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Religions
 
La religion assyro-baylonienne
Croyances et rituels en Mésopotamie
Croyances
Le panthéon mésopotamien
Dieux : Marduk, Shamash, Nabu, Sin, Anu, Ea, Ishtar, Nergal, Raman, Ninurta, Assur, Adad, Bêl, etc.

Héros : Gilgamesh, Etana, Adapa

Esprits, génies, anges et démons

La théogonie et la cosmogonie

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Pratiques
Les temples et le culte
La mort et l'au-delà
La magie
La divination
L'astrologie
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En dépit de son nom, la religion assyro-babylonienne remonte, dans ses origines et dans sa constitution, à une époque bien antérieure à l'épanouissement des cités de Babylone et d'Assur. Dès le début du IIIe millénaire avant J.-C., existait, dans les bassins inférieurs du Tigre et de l'Euphrate, une civilisation florissante, due à l'interpénétration de deux peuples voisins et rivaux : les Akkadiens et les Sumériens. Le pays de Sumer, situé en bordure et au fond du golfe Persique, qui s'avançait alors beaucoup plus avant dans les terres, avait pour capitale Lagash; les villes d'Eridu, au sud, et de Nippur, au nord, marquaient ses limites extrêmes; comme autres villes, il faut citer Urouk (ou Erech), Larsa, Ur. Les Sumériens étaient venus probablement de l'Asie du sud ou du centre. Le pays d'Akkad, situé immédiatement au nord du pays de Sumer, était peuplé de Sémites, probablement originaires d'Arabie ou de la Syrie du nord. Il avait pour capitale Agadé (ou Akkad), et pour villes principales, en montant du sud au nord, Borsippa, Babylone, Kish, Kutha, Sippar.

La part attribuable à chacun de ses peuples dans le développement de la civilisation est complexe. Dans l'ordre religieux, qui seul nous occupe, il semble que religion de Sumer-Akkad soit d'abord celle des Sumériens, qui en tout cas ont fourni une riche base mythologique. La religion assyro-babylonienne résulterait aisni de la sémitisation d'un fond primitif sumérien ou, pour employer un terme plus général, asianique. Quoi qu'il en soit, on ne peut douter qu'il n'y ait eu pénétration réciproque entre les religions des pays de Sumer et d'Akkad. Sans doute, chaque cité vénérait ses divinités propres, mais elle accueillait aussi volontiers celles des cités voisines. En outre, les conquérants, lorsqu'ils soumettaient une région, y implantaient leurs dieux. Ceux-ci finissaient alors par s'identifier aux dieux locaux; de là des assimilations ou, à défaut, des filiations, des parentés. C'est de ce mélange des panthéons akkadien et sumérien, complété par les apports des époques postérieures, que s'est constituée la mythologie assyro-babylonienne.
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Dieu à tête d'aigle, à Nimrud.
Dieu à tête d'aigle, découvert à Nimrud (albâtre, hauteur 1,20 m, musée du Louvre).

La représentation des dieux mêle zoomorphisme et anthropomorphisme de trois manières différentes, selon la part qui prend leur caractère animal ou humain :

• On a pu concevoir les divinités simplement sous la forme d'animaux, bons ou mauvais, utiles ou redoutables à l'humain : le taureau, le lion, les grands capridés. Mais ces animaux sont représentées dans des attitudes humaines : un relief montre ainsi un taureau ramant dans une barque ou s'appuyant sur deux petits lions qu'il maintient par ses pattes de devant.

• On pouvait aussi envisager des divinités sous la forme d'entités mi-animales mi humaines. Certains personnages de la glyptique babylonienne, par exemple, sont représentés avec un buste d'homme finissant en longue queue de serpent, ou ayant des épaules duquel naissent des serpents. Cependant, cette tendance a été, en Mésopotamie, bien moins représentée qu'en Egypte

• Enfin, les dieux apparaissent comme des êtres humains. Mais ils sont alors flanqués d'un animal attribut. Adad, le dieu de la foudre et de l'orage, se fait accompagner de son taureau; Ishtar, déesse de la fécondité et aussi de la guerre, de son lion et dans certains pays de la colombe, etc.

A la dualité animal/humain des dieux se superpose aussi la dualité masculin/féminin. Le principe mâle et le principe femelle de fécondité apparaissent ainsi liés dans le dieu primitif de Sumer : Enlil et de sa parèdre Ninlil, qui devint par la suite Ishtar avec tous ses attributs. Mais tandis que ces principes divins mâle et femelle, objets d'un culte dans toute l'Asie antérieure, étaient adorés sous cet aspect dans l'Asie Mineure par exemple, la Mésopotamie accorda plutôt au dieu mâle le caractère de divinité des éléments dont l'action assure la reproduction et la fécondité. Ishtar, au contraire, garda son aspect de déesse de la fécondité et conserva sa place lors du développement du panthéon assyro-babylonien. 

Lorsque se fondèrent les cités de la vieille Mésopotamie, chaque cité eut son dieu; quel que fût son nom, ses attributs restèrent à peu près les mêmes; tantôt c'était son caractère de dieu des orages et de la pluie bienfaisante qui dominait, tantôt celui de dieu lumineux, vivifiant l'univers par sa chaleur, tantôt ses qualités de sagesse et de connaissance de toutes choses. Ce dieu, pour être le dieu-patron de la cité, n'était pas un dieu exclusif, il admettait à ses côtés le culte d'autres divinités. 

Parfois, la renommée du dieu d'une autre ville était telle que la cité lui élevait un temple en plus de celui de son dieu local; parfois, lorsqu'une cite, à la suite d'une campagne heureuse, acquérait l'hégémonie sur les cités voisines, elle annexait, en quelque sorte, les dieux de ses nouveaux sujets; c'est ainsi qu'en peu de temps chaque ville eut plusieurs cultes officiels sans compter les cultes particuliers que les habitants venus de l'étranger pouvaient apporter avec eux; l'Assyrie naissante honore un dieu depuis longtemps fameux : Anu, mais elle fait place dans le même sanctuaire à une divinité importante de l'Ouest : Adad.

Le panthéon assyro-babylonien

Tels qu'ils nous apparaissent, ces dieux sont anthropomorphisés, mais grâce aux représentations figurées nous pouvons concevoir le moment où ils étaient représentés par ce qui est resté leur attribut : le dieu de la montagne, par la montagne; celui de la végétation par le grain ou un arbuste; ceux de guerre et de destruction par des monstres terribles ou des armes; d'ailleurs les textes, par les épithètes qu'ils donnent aux dieux, rappellent ces conceptions primitives.

Voici la liste des divinités principales des cités de l'ancienne Mésopotamie, avec pour chaque dieu son caractère prédominant. Quelque touffu qu'ait été ce panthéon, il faut prendre garde que certaines divinités ont plusieurs appellations : le nom sumérien et le nom sémitique, et que beaucoup de dieux peuvent être ramenés à un prototype dont ils ne sont que des variétés. 

Les grands dieux.
Anu est le souverain du ciel; il habite l'empyrée où il reçoit les dieux lorsqu'il faut tenir conseil; tout pouvoir sur terre en procède et les insignes de la royauté terrestre passent pour être détenus par lui. On l'honore à Dêr, à Erech, à Girsu, c'est-à-dire à Lagash, dont Girsu est le quartier saint.

Enlil est un dieu élémentaire, commandant à l'ouragan et armé du déluge; Enlil n'est autre que Bêl, ce qui veut dire : « seigneur », mais le premier de ces noms est sumérien, le second sémitique; ce dieu commande aux humains et fixe les destinées du monde; on l'adorait surtout à Nippur.

