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La
révolution que connut Rome
en l'année 510
ne fut pas favorable à la plèbe. Elle semble, au contraire, avoir été
une revanche prise par les patriciens sur les derniers rois ( La
Royauté romaine). En effet, toute la puissance politique se trouva
concentrée, au début de la République,
entre les mains des patriciens. Le roi, qui était unique et qui gardait
le pouvoir pendant toute sa vie, fut remplacé par deux consuls,
qui ne pouvaient ĂŞtre choisis que parmi les patriciens et qui ne devaient
rester en charge qu'un an; en outre, dès la première année de la République,
le pouvoir judiciaire des nouveaux chefs de l'Etat
fut limité par la loi Valeria de provocatione qui, édicta que
l'on pourrait en appeler désormais à l'assembée du peuple des condamnations
à mort prononcées par les consuls à Rome en temps de paix. Exceptionnellement,
en cas de danger pressant ou dans de graves circonstances, un dictateur
pouvait être nommé; il était le maître absolu dans la cité et n'avait
aucun compte à rendre de ses actes; mais il devait déposer ses pouvoirs
au bout de six mois. La révolution de l'année 510
profita surtout au Sénat. Composé désormais
de trois cents membres, tous patriciens, qui siégeaient à vie, le Sénat
fut, dans l'Etat romain, le seul corps politique permanent. Il acquit rapidement
une très grande influence, et ce fut lui qui, pendant plusieurs siècles,
dirigea vraiment la politique romaine. Les
consuls ne pouvaient rien faire sans le consulter, et les décisions de
l'assemblée du peuple n'acquéraient force de lois que si le Sénat les
approuvait. L'assemblée curiate, qui
ne comprenait que les patriciens et leurs clients,
perdit toute importance politique : elle ne fut plus convoquée et réunie
que pour l'accomplissement de certains actes religieux ou de certaines
formalités traditionnelles. Le pouvoir législatif et l'élection des
magistrats appartinrent dès lors Ă
l'assemblée centuriate.
L'assemblée centuriate
était l'assemblée du peuple réparti dans les centuries créées par
Servius Tullius. Les plébéiens en faisaient
partie comme les patriciens; mais, bien qu'ils fussent les plus nombreux,
ils n'avaient pas la majorité. Dans l'assemblée centuriate, le vote avait
lieu, non par tête, mais par centurie. Or les centuries avaient été
organisées de telle façon que les plus riches disposaient de 98 suffrages,
tandis que tout le reste du peuple n'en possédait que 95. Les patriciens,
qui seuls pouvaient être nommés consuls, qui
seuls composaient le Sénat et qui avaient la majorité
absolue dans l'assemblée du peuple, étaient donc bien les maîtres de
la République. Malgré leur
nombre et leur admission dans les centuries, les plébéiens n'étaient
rien dans l'Etat. Au point de vue religieux et social, ils étaient toujours
tenus à l'écart par les familles patriciennes; sur le terrain politique,
ils n'avaient pas accès au Sénat ni au consulat; dans l'assemblée
centuriate, ils étaient en minorité; en matière judiciaire, ils
étaient soumis à l'arbitraire des patriciens, qui seuls pouvaient être
juges et seuls connaissaient le droit. Le
peuple romain se trouvait ainsi divisé en deux grandes parties le patriciat,
maître de tout, et la plèbe qui ne pouvait même pas faire entendre ses
plaintes et exprimer ses voeux. Pendant deux siècles, toute la vie intérieure
de Rome
se résuma dans la lutte du patriciat et de la plèbe : la plèbe voulait
améliorer sa condition économique, sociale, civile et politique; le patriciat
voulait conserver jalousement ses privilèges et ses monopoles. Le conflit
fut d'abord économique : il éclata moins entre patriciens et plébéiens
qu'entre riches et pauvres; mais les patriciens étaient presque tous riches,
et les pauvres appartenaient tous à la plèbe.
Les guerres incessantes
que la République romaine, eut
à soutenir pendant les premières années de son existence eurent pour
résultat de ruiner complètement la classe modeste des petits propriétaires
et des fermiers. Chaque année, au printemps, ils devaient prendre les
armes, quitter leurs champs, s'équiper eux-mêmes; ils ne recevaient aucune
solde. Pendant qu'ils combattaient, leur petit domaine restait inculte,
ou même était ravagé par les ennemis. A la fin de la guerre, les patriciens,
par avidité, ne leur donnaient pas la part de butin à laquelle ils avaient
droit. Ruinés, les plébéiens durent s'endetter pour vivre. Or, à Rome
, la législation sur les dettes était des plus rigoureuses. Lorsque le
débiteur était incapable de remplir les engagements qu'il avait pris,
il devenait l'esclave de son créancier.
