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| L'Inde II serait difficile de déterminer les
bases de l'architecture Les monuments religieux de l'Inde On en a également élevé dans les villes
et dans les résidences des souverains. Les forteresses, comme dans les
autres contrées de l'Asie L'architecture bouddhiqueLe zèle bouddhique d'Ashoka dote l'Inde d'édifices religieux en pierre; la légende lui attribue l'érection de 84.000 monuments. L'hellénisme introduit dans l'Inde n'est pas étranger à cette innovation; la Perse également y concourt, pour une part encore mal déterminée. Les oeuvres de l'art bouddhique se répartissent en cinq catégories : piliers (lats), édifices commémoratifs (stupas ou topes), balustrades, églises (chaityas), monastères (viharas). Le lat est un simple pilier surmonté d'une image symbolique : roue de la loi, dragon, etc., et propre à recevoir une inscription. Il existe à l'état isolé, mais se combine surtout avec les stupas ou les chaityas comme un motif de décoration (lats d'Allahabad, de Delhi, etc,). Les stupas sont élevés sur un lieu consacré par la légende ou sur de saintes reliques; ils consistent en un hémisphère plein, formé de briques et de terre battue et garni à l'extérieur de pierres dressées, porté sur une base entourée d'une balustrade où montait un grand escalier de chaque côté; les pierres de l'extérieur étaient revêtues de couleurs et de figures en relief, Au sommet, un motif en forme de T couronnait le dôme. Les stupas se présentent en général par groupes nombreux : par exemple à Bhilsa (Bhopal); six ou sept à Sanchi; à Bhojpour trente-sept. On en voit à Sarnath, près de Bénarès, à Gaya (Béhar); mais c'est surtout dans lePenjab et la région de Kaboul qu'ils abondent, à Jelalabad, à Manikyala, etc.-
Pha That Luang, le Grand Stupa de Vientiane, au Laos. Source : The World Factbook. La balustrade s'employait, soit en guise de barrière autour des arbres sacrés, soit autour des stupas. Elle reproduit fidèlement en pierre la simple palissade de bois qui l'a précédée; une série de montants verticaux sont rattachés les uns aux autres par des traverses horizontales; mais l'imagination et le goût des constructeurs bouddhiques ont tiré un merveilleux parti de ces éléments rudimentaires. Les piliers et les traverses, fouillés par d'habiles ciseaux, se sont parés de motifs, de figures, de scènes qui marquent une fine observation de la nature et de la vie. A chacune des issues se dresse une porte monumentale (torana) construite sur le même principe, à l'imitation d'une charpente, mais chargée à profusion d'emblèmes, de figures, d'animaux réels ou fantastiques. Les plus anciens exemples du genre ont été découverts à Gaya, à Bharhout, à Sanchi, et sont à peu près contemporains d'Ashoka; le plus beau est celui d'Amravati (Bérar) qui date des premiers siècles de l'ère chrétienne et montre l'art classique de l'Occident combiné dans une fusion harmonieuse avec l'art de l'Inde. Le chaitya répond exactement à l'église chrétienne; c'est le lieu d'assemblée et le lieu de culte; la disposition même du chaitya offre des analogies frappantes avec l'église. Tous les chaityas, presque sans exception, sont des excavations pratiquées dans les roches; le nombre de ceux qu'on a relevés dans toutes les parties de l'Inde est considérable; cependant les neuf dixièmes du chiffre total sont groupés dans la région des Ghâts occidentales : les falaises perpendiculaires des trapps et leurs couches horizontales parfaitement homogènes favorisaient naturellement ce genre d'architecture. Sous sa forme définitive et pour ainsi dire classique, le chaitya comporte une façade ouvrée dans le roc, une nef flanquée de deux ailes et bordée de colonnes, et, en guise de choeur, une sorte de stupa en réduction (dagoba) où sont déposées des reliques. La lumière, introduite par une large fenêtre au-dessus du porche, vient tomber sur le dagoba qu'elle illumine, tandis que, par un contraste saisissant, le reste de l'édifice est noyé dans l'ombre. On a tenté des rapprochements hasardeux entre ces temples souterrains et les hypogées de l'ancienne Egypte; mais le long intervalle de temps qui les sépare suffit à faire justice des analogies apparentes; d'autre part, une étude détaillée prouve jusqu'à l'évidence que ces temples sont le produit spontané d'un développement purement indien. Des ébauches de Barabar (près de Gaya, Béhar) aux chefs-d'oeuvre de Karli et de Nasik (Ghâts occidentales), l'art des architectes s'affirme et s'enhardit graduellement. Les viharas accompagnaient en général les chaityas; ils se composaient, autant qu'on peut l'imaginer, d'une cour ou d'un hall entouré de cellules; des galeries de