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C'est un chevalier
de la maison des comtes de Champagne ,
originaire de Payns, et que les historiens appellent souvent Hugues de
Payens, qui organisa, avec Geoffroy de St Adhémar et sept compagnons,
les premiers templiers. Ils étaient soumis à la même
règle que les chanoines
de Saint-Augustin ,
habitaient dans là partie du palais du roi de Jérusalem
qui attenait au temple de Salomon
et avaient pour fonction spéciale de veiller à la sécurité
des chemins qui conduisaient de Jérusalem à la Côte
de Syrie (1119). Ils s'appelèrent
d'abord chevaliers du Christ (Christi Milites), puis templiers (milicia
Templi). Leur nombre augmenta rapidement, et le concile
de Troyes, à l'instigation de saint
Bernard, leur donna une règle en soixante-cinq articles, imitée
de celle des Cisterciens (1128),
et traduite en français au XIIIe
siècle, avec de nouvelles augmentations.
L'ordre des Templiers
se répandit dans les Pays-Bas
vers 1129.
Deux ans après, Alphonse, roi
d'Aragon
et de Navarre, institua cet ordre héritier de ses États,
conjointement avec l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem; mais le testament
de ce prince ne fut pas exécuté. En 1136,
Roger III, comte de Foix ,
établit les Templiers dans le Languedoc .
Vers cette époque, les Templiers étaient déjà
devenus assez puissants pour lever des armées et équiper
des flottes. Ils vinrent mettre le siège devant Lisbonne ;
mais ils échouèrent dans cette expédition. En 1146,
ils, prirent part pendant dix ans à la lutte qui opposait en Espagne
les Chrétiens et les Maures. En
1147
ils tinrent à Paris
une assemblée générale, à laquelle assistèrent
Louis
VII et le pape Eugène III.
Comme tous les ordres religieux, les templiers
ne tardèrent pas a acquérir de vastes possessions territoriales.
En 1179, le concile de Latran demandait
que les templiers abandonnassent tous les biens qu'ils avaient acquis pendant
les dix années précédentes. Philippe-Auguste
leur légua plus de 50 000 marcs (1222).
A la fin du XIIe
siècle, les templiers étaient au nombre de trois
cents, sans compter les « frères servants », à
Jérusalem .
Au milieu du XIIIe
siècle, le chroniqueur Matthieu de Paris
évaluait leurs biens à 9000 châteaux
et manoirs Le nombre total des templiers était évalué
à 15 000 à la fin du XIIIe
siècle.
Organisation
de l'ordre
L'ordre du Temple avait une organisation
à la fois monastique et féodale. A sa tête se trouvait
un grand maître (magister milicie Templi),
qui avait le rang de prince. Le sénéchal avait dans
ses attributions la juridiction et l'administration
des biens temporels. Le maréchal était chargé des
affaires militaires et de l'intendance pendant les guerres. Venaient ensuite
les précepteurs (commandeurs), ou grands, prieurs; des visiteurs,
et au-dessous de ces officiers étaient placés le drapier,
préposé aux équipements, le gonfalonnier, le turcoplier,
chef des troupes indigènes employées par l'ordre, l'aumônier,
etc. Lorsqu'un chevalier se présentait pour être reçu
dans cet ordre, le chef du chapitre lui adressait l'allocution suivante
:
«
Vous allez prendre de grands engagements. Vous serez exposé à
beau coup de peines et de dangers. Il vous faudra veiller quand vous voudriez
dormir, supporter la fatigue quand vous voudriez vous reposer; souffrir
la soif et la faim quand vous voudriez boire et manger; passer dans un
pays quand vous voudriez rester dans un autre. Vous y soumettez vous?-»
Le postulant prononçait
ensuite les trois voeux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance.
Le
costume des templiers était le manteau blanc avec croix rouge, pour
les chevaliers, et le manteau brun ou noir, pour les servants. L'étendard
de bataille, mi-parti blanc et noir, était appelé
Beauséant
(ou Beaucéant) et portait la devise :
Non
nobis, Domine, non nobis, sed nomini tu da gloriam.
(C'est
non pas à nous, Seigneur, non pas à nous,
mais
à ton nom que tu dois rapporter la gloire de nos actions).
Peu de temps après
leur institution, saint Bernard leur rendait le témoignage suivant
:
«
Ils vivent sans avoir rien en propre, pas même leur volonté;
vêtus simplement et couverts de poussière, ils ont le visage
brûlé des ardeurs du soleil, le regard fier et sévère.
