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Blois
Blois (Blesense castrum, Blesensis urbs, Blesa) est une ville de France, dans le département du Loir-et-Cher, sur la rive droite de la Loire; 50 000 habitants (2010). Les origines de Blois remontent à une haute antiquité. On est assuré que son territoire était, à l'époque gauloise, occupé par une tribu nombreuse des Celtes, et plus exactement des Carnutes, peuplade puissante dont les limites s'étendaient bien au delà de sa ville principale, Chartres, et confinaient à la région dont Bourges était le centre. Ces lointaines origines sont attestées par de nombreux monuments celtes dont le sol nous a conservé des fragments, tels que routes, tombelles, médailles, etc. Le nom même de Blois serait celtique au dire de certains historiens qui le font venir du mot bleiz, gardé dans la langue bretonne et signifiant loup. Le voisinage des forêts, encore existantes, de Blois, de Boulogne et de Russy, donne une vraisemblance à cette étymologie.
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Blois.
Blois et la Loire. Ci-dessous : les jardins de l'Evêché, au premier plan, le pont sur la Loire
et, au fond, le quartier de Vienne.
Blois.

La première mention historique de Blois ne se rencontre cependant qu'au VIe siècle, dans Grégoire de Tours, qui n'en parle même qu'incidemment, mais nous avons la preuve qu'à l'époque mérovingienne il existait à Blois un atelier monétaire; les monnaies d'or qui y furent frappées représentaient, au droit, une croix, et en légende : Bleso castro; le revers portait une tête et le nom d'un officier de l'atelier. Il nous faut arriver ensuite au IXe siècle; c'est l'époque des invasions normandes (Les Vikings) et elles n'épargnèrent pas Blois, dont la plupart des maisons furent détruites en 854. 

Château de Blois
Château de Blois (façade principale, aile Louis XII).

Château de Blois.
Château de Blois.
Statue de Louis XII (façade méridionale).
Ornementations de l'aile orientale, côté cour.

Déjà cependant une forteresse s'élevait là où nous voyons aujourd'hui le château; les moines de l'abbaye de Corbion (dans le Perche) vinrent y chercher un refuge et un abri pour les reliques de saint Laumer qui, depuis, ne quittèrent plus la ville. Le pays appartenait alors à la puissante famille des comtes de Paris, qui, plus tard, devinrent rois de France avec Hugues Capet; cependant il ne passa pas dans le domaine royal en 987, car, dès 924, il était entre les mains du célèbre comte Thibaut le Tricheur; c'est en cette année que fut écrite la plus ancienne charte relative à Blois dont nous ayons conservé le texte : celle par laquelle le roi Raoul concéda aux moines de Saint-Laumer l'église de Saint-Lubin et le faubourg du Foix.

Avec les comtes de Champagne, successeurs de Thibaut le Tricheur, Blois devint le chef-lieu d'un comté et entra dans le régime féodal. Il nous est resté un très grand nombre d'actes du temps de la domination des comtes : en 1196, le comte Louis accorda quelques privilèges aux habitants de la ville, notamment l'affranchissement des serfs et la conversion en un droit fixe de cinq sols par maison, dit droit de festage, de la taille arbitraire que ses prédécesseurs avaient jusque-là perçue. Il est probable que la commune de Blois fut constituée par le même comte, bien que l'acte de 1196 ne le spécifie pas, mais on peut l'inférer de ce que la charte d'affranchissement de Romorantin, identique, sauf sur ce point, à celle de Blois et datée également de 1196, autorise les bourgeois à élire chaque année douze d'entre eux pour administrer les affaires de la ville. 
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On retrouve plus tard, pour Blois, ces douze conseillers et l'administration de quatre élus ou échevins qui subsista pendant tout le Moyen âge. En 1230, le comté de Blois entra dans la maison de ChâtilIon par le mariage de Hugues de Châtillon avec Marie, fille de Gautier d'Avesnes et petite-fille par sa mère de Thibaut le Bon. Les comtes de cette nouvelle dynastie résidèrent plus volontiers à Blois que ne l'avaient fait leurs prédécesseurs; ils firent reconstruire le château dont les parties les plus anciennes, aujourd'hui subsistantes, datent du XIIIe siècle; ils battirent monnaie dans cette ville jusqu'en 1328, époque où Philippe VI acquit leur droit de monnayage, et l'on voyait encore dans les premières décennies du XXe siècle de leur ancien hôtel des monnaies une tour désignée sous le nom de Tour d'argent.
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Tour d'Argent, à Blois
Escalier du château de Blois.
L'ancienne Tour d'Argent. Elle a été
détruite à la suite d'un incendie, en 1940.
L'escalier du château de Blois. Octogonal, à jour, dans une tourelle splendide.