C'est ainsi que l'on vit des plébéiens, dont le corps était tout couvert
de blessures reçues à la guerre, chargés de chaînes par des créanciers
impitoyables. Ce spectacle porta au comble l'indignation de la plèbe.
Mais les plébéiens n'avaient aucun moyen légal de secouer la tyrannie
des patriciens. Ils eurent recours à la révolte. Les patriciens avaient
surtout besoin d'eux à l'armée, comme soldats : deux fois les plébéiens
refusèrent de s'enrôler à l'appel des consuls.
On ne triompha de leur résistance qu'en leur promettant de suspendre la
législation sur les dettes et d'améliorer leur condition. Mais, le danger
passé et la guerre terminée, les patriciens refusèrent de tenir les
promesses qu'ils avaient faites. Ce fut alors que les plébéiens prirent
une résolution désespérée (493).
Puisqu'ils ne pouvaient obtenir justice dans Rome, ils se décidèrent
Ă s'expatrier, Ă fonder une ville nouvelle; et ils choisirent, pour l'emplacement
de cette ville, une colline peu élevée située au Nord de Rome, le mont
Sacré .
Ce départ des plébéiens, cette sécession d'une partie considérable
de la population romaine, effraya les patriciens. Un ancien consul, Menenius
Agrippa, fut envoyé par eux au mont Sacré. Il raconta aux plébéiens
l'apologue bien connu des Membres et de
l'Estomac, et leur offrit des concessions au nom du patriciat. Ces concessions
étaient :
1° l'affranchissement
de tous ceux qui étaient esclaves pour
dettes et l'abolition des dettes insolvables;
2° la création
de magistrats chargés de protéger
les plébéiens, les tribuns de la plèbe.
Les plébéiens acceptèrent
ces conditions et revinrent Ă Rome .
Ils avaient remporté un grand succès; ils avaient désormais des chefs
et des défenseurs. Les tribuns de la plèbe, qui ne devaient être choisis
que parmi les plébéiens, restaient en charge un an, et pouvaient être
réélus plusieurs années de suite. Ils possédaient trois prérogatives
principales : le droit de secours (jus auxilii), le droit de veto,
l'inviolabilité personnelle. Par le droit de secours, ils pouvaient intervenir
en faveur d'un plébéien et prendre sa défense contre les magistrats
patriciens; par le droit de veto, ils pouvaient s'opposer Ă tout acte
de l'autorité, et leur opposition était invincible; enfin leur inviolabilité
personnelle, consacrée par de terribles châtiments, leur assurait une
force considérable. De plus, les tribuns donnèrent à la plèbe l'organisation
politique qui lui avait fait défaut jusqu'alors. Ils avaient le droit
de convoquer les plébéiens; ils les convoquèrent par tribus. Depuis
la réforme dite de Servius Tullius, le
nombre des tribus s'était élevé à 21; plus tard, il atteignit le chiffre
de 35. Cette assemblée de la plèbe, répartie par tribus, n'eut pas d'abord
un caractère officiel ni légal; les résolutions qu'elle prenait, appelées
plébiscites, n'étaient obligatoires que pour les plébéiens. Mais bientôt
cette assemblée tribute devint plus importante que l'assemblée
centuriate, et elle ne tarda pas Ă jouer un rĂ´le capital dans l'histoire
extérieure de Rome. Le véritable résultat de ces événements, qui se
passèrent en l'année 493 av. J.-C.
fut de fournir à la plèbe les moyens d'action politique dont elle était
auparavant privée. Elle eut désormais, dans les tribuns, des protecteurs
contre les consuls et des chefs résolus; en outre,
elle put se réunir en dehors des patriciens et prendre des décisions.
Elle forma dès lors un corps organisé, et elle engagea la lutte contre
ses adversaires. Cette lutte, qui donna Ă la vie publique dans Rome une
animation considérable, dura plus d'un siècle et demi; elle se termina
par la victoire complète des plébéiens, qui conquirent l'égalité civile,
politique et religieuse.
