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Friedrich von Schiller
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Johann Christoph' Friedrich von Schiller est né à Marbach, en Württemberg, le 10 novembre 1759, mort à Weimar le 10 mai 1805. Il  était fils d'un capitaine. Élevé d'abord par un pasteur, il fut ensuite placé à l'école militaire de Ludwigsbourg, puis étudia le droit, et enfin la médecine, entra comme chirurgien dans un régiment, se livra en même temps au goût qui l'entraînait vers les lettres, et commença dès lors à écrire des poésies et des pièces de théâtre. 

Les oeuvres de Schiller

Les principales tragédies de Schiller sont : 
Les Brigands; la Conjuration de Fiesque, mise en scène d'un ouvrage historique du cardinal de Retz; Don Carlos, Wallenstein, Marie Stuart, Jeanne d'Arc; la Fiancée de Messine, renouvelée de la Thébaïde de Racine; enfin Guillaume Tell
Outre ses tragédies, Schiller a publié un grand nombre de poésies lyriques, dans lesquelles brillent la verve, l'imagination, l'originalité, la
grâce : les Dieux de la Grèce, la Joie, le Combat contre le dragon, la Cloche surtout, sont des ballades devenues des classiques en Allemagne.

Comme historien, il a composé l'Histoire de la révolte des Pays-Bas et l'Histoire de la Guerre de Trente ans, où il se montre toujours poète et souvent partial.

Les Brigands. - Ce drame n'est pas le meilleur de l'auteur. Un chef de bandits, révolté contre la société entière, qu'il accuse de ses propres maux, est le personnage sur lequel l'auteur a concentré tout l'intérêt; c'est lui qui est applaudi et qui triomphe.

Wallenstein. - Schiller, mieux inspiré, puisa dans l'histoire même de l'Allemagne durant la guerre de Trente ans le sujet d'une vaste trilogie : Wallenstein, général de l'armée catholique sous Ferdinand II, en est le héros.

La première partie : le Camp de Wallenstein, offre un tableau complet des moeurs guerrières de l'époque; la seconde, les Piccolomini, nous fait assister aux dissensions de Wallenstein avec l'empereur et les princes; ceux-ci conspirent sa ruine, qui est représentée dans la troisième partie la Mort de Wallenstein. - Le caractère du général est tel que l'histoire le donne : hautain, confiant en lui-même, impatient da toute autorité, père de ses soldats, dont le dévouement lui est assuré.

Marie Stuart est, au dire de Mme de Staël, la plus pathétique et la mieux conçue des pièces allemandes. Le poète y retrace les derniers jours de l'infortunée reine d'Écosse : constamment ferme et digne, Marie excite, durant les cinq actes, un profond intérêt.

Jeanne d'Arc reprend la légende de ce personnage sans y ajouter beaucoup de vraisemblance. L'auteur a su du moins y répandre de grandes beautés de détail.

Guillaume Tell, le chef-d'oeuvre de Schiller, met en scène les principaux faits qui amenèrent l'affranchissement de la Suisse. C'était là un magnifique sujet de tragédie; les caractères s'offraient d'eux-mêmes au poète : il eut le bon goût  de respecter la noble simplicité légendaire de ses héros. Sans avoir jamais visité la Suisse, Schiller en a tracé de délicieux tableaux; il nous fait entendre les chants des pêcheurs et des pâtres; on sent revivre dans son drame les moeurs simples des habitants.
 

Après avoir fait jouer sa pièce des Brigands (Die Räuber), qui avait obtenu un grand succès (1781), il voulut quitter le service; n'ayant pu obtenir l'agrément du duc de Wurtemberg, il s'enfuit. Après diverses aventures, il fut nommé conseiller du duc de Saxe-Weimar, et professeur d'histoire à Iéna (1789). Grandissant sans cesse en talent comme en réputation, il entra en liaison avec toutes les notabilités littéraires de l'Allemagne, et fut classé parmi les premiers écrivains de son pays. Sympathique à la Révolution française, il fut nommé par la Convention citoyen français; néanmoins, en 1793, il adressa à cette assemblée une apologie de Louis XVI. Il vint en 1797 se fixer à Weimar, où il fut comblé des bontés du duc régnant. 