A l'approche du combat, ils s'arment de foi au dedans et de fer au dehors;
leurs armes sont leur unique parure. »
L'ordre du Temple tout
entier se divisait en plusieurs langues ou nations, les possessions territoriales
en plusieurs provinces, correspondant aux principaux pays ou régions,
dont trois en Palestine (Jérusalem ,
Tripoli ,
Antioche ),
et les autres en Europe (France ,
Angleterre ,
Poitou ,
Aragon ,
Portugal ,
Pouille, Hongrie ),
avec un commandeur (preceptor), à la tête de chacune
d'elles. Ces provinces, à leur tour, se subdivisaient en grands
prieurés, prieurés et commanderies. Les templiers, appelés
« frères » comme les moines, se composaient de chevaliers
(milites) et de servants, beaucoup plus nombreux et
formant probablement les neuf dixièmes de l'ordre. Les affaires
étaient discutées dans des assemblées ou chapitres,
à la pluralité des voix. L'ordre ne relevait que du pape
et était exempt de toutes taxes. Quoique soumis aux voeux monastiques,
les templiers pouvaient posséder des terres et avoir des vassaux,
mais la règle primitive leur interdisait la chasse, sauf celle du
lion.
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Les Grands-maîtres
Voici
la liste des 22 grands-maîtres de l'ordre
du
Temple, qui furent presque tous Français :
| Hugues
de Payens, fondateur de l'ordre, |
mort
en 1136 |
| Robert
le Bourguignon |
1147
|
| Évrard
des Barres |
1149
|
| Bernard
de Dramelei ou de Tramelai |
1153
|
| Bertrand
de Blanquefort |
1168
|
Philippe
de Naplouse |
1171
|
| Odon
de Saint-Amand |
1179
|
| Arnaud
de Torage |
1184
|
| Terric,
Thierry ou Térence |
1188
|
| Gérard
de Riderfort ou de Redafort |
1191
|
| Robert
de Sablé |
1196
|
| Gilbert
Horsl ou Eral |
1201
|
| Philippe
du Plessiez |
1217
|
| Guillaume
de Chartres |
1219
|
| Pierre
de Montaigu |
1233
|
| Armand
de Périgord ou de Peyragos |
1217
|
| Guillaume
de Souac ou de Senai |
1250
|
| Renauld
de Vichiers |
1236
|
| Thomas
Beraut |
1273
|
| Guillaume
ou Guichard de Beaujeu |
1291
|
| Le
moine Gaudini |
1298
|
| Jacques
de Molay |
1314
|
|
Les vastes possessions acquises par les
templiers dans les différents pays de l'Europe, au XIIe
et surtout au XIIIe
siècle, leur donnèrent une influence d'un autre
genre. Ils devinrent les trésoriers et les banquiers des rois, des
princes, des bourgeois et des clercs, qui mirent en dépôt,
dans leurs châteaux
inexpugnables, leurs objets précieux, leurs archives, les étalons
des poids et mesures, etc. Les templiers de Paris
avaient la garde du trésor royal dès le règne de saint
Louis (Louis IX). Ce n'est que vers
1290
que
Philippe le Bel
créa un autre trésor royal au palais du Louvre .
Les templiers se chargèrent des opérations de banque les
plus compliquées : constitutions de rentes et pensions, consignations,
cautions, avances de fonds, prêts sur gages, envois d'argent d'un
pays à un autre, encaissements, levées de taxes, gérance
de dépôts des particuliers, etc. Ils furent les émules
des Juifs à la même époque ( La
Diaspora juive) et les précurseurs des grandes sociétés
financières de l'Italie. D'innombrables chartes attestent toutes
ces opérations et on a même conservé un fragment de
journal de caisse de 1295 (ms. de la
Bibliothèque nationale, latin 9048), qui dévoile tous lés
rouages d'une comptabilité déjà pourvue de ses «
grand livre », « petit livre », registres de doit
et avoir, etc.
Chacune des maisons possédées
par l'ordre portait le nom de Temple. Celui de Paris
était le plus important. Les églises des templiers étaient
généralement rondes comme à Paris ,
Londres ,
Cambridge ,
Ségovie, et, dans de petites villes de France, à Montmorillon ,
Laon
et Metz ,
en souvenir de l'église du Saint-Sépulcre de Jérusalem .
Le nombre sacré trois ( Trinité )
et ses multiples se rencontrent dans le nombre des piliers, des travées,
des intervalles des murs, etc. Les chevaliers ne recevaient l'ordination
définitive qu'après neuf années. Les châteaux
forts
construits par les templiers avaient toujours un donjon
carré avec tourelles aux quatre coins, comme au Temple de Paris.
Ceux de la Palestine étaient le fameux château du Krak
(Hisn al-Akrad) et ceux d'Antarsous ou Tortose, Areymeh, Safita, Toron,
Athlit, etc.