• La compagne d'Enlil / Bêl, est nommée en Sumérien Ninlil et en sémitique Belit, ce qui signifie « dame », finit par s'identifier à Ishtar.

Adad est un dieu des éléments ; c'est lui qui dispose de la pluie bienfaisante et de l'inondation modérée sans laquelle il n'est pas de végétation; mais c'est aussi lui qui est maître de la foudre et de l'ouragan, de la tempête et de l'orage soudain, qui provoque la crue subite dévastant tout sur son passage. Il habite les montagnes et semble venu de l'Ouest avec les Sémites; c'est le dieu de l'Ouest par excellence, le même nom : Amurru désigne cette contrée et le dieu lui-même. Son culte se propagea en Assyrie dès les débuts de l'histoire assyrienne.

Êa est le dieu des eaux, spécialement des eaux du grand abîme que les Assyro-Babyloniens nommaient l'apsu. La terre était pour eux un plateau rond surmonté de la voûte céleste à qui ils attribuaient de la solidité; en somme l'humain s'agitait à l'intérieur d'une demi-sphère creuse; le système flottait sur les eaux d'un abîme. Tandis qu'Anu résidait dans son ciel situé au-delà de la voûte étoilée que nous apercevons, Êa régnait sur l'apsu. Il était le seigneur de toute industrie et de toute sagesse, par suite le dieu des incantations et que l'on invoquait lors des maladies. On le surnommait le dieu-potier, car les Babyloniens estimaient que l'humain avait été façonné d'argile par lui. Son lieu de culte préféré était Eridu, alors sur le golfe Persique.

Sîn, dieu de la lune, nommé Nanna chez les Sumériens, était vénéré à Harran et à Ur. Son culte semble antérieur à celui du soleil; les anciens paraissent avoir été d'abord plus frappés par les mouvements de la lune; ils mesuraient les mois d'après ses phases; Sîn commandait au temps, et passait, comme Êa, pour infiniment sage.

Shamash (nommé Utu à Sumer),  fils de Sîn, dieu du soleil dans ce qu'il a de bienfaisant, était un guerrier, mais avant tout le dieu de la justice; sa lumière, en effet, dissipe les ténèbres ou se réfugie le méchant; on l'honorait à Sippar et à Larsa.

• A côté de Shamash, nous devons signaler Nergal (aussi appelé Irra ou Erra) qui commande au royaume des morts. Pour les Assyro-Babyloniens, l'humain, après la vie, allait dans le monde inférieur, l'arallu ou l'aral, appelé aussi le « pays d'ou l'on ne revient pas », où, sans être malheureux, il menait une existence misérable, se traînant dans l'obscurité et dans la poussière, n'ayant pour subsistance que les banquets funèbres offerts par les vivants sur sa sépulture; d'où l'avenir sinistre qui attend ceux qui ne seront pas ensevelis ou qui ne laisseront pas de descendance; nul ne leur rendra de culte funèbre, et ils seront perpétuellement affamés dans l'arallu. Nergal est considéré comme pourvoyeur de son domaine; c'est le dieu des épidémies, de la peste, et tandis que Shamash était le soleil bienfaisant, analogue au lumineux Apollon des Grecs, Nergal est assimilé au soleil de midi qui, en Mésopotamie, est un fléau desséchant la végétation et frappant d'insolation bêtes et gens. Son lieu de culte le plus célèbre était Kutha; il avait pour parèdre la déesse Ereshkigal, son épouse.

Ninurta, qui remplaça le dieu de Lagash, Ningirsu (le seigneur de Girsu) est le dieu de la guerre; c'est de lui que les rois prétendent tenir leurs armes; son temple était l'Eninnu, à Lagash; plus tard il fut adoré à Kalah. Il avait pour parèdre la déesse Gula qui présidait à la médecine; Gula assimila Baü qui avait été la déesse parèdre de Ningirsu.

Marduk, fils de Bêl, dut sa faveur à la suprématie de la ville où on lui rendait un culte : Babylone. Lorsque la dynastie d'Hammurabi eut fait de Babylone la cité sans rivale en Mésopotamie, il parut qu'un tel Etat ne pouvait avoir qu'un dieu exceptionnel, et le sacerdoce de Babylone, dont c'était d'ailleurs l'intérêt, s'évertua à placer Marduk à la tête des dieux; on rappela qu'il avait sauvé les dieux lors de leur lutte contre Tiamat, le chaos, et que ceux-ci, en retour, avaient résigné entre ses mains le pouvoir suprême. Peu à peu il usurpa les attributs de Bêl son père, et même une partie de ceux d'autres dieux; comme Êa, on le déclara créateur de l'humanité; on lui attribua sa sagesse et sa connaissance des incantations; d'ailleurs, Marduk connut presque le sort qu'il avait infligé à ses prédécesseurs. Son fils, Nabu, dieu des lettres et possesseur des tablettes du Destin, finit par l'évincer de la ville de Borsippa, et le culte de Nabu fut au moins égal à celui de Marduk, à Babylone, lors de l'Empire néo-babylonien.

Assur jouit presque de la même fortune en Assyrie que Marduk à Babylone. Le clergé d'Assyrie imagina une cosmogonie assimilant Assur à Anshar, un des ascendants d'Anu. Maître du monde, il fut considéré par les Assyriens, peuple conquérant et batailleur, sous son aspect guerrier. Il figurait, tirant de l'arc, sur les étendards qu'emportaient les Assyriens â la guerre, et guidait les rois d'Assyrie au combat.

Les déesses parèdres.
Tous ces dieux, comme on l'a dit, avaient une déesse parèdre, dont quelques-unes fort obscures qu'on n'ai pas citées; aucune d'elles, en tous cas, n'atteignit à la notoriété d'Ishtar, le grand principe féminin de reproduction et de fécondité de toute l'Asie Occidentale. 
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Ishtar. Statuette d'Ishtar en terre cuite. Avec ses hanches larges et qui presse ses deux mains sur ses seins d'où vont jaillir deux sources de vie, elle présente ici la physionomie des déesses-mères (ou mères des dieux) archaïques.

Dès l'origine, elle syncrétisa plusieurs divinités ou au moins plusieurs traditions, car on la donne tantôt pour fille d'Anu, tantôt pour fille de Sin, et on la considère tour à tour comme déesse de l'amour et de la reproduction, mais aussi comme déesse des batailles; sous le premier aspect, elle était honorée à Erech, sous le second à Arbèles. Les Assyriens, peuple de tradition guerrière, la connurent surtout comme dame des batailles et la donnèrent pour épouse à leur dieu guerrier Assur. Cette double nature d'Ishtar se retrouve dans les aspects de la planète qu'elle régissait (Vénus), qui brille le soir et aussi le matin.
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Masculin / Féminin

Toutes les divinités mâles pouvaient se ramener à un principe unique et absolu, le principe mâle et actif de la nature, dont elles ne sont que les manifestations multiformes, et c'est ce qui explique l'identité ou même la confusion de leurs attributs, la ressemblance des formules par lesquelles on les invoque.