Schiller est connu surtout par ses tragédies, qui sont au nombre de neuf : les Brigands, Fiesque (Fiesco), Intrigue et Amour (Kabale und Liebe), Don Carlos (en vers), Wallenstein, Marie Stuart, Jeanne d'Arc (Die Jungfrau von Orleans), la Fiancée de Messine (Die Braut von Messina), Guillaume Tell (en vers). Les trois premières, sans manquer de beautés, sont des ouvrages défectueux et offrent tous les caractères d'une période d'indécision; les dernières, plus vraies, plus morales, d'un genre plus élevé, sont d'un ordre tout différent; elles ont valu à leur auteur le titre de régénérateur du théâtre allemand. 
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Portrait de Schiller.
Friedrich Schiller.

On a encore de Schiller beaucoup de poésies diverses, où brillent la verve, l'imagination, l'originalité, la grâce; des ouvrages historiques, qui le placent aussi à un des premiers rangs en ce genre : Le Soulèvement des Pays-Bas, l'Histoire de la guerre de Trente Ans; enfin des articles de critiques, entre autres un Traité sur la poésie naïve et sentimentale, dans les Heures (journal littéraire). Schiller était intime ami de Goethe, auquel sans doute il dut une partie de ses idées et de ses progrès. Il rédigeait en commun avec lui l'Almanach des Muses.

Schiller est, après Goethe, le plus grand nom de la littérature allemande, et peut-être même est-il plus authentiquement populaire que lui. Sans doute il a eu, à toutes les époques, contre lui l'antipathie de certains écrivains d'avant-garde au goût raffiné, peut-être un peu blasé : il a été, de son vivant et immédiatement après sa mort, combattu ou plutôt systématiquement ignoré par le petit groupe romantique; et de même il a été traité avec le plus souverain mépris par Nietzsche, par exemple, qui a trouvé pour le caractériser des formules amusantes mais cruelles. Même si l'on se refuse à sacrifier de parti pris Schiller à Goethe, il reste d'ailleurs incontestable que Schiller n'est pas un génie de la même envergure que Goethe, qu'il n'a ni sa grandiose universalité comme penseur, ni son admirable spontanéité comme poète. II n'en est pas moins l'un des écrivains les plus « représentatifs » de son pays. Ses drames, en particulier, salués avec enthousiasme dès leur apparition, ont exercé une immense influence sur presque toute la production dramatique allemande du XIXe siècle; ils conservent aujourd'hui encore toute leur action sur le public. (Bt. / H. L).
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Le comte de Habsbourg

« A Aix-la-Chapelle, au milieu de la salle antique du palais, le roi Rodolphe (de Habsbourg), dans tout l'éclat de la splendeur impériale, est assis au banquet du couronnement. Le comte palatin du Rhin apporte les mets, le prince de Bohème verse le vin pétillant, et les sept Électeurs, groupés autour de Rodolphe, tels que le choeur des étoiles autour du soleil, s'empressent de remplir auprès du maître du monde les devoirs de leur charge.

Une foule joyeuse encombre les hautes galeries; ses cris d'allégresse s'unissent au bruit des clairons, car l'interrègne a été long et sanglant : un juge vient d'être donné au monde; le fer ne frappe plus aveuglément, et le faible, ami de la paix, n'a plus à craindre les vexations du puissant.