La guerre de Cent ans fit connaître de tristes jours à la région blésoise. Pendant que l'armée de Jean le Bon s'avançait sur la rive droite de la Loire, les Anglais, sous la conduite du prince de Galles, dévastaient l'autre rive (1356) et atteignaient le faubourg de Vienne; on sait l'issue de cette campagne à Poitiers. Après la défaite des Français, les troupes anglaises restèrent longtemps en garnison à Blois et aux environs, où elles exercèrent de grands ravages. Quelque temps après, le comte Guy de Châtillon, ruiné par ces guerres, se décida, en 1397, à vendre son comté au duc Louis d'Orléans. Froissart a raconté les détails de cette négociation. qui ne se fit pas sans difficultés; car les négociateurs n'y réussirent qu'en circonvenant la femme du comte, Marie de Namur

« [...] Donc se retournèrent les seigneurs à la comtesse de Bloys et luy dirent tant de paroles colorées et comment au tems à venir ce serait une poure femme et que bien mieux lui valoit qu'elle demeurast une dame riche et puissante, garnie d'or et d'argent et de beaux joyaulx que toute nue et poure, car elle estoit trop bien tailliée pour ne pas survivre au comte son mary, et que c'estoit son advantage qu'elle conseillast au comte son mary que ceste marchandise se fist. La comtesse qui estoit une femme convoiteuse s'inclina à ceste idée et procura le tout avecques ung varlet de chambre du comte; ce varlet appellé Sohier avait tellement surmonté le comte que tout se faisait par luy. Ainsy le comte Guy de Blois, mon seigneur et mon maistre, comme mal conseillié par sa femme et son varlet, fit ce poure marché. Or, après la conclusion de ceste affaire, le Roi et les seigneurs prirent congié du conte Guy et s'en retournèrent en France. » 
La vente avait eu lieu au prix de 200 000 francs d'or. En dépit d'un marché si avantageux et qu'il avait tant désiré, Louis d'Orléans n'habita guère Blois, s'il y habita jamais; sa lutte avec le duc de Bourgogne le retenait ailleurs. Après son assassinat en 1407, sa veuve Valentine de Milan vint y cacher sa douleur, et les murailles du château furent recouvertes de tentures noires ou se lisait la célèbre devise : 
« Riens ne m'est plus; plus ne m'est riens. » 
Elle mourut dans cette ville l'année suivante. En 1429, l'invasion anglaise vint encore désoler les rives de la Loire; Blois fut épargnée, mais devint le quartier général des troupes françaises qui allaient marcher à la délivrance d'Orléans. Jeanne d'Arc y arriva au mois d'avril et c'est là, dans l'église Saint-Sauveur, qu'elle fit bénir son étendard par l'archevêque de Reims, Renaud de Chartres; elle en partit le 28 avril. Blois connut des jours heureux lorsqu'en 1440, Charles d'Orléans, fils de Louis, vint y fixer sa résidence après la longue captivité que, depuis Azincourt, il subissait en Angleterre. Il n'est pas douteux que la plupart de ses gracieux rondeaux furent écrits au château de Blois. Dans ce même château naquit, en 1462, un fils de Charles, qui fut appelé Louis et qui devait être un jour Louis XII. Ce fut là, pour Blois, un autre événement favorable, car Louis XII, tant qu'il fut duc d'Orléans, puis quand il devint roi de France, témoigna souvent de sa sollicitude pour sa ville natale. 
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Rue Denis-Papin, à Blois.
Rue du Vieux Blois.
La rue Denis-Papin..
Une rue du vieux Blois.