Les divinités mâles ou femelles du panthéon assyro-babylonien n'étaient donc que les personnifications des forces de l'univers. Ce sont les incarnations des éléments : le soleil, le jour, la végétation, tout ce qui nuit et vit , d'une part; la lune et son éclat incertain, la nuit, l'hiver, la mort, d'autre part. Une fable recueillie par Ctésias et Nicolas de Damas met en action cet antagonisme des deux principes qui règnent sur le monde organisé; dans ce récit, Adar-Sandan, considéré comme divinité solaire, a pour frère jumeau, son adversaire, Sin ou la lune; les frères ennemis reçoivent les noms de Parsondas et de Nannaros. Dans la lutte qui s'engage entre eux, ce dernier parvient a s'emparer par ruse de son rival ; enorgueilli de sa force herculéenne, il le tient captif, il le fait tomber graduellement au dernier degré de l'avilissement, voire même jusqu'à la perte de la virilité. Celle efféminisation singulière, la qui rappelle le mythe d'Héraclès filant aux pieds d'Omphale, n'est qu'une variante euphémique de la mort périodique que subit le Soleil, le soir et en hiver, quand il se brûle, de la même façon que l'Héraclès grec, sur le bûcher du couchant : telle est l'origine de la légende du bûcher de Sardanapale.

Après avoir été tout puissant, à midi dans sa révolution diurne, au solstice d'été dans sa révolution annuelle, l'astre du jour arrive toujours a succomber fatalement sous les atteintes de l'astre de la nuit privé de ses forces qu'il reprendra plus tard, on le représente comme ayant perdu tout caractère de virilité, ou bien comme mort, pour ressusciter bientôt; ce sont là les deux formes de la même donnée fondamentale. Adar-Parsondas tombe chaque soir au pouvoir de son frère rival Sin-Nannaros qui le dépouille de sa force et le rend à moitié femme; les deux frères se succèdent ainsi dans la domination de la nature. Ils alternent comme les Dioscures; et comme la nuit est identique à la mort, le vainqueur dlu soir, considéré par les Assyro-Babyloniens comme l'aîné, tue son frère cadet qu'il envoie dans la demeure
des morts.

La lutte recommence, chaque soir et chaque hiver, lutte incessante qui ne finira qu'avec le monde. Voilà, prise dans son ensemble, la portée philosophique de la religion des Assyro-Babyloniens : on y trouve en germe la doctrine du dualisme qui ne fit que se développer et s'épurer progressivement, jusqu'au jour où elle prévalut d'une manière absolue et s'imposa à tout l'Orient. (F. L.).

Les dieux de la fertilité.
Il nous faut maintenant dire quelques mots de dieux représentant des principes naturels de fertilité; 

•  Par exemple : le fleuve, considéré par les Assyro-Babyloniens comme un dieu et dont le nom est précédé de l'idéogramme de la divinité; 

• Par exemple encore, Tammuz (Dumuzi à Sumer, devenu Adonis en Syrie), dieu de la végétation, dont on pleure la mort et dont on célèbre la résurrection chaque année à l'automne et au printemps;

Nisaba, déesse du grain. 

Comme on le voit, ces divinités sont des forces de la nature; c'est accessoirement qu'elles prennent des qualités morales. 

Les génies.
Au-dessous des dieux, mais participant néanmoins de leur nature et partageant avec eux certaines prérogatives, se trouvaient les génies, les utokku répartis en deux groupes : les bons et les mauvais. Plus encore que les dieux, ils étaient étroitement mêlés à la vie humaine (La démonologie assyro-babylonienne).

Les bons génies, qu'on appelait shedu ou lamassu, jouaient auprès de l'humain le rôle de protecteurs. Ils le défendaient contre les puissances mauvaises, portaient aux dieux ses hommages et attiraient sur lui la faveur divine. On les voyait se dresser à la porte des temples sous la forme de taureaux ailés à face humaine. Mais ils ne se bornaient pas à ce rôle de gardiens des enceintes sacrées. Invisibles et présents, ils se tenaient aux côtés des humains, les suivaient dans la rue, à la guerre, car, ainsi qu'il était dit, « celui qui n'a pas de dieux lorsqu'il marche dans la rue, la maladie de tête le couvre comme un vêtement. »

C'est qu'à tout instant l'humain est en butte aux forces malfaisantes, représentées par les mauvais utukku. Ce sont d'abord les edimmu - âmes des morts - qui n'ont pas reçu de sépulture ou à qui l'on a négligé de rendre le culte funéraire : ils se vengent en tourmentant les vivants. Encore ceux-là peut-on les apaiser en leur offrant un repas funèbre, le Kispu, ou une libation d'eau. Mais il faut compter avec d'autres utukku plus redoutables. Issus du monde inférieur, de l'arallu, ou émanés « de la bile d'Êa » ces mauvais génies accablent les hommes de maladies, leur inspirent des actions criminelles, jettent la désunion dans les familles, font périr les troupeaux. On a raison de les comparer à «  l'ouragan qui avec fureur se déchaîne dans les cieux » ou au «  vent qui se lève et jette te l'obscurité sur le jour brillant ». Nul moyen les apaiser, car « ils n'écoutent ni la prière la supplication ».

Ils ne respectaient pas les dieux eux-mêmes et qu'ils osèrent un jour s'attaquer à Sîn, dont ils voulurent éclipser ces lumière bienfaisante. Que sont au au juste ces esprits malfaisants? On l'ignore. Tout au plus sait-on qu'ils ne prennent pas de femmes qu'ils n'enfantent pas Sept d'entre eux sont particulièrement dangereux. 

« Ils sont enfantés dans la montagne de l'Ouest, ils se font une demeure dans les trous de la terre, ils habitent dans les ruines de la terre. » 
Quand ils se manifestent aux mortels, c'est sous la forme d'êtres terrifiants : ils ont un corps humain, une tête de lion hérissée de cornes, et des pieds armés de puissantes griffes. On ne peut les chasser que par les incantations et les exorcismes, en recourant au conjurateur, à l'ashipu, qui, au nom d'Êa, prononce la formule libératrice :
Mauvais alu, détourne ta poitrine pour t'en aller!
O habitant des ruines, va-t'en à tes ruines; 
Car le grand seigneur, Êa, m'a envoyé
Il a bien arrangé son incantation pour ma bouche,
Il a confié à ma main le réchaud pour les Sept, suivant les saintes ordonnances.
Les héros.
Il est encore, dans la mythologie assyro-babylonienne certaines figures qui rappellent ce que les Grecs appelaient les héros, même si ne trouve pas exactement ici de ces êtres mi-humains, mi-divins que présente la mythologie grecque. A défaut de demi-dieux nettement caractérisés, la tradition avait gardé le souvenir de personnages légendaires qui avaient été en relations directes avec les dieux et dont les aventures offraient un caractère mythique. Les plus fameux - si l'on néglige Utanapishtim, le héros du déluge - étaient Etana, Adapa et surtout Gilgamesh. 

•  Gilgamesh, ancien roi d'Uruk, dont la mère fut la déesse Ninsun, était doué d'une force admirable, analogue à l'Héraclès grec, nous est représenté par un poème très ancien accomplissant des exploits légendaires; il lie amitié avec Enkidu, un personnage au corps d'homme et aux jambes de taureau, contre lequel il a commencé par lutter; il combat le géant Humbaba dans le pays des cèdres, encourt le courroux de la déesse Ishtar dont il refuse l'amour et qui, pour se venger, suscite contre lui un taureau céleste; il finit par aller à la recherche de la plante grâce a laquelle le vieillard redevient jeune, la découvre, la cueille, puis la laisse soustraire par un serpent. Bref, il y aurait chez lui tous les caractères d'un personnage légendaire et fabuleux, propre à frapper l'imagination.

