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L'histoire de Rome
Rome au temps de la République
 I - De 510 au dĂ©but des Guerres puniques
La révolution que connut Rome en l'année 510 ne fut pas favorable à la plèbe. Elle semble, au contraire, avoir été une revanche prise par les patriciens sur les derniers rois (La Royauté romaine). En effet, toute la puissance politique se trouva concentrée, au début de la République, entre les mains des patriciens. Le roi, qui était unique et qui gardait le pouvoir pendant toute sa vie, fut remplacé par deux consuls, qui ne pouvaient être choisis que parmi les patriciens et qui ne devaient rester en charge qu'un an; en outre, dès la première année de la République, le pouvoir judiciaire des nouveaux chefs de l'Etat fut limité par la loi Valeria de provocatione qui, édicta que l'on pourrait en appeler désormais à l'assembée du peuple des condamnations à mort prononcées par les consuls à Rome en temps de paix. Exceptionnellement, en cas de danger pressant ou dans de graves circonstances, un dictateur pouvait être nommé; il était le maître absolu dans la cité et n'avait aucun compte à rendre de ses actes; mais il devait déposer ses pouvoirs au bout de six mois. La révolution de l'année 510 profita surtout au Sénat. Composé désormais de trois cents membres, tous patriciens, qui siégeaient à vie, le Sénat fut, dans l'Etat romain, le seul corps politique permanent. Il acquit rapidement une très grande influence, et ce fut lui qui, pendant plusieurs siècles, dirigea vraiment la politique romaine. Les consuls ne pouvaient rien faire sans le consulter, et les décisions de l'assemblée du peuple n'acquéraient force de lois que si le Sénat les approuvait. L'assemblée curiate, qui ne comprenait que les patriciens et leurs clients, perdit toute importance politique : elle ne fut plus convoquée et réunie que pour l'accomplissement de certains actes religieux ou de certaines formalités traditionnelles. Le pouvoir législatif et l'élection des magistrats appartinrent dès lors à l'assemblée centuriate

L'assemblée centuriate était l'assemblée du peuple réparti dans les centuries créées par Servius Tullius. Les plébéiens en faisaient partie comme les patriciens; mais, bien qu'ils fussent les plus nombreux, ils n'avaient pas la majorité. Dans l'assemblée centuriate, le vote avait lieu, non par tête, mais par centurie. Or les centuries avaient été organisées de telle façon que les plus riches disposaient de 98 suffrages, tandis que tout le reste du peuple n'en possédait que 95. Les patriciens, qui seuls pouvaient être nommés consuls, qui seuls composaient le Sénat et qui avaient la majorité absolue dans l'assemblée du peuple, étaient donc bien les maîtres de la République. Malgré leur nombre et leur admission dans les centuries, les plébéiens n'étaient rien dans l'Etat. Au point de vue religieux et social, ils étaient toujours tenus à l'écart par les familles patriciennes; sur le terrain politique, ils n'avaient pas accès au Sénat ni au consulat; dans l'assemblée centuriate, ils étaient en minorité; en matière judiciaire, ils étaient soumis à l'arbitraire des patriciens, qui seuls pouvaient être juges et seuls connaissaient le droit. Le peuple romain se trouvait ainsi divisé en deux grandes parties le patriciat, maître de tout, et la plèbe qui ne pouvait même pas faire entendre ses plaintes et exprimer ses voeux. Pendant deux siècles, toute la vie intérieure de Rome se résuma dans la lutte du patriciat et de la plèbe : la plèbe voulait améliorer sa condition économique, sociale, civile et politique; le patriciat voulait conserver jalousement ses privilèges et ses monopoles. Le conflit fut d'abord économique : il éclata moins entre patriciens et plébéiens qu'entre riches et pauvres; mais les patriciens étaient presque tous riches, et les pauvres appartenaient tous à la plèbe.