plusieurs étages, portées sur des piliers aux riches sculptures donnaient à la construction un caractère artistique. Les viharas élevés en plein air ont tous disparu; faits de bois et de briques, ils ne pouvaient pas affronter les injures des siècles. Mais d'autres, excavés comme les chaityas, ont résisté et nous présentent des modèles imparfaits, altérés dans leurs parties organiques par les conditions particulières du genre. Les cellules excavées de l'Odisha (Khandagiri), d'origine jaïniste quoiqu'on les attribue fréquemment au bouddhisme, marquent le premier stage : de petites cellules abritées par une véranda que portent des colonnes s'enfoncent dans le roc et souvent s'y étagent. Les sculptures qui les décorent, aussi surprenantes de savoir-faire que celles de Bharhout, trahissent l'influence ou l'imitation de l'art occidental. Les viharas de l'Ouest manquent de sculptures, mais l'architecture en est plus poussée. Le toit est porté par un;nombre de piliers toujours croissant (4, 12, 20, 24); la véranda est aussi soutenue par des colonnes décorées : enfin au fond, vis-à -vis de la véranda, une autre colonnade donne accès à une salle plus profonde, où les moines célèbrent le culte et adorent la divinité. Parfois, comme à Ajanta, les parois sont revêtues de fresques admitables. Les monastères du Nord-Ouest ont une physionomie toute particulière : une cour, ronde ou carrée, entourée de cellules ou plutôt de niches à statues, se relève au centre en une plate-forme qui porte un autel; au delà une cour oblongue reçoit les ex-voto et les statues déposées dans les niches du pourtour; cette seconde cour précède le vihara, du type régulier. Mais le trait le plus intéressant de cette région est la marque partout empreinte de l'art occidental, grec, romain ou byzantin. En fait, sur une étendue de six ou sept siècles, entre 150 av. J. -C. et 600 ap. J.-C., l'Inde a reçu de l'Occident, soit par les rois grecs de Bactriane, soit par les Arsacides de Perse, soit par le commerce et les caravanes, un afflux constant d'ouvriers ou d'artistes; l'histoire de saint Thomas en fournit un singulier témoignage. Le musée de Lahore, où sont rassemblés ces débris par centaines, possède plus d'une pièce dont la facture eut fait honneur aux ciseaux les plus réputés d'Athènes ou de Rome. L'architecture jaïniqueLes jaïnistes, en architecture comme dans l'histoire, ont cruellement souffert de leurs ressemblances avec le bouddhisme. Longtemps pris pour une simple secte de de la confession rivale, ils se sont vu dérober jusqu'à l'honneur des constructions qu'ils avaient élevées. Les études faites leur ont du moins restitué quelques-uns de ces titres usurpés. Les caves de Khandagiri sont bien jaïniques : la communauté, dès les environs de l'ère chrétienne, avait à Mathoura un temple splendide, dont l'origine passait pour se perdre dans la nuit des temps. Mais c'est seulement avec la disparition du bouddhisme que commence leur véritable histoire monumentale. Les jaïnites ont introduit ou développé particulièrement deux formes architecturales : le dôme creux, substitué à la coupole massive des bouddhistes, et l'arche horizontale, bien différente de l'arche à voussure des Romains. Ils ont également adopté, de concert avec l'hindouisme, la tour connue sous le nom de sikra, de forme curviligne, couronnée d'un coussin débordant, l'amalaka, qui porte un dôme plat de courbure inverse et d'où s'élève un gracieux pinacle, souvent en forme de vase. L'aspect général d'un temple jaïniste est à peu près constant : une galerie d'enceinte, qui rappelle le vihara bouddhique, est percée de cellules en réduction, ou plutôt de niches qui abritent la même statue de saint répétée à un nombre considérable d'exemplaires; la cella qui abrite l'image sacrée est signalée de loin par sa haute tour (sikra); un porche la précède, dessiné par quatre colonnades en croix convergeant en un octogone qui supporte le dôme. Le pittoresque de cette disposition s'accroît encore par le groupement coutumier des temples jaïnistes; les jaïnistes en ont élevé de véritables cités sur le flanc des collines ou dans le creux de riantes vallées, dans des sites toujours choisis avec goût, surtout à Satrounjaya ou Palitana et à Girnar dans le Kathiawar, au mont Abou dans le Rajpoutana, à Parisnath (Bengale). C'est surtout à varier le dessin et la combinaison des piliers que les architectes jaïnistes ont excellé; plus d'un semble même s'être interdit de répéter la même forme, le même dessin ou le même décor parmi tous les piliers du même édifice.Les musulmans, constructeurs passionnés, mais économes, ne se sont pas fait faute d'emprunter aux temples jaïniques les matériaux de