Elaborations théologiques

Les triades.
Avec le temps, le consensus général sentit ce qu'avait de gênant pour l'esprit cette multitude de dieux à caractères presque semblables, mais à noms différents, et les prêtres essayèrent de mettre de l'ordre dans ce chaos. Les dieux quasi-semblables se fondirent en celui qui avait le plus de notoriété ; c'est ainsi que Ninlil, Belit, Nana, Ininni, Ninharsag, déesses personnifiant le principe féminin, furent assimilées à Ishtar. Parmi ceux qui restèrent, on créa une hiérarchie; ils furent divisés en triades.
 
• La première triade comprenait An / Anu, le chaos primordial, Enlil / Bêl, le démiurge, et Enki / Êa, le dieu providence; 

•  La seconde Nanna / Sîn, le dieu de la Lune, Utu / Shamash, le dieu du Soleil et Raman / Bin, le dieu de l'atmosphère.

Chacune s'adjoignait une déesse représentant le principe créateur féminin, et qu'absorba la figure d'Ishtar. Cette division des divinités assyro-babyIoniennes en triades fut une classification tout artificielle. Malgré tout, le dieu de la cité resta toujours le dieu principal des différentes villes, et nous voyons tour à tour presque tous les personnages des triades qualifiés de roi des dieux.

Des dieux et des astres.
Il est remarquable que, des dieux mésopotamiens, beaucoup sont astraux; certains sont solaires, considérés comme le soleil de tel ou tel moment : soleil bienfaisant du matin qui dissipe les ténèbres et le froid de la nuit, soleil brûlant et des tructeur de midi; d'autres personnifient le dieu-lune et l'étoile Ishtar. Pour les deux premiers astres, rien que de naturel, leur importance est telle qu'un culte à leur égard était fatal pour la planète devenue Vénus, on a coutume d'invoquer la même raison : l'étoile dite du berger paraissant la première et quittant la dernière le ciel, brillant d'un éclat sans pareil, fut certainement remarquée de bonne heure; mais cette assimilation indique déjà un travail d'unification du panthéon; le soleil et la lune étaient attribués à des dieux de premier ordre, il fallait bien que la déesse par excellence, principe de fécondité, fut représentée par un astre; on dut se contenter d'une planète; pour les autres assimilations, Ninurta et les étoiles d'Orion, par exemple, pour les signes du zodiaque, c'est un travail d'école sacerdotale bien postérieur à l'élaboration du panthéon primitif et qui va donner à la mythologie assyro-assyrienne une physionomie sidérale : ainsi Ningirsu / Ninurta était le dieu associé à la planète Saturne;Marduk, le dieu associé à Jupiter; Nergal, celui associé à Mars; Nabu, celui associé à Mercure

Les dieux poliades et l'hénothéisme.
On l'a dit, chaque cité avait son dieu-patron ou dieu poliade, et le panthéon général aussi bien que la mythologie étaientt adaptés et remodelés pour donner à ce dieu le pas sur les autres. La dynastie d'Hammurabi adopta aisni Marduk comme principal dieu, le dieu de la nouvelle capitale, Babylone. Marduk vit sa vogue croître rapidement du fait de son origine étatiste; les poètes, les exégètes se mirent à l'oeuvre, les démarqueurs même, et bientôt le dieu de Babylone fut pourvu d'un état, non pas civil, mais divin, a faire envie aux plus anciens dieux babyloniens. Pendant ce temps, l'Assyrie prenant, comme Etat, conscience d'elle-même, adoptait pour dieu, non plus d'une ville, mais du pays entier : Assur; elle réalisait en germe un progrès qui devait donner plus tard toutes ses conséquences.

Marduk fut le grand dieu de Babylone; Assur devint le grand dieu de l'Assyrie. La capitale babylonienne étant toujours restée à Babylone, on ne sait ce qu'il serait advenu de Marduk en cas de déplacement; le dieu Assur, au contraire, suivit son peuple lors des divers changements de capitale qu'effectuèrent les Assyriens. Il y a donc un progrès évident; le polythéisme subsiste, mais de la masse des dieux s'élève une personnalité telle qu'un grand pas est franchi vers le monothéisme, étape appelée hénothéisme. Est-ce l'oeuvre des Sémites? On serait tenté de l'affirmer, puisque ce progrès coïncide avec leur arrivée du pays d'Amurru en Babylonie et en Assyrie, puisque Yahvé peu à peu prend aussi la première place en Canaan et Kamosh dans le pays de Moab; mais pendant ce temps, Teshub, lui aussi, devient prépondérant en Asie Mineure ou l'influence sémitique fut certes moins profonde.

Nous constatons la persistance de cet état de choses durant toute l'histoire d'Assur et de Babylone; l'étape suivante est à peine entrevue à l'époque des Sargonides; sans
doute est-il courant de donner les plus hauts titres à Assur et à Marduk, même si l'on voit très exceptionnellement des zélateurs de Marduk tenter d'absorber en lui tout le panthéon, disant : 

« Ninurta est Marduk en tant que dieu de la plantation; Zamama est Marduk en tant que dieu du combat, Enlil est Marduk en tant que dieu de la domination et du conseil; Nabu est Marduk en tant que dieu du destin; Sin est Marduk en tant qu'illuminant les ténèbres; Shamash est Marduk en tant que dieu de la justice; Adad est Marduk en tant que dieu de la pluie, etc. » (Cuneiform texts du British Museum, XXIV, pl. 50) . 
La seule ébauche de monothéisme nous est fournie pour un autre dieu, Nabu fils de Marduk, dont la faveur, avons-nous dit, ne fit que croître avec le culte rendu à son père. Sur la statue de Nabu, que possède le British Museum, le roi Adad Nirari III, qui régnait vers 800 av. J.-C., fit écrire une dédicace qui se termine ainsi : 
« O homme à venir, mets ta confiance en Nabu et non dans aucun autre dieu ». 
C'est aux théologiens Hébreux qu'il appartenait, après l'Exil, de proclamer le dieu unique.

Cosmologie et cosmogonie

Telle est l'évolution des types divins en Mésopotamie; mais si nous avons vu sous quels traits et avec quelles fonctions se les représentaient leurs adorateurs, quelle personnalité morale leur prêtaient-ils? C'est ici qu'il convient de faire intervenir les renseignements que nous fournissent les mythes, et ce que nous pouvons déduire de l'abondante littérature religieuse qui est parvenue jusqu'à nous. 

La naissance du monde.
Au commencement, le chaos seul existait; il est représenté sous forme d'un monstre : Tiamat, qui procrée les premiers des dieux; ceux-ci ont la progéniture que nous avons vue en étudiant le panthéon. Tiamat se repent bientôt d'avoir créé ces dieux; aidée de satellites, monstrueux comme elle, elle complote leur perte. Les dieux n'ont d'autre ressource que de la combattre s'ils ne veulent périr, mais, à l'épreuve, le courage leur manque. C'est alors que, dans une assemblée solennelle, ils remettent leur cause entre les mains de Marduk, lui promettant la suprématie sur eux tous s'il revient vainqueur du combat. Marduk accepte, attaque Tiamat, la tue; il la coupe en deux comme un poisson; d'une moitié il fait le ciel, de l'autre la terre. Telle est la version tendancieuse qui veut donner à Marduk la première place; c'est un arrangement de l'époque de la dynastie d'Hammurabi; elle s'accommode d'une légende antérieure supposant l'existence d'une base à tout ce qui existe : l'apsu, abîme d'eau sur lequel repose la terre, et d'un ciel supérieur puisque les dieux s'y réunissent avant le combat. C'est encore aux Hébreux qu'il revient d'avoir conçu une création ex nihilo, sans substrat. La création de l'humain est l'oeuvre d'un dieu, Marduk pour les Babyloniens et auparavant Êa, Assur pour les Assyriens; cette création se fit, soit que le dieu pétrît de l'argile en forme de figures humaines sur lesquelles il souffla, soit même qu'il arrosât la terre de son sang.