Nous dirons plus loin tout ce qu'il fit pour le château il faut noter ici la concession de divers privilèges qu'il accorda aux habitants de Blois, parmi lesquels celui de 

« mettre une fleur de lys d'or aux armoiries de la dite ville, entre le loup et le porc-épic-». 
Cet acte, qui est de l'an 1412, est, croyons-nous, la plus ancienne mention que l'on rencontre du blason de la ville. La fleur de lys et le porc-épic sont les emblèmes connus des ducs d'Orléans; quant au loup, nous n'en trouvons d'autre signification que dans le souvenir de l'étymologie  indiquée au commencement, du nom de Blois, la forme celtique bleiz ayant pu se perpétuer pendant le Moyen âge dans le dialecte de la région. Les armes actuelles de Blois ont conservé les mêmes symboles : en voici la description, telle que nous la fournissent les lettres patentes de Louis XVIII datées du 8 mars 1817 : d'argent, à un écusson en abîme, d'azur, chargé d'une fleur de lys d'or, accosté à dextre d'un porc-épic, à senestre d'un loup de sable contrerampants et accolés, d'or.

Armoiries
de Blois.

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Le Comté de Blois

Le comté de Blois a dû son importance moins à l'étendue ou à la richesse des fiefs qui le composaient, qu'à la situation de ceux qui l'ont possédé pendant le Moyen âge. Il a été en effet successivement entre les mains de familles très considérables : celle des ducs de France, d'abord, d'où est sortie la dynastie Capétienne, puis celles des comtes de Champagne, de la maison de Châtillon, d'Alençon et enfin des ducs d'Orléans. Le plus ancien comte de Blois dont l'histoire nous ait transmis le nom s'appelait Guillaume; il mourut en 834. Son fils Eudes lui succéda, qui mourut sans postérité en 865. Le comté fit alors partie du duché de France, probablement par voie de conquête. Au Xe siècle, Thibaut, surnommé le Tricheur, qui était déjà vicomte de Tours, s'en empara et se fit donner le titre de comte. Il mourut vers 978 et eut pour successeur son fils Eudes, mort en 995. Ce dernier laissa le comté à son fils Thibaut Il qui mourut vers 1004, en revenant d'un pèlerinage à Rome. Eudes Il, dit le Champenois, son frère, lui succéda; c'est lui qui adjoignit à ses biens les comtés de Troyes et de Meaux, et c'est ainsi que le comté de Blois se trouva par la suite appartenir aux comtes de Champagne. Eudes mourut en 1037 et eut pour successeur son fils, Thibaut III qui, à sa mort en 1089, laissa les comtés de Blois, Chartres et Meaux à son fils aîné Etienne-Henri. Ce dernier étant mort à la croisade, en 1102, sa veuve, Adélaïde de Normandie, fille de Guillaume le Conquérant, administra le comté comme tutrice de ses enfants, Guillaume et Thibault. Ce fut ce dernier qui eut le comté de Blois; il est connu dans l'histoire sous le nom de Thibaut le Grand, par ses luttes avec Louis le Jeune pour la possession de la Champagne. Il mourut en 1152. Le comté appartient ensuite à Thibaut V, dit le Bon, mort en 1191 au siège d'Aire; à Louis, son fils, tué à la bataille d'Andrinople le 12 avril 1205, puis à Thibaut VI, dit le Jeune, son fils, qui mourut en 1248 sans enfants.

