresse à la nature du devoir (dharma) et à la manière dont les actions rituelles produisent des effets, même invisibles (apÅ«rva). Cette école développe une herméneutique sophistiquée pour analyser les textes sacrés et résoudre les contradictions apparentes. Elle soutient que les Veda sont éternels et sans auteur humain. Contrairement à d'autres écoles, elle ne met pas l'accent sur un dieu créateur, mais sur l'efficacité intrinsèque des rites correctement accomplis. La libération est parfois conçue comme l'arrêt du cycle des renaissances, obtenu par l'épuisement du karma.

• Le VedÄnta (ou Uttara-MÄ«mÄṃsÄ) se fonde sur les Upaniá¹£ad et constitue l'une des traditions les plus importantes. Il s'intéresse à la nature ultime de la réalité, identifiée au Brahman, principe absolu, et du Ä€tman, le soi profond. Selon les différentes sous-écoles, la relation entre ces deux notions varie. L'Advaita VedÄnta affirme leur identité non-duelle : le monde phénoménal est une apparence (mÄyÄ), et la libération réside dans la réalisation de l'unité fondamentale de tout ce qui est. Le ViÅ›iṣṭÄdvaita propose une non-dualité qualifiée, où les âmes individuelles et le monde sont des modes du Brahman. Le Dvaita insiste sur une dualité irréductible entre Dieu et les âmes. Dans tous les cas, la connaissance spirituelle, souvent associée à la méditation et à la dévotion, est centrale pour atteindre la libération.

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