leurs mosquées. Mais les jaïnistes, d'autre part, ne dédaignent pas d'emprunter à l'art musulman les dômes en bulbe des Moghols qui supplantent les sikras, et l'arche foliée en pointe. Les jaïnistes de l'Inde méridionale ont deux sortes d'édifices religieux : les bastis et les bettus. Les bettus sont des cours à ciel ouvert, avec la statue d'un personnage énigmatique dénommé Gomati Raja; la plus célèbre est le colosse de Sravana Belgola (Mysore) qui mesure plus de 23 m et rappelle étrangement sous certains aspects les colosses égyptiens. Les bastis sont identiques aux temples jaïniques du Nord, mais modifiés par le contact de l'art dravidien qui lui fournit ses étages en retrait décorés de petites cellules simulées aux dépens de la tour en sikra qui disparaît. L'architecture hindoueL'architecture hindoue se divise en trois styles : dravidien, chaloukya, septentrional. Les temples dravidiens se composent presque invariablement de quatre parties, arrangées de diverses manières, selon la date de l'exécution :1° temple principal (vimana), carré de plan et surmonté d'un toit pyramidal d'un ou plusieurs étages; il contient la cella où est placée l'image du dieu ou son emblème;En outre, le temple contient toujours des réservoirs ou des étangs réservés aux usages religieux, et des dépendances nombreuses où loge le personne. Les premiers stages de cette formation sont indiqués par les monolithes nains de Mahabalipour (au Sud de Madras), imitations déjà lointaines des viharas bouddhiques taillés dans des blocs de granit sur la côte (VIe siècle) et par le grand et étrange temple monolithe du Kailâsa, à Ellora (16 km au Nord-Ouest d'Aurangabad), taillé de toutes pièces dans la colline éventrée (VIIIe-IXe siècle). Une multitude de temples surgit ensuite dans le pays dravidien, chefs-d'oeuvre d'ornementation lente et patiente, souvent aussi d'invention et d'ingéniosité, mais plus souvent bâtis pèle-mêle sans ordre ni plan ni méthode, tels enfin que les efforts continus de longues générations n'abou-tissent qu'à la confusion et l'incohérence. La pagode de Tanjore forme une exception peut-être unique par la régularité de sa disposition et l'élégance de ses proportions. Son vimana dresse sur une pyramide de treize étages son dôme monolithe à une hauteur de 63 m. Ramisseram a la merveille de son corridor, qui se développe sur plus d'un km, stupéfiant par la richesse des piliers, la beauté des sculptures et les jeux variés de lumière et d'ombre. Madoura a son admirable chauderie; mais l'effort, au demeurant, paraît excessif pour le sentiment à traduire. Les architectes dravidiens ont eu plus à coeur d'éblouir que d'émouvoir. Si les constructions bouddhiques du Nord marquent l'influence grecque, perse, peut-être même assyrienne, les temples dravidiens rappellent étrangement l'Egypte; le gopoura, par sa forme et son objet, répond exactement au pylône égyptien; les grands mandapas et les salles aux mille colonnes reproduisent jusque dans le détail les salles hypostyles. Tout, jusqu'au mode d'agrégation, jusqu'à l'impression de labeur gigantesque, est commun à ces deux architectures. La distance des temps exclut l'hypothèse d'une influence directe. Faut-il croire à une simple rencontre de hasard, ressource toujours aisée? Les premiers orientalistes, frappés par le nombre des analogies, n'hésitaient pas à admettre des rapports historiques entre l'Egypte des pharaons et l'Inde des brahmanes. La critique sévère a écarté ces ambitieuses spéculations. Le style chaloukya couvre tout le domaine
ou régnèrent les princes de cette dynastie entre le golfe Arabique et
le golfe du Bengale Le style du Nord ou indo-aryen a une origine
énigmatique. Ses formes originales ne suggèrent pas de comparaison ni
de rapprochement. Le contraste avec le style dravidien est si complet qu'il
parait voulu et cherché. La différence de langue entre les deux régions
n'est pas plus profonde que la différence d'architecture. L'une élève
la pyramide du temple en étages; l'autre lui donne une forme, curviligne;
le dôme, régulier dans l'une, manque régulièrement à l'autre; le temple
dravidien a son porche à piliers fouillés et sa salle aux 1000 colonnes;
le temple indo-aryen n'a pas de colonnes; le premier comporte un vaste
développement de constructions; le second est réduit au sanctuaire proprement
dit. Le temple du Nord est en général carré à l'intérieur, mais souvent
modifié à l'extérieur par une addition de projections parallèles; en
avant un porche de forme à peu près cubique aussi est surmonté d'un
toit pyramidal. Parfois on ajoute à la construction deux salles supplémentaires,
la salle de spectacle (natya-mandira) et le réfectoire (bhoga-mandira).