Les guerres incessantes que la RĂ©publique romaine, eut Ă  soutenir pendant les premières annĂ©es de son existence eurent pour rĂ©sultat de ruiner complètement la classe modeste des petits propriĂ©taires et des fermiers. Chaque annĂ©e, au printemps, ils devaient prendre les armes, quitter leurs champs, s'Ă©quiper eux-mĂŞmes; ils ne recevaient aucune solde. Pendant qu'ils combattaient, leur petit domaine restait inculte, ou mĂŞme Ă©tait ravagĂ© par les ennemis. A la fin de la guerre, les patriciens, par aviditĂ©, ne leur donnaient pas la part de butin Ă  laquelle ils avaient droit. RuinĂ©s, les plĂ©bĂ©iens durent s'endetter pour vivre. Or, Ă  Rome , la lĂ©gislation sur les dettes Ă©tait des plus rigoureuses. Lorsque le dĂ©biteur Ă©tait incapable de remplir les engagements qu'il avait pris, il devenait l'esclave de son crĂ©ancier. C'est ainsi que l'on vit des plĂ©bĂ©iens, dont le corps Ă©tait tout couvert de blessures reçues Ă  la guerre, chargĂ©s de chaĂ®nes par des crĂ©anciers impitoyables. Ce spectacle porta au comble l'indignation de la plèbe. Mais les plĂ©bĂ©iens n'avaient aucun moyen lĂ©gal de secouer la tyrannie des patriciens. Ils eurent recours Ă  la rĂ©volte. Les patriciens avaient surtout besoin d'eux Ă  l'armĂ©e, comme soldats : deux fois les plĂ©bĂ©iens refusèrent de s'enrĂ´ler Ă  l'appel des consuls. On ne triompha de leur rĂ©sistance qu'en leur promettant de suspendre la lĂ©gislation sur les dettes et d'amĂ©liorer leur condition. Mais, le danger passĂ© et la guerre terminĂ©e, les patriciens refusèrent de tenir les promesses qu'ils avaient faites. Ce fut alors que les plĂ©bĂ©iens prirent une rĂ©solution dĂ©sespĂ©rĂ©e (493). Puisqu'ils ne pouvaient obtenir justice dans Rome, ils se dĂ©cidèrent Ă  s'expatrier, Ă  fonder une ville nouvelle; et ils choisirent, pour l'emplacement de cette ville, une colline peu Ă©levĂ©e situĂ©e au Nord de Rome, le mont SacrĂ©. Ce dĂ©part des plĂ©bĂ©iens, cette sĂ©cession d'une partie considĂ©rable de la population romaine, effraya les patriciens. Un ancien consul, Menenius Agrippa, fut envoyĂ© par eux au mont SacrĂ©. Il raconta aux plĂ©bĂ©iens l'apologue bien connu des Membres et de l'Estomac, et leur offrit des concessions au nom du patriciat. Ces concessions Ă©taient : 

1° l'affranchissement de tous ceux qui Ă©taient esclaves pour dettes et l'abolition des dettes insolvables; 

2° la création de magistrats chargés de protéger les plébéiens, les tribuns de la plèbe.