La conquĂŞte des
droits civils et politiques, dont les patriciens avaient jusqu'alors gardé
le monopole, fut l'oeuvre à laquelle les tribuns de la plèbe se consacrèrent
dès le début avec la plus vive ardeur. Choisis le plus souvent parmi
les plébéiens riches, ils se soucièrent peu tout d'abord de remédier
aux misères des plébéiens pauvres; ils combattirent même la loi agraire
de Spurius Cassius. Leurs efforts se portèrent
principalement sur les réformes civiles et politiques. En 462,
le tribun C. Terentilius Arsa fit voter un plébiscite
ordonnant la nomination de cinq citoyens chargés de rédiger un code
de lois, auquel les consuls seraient obligés de conformer leurs jugements.
Cette proposition Ă©tait très grave. Jusqu'alors il n'y avait pas eu Ă
Rome
de droit écrit. Les patriciens seuls connaissaient les formules très
anciennes, qui servaient de lois; les plébéiens se trouvaient à leur
merci dans tous les procès. En demandant la rédaction d'un code obligatoire
pour les consuls, le tribun C. Terentilius Arsa voulait détruire cet abus.
Les patriciens lui opposèrent pendant dix ans une résistance acharnée;
mais la plèbe s'obstina à réélire les mêmes tribuns. La proposition
de C. Terentilius Arsa fut enfin acceptĂ©e par les patriciens, mais Ă
la condition que le nombre des citoyens chargés de rédiger les lois nouvelles
fut fixé à dix, et que ces dix législateurs fussent tous patriciens.
Il fut ainsi décidé. Les dix législateurs furent les décemvirs.
Les décemvirs, investis
pour un an d'une autorité souveraine et absolue, se mirent à l'oeuvre
avec ardeur. Au bout de l'année, ils avaient rédigé de nombreuses lois,
qu'ils firent graver sur dix tables d'airain et exposer au Forum.
Mais l'oeuvre n'était pas complètement achevée. De nouveaux décemvirs
furent élus. Dirigés par Appius Claudius,
ils rédigèrent encore deux tables de lois; puis ils voulurent garder
les pouvoirs extraordinaires qui leur avaient été conférés et en user
tyranniquement. Mais la plèbe et l'armée se révoltèrent contre eux
et les obligèrent à déposer leur autorité. Les anciennes magistratures
furent rétablies. L'ensemble des lois rédigées par les décemvirs prit
le nom de Lois des Douze Tables ;
ces lois peuvent être considérées comme formant le plus ancien code
qui ait existé à Rome .
Cette première victoire
des tribuns fut suivie de beaucoup d'autres : après la chute des seconds
dĂ©cemvirs, les tribuns firent dĂ©cider qu'Ă
l'avenir aucun magistrat ne pourrait être revêtu d'une autorité absolue,
et que les décisions prises par l'assemblée
tribute auraient force de lois pour tous les citoyens. Un peu plus
tard fut abolie la loi qui interdisait les mariages entre patriciens et
plébéiens; désormais les plébéiens purent entrer par des unions légitimes
dans les familles patriciennes : l'égalité civile était conquise. Enfin
les tribuns formulèrent la proposition qui devait
provoquer pendant de longues années une lutte acharnée entre patriciens
et plébéiens: ils demandèrent le partage du consulat entre les deux
ordres. Le Sénat et les patriciens résistèrent
d'abord avec indignation : puis ils démembrèrent le consulat, et transportèrent
Ă de nouveaux magistrats plusieurs attributions des consuls;
c'est ainsi qu'entre les années 444
et 366 av. J.-C.
furent successivement créées la censure, l'édilité
curule et la préture.
Il y eut mĂŞme des
annĂ©es oĂą les consuls furent remplacĂ©s par des tribuns militaires Ă
puissance consulaire. Cependant la grande majorité de la plèbe s'intéressait
peu à cette lutte ce n'étaient pas les plébéiens pauvres qui pouvaient
aspirer au consulat. Les tribuns comprirent que, s'ils voulaient voir triompher
leurs ambitions politiques, ils devaient ne pas les séparer des réclamations
plutôt économiques de la vraie plèbe. C'est pourquoi les deux tribuns
C. Licinius Stolo et L. Sextius firent une triple proposition, dont ils
déclarèrent les trois parties inséparables :
1° pour
les dettes, les sommes déjà payées à titre d'intérêt seront déduites
du capital, et le reste sera payé par portions égales en trois ans;
2° personne ne pourra
occuper plus de 500 arpents de terres publiques, ni envoyer sur les pâturages
publics plus de 400 boeufs et 500 moutons;
3° le consulat sera
partagé entre les deux ordres; l'un des deux consuls
sera toujours choisi parmi les plébéiens.