Les temples de l'Odisha illustrent magnifiquement ce style (temple de Shiva
à Bhouvanesvar, pagode noire de Kanarak, temple de Vishnou-Jagannath Ã
Pouri).
L'architecture musulmaneLes musulmans, en pénétrant dans l'Inde, y apportèrent les formes et l'inspiration de l'art arabe; le contact entre deux cultures si distinctess et si fortement trempées ne pouvait manquer d'enfanter des merveilles. Les dynasties musulmanes ont couvert l'Inde de splendides édifices, mosquées, palais, tombes, trop nombreux pour les décrire en détail, trop variés pour se prêter à une esquisse d'ensemble. Autant de dynasties locales, autant de styles divers; la forte personnalité qui se trouve toujours à l'origine de ces familles royales se reflète sur les monuments. La rude maison de Ghor (XIIIe siècle) se contente d'abord d'emprunter aux jaïnistes leurs cours de colonnes, de les fermer par un mur orienté vers La Mecque, et de dresser en façade un écran d'arches hautes et fières, mais sculptées et fouillées par le ciseau hindou. Le grand minaret de Delhi (Koutoub Minar) dresse encore à 80 m son faite ruiné. Au XIVe siècle, une sorte de réaction puritaine substitue à l'ornementation luxuriante des premiers Afghans un dessin d'une sévère simplicité. Les matériaux hindous servent encore aux édifices, mais remaniés et transformés jusqu'à être méconnaissables. La mosquée prend la forme d'un hall oblong, avec un dôme central flanqué de deux autres dômes égaux en dimensions horizontales, mais plus bas, et sépares du dôme principal par une arche hardie. Dans le Gudjerate, à Ahmedabad, où les jaïnistes formaient de puissantes communautés, l'influence de leur art est prépondérante : l'élégance du style jaïnique s'associe à une largeur de conception qui lui était inconnue. La dynastie des Adil Shahis de Bijapour, animée contre les Hindous d'une haine fanatique, rompt résolument avec leurs procédés d'architecture, et, servie par des artistes inspirés du romain ou du byzantin, se fait un style propre, à arches en pointe et à dôme. Mais c'est surtout aux Moghols que revient la plus belle part de gloire. Leurs tombes, élevées de leur vivant et soignées avec amour, défendent mieux encore leur souvenir de l'oubli que leurs restes de la profanation. Dans des jardins fermés par de hauts murs crénelés, s'élève en général un édifice carré on octogonal, couronné d'un dôme; à quatre des angles des édicules couronnés également de dômes; les autres côtés servent aux entrées. Toute la construction repose sur une haute terrasse carrée d'où rayonnent quatre larges allées, avec des canaux pavés de marbre et ornés de fontaines; les espaces angulaires sont plantés de cyprès et d'autres essences toujours vertes, d'un dessin original. Les tombeaux de Houmayoun et d'Akbar, oeuvres d'un art consommé, sont surpassés encore par le Taj-Mahal, élevé sur les bords de la Joumna par Shah Jahan (1648) pour abriter les restes de sa favorite Mountaz-i-Mahal, « rêve de marbre, dessiné par des Titans et fini par des joailliers ». Les palais d'Akbar à Agra et à Fatehpour Sikri, la mosquée de Fatehpour avec sa grande arche triomphale ouvrant sur un demi-dôme, le palais de Shah Jahan à Dehli, ses mosquées d'Agra « la Perle » (Mouti Masjid) et la « grande mosquée » (Jama Masjid) n'ont pas cessé depuis deux siècles d'arracher aux voyageurs des cris d'admiration et d'éblouissement. Shah Jahan, amateur passionné de marbres incrustés, avait appelé à sa cour des artistes occidentaux : le nom d'un Français, Austin ou Augustin de Bordeaux, reste associé aux incomparables splendeurs du Taj-Mahal.La décadence et la chute des Moghols a laissé le champ libre à l'invasion de l'art européen, admis d'abord à titre de curiosité et imposé ensuite par la force des armes. Le mauvais goût britannique a peuplé l'Inde de monuments soi-disant grecs ou romains ou italiens fort propres à corrompre l'esthétique la plus fine et la plus sûre. L'architecture coloniale et post-colonialeL'architecture coloniale.Au début du XIXe siècle, l'architecture est dominée par la présence croissante de la Compagnie britannique des Indes orientales, qui développe dans les grandes villes portuaires un style que l'on qualifie d'indo-saracénique dans sa forme la plus aboutie, mais qui commence d'abord par des