Les plébéiens acceptèrent ces conditions et revinrent à Rome. Ils avaient remporté un grand succès; ils avaient désormais des chefs et des défenseurs. Les tribuns de la plèbe, qui ne devaient être choisis que parmi les plébéiens, restaient en charge un an, et pouvaient être réélus plusieurs années de suite. Ils possédaient trois prérogatives principales : le droit de secours (jus auxilii), le droit de veto, l'inviolabilité personnelle. Par le droit de secours, ils pouvaient intervenir en faveur d'un plébéien et prendre sa défense contre les magistrats patriciens; par le droit de veto, ils pouvaient s'opposer à tout acte de l'autorité, et leur opposition était invincible; enfin leur inviolabilité personnelle, consacrée par de terribles châtiments, leur assurait une force considérable. De plus, les tribuns donnèrent à la plèbe l'organisation politique qui lui avait fait défaut jusqu'alors. Ils avaient le droit de convoquer les plébéiens; ils les convoquèrent par tribus. Depuis la réforme dite de Servius Tullius, le nombre des tribus s'était élevé à 21; plus tard, il atteignit le chiffre de 35. Cette assemblée de la plèbe, répartie par tribus, n'eut pas d'abord un caractère officiel ni légal; les résolutions qu'elle prenait, appelées plébiscites, n'étaient obligatoires que pour les plébéiens. Mais bientôt cette assemblée tribute devint plus importante que l'assemblée centuriate, et elle ne tarda pas à jouer un rôle capital dans l'histoire extérieure de Rome. Le véritable résultat de ces événements, qui se passèrent en l'année 493 av. J.-C. fut de fournir à la plèbe les moyens d'action politique dont elle était auparavant privée. Elle eut désormais, dans les tribuns, des protecteurs contre les consuls et des chefs résolus; en outre, elle put se réunir en dehors des patriciens et prendre des décisions. Elle forma dès lors un corps organisé, et elle engagea la lutte contre ses adversaires. Cette lutte, qui donna à la vie publique dans Rome une animation considérable, dura plus d'un siècle et demi; elle se termina par la victoire complète des plébéiens, qui conquirent l'égalité civile, politique et religieuse.

La conquĂŞte des droits civils et politiques, dont les patriciens avaient jusqu'alors gardĂ© le monopole, fut l'oeuvre Ă  laquelle les tribuns de la plèbe se consacrèrent dès le dĂ©but avec la plus vive ardeur. Choisis le plus souvent parmi les plĂ©bĂ©iens riches, ils se soucièrent peu tout d'abord de remĂ©dier aux misères des plĂ©bĂ©iens pauvres; ils combattirent mĂŞme la loi agraire de Spurius Cassius. Leurs efforts se portèrent principalement sur les rĂ©formes civiles et politiques. En 462, le tribun C. Terentilius Arsa fit voter un plĂ©biscite ordonnant la nomination de cinq citoyens chargĂ©s de rĂ©diger un code de lois, auquel les consuls seraient obligĂ©s de conformer leurs jugements. Cette proposition Ă©tait très grave. Jusqu'alors il n'y avait pas eu Ă  Rome  de droit Ă©crit. Les patriciens seuls connaissaient les formules très anciennes, qui servaient de lois; les plĂ©bĂ©iens se trouvaient Ă  leur merci dans tous les procès. En demandant la rĂ©daction d'un code obligatoire pour les consuls, le tribun C. Terentilius Arsa voulait dĂ©truire cet abus. Les patriciens lui opposèrent pendant dix ans une rĂ©sistance acharnĂ©e; mais la plèbe s'obstina Ă  réélire les mĂŞmes tribuns. La proposition de C. Terentilius Arsa fut enfin acceptĂ©e par les patriciens, mais Ă  la condition que le nombre des citoyens chargĂ©s de rĂ©diger les lois nouvelles fut fixĂ© Ă  dix, et que ces dix lĂ©gislateurs fussent tous patriciens. Il fut ainsi dĂ©cidĂ©. Les dix lĂ©gislateurs furent les dĂ©cemvirs

Les décemvirs, investis pour un an d'une autorité souveraine et absolue, se mirent à l'oeuvre avec ardeur. Au bout de l'année, ils avaient rédigé de nombreuses lois, qu'ils firent graver sur dix tables d'airain et exposer au Forum. Mais l'oeuvre n'était pas complètement achevée. De nouveaux décemvirs furent élus. Dirigés par Appius Claudius, ils rédigèrent encore deux tables de lois; puis ils voulurent garder les pouvoirs extraordinaires qui leur avaient été conférés et en user tyranniquement. Mais la plèbe et l'armée se révoltèrent contre eux et les obligèrent à déposer leur autorité. Les anciennes magistratures furent rétablies. L'ensemble des lois rédigées par les décemvirs prit le nom de Lois des Douze Tables; ces lois peuvent être considérées comme formant le plus ancien code qui ait existé à Rome.