Mais lorsque l'humain fut créé et qu'il eut multiplié, les dieux regrettèrent leur ouvrage. En conséquence, les dieux prennent la résolution d'exterminer l'humanité ; tous sont d'accord; un seul, Êa, prend en pitié l'humanité et révèle à son serviteur Udnapishtim, le projet. Il lui conseille de fabriquer un vaisseau dont il lui donne les mesures, d'y monter avec les siens et d'y emmener des animaux; il échappera ainsi à l'inondation sous laquelle les dieux submergeront le monde. Ainsi fut fait; Udnapishtim le privilégié monta dans l'arche; pendant six jours et six nuits la tempête fit rage, puis s'apaisa. Les dieux eurent vent du stratagème et le reprochèrent à Êa. Mais Ishtar, qui semblait jusqu'ici oublieuse de son rôle de déesse génératrice, se plaignit elle aussi de ce qu'on avait fait de l'humanité, et obtint que grâce serait accordée au survivant. Le héros, lorsque le bateau eut échoué sur la terre mise à découvert par le retrait des eaux, sortit de l'arche et offrit un sacrifice aux dieux qui l'agréèrent.

Un tel récit, qui rappelle sans doute l'époque antérieure à la création des canaux où le sol mésopotamien était périodiquement ravagé par les crues des fleuves, évoque l'épisode du Déluge; cette ressemblance avec le texte biblique n'est pas unique; elle peut se poursuivre sur d'autres points. Des tablettes babyloniennes  semblent faire allusion à la chute de l'homme et à un état d'innocence dans un jardin délicieux, après la création, bonheur perdu à la suite d'une faute sur laquelle nous sommes mal renseignés. Ces tablettes ont été l'objet de divers commentaires; elles nous montrent une fois de plus le manque d'unité dans les conceptions religieuses mésopotamiennes; la doctrine prévalente résulte de la fusion ou de la juxtaposition de divers récits dus aux collèges de prêtres des villes les plus importantes ; nous y trouvons, en général, la description d'un Age d'or, succédant à la création et précédant le Déluge. Après lui, Tagtug le mortel favorisé des dieux (ce n'est plus Udna pishtim), qui a pu échapper, est placé comme jardinier dans un verger merveilleux où se trouvent des essences d'arbres les plus diverses; il paraît bien que la chute de l'homme, c'est-à-dire la perte de la longévité, soit le résultat de la manducation du fruit défendu d'un de ces arbres.

Ces récits fondamentaux d'une rébellion de l'humanité et de son châtiment par le déluge, sont destinés à répondre à la question qui vient aux lèvres de chacun : pourquoi la mort, pourquoi tant de souffrances sur cette terre? Il nous est parvenu d'autres poèmes destinés à éclaircir tel ou tel problème accessoire et à tempérer jusqu'à un certain point ce qu'a de désolant la réalité : tel est l'épisode de la recherche et de la conquête par le héros Gilgamesh de la plante qui rend la jeunesse. Mais tout cet ensemble littéraire est l'oeuvre du sacerdoce; le menu peuple n'y va guère puiser sa sagesse. 

Lorsqu'on étudie les conceptions religieuses des Assyro-Babyloniens, on est frappé de voir quel agrégat de croyances disparates et souvent contradictoires elles constituent. Ce que telle école de théologiens attribue à un dieu, est l'oeuvre d'un autre pour une école différente; telle légende en contredit résolument une autre. Ou bien, tandis que les écrits que nous venons d'énumérer ont pour but d'expliquer le pourquoi des choses, l'origine du mal sur terre, le vulgaire qui ne sait pas s'élever si haut invoquera des causes plus à sa portée pour les malheurs qui peuvent le frapper.

La structure du monde.
« Les Chaldéens, nous apprend Diodore de Sicile, croient que la terre a la figure d'une barque renversée et qu'elle est creuse par en dessous.». Que l'on imagine donc une barque retournée, non pas une barque telle que nous avons l'habitude d'en voir, mais un de ces esquifs absolument ronds, qui servent encore habituellement, sous le nom de koufa, dans les parages du bas Tigre et du bas Euphrate, et dont les sculptures historiques des palais de l'Assyrie nous offrent parfois la représentation telle était la figure de la terre pour les astrologues chaldéens. Nous expliquerions aujourd'hui la même idée en la comparant à un bol renversé. La surface supérieure convexe constitue ce qu'on appelle proprement la terre (ki), la terre habitable ou la surface terraquée (ki-a), désignée aussi par l'expression collective de pays (kalama). La concavité inférieure est l'abîme terrestre (ge); c'est là que résident les génies de la terre, là que se trouve l'enfer ou la demeure des morts (kur-nu-de, arallu). L'ombilic ou le point central en est le nadir (ur), le fondement de tout l'édifice du monde, et c'est dans cette région ténébreuse que plonge le soleil pour accomplir son voyage nocturne à travers le noir pays des ombres.

Au-dessus de la terre s'étend « comme une couverture » la calotte du ciel (anna), constellé de ses étoiles fixes (mul), tournant autour de la montagne de l'Orient (harsak kurra), dont la cime la plus élevée est l'étoile polaire. L'enveloppe azurée du firmament est soutenue dans l'espace par une colonne mystérieuse et invisible dont la base est sur la terre, et le sommet au pôle céleste. Le point culminant du ciel, le zénith (paku) n'est pas le même que cet axe ou pôle, car il se trouve immédiatement au-dessus du pays d'Akkad, regardé comme le centre de la terre, et la montagne sur la cime de laquelle pivote le ciel, des étoiles fixes est située au nord-est de ce pays. 

L'astrologie assyro-babylonienne admit plus tard un ciel sphérique, enveloppant complètement la terre, en dessous aussi bien qu'au-dessus de nos têtes, mais, primitivement, on se représentait le firmament comme une coupole gigantesque, dont les bords inférieurs reposaient sur les extrémités de la terre, au delà du grand réservoir des eaux (zuab), qui entourait de tous les côtés la surface continentale, exactement à la façon de l'Océan d'Homère. Les mouvements périodiques des planètes (lubat); que leur nom suméro-akkadien assimile à des animaux doués de vie, s'opèrent au-dessous du ciel des étoiles fixes, c'est-à-dire dans une région moyenne entre la terre et le firmament. Elles se meuvent dans sept sphères concentriques et successives, au-dessus desquelles s'étend le rideau du firmament étoilé. C'est aussi entre la terre et le ciel, qu'on place la zone où se produisent les phénomènes atmosphériques, où résident et soufflent les vents (im) et les tempêtes (im-kab), où circulent les nuages (imdir) qui, déchirés par la foudre (amaktu) qui s'élance des planètes, laissent échapper la pluie (a-an) par leurs gouttières (ganul).