L'empereur saisit la coupe d'or, et promenant autour de lui des regards satisfaits : « La fête est brillante, dit-il; tout ici charme le coeur de votre roi; cependant je n'aperçois point de troubadour qui vienne émouvoir mon âme par des chants harmonieux et par les sublimes accents de la poésie. Tel a été mon plus vif plaisir depuis l'enfance, et l'empereur ne dédaigne pas ce qui fit les délices du chevalier. »

Et voilà qu'un troubadour, traversant le cercle des princes, s'avance, vêtu d'une robe traînante; ses cheveux brillent, argentés par de longues années. Dans les cordes dorées de sa lyre sommeille une douce harmonie : le troubadour célèbre les aventures, les exploits des guerriers; il chante tout ce qu'il y a de noble et de grand sur la terre, ce que l'âme désire, ce que rêve le coeur; mais quels chants seraient dignes d'un tel monarque, à sa fête la plus brillante!

« Je ne prescris rien au troubadour, répond Rodolphe en souriant; il appartient à un plus haut seigneur, à l'inspiration; tel que le vent de la tempête dont on ignore l'origine, tel que le torrent dont la source est cachée, le chant d'un poète jaillit des profondeurs de son âme, et réveille les nobles sentiments assoupis dans le fond des coeurs. »

Et le troubadour, saisissant sa lyre, prélude par de puissants accords : « Un noble chevalier s'en allait sur la montagne poursuivre le chamois fugitif; son écuyer le suivait, portant les armes de la chasse : au moment où le chevalier, monté sur son fier coursier, allait entrer dans une prairie, il entend de loin tinter une clochette... C'était un prêtre, précédé de son clerc, et portant le corps du Seigneur.

« Et le comte mit pied à terre, se découvrit humblement la tête et adora avec une foi pieuse le Sauveur de tous les hommes ; mais soudain il voit qu'un ruisseau qui traversait la prairie, grossi par les eaux du torrent, arrêtait les pas du prêtre ; que ce zélé pasteur, déposant sur une pierre l'hostie sainte enveloppée d'un linge sacré, s'empressait d'ôter sa chaussure afin de traverser le ruisseau.

« - Que faites-vous? s'écrie le comte avec surprise.

« - Seigneur, je cours chez un homme mourant, qui soupire après la nourriture céleste; la planche qui servait à passer le ruisseau vient de céder à la violence des vagues, mais il ne faut pas que le mourant perde l'espérance du salut, et je vais nu-pieds traverser le torrent. »

« Alors le puissant comte le fait monter sur son beau cheval et lui présente la bride éclatante. Ainsi le prêtre pourra consoler le mourant qui l'attend, et ne manquera pas à son devoir sacré; et le chevalier poursuit sa chasse, monté sur le cheval de son écuyer, tandis que le ministre des autels achève son voyage. Le lendemain matin il vient exprimer au comte sa reconnaissance, en lui ramenant le cheval, qu'il tient modestement en laisse.

« - Que Dieu me garde, s'écrie le comte avec humilité, de reprendre jamais, pour le combat ou pour la chasse, un cheval qui a porté mon Créateur! Si vous ne pouvez le garder vous-même, qu'il soit consacré au service divin; car je l'ai donné à Celui de qui je tiens l'honneur, la vie, les biens et l'âme.

« - Eh bien! que puisse Dieu, le protecteur de tous, qui écoute la prière du faible, vous honorer dans ce monde et dans l'autre comme aujourd'hui vous l'honorez. Vous êtes un puissant comte, célèbre par vos exploits dans la Suisse. Six aimables filles fleurissent autour de vous. Puissent-elles, ajouta-
t-il avec inspiration, rapporter dans votre maison six couronnes, et perpétuer votre lignée! »

Et l'empereur, assis, semblait se reporter à des temps déjà loin... Tout à coup il fixe attentivement les yeux sur le troubadour, reconnaît en lui le prêtre et cache ses larmes avec son manteau de pourpre. Tous les yeux se portent sur le prince, et chacun bénit les décrets de la Providence. » (Schiller, Poésies).

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Dictionnaire biographique
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