expérimentations plus hésitantes mêlant classicisme néo-palladien et adaptations climatiques locales. À Calcutta, capitale du Raj britannique jusqu'en 1911, s'élèvent des bâtiments néoclassiques massifs comme le Government House, achevé en 1803 sur des plans inspirés de Kedleston Hall en Angleterre, ou le Metcalfe Hall aux colonnes corinthiennes, témoignant d'une volonté de projeter l'autorité impériale à travers un langage architectural européen directement transposé, avec parfois des adaptations comme de larges vérandas et des toitures pensées pour la mousson. Cette période voit aussi la construction de nombreuses églises, tribunaux et résidences dans un style géorgien tardif, particulièrement visible à Madras (Chennai) et à Bombay (Mumbai). À partir du milieu du siècle, et surtout après la révolte de 1857 qui transfère le pouvoir de la Compagnie à la Couronne britannique, un style hybride se développe consciemment, mêlant éléments moghols, hindous et gothiques victoriens. Ce mouvement répond à une volonté politique de légitimer la domination britannique en s'appropriant des formes architecturales indiennes traditionnelles, dômes, chhatris, jharokhas et arcs en fer à cheval, tout en les combinant avec des techniques constructives et des programmes fonctionnels occidentaux. Robert Fellowes Chisholm en est un pionnier avec des œuvres comme le Chepauk Palace restauré et le Presidency College à Madras. À Bombay, Frederick William Stevens réalise la gare de Victoria Terminus, renommée plus tard Chhatrapati Shivaji Maharaj Terminus, achevée en 1888, un édifice monumental mêlant gothique victorien flamboyant et motifs décoratifs indiens, aujourd'hui classé au patrimoine mondial de l'Unesco. La même ville voit s'élever d'autres bâtiments emblématiques de cette période comme l'université de Bombay et la Haute Cour, tous deux dus en partie à l'architecte George Gilbert Scott depuis l'Angleterre. Au tournant du XXe siècle, l'apogée de ce style indo-saracénique coïncide avec les grandes commandes impériales. À Bombay, la Gateway of India, conçue par George Wittet et achevée en 1924 pour commémorer la visite du roi George V en 1911, combine des éléments moghols gujaratis avec une monumentalité classique. Mais c'est surtout la construction de New Delhi comme nouvelle capitale impériale, décidée en 1911 et confiée à Edwin Lutyens et Herbert Baker, qui constitue le projet architectural le plus ambitieux de la période coloniale. Lutyens conçoit le Rashtrapati Bhavan, alors Viceroy's House, achevé en 1929, un palais monumental mêlant classicisme britannique et motifs empruntés à l'architecture bouddhiste et moghole, notamment dans son célèbre dôme inspiré du stupa de Sanchi. Baker réalise les Secretariat Buildings de part et d'autre du Rajpath. L'ensemble urbain de New Delhi, avec ses larges avenues, ses jardins et son axe monumental menant à l'India Gate, incarne une synthèse de l'urbanisme Beaux-Arts et d'une volonté d'inscrire durablement le pouvoir britannique dans le paysage indien, tout en empruntant, non sans ambiguïté, à l'héritage architectural du sous-continent. Parallèlement à cette architecture officielle, les princes des États princiers, notamment au Rajasthan, au Gujarat et au Mysore, font construire à partir de la fin du XIXe siècle des palais qui mêlent tradition rajpoute ou dravidienne avec des éléments empruntés à l'Art nouveau, au style victorien voire à l'Art déco naissant, comme le Lalitha Mahal Palace à Mysore ou le Umaid Bhawan Palace à Jodhpur, ce dernier conçu par Henry Vaughan Lanchester et achevé en 1943, l'un des derniers grands palais construits en Inde et l'un des plus vastes du monde, mêlant grès local et sensibilité Art déco dans ses intérieurs. Dans les années 1920 et 1930, alors que le mouvement nationaliste indien gagne en force, l'architecture Art déco connaît un essor particulier à Bombay, où des quartiers entiers comme Marine Drive se couvrent d'immeubles résidentiels aux lignes épurées, aux motifs géométriques et aux façades incurvées, faisant de la ville l'une des concentrations les plus importantes d'Art déco au monde après Miami, un patrimoine aujourd'hui reconnu par l'Unesco conjointement avec les ensembles victoriens de la ville. L'architecture
indienne depuis 1947.