Cette première victoire des tribuns fut suivie de beaucoup d'autres : après la chute des seconds décemvirs, les tribuns firent décider qu'à l'avenir aucun magistrat ne pourrait être revêtu d'une autorité absolue, et que les décisions prises par l'assemblée tribute auraient force de lois pour tous les citoyens. Un peu plus tard fut abolie la loi qui interdisait les mariages entre patriciens et plébéiens; désormais les plébéiens purent entrer par des unions légitimes dans les familles patriciennes : l'égalité civile était conquise. Enfin les tribuns formulèrent la proposition qui devait provoquer pendant de longues années une lutte acharnée entre patriciens et plébéiens: ils demandèrent le partage du consulat entre les deux ordres. Le Sénat et les patriciens résistèrent d'abord avec indignation : puis ils démembrèrent le consulat, et transportèrent à de nouveaux magistrats plusieurs attributions des consuls; c'est ainsi qu'entre les années 444 et 366 av. J.-C. furent successivement créées la censure, l'édilité curule et la préture.

Il y eut mĂŞme des annĂ©es oĂą les consuls furent remplacĂ©s par des tribuns militaires Ă  puissance consulaire. Cependant la grande majoritĂ© de la plèbe s'intĂ©ressait peu Ă  cette lutte ce n'Ă©taient pas les plĂ©bĂ©iens pauvres qui pouvaient aspirer au consulat. Les tribuns comprirent que, s'ils voulaient voir triompher leurs ambitions politiques, ils devaient ne pas les sĂ©parer des rĂ©clamations plutĂ´t Ă©conomiques de la vraie plèbe. C'est pourquoi les deux tribuns C. Licinius Stolo et L. Sextius firent une triple proposition, dont ils dĂ©clarèrent les trois parties insĂ©parables : 

1° pour les dettes, les sommes déjà payées à titre d'intérêt seront déduites du capital, et le reste sera payé par portions égales en trois ans;

2° personne ne pourra occuper plus de 500 arpents de terres publiques, ni envoyer sur les pâturages publics plus de 400 boeufs et 500 moutons;

3° le consulat sera partagé entre les deux ordres; l'un des deux consuls sera toujours choisi parmi les plébéiens.

Le patriciat résista encore dix ans; mais en 366la lutte se termina par la victoire des tribuns de la plèbe. Après le consulat, les principales magistratures, jusque-là réservées aux patriciens, devinrent l'une après l'autre accessibles aux plébéiens : la censure en 351, la préture en 337; il y eut, à côté des deux édiles curules patriciens, deux édiles plébéiens; enfin, en 300, les collèges des Pontifes et des Augures ouvrirent leurs portes aux plébéiens. Désormais la lutte entre les deux ordres était terminée. La plèbe avait conquis l'égalité civile et politique la plus complète. Admis dans le Sénat, éligibles à toutes les magistratures publiques, tout en conservant le privilège de fournir seuls les tribuns de la plèbe, les plébéiens participèrent au gouvernement de la cité et jouèrent un rôle de plus en plus important dans l'histoire de Rome

Ce fut alors, pendant les premières annĂ©es du IIIe siècle av. J.-C. que la constitution de la RĂ©publique romaine atteignit son plein dĂ©veloppement. Tant que cette constitution ne fut pas dĂ©naturĂ©e, tant que le jeu en fut normal, la RĂ©publique romaine offrit l'exemple d'un juste Ă©quilibre entre des forces et dès Ă©lĂ©ments très divers. Au SĂ©nat dominait l'esprit conservateur, gardien des traditions nationales; dans les assemblĂ©es du peuple s'exprimaient les idĂ©es nouvelles, se discutaient les projets de rĂ©formes hardies. L'autoritĂ© des magistrats Ă©tait considĂ©rable, et dans l'armĂ©e rĂ©gnait une discipline inflexible, mais la personne et les droits des citoyens Ă©taient toujours respectĂ©s. La loi Ă©tait souveraine. 