Le patriciat résista
encore dix ans; mais en 366la
lutte se termina par la victoire des tribuns de la
plèbe. Après le consulat, les principales magistratures, jusque-lĂ
réservées aux patriciens, devinrent l'une après l'autre accessibles
aux plébéiens : la censure en 351,
la préture en 337;
il y eut, à côté des deux édiles curules patriciens,
deux édiles plébéiens; enfin, en 300, les collèges des Pontifes
et des Augures ouvrirent leurs portes aux plébéiens.
Désormais la lutte entre les deux ordres était terminée. La plèbe avait
conquis l'égalité civile et politique la plus complète. Admis dans le
Sénat, éligibles à toutes les magistratures
publiques, tout en conservant le privilège de fournir seuls les tribuns
de la plèbe, les plébéiens participèrent au gouvernement de la cité
et jouèrent un rôle de plus en plus important dans l'histoire de Rome
.
Ce fut alors, pendant
les premières années du IIIe
siècle av. J.-C. que la constitution
de la République romaine atteignit
son plein développement. Tant que cette constitution ne fut pas dénaturée,
tant que le jeu en fut normal, la République romaine offrit l'exemple
d'un juste équilibre entre des forces et dès éléments très divers.
Au Sénat dominait l'esprit conservateur, gardien
des traditions nationales; dans les assemblées du peuple s'exprimaient
les idées nouvelles, se discutaient les projets de réformes hardies.
L'autorité des magistrats était considérable, et dans l'armée
régnait une discipline inflexible, mais la personne et les droits des
citoyens étaient toujours respectés. La loi
était souveraine.
Les principaux organes
de la constitution romaine étaient : le Sénat,
les assemblées du peuple, les magistratures.
Le Sénat dirigeait toute la politique intérieure et extérieure de la
République; il surveillait, contrôlait ou décidait tout ce qui se rapportait
Ă la religion, aux finances, Ă la
diplomatie, à l'organisation des territoires conquis. Les assemblées
du peuple étaient au nombre de trois : l'assemblée
curiate, où le peuple était réparti par curies; l'assemblée
centuriate, dans laquelle les citoyens étaient groupés par centuries;
l'assemblée tribute, qui avait pour
base la division en tribus de Rome
et de son territoire. L'assemblée curiate avait perdu toute importance.
L'assemblée centuriate, où les riches possédaient toujours la majorité,
élisait les principaux magistrats, les consuls,
les censeurs, les prĂŞteurs,
les édiles curules; quant à l'assemblée tributs,
qui était l'assemblée la plus démocratique
de Rome, elle avait acquis une importance de plus en plus grande : elle
élisait les tribuns de la plèbe; elle votait
ou repoussait les projets de lois qui lui étaient proposés; enfin elle
partageait avec l'assemblée centuriate le droit de juger les causes, qui
pouvaient entraîner une condamnation à mort, la déchéance civile ou
de fortes amendes. Les principales magistratures romaines étaient : le
consulat, la censure, la préture, l'édilité curule, la questure, le
tribunat de la plèbe, l'édilité de la plèbe. Le pouvoir exécutif appartenait
aux magistrats.
Les guerres extérieures
de Rome.