Ainsi, il y a trois zones dans l'univers : le ciel, la surface terrestre avec l'atmosphère, puis l'abîme inférieur. C'est à ces zones que répondent et président les trois grands dieux Ana, Êa et Mulge, noms mystiques de la triade suprême Anu, Êa et Bêl. Les dieux des planètes et ceux des constellations zodiacales ont aussi, de leur côté, leur cour d'esprits et de démons (La démonologie mésopotamienne), de sorte que chacun des grands dieux est comme le chef de file d'une armée de demi-dieux qu'il envoie à travers le monde pour être les ministres de sa toute-puissante volonté. Dans le cortège de Raman, par exemple, nous voyons les dieux Nipih-Samsi, dont le nom signifie « lever du soleil »; Nur-Samsi ou « lumière du soleil »; Barqu ou « l'éclair » ; Is-Birqi « le feu de la foudre »; Taranu « le grondement du tonnerre ». Il y en avait bien d'autres encore.

Morale religieuse

Le dieu assyro-babylonien est un maître jaloux, tyrannique et vénal, semblable en cela au Yahvé des Hébreux. Il a crée l'humain pour son usage, ainsi que le dit le Poème de la Création babylonien : 
« Pour faire habiter les dieux dans une demeure qui réjouisse le coeur, Marduk créa l'humanité. »
Il n'est pas pour l'humain question d'une récompense à obtenir, mais de châtiments possibles s'il n'accomplit pas son office. D'ailleurs, ces dieux, malgré toutes les épithètes laudatives dont on les accable, sont des êtres grossiers; lorsque Udnapishtim, au sortir de l'arche, leur offrit un sacrifice, « les dieux flairèrent l'odeur; les dieux comme des mouches se rassemblèrent au-dessus du sacrificateur ».

L'origine du mal.
Tant que l'humain accomplit les volontés de son dieu, il a droit à sa protection, il est « le fils de son dieu »; la divinité paraît même se tenir en lui, ou au moins l'accompagner, un peu comme le fait l'ange gardien des chrétiens. Mais qu'il vienne à faiblir, le dieu s'irrite, s'écarte et alors, ou il le frappe ou bien, du fait qu'il ne le protège plus, permet au malheur de fondre sur lui. C'est le moment que guettent les démons, et la croyance à leurs maléfices a, pendant des siècles, torturé les infortunés Mésopotamiens. Nous sommes environnés de démons, d'esprits, de revenants qui attendent l'occasion de faire de nous leur proie. 
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Démons du palais d'Assurbanipal.
Démons à t^^etes de lion et à griffes d'aigle
du palais d'Assurbanipal à Koyoundjik (British Museum).

Ces esprits du mal, quels sont-ils au juste? Là encore, les avis diffèrent; ce sont les fils du monde inférieur, c'est la « bile d'Êa »; il paraît bien qu'ils doivent être les descendants lointains de Tiamat ou de ses satellites; ils sont en tous cas d'une variété infinie. Il en est une série de sept, particulièrement redoutables, dont les méfaits sont souvent rappelés dans les incantations; mais, à ces démons, innés si l'on peut dire, s'en joignent d'autres occasionnels : les revenants. Leur contingent est alimenté par ceux qui sont morts sans secours et qui n'ont pas reçu la sépulture, non que cette omission les prive de grands avantages, car le mort, nous l'avons vu, se traîne dans les ténèbres et la poussière de l'aral (arallu), mais parce que les offrandes funéraires et l'eau pure dont le défunt a tant besoin ne lui seront pas apportées. Enfin, les vivants eux-mêmes peuvent être un péril; les sorciers, par leurs maléfices, ont le pouvoir de contraindre le dieu protecteur de l'humain à céder la place et favoriser ainsi sa prise de possession par un démon; les impurs, les réprouves sont un autre danger, leur contact peut-être contagieux. Avec un tel système, il n'y a pas de sauvegarde possible, car il ne suffit plus à l'humain de n'avoir pas irrité son dieu pour être assuré de la tranquillité; il peut être la victime innocente de maléfices immérités. 

Il est remarquable que cette croyance est l'aboutissant logique de l'idée du dieu tel que le concevaient les Assyro-Babyloniens. Puisque l'humain n'a pas de salut à préparer sur cette terre, et que la notion d'une épreuve préparatoire à l'au-delà n'existe pas, il faut de toute évidence, en présence de nombreux cas où l'individu est frappé sans avoir une faute à expier, imaginer que la calamité fond sur lui-même, innocent ou coupable à son insu. Cette doctrine a dominé la Mésopotamie antique, et la vie entière de ce peuple n'a été qu'une longue recherche des moyens d'éviter le péril qui le menaçait sans cesse.

Parfois même, la théologie en est arrivée à formuler un doute sur la notion de ce qui est le bien et de ce qui est le mal. C'est ainsi que le poème du Juste souffrant nous montre un Job babylonien frappé dans sa santé et dans sa fortune, sans avoir commis de faute, ou tout au moins de faute qu'il connaisse, et le poète conclut mélancoliquement que peut-être l'humain se trompe sur son devoir : 

« Ce qui est oeuvre pie pour l'humain est mauvaise action pour le dieu, ce qui est répréhensible dans son coeur, est oeuvre pie pour son dieu ? »
Le Juste fait allusion à ses ennemis, sorciers ou sorcières, qui le persécutent et dont il espère triompher. Ce n'est qu'à la fin, dans un morceau de commande destiné à glorifier Marduk (car la pièce date de l'époque de la Première Dynastie), que nous voyons le juste réintégré dans ses biens.
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Cylindre mésopotamien.
Cylindre babylonien. Les images divines sont compliquées, et les
symboles qui s'y attachent remplissent le champ jusqu'à l'encombrer. 
"Les figures qui se pressent dans cet étroit espace ont une bizarrerie
qui étonne l'oeil et pique notre curiosité." (G. Perrot, Ch. Chipiez).

Axiologie.
Quel était le système de valeurs des Assyro-Babyloniens? La question a été discutée; il semble bien qu'ils ont obéi à des préceptes d'une rare élévation, mais comme toujours, les textes qui nous les ont conservés sont un mélange de diverses traditions. Lorsqu'il s'agit de restituer un texte d'après un manuscrit maintes fois recopié, il faut prendre garde aux déformations de la pensée, aux omissions avec changements dus à la négligence des scribes successifs. Notre sort n'est pas beaucoup meilleur avec les tablettes cunéiformes; certes nous avons là des textes qui n'ont subi aucune altération depuis des milliers d'années; mais lors qu'ils ont été transcrits, c'étaient déjà de bien vieux textes, d'abord transmis oralement, puis reproduits quantité de fois et bien souvent composés à nouveau par le scribe qui réunissait plusieurs morceaux en un seul. 

Quoi qu'il en soit, on peut remarquer que, dans tous ses domaines, il y a deux courants de pensée bien distincts, l'un provenant évidemment des lettrés, des théologiens, des savants, l'autre bien plus terre à terre et qui correspondrait au savoir des bonnes gens. Nous sommes ainsi amenés à constater que jamais un des deux genres, surtout le supérieur, n'existe à I'état de pureté, et que les scribes n'ont pas éprouvé le besoin d'élaguer dans le fatras qu'ils recopiaient; quelque habiles qu'ils fussent en écriture, c'étaient sans doute, comme les copistes de manuscrits du Moyen Age, de pieuses gens aux intentions excellentes, mais de culture et de sens critique assez faibles.

Il nous est parvenu un recueil, énumérant les fautes qu'il est possible de commettre; nous en pouvons déduire quelles sont les matières à péché, et c'est l'assemblage le plus disparate qu'on puisse imaginer.