Les principaux organes de la constitution romaine Ă©taient : le SĂ©nat, les assemblĂ©es du peuple, les magistratures. Le SĂ©nat dirigeait toute la politique intĂ©rieure et extĂ©rieure de la RĂ©publique; il surveillait, contrĂ´lait ou dĂ©cidait tout ce qui se rapportait Ă  la religion, aux finances, Ă  la diplomatie, Ă  l'organisation des territoires conquis. Les assemblĂ©es du peuple Ă©taient au nombre de trois : l'assemblĂ©e curiate, oĂą le peuple Ă©tait rĂ©parti par curies; l'assemblĂ©e centuriate, dans laquelle les citoyens Ă©taient groupĂ©s par centuries; l'assemblĂ©e tribute, qui avait pour base la division en tribus de Rome  et de son territoire. L'assemblĂ©e curiate avait perdu toute importance. L'assemblĂ©e centuriate, oĂą les riches possĂ©daient toujours la majoritĂ©, Ă©lisait les principaux magistrats, les consuls, les censeurs, les prĂŞteurs, les Ă©diles curules; quant Ă  l'assemblĂ©e tributs, qui Ă©tait l'assemblĂ©e la plus dĂ©mocratique de Rome, elle avait acquis une importance de plus en plus grande : elle Ă©lisait les tribuns de la plèbe; elle votait ou repoussait les projets de lois qui lui Ă©taient proposĂ©s; enfin elle partageait avec l'assemblĂ©e centuriate le droit de juger les causes, qui pouvaient entraĂ®ner une condamnation Ă  mort, la dĂ©chĂ©ance civile ou de fortes amendes. Les principales magistratures romaines Ă©taient : le consulat, la censure, la prĂ©ture, l'Ă©dilitĂ© curule, la questure, le tribunat de la plèbe, l'Ă©dilitĂ© de la plèbe. Le pouvoir exĂ©cutif appartenait aux magistrats.

Les guerres extérieures de Rome.
En même temps que Rome se donnait, au prix de luttes intérieures très longues et très vives, une constitution sociale et politique, qui pouvait paraître pour ses citoyens, aussi équitable que possible, elle étendait de plus en plus son hégémonie sur les peuples voisins, et elle conquérait toute l'Italie péninsulaire. A la fin de la période royale, Rome était prépondérante dans le Latium; mais les Latins et les Etrusques voulurent profiter de la Révolution de 510 pour abattre sa puissance naissante. D'après la tradition romaine, les Tarquins auraient fait alliance successivement avec le roi étrusque de Clusium, Porsenna, et avec la confédération latine, pour essayer, avec leur aide, de reconquérir le trône. Les Romains furent vaincus par Porsenna, malgré les légendes qui exaltaient l'héroïsme d'Horatius Cocles, de Mucius Scaevola, de Clélie. Mais Porsenna fut ensuite battu, près d'Aricie, au pied des monts Albains, par une coalition des Latins et des colons grecs de Cumes; Rome fut délivrée du joug étrusque. A peine avait-elle échappé à ce premier danser que les Latins se soulevèrent contre elle; mais ils furent défaits à leur tour, et la victoire remportée par les légions romaines auprès du lac Régille (496) rendit à Rome le premier rang parmi toutes les villes latines. En 493, un traité fut signé entre Rome et la confédération latine. D'après ce traité, Rome et les villes latines formaient une ligue offensive et défensive : Rome, d'une part, les Latins, de l'autre, devaient fournir à l'armée fédérale le même contingent; le commandant en chef devait être choisi chaque année alternativement parmi les Romains et les Latins. Bientôt le peuple des Herniques, qui habitait les montagnes situées à l'Est du Latium, entra dans la ligue. Mais Rome et ses alliés étaient entourés d'ennemis redoutables : au Sud, les Volsques et les Aurunces, depuis l'Apennin jusqu'à la mer Tyrrhénienne; à l'Est, les Eques dans la haute vallée de l'Anio; vers le Nord-Est les Sabins; enfin, sur la rive droite du Tibre, l'importante cité étrusque de Véies