Vers
la déchéance
L'ordre du Temple joua un rôle considérable
dans toutes les croisades. On
les trouva en Syrie, où ils soutenaient Louis
le Jeune; en Palestine, où ils défendirent Gaza contre
Saladin
en 1170,
et se distingueront ensuite constamment, dans les victoires comme dans
les défaites, à Tibériade ou Hattin (1187),
au siège de Damiette, en 1219,
encore à Gaza (1244),
à Mansourah (1250), à
Saint-Jean-d'Acre
(1291), etc. Les Sarrasins redoutaient
tellement les templiers que Saladin, après la bataille de Tibériade,
fit mettre à mort tous ceux de ses prisonniers
qui appartenaient aux, deux ordres militaires religieux.
Richard
Coeur de Lion leur avait cédé l'île de Chypre,
en 1191;
mais ils la restituèrent bientôt à ce prince.
En Europe, les templiers remplissaient
souvent les plus hautes fonctions auprès des rois. Mais l'esprit
d'indépendance et l'orgueil des membres de l'ordre du Temple leur
attirèrent de bonne heure la haine de beaucoup d'autorités
ecclésiastiques et civiles comme le patriarche de Jérusalem ,
auquel ils refusèrent de se soumettre, l'empereur Frédéric
ll, qui les, expulsa temporairement de la Sicile (1229),
et même le pape Urbain IV, auquel ils refusèrent de marcher
contre Manfred (1264). L'opinion publique
les accusa d'avoir été trop âpres au butin d'Ascalon
(1152), d'avoir empêché
un sultan de se convertir (1172), et
enfin d'avoir trahi Frédéric II (1229)
et saint Louis (1250).
Les querelles des Templiers avec les Hospitaliers
achevèrent de discréditer l'ordre du Temple. Lors
de l'expédition de Louis IX
en Palestine, les querelles des Templiers avec les religieux de Saint-Jean
de Jérusalem ne contribuèrent pas peu à l'insuccès
de la croisade. Les haines s'envenimèrent à tel point que,
dans la guerre qui survint entre les Génois et les Pisans, on vit
ces deux ordres se jeter dans les camps opposés. En 1259,
ils se livrèrent une bataille tellement sanglante qu'un seul des
Templiers impliqués survécut.
Les Templiers de
France réparèrent difficilement ce désastre; une nouvelle
armée de Templiers se maintint cependant en Palestine. On trouve
les Templiers en lutte tour à tour avec Bohémond VII, prince
d'Antioche ,
en 1274;
Hugues III, roi de Chypre, en 1283;
et Alphonse, roi de Portugal .
En 1279,
les Templiers avaient perdu pied à pied presque toute la Palestine;
il ne leur restait plus que Sidon ;
les Français étaient eux-mêmes réduits à
la possession de Tyr ,
Beyrouth
et Acre ,
Dans cette situation, les Templiers demandèrent la paix et n'obtinrent
qu'une trêve de deux ans. En 1291,
les Templiers et les Français n'occupaient plais que la ville d'Acre,
qui dut capituler après une résistance héroïque.
Le grand-maître et dix chevaliers, qui avaient seuls survécu,
s'embarquèrent pour l'île de Chypre, où ils s'établirent,
sous la protection de l'Angleterre. Cependant, en 1299,
sous Jacques de Molay, les Templiers, unis aux
Hospitaliers
de Saint-Jean de Jérusalem ,
profitèrent d'une invasion des
Mongols
( Houlagou
et l'Ilkhânat de Perse )
pour retourner en Palestine et reprendre Jérusalem. Ils ne purent
s'y maintenir, malgré leur alliance avec le khan
des Mongols.
Les Templiers allaient
être victimes de l'avarice de
Philippe
le Bel, qui méditait depuis longtemps de s'emparer des richesses
des Templiers. Et ils étaient devenus d'ailleurs dangereux tant
pour la royauté que pour la papauté, depuis la fin
des croisades, virent ces deux pouvoirs
se liguer contre eux au commencement du XIVe
siècle. On essaya d'abord de fondre ensemble les deux
ordres religieux militaires, les Hospitaliers
et les Templiers; projet auquel s'opposa Jacques de
Molay, grand maître de l'ordre du Temple (1306).
Pierre Dubois, auteur du De recuperatione terrae sanctae, propose
de les obliger à résider en Palestine, d'affermer tous leurs
biens territoriaux et de faire de leurs commanderies et prieurés
de véritables écoles coloniales, destinées à
l'enseignement des sciences, des arts et des langues orientales.