Les délits contre la morale voisinent avec les manquements au rituel; le meurtre, le vol, l'adultère, le parjure sont mis sur le même plan que d'avoir bu dans une coupe impure ou d'avoir craché dans un fleuve. Lors donc qu'un de ces péchés aura été commis, qu'adviendra-t-il? Le dieu s'irrite, s'écarte ou même sort du corps du pécheur; la place est libre, vite, le démon qui guette toujours en profite et s'installe; quelle en sera la conséquence? Parfois la simple « possession » avec tous ses inconvénients plus désagréables que terribles : bruits dans la maison, vent, sifflements, apparitions, mais le plus ordinairement ce sera la maladie qui traduira la prise de possession par le mauvais esprit.

De sorte que pour les Assyro-Babyloniens péché égale maladie, et que le malade est un coupable. Il est à peine besoin de rappeler que cette conception fut longtemps celle de l'Occident; que la folie fut, jusqu'à Pinel, ainsi considérée; et que même encore de nos jours, quelques affections ont pu être encore jugées par certains sectateurs religieux comme une juste punition entraînant la réprobation; on pense à ce que l'on a peu entendre par exemple à propos du sida. Cette étiologie de la maladie domine toute la médecine babylonienne, et l'on y retrouve la plupart des notions que nous admettons aujourd'hui, mais transportées de la pratique et de l'observation dans le plan spéculatif. 

Le péché crée le terrain; il met l'humain en état de moindre résistance et de réceptivité; le démon équivaut au microbe; il infecte l'individu et poursuit ses désordres jusqu'à ce qu'il ait été expulsé. L'assimilation du démon à la maladie est totale, et parmi ces agents nous comptons le démon-fièvre, le démon mal-de-tête, si redoutés des Babyloniens.

Lorsque le pécheur est au pouvoir du démon, il convient de l'y soustraire, mais auparavant il faut savoir quel démon le persécute; tantôt l'identification est facile; on sait de temps immémorial que telle affliction est l'oeuvre de tel démon; des listes en ont été dressées auxquelles on pourra recourir d'emblée quand il n'y a pas incertitude, mais ce n'est pas toujours le cas. C'est alors qu'intervient une pratique où se trouve en germe le principe de l'examen de conscience et d'une sorte de confession. Les Assyro-Babyloniens nous ont laissé des rituels auxquels on a fait allusion plus haut, énumérant toutes les sortes de fautes qu'il est possible de commettre ; les plus célèbres sont contenus dans les incantations dites shurpu et maqlu, ce qui signifie brûler, car elles s'accompagnaient de purifications par le feu. L'individu se demandera s'il a commis quelqu'une de ces fautes, en les énumérant l'une après l'autre; même s'il ne découvre pas son péché, il n'importe; ce qu'il faut c'est qu'il le cite dans son énumération; aussi quel luxe dans la recherche. Les péchés les plus inattendus sont prévus, de façon à ce que le fidèle acquière la certitude que la faute a été comprise parmi celles qu'il a passées en revue.

A partir de ce moment, la conduite à tenir est simple; il faut expulser le démon, réconcilier l'humaine avec son dieu pour que celui-ci reprenne la place à laquelle il a droit; c'est la affaire d'exorcisme; le pécheur se fera assister d'un prêtre qui sait quelle incantation prononcer dans tel ou tel cas; cette incantation s'adressera à différents dieux, mais surtout à Êa, le maître de toute sagesse, et à Marduk, le dieu par excellence. Elle supplie la divinité d'être bienveillante, décrit le mal qui a fondu sur l'humain et conclut par l'exorcisme qui doit être prononcé en même temps que l'on accomplira certains gestes rituels; bien plus, pour que cette incantation ait toute sa valeur, sa genèse est rappelée; le récitant y intercale une sorte de tirade explicative où nous voyons Marduk aller trouver son père Êa, lui exposer l'état lamentable du pécheur et lui demander ce qu'il faut faire.

Êa rassure Marduk, lui répond qu'il n'y a rien de ce qu'il sait lui-même qui lui soit inconnu, et lui livre la formule magique. Le tout repose évidemment sur le pouvoir que les Assyro-Babyloniens accordent au nom : connaître le nom d'une chose, c'est avoir de l'emprise sur elle et, comme conséquence, c'est le moyen sûr de mettre en mouvement le dieu et d'atteindre le démon. 

A l'origine, l'exorcisme consistait surtout en une aspersion, lavant au propre et au figuré le malade; elle s'accompagnait de quelques paroles; par la suite, c'est la formule qui tint la première place, renforcée d'opérations magiques. Lorsque le démon est expulsé, il convient de procéder à une réconciliation solennelle entre l'humain et son dieu; c'est l'affaire du sacrifice. Celui-ci consiste dans la destruction d'une substance en l'honneur du dieu. A cet acte se rattachent plusieurs intentions d'abord la privation que s'inflige le fidèle, puis l'idée de l'agrément que prend le dieu à ce sacrifice; lors du sacrifice expiatoire, la victime représente en quelque sorte le pécheur, se charge de sa faute et se substitue à lui pour expier. Le sacrifice propitiatoire fait partie des devoirs habituels de l'humain envers la divinité; il sera effectué à intervalles réguliers et sera accompagné de la prière; celle-ci offre deux aspects; c'est la prière particulière ou la prière publique. Cette dernière est accomplie dans les temples, au son de la musique; l'autre est récitée par le fidèle, dans sa demeure, ou lors de sa visite à un temple. Mais, dans les deux cas, il s'agit presque toujours de supplications dont la portée est assez vague; ce sont des litanies ou est célébrée la grandeur des dieux et où la place laissée a la demande du fidèle est restreinte. C'est un fait commun à beaucoup de religions; tandis que la prière particulière répond aux préoccupations de chacun, les prières publiques, hymnes, cantiques, etc., ont un caractère beaucoup plus général de glorification de la divinité; c'est aux prêtres d'annoncer à quelle intention elles seront proférées.

Les rituels

La divination.
Pour les Assyro-Babyloniens, si soucieux de ne pas mécontenter la divinité, il est mille façons d'entendre la volonté céleste; c'est à quoi s'emploie la divination. Celle-ci a été poussée à son dernier degré de perfection par les prêtres, et les résultats de leurs innombrables observations sont parvenus jusqu'à nous. L'univers entier est un livre ouvert, le tout est de savoir y lire. L'astrologie, inventée en Mésopotamie, est un moyen de connaître la volonté des dieux en scrutant les astres. Mais la façon la plus simple, pour les dieux, de manifester leur volonté est d'apparaître et de la déclarer; mais c'est aussi la plus rare; le plus souvent c'est durant le rêve que les messages célestes sont transmis : le patesi Gudéa (XXIIIe siècle) et Assurbanipal roi d'Assyrie VIIe siècle), nous en rapportent des exemples; l'un reçoit en songe l'ordre de construire un temple, l'autre celui de courir sus aux ennemis, mais le plus souvent les rêves sont quelconques et il conviendra de les interpréter.

L'apparition d'animaux déterminés et leur façon de se comporter en certains endroits donnent des présages certains, par exemple si des chiens entrent dans un palais ou dans un temple. Des phénomènes naturels ou provoqués sont matière à consultation, par exemple la couleur de l'eau du fleuve, la façon dont brûle la flamme d'un sacrifice. Les maladies elles-mêmes deviennent des signes, non seulement pour le malade, ce qui serait du pronostic, mais pour la santé d'autres personnes ou pour les affaires de l'Etat. Les malformations à la naissance, soit chez les humains, soit chez les animaux, ont une signification. 