En mĂŞme temps que
Rome
se donnait, au prix de luttes intérieures très longues et très vives,
une constitution sociale et politique, qui pouvait paraître pour ses citoyens,
aussi équitable que possible, elle étendait de plus en plus son hégémonie
sur les peuples voisins, et elle conquérait toute l'Italie
péninsulaire. A la fin de la période
royale, Rome était prépondérante dans le Latium ;
mais les Latins et les Etrusques
voulurent profiter de la Révolution de 510
pour abattre sa puissance naissante. D'après la tradition romaine, les
Tarquins auraient fait alliance successivement avec le roi étrusque de
Clusium, Porsenna, et avec la confédération
latine, pour essayer, avec leur aide, de reconquérir le trône. Les Romains
furent vaincus par Porsenna, malgré les légendes qui exaltaient l'héroïsme
d'Horatius Cocles, de Mucius
Scaevola, de Clélie. Mais Porsenna fut ensuite
battu, près d'Aricie ,
au pied des monts Albains, par une coalition des Latins et des colons
grecs de Cumes; Rome fut délivrée du
joug étrusque. A peine avait-elle échappé à ce premier danser que les
Latins se soulevèrent contre elle; mais ils furent défaits à leur tour,
et la victoire remportée par les légions
romaines auprès du lac Régille (496)
rendit Ă Rome le premier rang parmi toutes les villes latines. En 493,
un traité fut signé entre Rome et la confédération latine. D'après
ce traité, Rome et les villes latines formaient une ligue offensive et
défensive : Rome, d'une part, les Latins, de l'autre, devaient fournir
à l'armée fédérale le même contingent; le commandant en chef devait
être choisi chaque année alternativement parmi les Romains et les Latins.
BientĂ´t le peuple des Herniques, qui habitait les montagnes situĂ©es Ă
l'Est du Latium, entra dans la ligue. Mais Rome et ses alliés étaient
entourés d'ennemis redoutables : au Sud, les Volsques et les Aurunces,
depuis l'Apennin jusqu'à la mer Tyrrhénienne; à l'Est, les Eques dans
la haute vallée de l'Anio; vers le Nord-Est les Sabins;
enfin, sur la rive droite du Tibre, l'importante cité étrusque de Véies .
Pendant plus d'un
siècle, Rome eut à lutter constamment contre ces peuples. Chaque année,
la guerre éclatait au printemps. De leurs montagnes, les Volsques, les
Eques, les Sabins descendaient en troupes armées dans les riches campagnes
du Latium. Ils pillaient et détruisaient les fermes et les villages isolés.
AussitĂ´t Latins et Romains marchaient contre les envahisseurs. La guerre
se terminait à la fin de l'automne, pour recommencer l'année suivante.
Rome courut parfois de graves périls; plus d'un combat se livra près
des portes de la ville; une nuit mĂŞme, des Sabins surprirent le Capitole.
A la fin pourtant Rome l'emporta; elle s'empara de Véies après un siège
de dix ans, riche en épisodes légendaires (405-395). La victoire des
Romains sur cette ville étrusque eut un grand retentissement; elle affermit
leur suprématie dans toute la vallée inférieure du Tibre.
Cette suprématie
fut un moment Ă©branlĂ©e par le dĂ©sastre inattendu qu'infligèrent Ă
Rome
les Gaulois en 390-389 ; vaincus Ă la bataille
de l'Allia, les Romains ne purent empĂŞcher les Gaulois de prendre Rome;
ils achetèrent à prix d'or leur départ. Cette défaite de Rome inspira
à tous les peuples d'alentour le désir de reconquérir leur indépendance;
de nouveau les Etrusques, les Sabins,
les Eques, les Volsques reprirent les armes; les Latins
eux-mêmes parurent moins fidèles à l'alliance qu'ils avaient conclue.
Rome réussit pourtant, à force d'énergie et de persévérance, à maintenir
sa suprématie; vers le milieu du IVe
siècle av. J. C., elle était définitivement
la plus puissante cité de l'Italie
centrale, et sa renommée commençait déjà à se répandre dans le monde
grec .
Ce fut alors qu'elle
se heurta aux Samnites. Les tribus samnites,
primitivement cantonnées dans les Abruzzes,
avaient été attirées en Campanie
par la luxuriante fertilité de cette région; elles avaient même attaqué
la riche cité de Capoue. Capoue, incapable
de se défendre par elle-même contre l'agression de ces rudes montagnards,
implora le secours de Rome ,
en se déclarant sa sujette. La lutte ne fut plus entre les Samnites et
Capoue, mais entre les Samnites et Rome. Elle dura plus d'un demi-siècle
(343-282).
Les Samnites trouvèrent d'utiles alliés, d'abord chez les Latins
qui se déclarèrent contre Rome dès le début de la guerre, et dont la
révolte ne fut domptée qu'après une lutte terrible; puis chez les Etrusques,
les Sabins, les Ombriens
et même les Gaulois. Rome subit de graves défaites : la plus humiliante
pour elle fut celle des Fourches Caudines
(322).
Néanmoins, elle triompha de tous ses ennemis; coalisés ou séparés,
les peuples de l'Italie centrale furent vaincus. Les principales victoires
de Rome furent celles du lac Vadimon (309);
de Sentiuum (295),
d'Aquilonie (294).