Charles Correa, l'une des figures les plus importantes du XXe siècle indien, cherche à réconcilier modernisme international et sensibilité climatique et culturelle indienne, notamment à travers des espaces ouverts, des cours intérieures et une attention à la lumière et à la ventilation naturelle, comme le montrent le Gandhi Smarak Sangrahalaya à Ahmedabad, mémorial dédié au Mahatma Gandhi achevé en 1963, ou plus tard le Jawahar Kala Kendra à Jaipur, dont le plan s'inspire du mandala des neuf planètes. Balkrishna Doshi, qui avait travaillé avec Le Corbusier à Chandigarh puis avec Louis Kahn lors du projet de l'Indian Institute of Management à Ahmedabad, développe une oeuvre personnelle profondément ancrée dans le climat et la culture indienne, mêlant modernisme et références vernaculaires, comme dans son propre atelier Sangath ou dans le complexe d'habitat social Aranya à Indore, qui lui vaudra en 2018 le Pritzker Prize, une première pour un architecte indien. Louis Kahn lui-même, architecte américain d'origine estonienne, laisse une empreinte considérable avec l'Indian Institute of Management d'Ahmedabad, achevé dans les années 1970, dont les grands murs de brique percés d'arcs monumentaux deviennent une référence esthétique majeure du monumentalisme moderne en Inde. Dans les décennies suivant l'indépendance, l'État indien investit massivement dans une architecture institutionnelle destinée à symboliser le développement national, barrages, instituts de recherche, universités technologiques, souvent conçus en béton brut dans l'esprit brutaliste, tandis que l'architecture résidentielle urbaine se développe rapidement pour répondre à l'urbanisation accélérée, avec des résultats inégaux entre expérimentations de qualité et production de masse standardisée. À partir des années 1980 et 1990, dans le contexte de la libéralisation économique indienne amorcée en 1991, l'architecture connaît une diversification importante. Raj Rewal poursuit une réflexion sur l'urbanisme dense et les formes vernaculaires réinterprétées, comme dans le complexe résidentiel Asiad Village à New Delhi construit pour les Jeux asiatiques de 1982. La période voit aussi l'essor d'une architecture commerciale et corporative internationale standardisée, tours de bureaux vitrées, centres commerciaux, campus technologiques, particulièrement visible dans les villes en forte croissance comme Bangalore, Gurugram ou Hyderabad, souvent critiquée pour son détachement du contexte climatique et culturel local au profit d'une esthétique globalisée. Depuis les années 2000, une réaction critique se développe chez de nombreux architectes indiens contemporains, qui cherchent à renouer avec des principes de durabilité, de matériaux locaux et de techniques constructives traditionnelles adaptées aux enjeux contemporains. Anupama Kundoo, notamment, s'intéresse à des matériaux à faible impact comme la terre crue et les briques réfractaires, tandis que Bijoy Jain, avec son studio Mumbai, développe une architecture artisanale attentive au processus de construction et aux savoir-faire locaux, saluée par une reconnaissance internationale croissante. Cette période récente est également marquée par de grands projets d'infrastructure et des chantiers symboliques, comme la reconstruction du complexe parlementaire à New Delhi dans le cadre du Central Vista Redevelopment Project, conçu par Bimal Patel et inauguré en 2023, un projet qui a suscité d'importants débats sur l'héritage architectural colonial de Lutyens et la manière dont l'Inde contemporaine souhaite s'inscrire, ou se démarquer, dans cette continuité monumentale. |
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