Ses domaines furent alors partagés entre ses deux tantes paternelles, et le comté de Blois échut à Marguerite qui le fit passer dans la maison d'Avesnes en se mariant
(pour la troisième fois) avec Gautier d'Avesnes. Celui-ci mourut à Damiette en 1249. Sa fille, Marie, avait épousé en 1225 Hugues de Châtillon, et quand elle mourut en 1241, Jean de Châtillon, né de ce mariage, devint comte de Blois et de Chartres. Il fonda l'abbaye de la Guiche, à trois lieues de Blois et voulut qu'elle devint le lieu de sépulture des comtes, ses successeurs. Il y fut inhumé le premier en 1279. Jean de Châtillon ne laissait qu'une fille, Jeanne, qui avait épousé en 1272 Pierre d'Alençon, second fils de saint Louis, et qui fit ainsi passer le comté de Blois à la maison d'Alençon. Pierre mourut en 1282 et sa veuve Jeanne lui succéda. En 1288, elle vendit le comté de Chartres au roi, et à sa mort, en 1292, le comté de Blois appartint à son cousin Hugues de Châtillon, comte de Saint-Paul. Celui-ci mourut en 1307 et eut pour héritier son fils Guy, qui céda à Philippe VI son droit de battre monnaie, prit part au commencement de la guerre de Cent ans et mourut en 1342. Son fils Louis Ier lui succéda, mais pour peu d'années, car il fut tué à Crécy, en 1346. Il laissait trois fils qui jouirent successivement du comté de Blois. Louis II, mort en 1372, Jean II, mort en 1384, et enfin Guy II. Nous avons dit plus haut comment ce dernier comte se décida à vendre ses comtés de Blois et de Dunois à Louis de France, duc d'Orléans, frère du roi Charles V. Il s'en était réservé l'usufruit jusqu'à sa mort qui survint le 22 décembre 1397. Louis d'Orléans mourut en 1407, assassiné rue Barbette; sa veuve, Valentine de Milan, se retira à Blois où elle mourut l'année suivante, le 4 décembre 1408. Le comté appartint alors à son fils Charles d'Orléans. A son retour de captivité en Angleterre, il vint habiter Blois et y mourut en 1465. Son fils, Louis Il d'Orléans, né à Blois le 21 juin 1462, hérita du comté, et le réunit à la couronne quand il devint roi de France sous le nom de Louis XII, en 1498.

Au XVIIe siècle le comté de Blois redevint momentanément la propriété de la maison d'Orléans; il fut constitué en apanage pour le frère de Louis XIII, Gaston d'Orléans; à la mort de ce dernier, il fut définitivement réuni au domaine royal, en 1660. 

Reprenons l'ordre chronologique des événements principaux dont Blois a été le théâtre. Anne de Bretagne y mourut, dans les bâtiments neufs du château construits par Louis XII, le 9 janvier 1514. La mort de ce roi, qui survint un an après, n'eut pas, heureusement, pour effet de mettre fin à la faveur que le hasard d'une naissance et le charme de sa situation avaient value à la ville; bien au contraire, car sous les Valois, Blois demeura le séjour presque constant et pour ainsi dire officiel de la cour.
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Tour Beauvoir, à Blois
Escalier Saint-Martin, à Blois.
Le donjon Beauvoir (XIIe s.)
L'escalier Saint-Martin.

On sait que les habitants de la vallée de la Loire furent de ceux qui accueillirent la Réforme avec le plus d'empressement (La Renaissance). Dès 1530, Blois comptait des luthériens, dont le nombre ne fit que s'augmenter chaque jour, et, vers 1556, un temple protestant y fut fondé par l'apôtre le plus fervent des nouvelles doctrines, Simon Brossier. Les Guerres de religion ne tardèrent pas à suivre et vinrent encore désoler le pays. A deux reprises, en 1562 et en 1567, Blois fut pillée par les troupes du prince de Condé et celles des Guise qui se disputaient sa possession. Moins de dix ans après, cependant, ces désastres durent être réparés car la ville put être choisie pour lieu de réunion des États généraux de 1576, et de nouveau elle reçut ceux de 1588, tristement célèbres par l'assassinat du duc de Guise et de son frère le cardinal. Après cet attentat, Henri III quitta Blois pour n'y plus revenir, et dès lors la ville perdit toute importance politique. Pendant le XVIIe siècle, ses annales n'offrent guère d'intérêt. Marie de Médicis fut exilée au château de Blois en 1617, après la mort de Concini; elle y resta deux ans, entourée d'espions et presque prisonnière de son fils; dans la nuit du 20 février 1619 elle réussit à s'évader en descendant par une échelle de corde dans les fossés du château. Quelques années plus tard, Louis XIIIdonnait en apanage à son frère Gaston le duché d'Orléans et les comtés de Blois et de Chartres. Ce fut Blois que le nouveau duc choisit comme résidence et il y resta jusqu'à sa mort en 1660. Cette résidence de plus de vingt années fut un bienfait pour les Blésois; ils n'eurent qu'à se louer de son administration.
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Les États généraux de Blois