Guillaume de Nogaret fut le véritable
instigateur de la perte des Templiers. Le pape Clément
V fut obligé d'acquiescer à la volonté du roi
de France. On accumula contre les templiers une foule de griefs bizarres
ou odieux, parmi lesquels l'accusation d'héresie
dominait tous les autres. On les accusera ainsi en particulier de
renier Jésus-Christ
à leur réception dans l'ordre, et d'adorer une idole du nom
de Baphomet
et de s'adonner entre eux à à la sodomie. Tandis
que le complot se tramait, Philippe le Bel
flatta le grand-maître et augmenta même ses privilèges
pour ne pas exciter sa méfiance. Puis, quand il jugea le moment
favorable, il fit arrêter, le 13 octobre 1307,
Jacques
de Molay et 140 Templiers, qui résidaient à Paris ;
on arrêta aussi en même temps ceux qui se trouvaient dans les
diverses provinces, sans aucune procédure préalable (Philippe
le Bel s'était seulement assuré d'avance l'assentiment
de l'Université).
L'inquisiteur de France, Guillaume de Paris ,
dirigea l'instruction du procès. Un usage étendu de la torture
et de la réclusion arracha, à la fantaisie des juges, tous
les aveux possibles aux malheureux chevaliers. La plupart déclarèrent
plus tard qu'ils avaient dit «-ce que
voulaient les bourreaux ». Les plus courageux des templiers se rétractèrent
ensuite cinquante-quatre furent brûlés, comme relaps, près
de la porte Saint-Antoine
à Paris (1310), et neuf autres
à Senlis .
La condamnation individuelle des templiers était dévolue
aux tribunaux épiscopaux. Le pape, se fondant
sur ce que l'ordre des Templiers était dangereux pour la chrétienté,
l'abolit solennellement pendant le concile de Vienne
(en Dauphiné )
qu'il avait spécialement convoqué. Le grand maître
Jacques
de Molay, et le précepteur de la province de Normandie ,
Geoffroi de Charnai, qui avaient fait des aveux et avaient été
condamnés à la détention perpétuelle, se rétractèrent
à leur tour et furent brûlés dans l'Île-aux-Juifs,
à l'extrémité de la Cité, à Paris (18
mars 1314).
-
L'extrémité
occidentale de l'île de la Cité
(actuel square du Vert-Galant), où furent brûlés
les
Templiers de Paris, en 1314. Une plaque rappelle le martyre de Jacques
de Molay.
©
Photo : Serge Jodra, 2010.
Comme Clément
V mourut un mois après, Guillaume de Nogaret, vers la même
époque, et Philippe
le Bel, six mois plus tard, on attribua leur mort aux dernières
paroles prononcées par Jacques de Molay,
qui les avait tous assignés "devant le tribunal de Dieu ".
Les biens de l'ordre du Temple furent confisqués et, en général,
réunis à ceux de l'ordre des Hospitaliers.
Ils furent poursuivis en Lombardie, en Toscane, en
Aragon, où ils firent une longue résistance, mais ce n'est
qu'en France que les templiers furent traités avec une pareille
sévérité. En Angleterre, ils furent déclarés
innocents, expropriés, mais indemnisés. En Allemagne et en
Catalogne, il y eut une, résistance armée de la part des
templiers, retranchés dans leurs châteaux forts .
En Castille ,
après quelques expropriations, ils furent également absous
et réunis aux chevaliers de Santiago et de Calatrava .
A ce dernier fut d'ailleurs adjoint un ordre spécial, destiné
à accueillir les anciens templiers et qui fut dépositaire
de leurs biens : l'ordre militaire de Montesa.
Le roi de Portugal
Denis Ier, les conserva, de son côté,
sous le nom de milice de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Ce fut l'origine
de l'ordre du Christ.
Contrairement, par exemple, à l'Ordre
de Malte ,
héritier de celui des Hospitaliers de Saint-Jean, et dont la structure
existe toujours aujourd'hui, les ordres de Montesa et du Christ n'ont plus
eu à partir du XXe
siècle qu'une existence virtuelle, comme titres honorifiques.
Le fantasme d'une survivance du Temple et de son supposé trésor,
lui, ne s'est pas effacé. On a ainsi prétendu à
partir du XIXe
siècle qu'il s'était conservé dans l'ombre
comme un simulacre de l'ordre du Temple, qui avait gardé le même
nom, mais qui, réduit à des séances secrètes,
avait dégénéré en une secte mystique. Certaines
obédiences maçonniques ont même prétendu se
rattacher à cette secte. Il y a là beaucoup de folklore.
( E.-D. Grand. / M. Barroux / H. Vast./
H. Gourdon de Genouillac. / A.-M. B. / B. / H. G.). |