Si « le petit n'a pas d'oreille droite, le règne du roi prendra fin et le palais sera détruit; s'il n'a pas d'oreille gauche, un dieu entendra la prière du roi qui sera victorieux de l'ennemi, et qui détruira son palais », etc.
Mais la méthode par excellence, celle qui fit son chemin en Grèce et à Rome, c'est l'examen des entrailles des victimes et plus particulièrement du foie. Pour les Assyro-Babyloniens, c'est le foie qui est le siège de la vie, non le coeur et, lors d'un sacrifice, le foie de la victime devient un miroir ou se reflètent les volontés du dieu dans un langage conventionnel.

A force de minutieuses observations, les prêtres arrivèrent à connaître toutes les particularités possibles de cet organe, soit en lui-même, soit dans ses relations de voisinage, et leur donnèrent une interprétation. Non seulement ils nous ont transmis le résultat de leurs observations dans des tablettes destinées à l'apprentissage des futurs devins, mais on a même retrouvé des foies de terre cuite (foies de moutons d'après la forme), divisés par des lignes en petites cases, avec observations inscrites dans ces cases, pour servir à l'étude des prêtres. Les altérations ou modifications étaient considérées soit pour la surface même du foie, soit d'après les rapports de l'organe avec les viscères voisins; l'examen des intestins eux-mêmes fournissait aussi des présages. Le mécanisme général de ces interprétations est que, si un signe est considéré comme bon, s'il siège d'un côté de l'organe, la droite par exemple, il est mauvais du côté gauche; si un signe est bon pour celui qui interroge, il est réputé mauvais pour son adversaire. 

Partant de signes autrefois observés et interprétés d'une façon quelconque, les devins ont sans cesse enrichi leur répertoire, et par déduction prévu des cas extrêmes qui ne se réalisent que très rarement, sinon jamais; ils ont ainsi fait de la divination une science touffue qui fournissait toujours une réponse, quelle que fût l'occurrence. Nous avons là tous les éléments d'un culte développé et méticuleux; sans doute tout cet arsenal de conjurations, de prières et de sacrifices, n'était pas mis en oeuvre dans chaque cas de la vie; c'était affaire au prêtre de choisir entre tous, mais il y avait pour chaque circonstance une observance rigide de pratiques pieuses et de purifications minima dont nous donnent idée les lois du Deutéronome; ces pratiques pouvaient s'élever, surtout pour les gens de haute condition, au degré de complication que nous avons vu; mais être fort simples au contraire, dans la population.
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Procession où l'on transporte des statues de dieux mésopotamiens.
Processions où l'on porte des statues de dieux (Ninive).

Les cérémonies.
Pour assurer tous ces services, guider et censurer les fidèles, il fallait un personnel considérable de prêtres; de fait ils durent être innombrables; d'après leurs fonctions, on peut les ranger en grandes catégories : l'ashipu, qui est spécialement chargé des exorcismes et purifications nécessaires pour délivrer l'humain du démon qui le possède, le bârû dont la fonction est de consulter la divinité, surtout au moyen de l'examen du foie, et les chantres, personnages indispensables aux cérémonies (Les temples et le culte). 

Les sacrifices.
Le rituel des sacrifices différait selon la faveur à obtenir. S'il s'agit de réconcilier un fidèle avec son dieu, le prêtre prépare huit bûchers couverts de branchages odoriférants devant les statues des huit dieux; derrière chaque bûcher est une table supportant quatre pots de vin de sésame et trente-six pains sans levain sur lesquels ont été versés du miel, du sel et du beurre. Le prêtre immole alors huit agneaux (l'animal le plus communément offert avec le chevreau); il prélève les morceaux qui sont de droit pour le dieu, c'est-à-dire le gigot droit, les rognons et un rôti qui seront consumés par le feu. Le tout s'accompagne de gestes rituels, aspersions et murmures d'incantations. Comme tout salaire mérite récompense, le prêtre prélève pour sa part, ainsi que nous l'apprend une tablette cultuelle découverte à Sippar et datant du IXe siècle avant notre ère : certaines parties de viande, des abats, un pot de sauce, etc. Le fidèle, que les Akkadiens appelaient le « maître du sacrifice », devait sans doute avoir droit aux parties restantes et s'en nourrir dans une sorte de communion avec le dieu. Des tablettes de comptabilité des temples nous font soupçonner l'importance des sources dont disposaient les sanctuaires, et nous savons par ailleurs quelle quantité prodigieuse de denrées était affectée aux sacrifices; rien qu'a Uruk, il fallait quotidiennement pour le dieu Anu, à qui l'on offrait quatre repas par jour, plus de soixante moutons et cinq cent quarante litres de grain.
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Mésopotamie : sacrifice d'un bouquetin.
Sacrifice d'un bouquetin.

Les rites funéraires.
Il semble que les rites funéraires mésopotamiens se soient ressentis de cette conception négative de l'après-vie ( La mort et le culte des morts en Mésopotamie); pas de tombeaux somptueux; le mort était, à l'origine, enterré nu dans le sol, puis il fut couvert de nattes de roseaux et enfermé dans des sortes de barils en terre cuite, tenant lieu de bière ou dépose dans des caveaux voûtés. Auprès de lui étaient rangés des vases renfermant de la nourriture et de la boisson; aux basses époques, et sans doute à l'imitation de l'Égypte, quelques parures et des modèles des objets familiers du défunt y étaient ajoutés. (G. Contenau).



En librairie - Samuel Noah Kramer, L'Histoire commence à Sumer, Flammarion, 1993. - Jean Nougayrol, Divination en Mésopotamie ancienne, PUF, 1992. - Marie-Joseph Seux, Hymnes et prières aux dieux de Babylonie et d'Assyrie, Le Cerf, 1976. - Henrietta Mc Call, Mythes de la Mésopotamie, Le Seuil, 1973.

Jean Bottéro, Mythes et rites de Babylone, Editions Slatkine, 2010. - Cet important ouvrage est entièrement consacré à deux domaines de l’ancienne Mésopotamie : la Mythologie, au sens le plus large du mot, qui se recoupe, en somme, avec l’optique et l’idéologie d’hommes encore incapables de raisonner autrement qu’en images et en histoires; et les pratiques rituelles de l’Exorcisme, profondément pénétré de pensée mythologique et le plus puissant expédiant qu’eussent jamais trouvé ces gens contre le parasite de l’existence humaine : le Mal. Ces deux domaines ont été assidûment explorés par Jean Bottéro, parce qu’ils lui paraissent encore trop négligés, en Assyriologie, et pourtant à la fois spécifiques de cette civilisation très antique, et porteurs de progrès qui y ont préparé la nôtre. (couv.). 

D'autres ouvrages de Jean Bottéro: La plus vieille religion, Gallimard, 1998. - Mésopotamie, Gallimard, 1997. Babylone et la Bible, 1994. - Naissance de Dieu, Gallimard, 1992. Avec S. Kramer : Le mariage sacré, à Sumer et en Babylonie, Berg international, 1991.- Des mêmes, Lorsque les dieux faisaient l'homme, Gallimard, 1989.

Pour les plus jeunes. - Karine Safa, Maud Riemann (illust.), La mythologie babylonienne, Actes Sud, 2007. - Terre entre deux fleuves où se succèdent les empires, la Mésopotamie est le lieu d'édification des premières villes modernes, et le lieu de naissance de figures légendaires comme Gilgamesh, ou Nabuchodonosor. (couv.).

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Dictionnaire Religions, mythes, symboles
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