Pendant plus d'un siècle, Rome eut Ă  lutter constamment contre ces peuples. Chaque annĂ©e, la guerre Ă©clatait au printemps. De leurs montagnes, les Volsques, les Eques, les Sabins descendaient en troupes armĂ©es dans les riches campagnes du Latium. Ils pillaient et dĂ©truisaient les fermes et les villages isolĂ©s. AussitĂ´t Latins et Romains marchaient contre les envahisseurs. La guerre se terminait Ă  la fin de l'automne, pour recommencer l'annĂ©e suivante. Rome courut parfois de graves pĂ©rils; plus d'un combat se livra près des portes de la ville; une nuit mĂŞme, des Sabins surprirent le Capitole. A la fin pourtant Rome l'emporta; elle s'empara de VĂ©ies après un siège de dix ans, riche en Ă©pisodes lĂ©gendaires (405-395). La victoire des Romains sur cette ville Ă©trusque eut un grand retentissement; elle affermit leur suprĂ©matie dans toute la vallĂ©e infĂ©rieure du Tibre. 

Cette suprématie fut un moment ébranlée par le désastre inattendu qu'infligèrent à Rome les Gaulois en 390-389 ; vaincus à la bataille de l'Allia, les Romains ne purent empêcher les Gaulois de prendre Rome; ils achetèrent à prix d'or leur départ. Cette défaite de Rome inspira à tous les peuples d'alentour le désir de reconquérir leur indépendance; de nouveau les Etrusques, les Sabins, les Eques, les Volsques reprirent les armes; les Latins eux-mêmes parurent moins fidèles à l'alliance qu'ils avaient conclue. Rome réussit pourtant, à force d'énergie et de persévérance, à maintenir sa suprématie; vers le milieu du IVe siècle av. J. C., elle était définitivement la plus puissante cité de l'Italie centrale, et sa renommée commençait déjà à se répandre dans le monde grec

Ce fut alors qu'elle se heurta aux Samnites. Les tribus samnites, primitivement cantonnées dans les Abruzzes, avaient été attirées en Campanie par la luxuriante fertilité de cette région; elles avaient même attaqué la riche cité de Capoue. Capoue, incapable de se défendre par elle-même contre l'agression de ces rudes montagnards, implora le secours de Rome, en se déclarant sa sujette. La lutte ne fut plus entre les Samnites et Capoue, mais entre les Samnites et Rome. Elle dura plus d'un demi-siècle (343-282). Les Samnites trouvèrent d'utiles alliés, d'abord chez les Latins qui se déclarèrent contre Rome dès le début de la guerre, et dont la révolte ne fut domptée qu'après une lutte terrible; puis chez les Etrusques, les Sabins, les Ombriens et même les Gaulois. Rome subit de graves défaites : la plus humiliante pour elle fut celle des Fourches Caudines (322). Néanmoins, elle triompha de tous ses ennemis; coalisés ou séparés, les peuples de l'Italie centrale furent vaincus. Les principales victoires de Rome furent celles du lac Vadimon (309); de Sentiuum (295), d'Aquilonie (294). La population gauloise des Sénons, qui occupait le rivage de la mer Adriatique, entre Ravenne et Ancône, fut complètement exterminée. A la fin des guerres samnites (282), toute l'Italie centrale était soumise à la prépondérance romaine.