A deux reprises, pendant le XVIe siècle, la ville de Blois a été le lieu de réunion des États généraux du royaume, en 1576 et en 1588. Les guerres religieuses et la misère publique qui en résultait nécessitèrent, dans les deux cas, la convocation de ces assemblées. En 1576, les députés se réunirent au nombre de 326 : 104 du clergé, 72 de la noblesse et 150 du tiers état. Cette affluence d'étrangers, tout à fait insolite à Blois, y causa un désarroi extrême et il paraît que les ambassadeurs des diverses nations furent forcés de demeurer à Saint-Dyé-sur-Loire, bourg distant de Blois de cinq lieues.

La salle où eurent lieu les séances est la belle salle du château connue dès lors sous le nom de salle des États et qui au XIIIe siècle était la grande salle de justice des comtes de Blois. Les députés du clergé occupaient les bancs placés an pied et à droite du trône; ceux de la noblesse siégeaient à gauche; les représentants du tiers se tenaient en arrière et debout. Le roi ouvrit la session, le 6 décembre, par un discours célèbre où il retraça la situation déplorable de la France, déchirée par les factions. Quelques jours après, les trois ordres votèrent séparément des résolutions ayant pour objet de réclamer la prépondérance de la religion catholique; puis le reste de la session, qui se termina le 1er mars 1577, fut consacré à la délibération des questions financières et à la rédaction des cahiers. C'est de ces travaux qu'est sortie l'Ordonnance de Blois, sur l'administration du royaume.

L'Ordonnance de Blois. - On désigne sous ce nom l'ordonnance générale en 363 articles, sur l'administration et la police du royaume, signée au mois de mai 1579 et enregistrée en janvier 1580 par le Parlement de Paris. C'est l'oeuvre du chancelier Hurault de Cheverny et elle est estimée comme l'un des plus considérables monuments de l'ancienne législation française. Son nom vient de ce qu'elle fut rédigée à l'aide des cahiers de doléances qu'avaient élaborés les États généraux réunis à Blois en 1576.
Après la journée des Barricades, Henri III s'était réfugié à Chartres. C'est de là qu'il convoqua à Blois; pour le 15 septembre, une nouvelle assemblée d'États généraux. Le roi y vint dès le 1er septembre. Mais la première séance n'eut lieu que le 16 octobre. Les députés étaient beaucoup plus nombreux qu'en 1576 le clergé en envoya 134, la noblesse : 180 et le tiers 191, au total 505. La session dura jus qu'au 17 janvier de l'année 1589; elle fut marquée par l'assassinat, au château même, du duc et du cardinal de Guise, les 23 et 24 décembre 1588. Le coup d'État par lequel Henri III espérait ressaisir le pouvoir et son royaume a retenu toute l'attention des historiens et laissé dans l'ombre les autres faits, peu importants d'ailleurs, qui s'accomplirent pendant la tenue des États. Avant de se séparer, les députés manifestèrent la ferme volonté de ne pas consentir de tailles supérieures à celles qui avaient été votées en 1576.

La révocation de l'édit de Nantes, en dépouillant et exilant les nombreuses familles de religionnaires (parmi lesquelles celle de Denis Papin) dont beaucoup appartenaient à la bourgeoisie, porta un coup terrible à la prospérité du pays. Le gouvernement de Louis XIV employa tous les moyens d'y remédier, et notamment, fit de Blois, en 1697, le chef-lieu d'un évêché : ce fut en vain, et les conversions achetées ou imposées par la force ne purent compenser la dépopulation. Il suffit de quelques mots pour rappeler les faits dont Blois a été le théâtre ensuite. La Révolution y fut acceptée avec enthousiasme et sans effusion de sang, grâce au célèbre abbé Grégoire, évêque constitutionnel du diocèse pendant les années 1791-1793. L'insurrection vendéenne jeta l'alarme dans la ville, et pour lui couper la retraite au Sud de la Loire, les Blésois n'hésitèrent pas à faire sauter une arche du pont. Ils refirent le même sacrifice en 1870, quand l'armée allemande vint camper sur la rive gauche, mais sans succès; un bombardement de quelques heures les força à capituler et à recevoir l'ennemi, qui occupa la ville jusqu'au mois de mars 1873. 

