• Le NyÄya
est avant tout une école de logique et d'épistémologie.
Son objectif principal est d'établir des moyens fiables de connaissance
(pramÄṇa), afin de dissiper l'ignorance, considérée comme la cause
fondamentale de la souffrance. Il reconnaît quatre sources de connaissance
valide : la perception directe, l'inférence,
la comparaison et le témoignage verbal digne
de confiance. Le NyÄya développe une analyse très rigoureuse du raisonnement,
notamment à travers le syllogisme en cinq
membres. Il défend un réalisme philosophique
: le monde extérieur existe indépendamment de la conscience,
et les objets peuvent être connus tels qu'ils sont. La libération est
atteinte par la connaissance correcte de la réalité,
qui élimine les erreurs cognitives.
• Le Vaiśeṣika
est étroitement lié au NyÄya, avec lequel il fusionnera progressivement
dans l'histoire. Il propose une ontologie détaillée
fondée sur une classification des catégories
fondamentales de l'être (padÄrtha).
Il distingue notamment les substances, les qualités, les actions, les
généralités, les particularités et l'inherence. Le système est célèbre
pour son atomisme : la réalité matérielle est constituée d'atomes indivisibles
combinés de diverses manières. Il affirme également l'existence d'âmes
individuelles et d'un ordre cosmique. La connaissance de ces catégories
permet de comprendre la structure du réel et de se libérer de l'ignorance.
• Le SÄṃkhya
ou Sankhya est un système dualiste qui distingue
radicalement deux principes fondamentaux : la conscience pure (puruá¹£a)
et la matière (prakṛti). La prakṛti est dynamique, composée
de trois गà¥à¤£ (guṇa) (sattva (clarté), rajas
(activité), tamas (inertie)) dont les déséquilibres produisent
le monde manifesté. Le puruṣa, en revanche, est passif, immuable et
multiple (il y a une pluralité de consciences). La souffrance naît de
la confusion entre ces deux principes. La libération consiste à réaliser
leur distinction absolue, ce qui met fin à l'identification erronée de
la conscience avec les processus matériels et psychiques.
• Le Yoga,
fréquemment associé au SÄṃkhya, en constitue en quelque sorte la dimension
pratique. Codifié notamment dans les Yoga Sūtra, il reprend la
même métaphysique dualiste, mais propose
une méthode systématique pour atteindre la libération. Cette méthode
repose sur l'arrêt des fluctuations du mental (citta-vṛtti-nirodha),
obtenu par une discipline en huit membres (aá¹£á¹Äá¹…ga yoga) : règles
éthiques, discipline personnelle, posture, contrôle du souffle, retrait
des sens, concentration, méditation et absorption. Le Yoga introduit également
la notion d'un Seigneur (Īśvara) comme principe particulier de conscience,
pouvant servir de support à la méditation.
• Le MÄ«mÄṃsÄ
(plus précisément PÅ«rva-MÄ«mÄṃsÄ) se concentre sur l'interprétation
des Veda, en particulier leur partie rituelle. Il s'intéresse Ã
la nature du devoir (dharma) et à la manière
dont les actions rituelles produisent des effets, même invisibles (apūrva).
Cette école développe une herméneutique sophistiquée pour analyser
les textes sacrés et résoudre les contradictions apparentes. Elle soutient
que les Veda sont éternels et sans auteur humain. Contrairement
à d'autres écoles, elle ne met pas l'accent sur un dieu créateur, mais
sur l'efficacité intrinsèque des rites correctement accomplis. La libération
est parfois conçue comme l'arrêt du cycle des renaissances, obtenu par
l'épuisement du karma.
• Le VedÄnta
(ou Uttara-MÄ«mÄṃsÄ) se fonde sur les Upaniá¹£ad et constitue
l'une des traditions les plus importantes. Il s'intéresse à la nature
ultime de la réalité, identifiée au Brahman, principe absolu, et du
Ātman, le soi profond. Selon les différentes sous-écoles, la relation
entre ces deux notions varie. L'Advaita VedÄnta affirme leur identité
non-duelle : le monde phénoménal est une apparence (mÄyÄ), et la libération
réside dans la réalisation de l'unité fondamentale de tout ce qui est.
Le ViÅ›iá¹£á¹Ädvaita propose une non-dualité qualifiée, où les âmes
individuelles et le monde sont des modes du Brahman. Le Dvaita insiste
sur une dualité irréductible entre Dieu et les âmes. Dans tous les cas,
la connaissance spirituelle, souvent associée à la méditation et Ã
la dévotion, est centrale pour atteindre la libération.