Ces progrès de Rome excitèrent la jalousie de Tarente, qui Ă©tait alors la plus puissante et la plus riche des citĂ©s grecques de l'Italie mĂ©ridionale. L'Ă©tablissement des Romains sur le versant oriental de l'Apennin et l'apparition de leurs navires dans la mer Ionienne et la mer Adriatique. menaçaient la prospĂ©ritĂ© commerciale des Tarentins. Tarente, confiante dans sa flotte et dans son opulence, crut qu'elle vaincrait sans peine les lĂ©gions. Elle prit une attitude agressive et insolente. Plusieurs vaisseaux romains furent assaillis Ă  l'improviste, sans aucune raison, dans le port mĂŞme de Tarente; puis, le SĂ©nat ayant rĂ©clamĂ©, les Tarentins refusèrent la moindre rĂ©paration. AussitĂ´t Rome leur dĂ©clara la guerre. Tarente n'avait pas d'armĂ©e; amollie par le luxe et la prospĂ©ritĂ©, elle Ă©tait incapable de se dĂ©fendre elle-mĂŞme. Elle fit appel Ă  Pyrrhus, roi d'Epire, qui passait pour ĂŞtre le meilleur gĂ©nĂ©ral de son temps. Pyrrhus remporta d'abord deux victoires sur les Romains Ă  HĂ©raclĂ©e et Ă  Asculum (280-279). Mais ces victoires furent très difficiles, et Pyrrhus lui-mĂŞme se fit peu d'illusions sur le rĂ©sultat dĂ©finitif de la guerre. Il fut vaincu Ă  BĂ©nĂ©vent en 275, et quitta l'Italie. Tarente abandonnĂ©e dut faire une complète soumission. L'Italie mĂ©ridionale reconnut la suprĂ©matie romaine (272). 

Désormais Romeétait maîtresse de toute l'Italie péninsulaire. Elle devait sa victoire à son organisation militaire et à son habile politique. Elle était; en effet, la seule ville italique qui possédât une armée bien constituée. L'unité tactique de cette armée était la légion. Chaque légion formait un corps indépendant, qui pouvait se suffire à lui-même, et qui comprenait environ 4000 fantassins et 300 cavaliers. Une armée romaine se composait, en général, de quatre légions. L'armement des soldats, l'ordre de bataille, la tactique avaient été perfectionnés par le vainqueur de Veies, M. Furius Camillus, ou Camille. En outre, le soldat romain avait au plus haut point le double sentiment du patriotisme et de la discipline militaire. Aussi la valeur de l'armée romaine était-elle de beaucoup supérieure à celle des troupes plus ou moins organisées que lui opposèrent les Étrusques, les Gaulois, les Samnites et même Pyrrhus. Les victoires et les conquêtes, que Rome dut à ses légions, furent consolidées par l'habite politique du Sénat. Après la victoire, les cités et les populations vaincues ne furent pas toutes traitées de la même façon. Quelques territoires furent annexés au territoire romain; les habitants de ces territoires furent, dès lors, considérés comme des citoyens romains. Les diverses cités de l'Italie furent réparties en plusieurs groupes, dont la condition était différente : les unes devinrent des municipes, les autres des préfectures; d'autres eurent le titre de villes alliées ou fédérées; en théorie, elles restaient indépendantes, et Rome se contentait de signer avec elles des traités d'alliance; mais, en fait, l'influence romaine y prédominait. En outre, le Sénat créa dans toute l'Italie, en des points adroitement choisis, des colonies, soit romaines, soit latines; pour relier ces colonies entre elles et avec Rome, plusieurs grandes voies militaires furent construites, dont les principales étaient : la voie Appienne (Via Appia), de Rome à Brindisi par Terracine, Capoue, Bénévent; la voie Latine (Via Latina), de Rome à Capoue à travers le pays des Volsques, la voie Flaminienne (Via Flaminia), de Rome à Rimini (Ariminum) par l'Ombrie; la voie Cassienne (Via Cassia) et la voie Aurélienne (Via Aurelia) qui traversaient l'Etrurie du Sud au Nord. (A.-M. B.).

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