La population gauloise des Sénons, qui occupait le rivage de la mer Adriatique,
entre Ravenne et AncĂ´ne,
fut complètement exterminée. A la fin des guerres samnites (282),
toute l'Italie
centrale était soumise à la prépondérance romaine.
Ces progrès de
Rome
excitèrent la jalousie de Tarente, qui était
alors la plus puissante et la plus riche des cités grecques de l'Italie
méridionale. L'établissement des Romains sur le versant oriental de l'Apennin
et l'apparition de leurs navires dans la mer Ionienne et la mer Adriatique.
menaçaient la prospérité commerciale des Tarentins. Tarente, confiante
dans sa flotte et dans son opulence, crut qu'elle vaincrait sans peine
les légions. Elle prit une attitude agressive et insolente. Plusieurs
vaisseaux romains furent assaillis Ă l'improviste, sans aucune raison,
dans le port même de Tarente; puis, le Sénat
ayant réclamé, les Tarentins refusèrent la moindre réparation. Aussitôt
Rome leur déclara la guerre. Tarente n'avait pas d'armée; amollie par
le luxe et la prospérité, elle était incapable de se défendre elle-même.
Elle fit appel Ă Pyrrhus, roi d'Epire ,
qui passait pour être le meilleur général de son temps. Pyrrhus remporta
d'abord deux victoires sur les Romains à Héraclée
et Ă Asculum (280-279).
Mais ces victoires furent très difficiles, et Pyrrhus lui-même se fit
peu d'illusions sur le résultat définitif de la guerre. Il fut vaincu
à Bénévent en 275,
et quitta l'Italie. Tarente abandonnée dut faire une complète soumission.
L'Italie
méridionale reconnut la suprématie romaine (272).
Désormais Rome était
maĂ®tresse de toute l'Italie pĂ©ninsulaire. Elle devait sa victoire Ă
son organisation militaire et à son habile politique. Elle était; en
effet, la seule ville italique qui possédât une armée bien constituée.
L'unité tactique de cette armée était la légion.
Chaque lĂ©gion formait un corps indĂ©pendant, qui pouvait se suffire Ă
lui-mĂŞme, et qui comprenait environ 4000 fantassins et 300 cavaliers.
Une armée romaine se composait, en général,
de quatre légions. L'armement des soldats, l'ordre de bataille, la tactique
avaient été perfectionnés par le vainqueur de Veies, M.
Furius Camillus, ou Camille. En outre, le soldat romain avait au plus
haut point le double sentiment du patriotisme et de la discipline militaire.
Aussi la valeur de l'armée romaine était-elle de beaucoup supérieure
à celle des troupes plus ou moins organisées que lui opposèrent les
Étrusques, les Gaulois,
les Samnites et mĂŞme Pyrrhus.
Les victoires et les conquêtes, que Rome dut à ses légions, furent consolidées
par l'habite politique du Sénat. Après la victoire,
les cités et les populations vaincues ne furent pas toutes traitées de
la même façon. Quelques territoires furent annexés au territoire romain;
les habitants de ces territoires furent, dès lors, considérés comme
des citoyens romains. Les diverses cités de l'Italie furent réparties
en plusieurs groupes, dont la condition était différente : les unes devinrent
des municipes, les autres des préfectures;
d'autres eurent le titre de villes alliées ou fédérées; en théorie,
elles restaient indépendantes, et Rome se contentait de signer avec elles
des traités d'alliance; mais, en fait, l'influence romaine y prédominait.
En outre, le Sénat créa dans toute l'Italie ,
en des points adroitement choisis, des colonies,
soit romaines, soit latines; pour relier ces colonies entre elles et avec
Rome, plusieurs grandes voies militaires furent construites, dont les principales
étaient : la voie Appienne (Via Appia),
de Rome Ă Brindisi par Terracine, Capoue,
Bénévent; la voie Latine (Via Latina),
de Rome Ă Capoue Ă travers le pays des Volsques, la voie Flaminienne
(Via Flaminia), de Rome Ă Rimini
(Ariminum) par l'Ombrie ;
la voie Cassienne (Via Cassia) et la voie Aurélienne (Via Aurelia) qui
traversaient l'Etrurie
du Sud au Nord. (A.-M. B.). |
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