Ajoutons que Blois a vu naître plusieurs personnages célèbres, parmi lesquels Pierre de Blois, écrivain scolastique du XIIe siècle, Denis Papin que l'on vient de mentionner, Florimond de Beaune, géomètre du XVIIe siècle, le généalogiste Ange de Sainte Rosalie, les historiens Bernier, Pardessus, Augustin Thierry, de la Saussaye, Armand Baschet, l'inventeur François Charpentier,  l'illusionniste Robert-Houdin, etc.

Monuments.

La château.
Le château de Blois est un des édifices les plus intéressants de France, autant par les souvenirs historiques qui s'y rattachent que par ses bâtiments où l'architecture de cinq siècles successifs se trouve représentée. Nous avons dit plus haut à quelle époque reculée remontait l'existence du castrum Blesense; on n'a pas de documents aussi anciens sur celle d'un castellum, mais il n'est pas téméraire d'affirmer que les possesseurs de la terre, à l'époque carolingienne, durent avoir là une résidence fortifiée. Il est, de même, certain qu'au XIIIe siècle cet édifice avait fait place à un château féodal, à peu près analogue à tous ceux qu'a bâtis le Moyen âge. Quand on considère le château actuel, on n'y reconnaît tout d'abord que des constructions de la Renaissance et, à côté d'elles, un pavillon massif datant du XVIIe siècle, mais un examen attentif permet de distinguer d'importants restes de bâtiments antérieurs, épargnés, ou pour mieux dire, utilisés par les architectes de Louis XII et de François Ier, et grâce à ces vestiges, il devient possible de reconstituer la physionomie du manoir des anciens comtes de Blois. C'était un vaste quadrilatère qui couvrait toute la surface du plateau triangulaire, isolé par une tranchée faite de main d'homme, du reste de la colline. Une série de tours rondes flanquaient ses murailles; à l'extrémité occidentale, l'une d'elles, de proportions plus considérables, constituait le donjon; à l'angle Nord-Est, les bâtiments où le comte faisait rendre la justice, et dont nous avons conservé la salle principale dite aujourd'hui Salle des États; en face, la chapelle de Saint-Calais. L'édifice était assez important pour que Froissart, qui y vint plusieurs fois, ait pu le trouver

« bel, grand,  fort et plantureux, et des beaux du royaume de  France ».
Tel il était au XIVe siècle, tel il resta au siècle suivant; c'est à peine si Charles d'Orléans y fit faire quelques réparations et les travaux d'entretien indispensables. Dès son avènement au trône, Louis XII, qui était né dans le vieux manoir féodal, décida de le reconstruire. Les travaux furent commencés par la façade de l'est où se trouve l'entrée actuelle, au-dessus de laquelle la statue équestre du « Père du Peuple » avait été placée dès 1498; renversée par la Révolution, cette statue a été refaite sur le même dessin par Seurre. Le bâtiment construit par Louis XII ne consiste qu'en cette aile de l'est, qui forme un des petits côtés du quadrilatère; on ignore quel en fut l'architecte, mais les ressemblances de style sont frappantes avec le Palais de justice de Rouen, ou encore l'hôtel de Cluny à Paris, monuments où les archéologues s'accordent à reconnaître les caractères de la Renaissance française.
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Chateau de Blois
Le château de Blois, façade extérieure, dite François Ier.

Le style italien apparaît d'une façon presque évidente dans la partie de l'édifice construite par François Ier. Il ne serait pas impossible qu'elle fût l'oeuvre de l'architecte Dominique de Cortone, dit le Boccador, dont la présence à Blois est constatée entre 1520 et 1530. Quoi qu'il en soit, les deux façades dont elle se compose comptent parmi les plus remarquables modèles de l'architecture du XVIe siècle, et surtout celle de la cour intérieure, ou se trouve le célèbre escalier construit dans une tourelle à jour, chef-d'œuvre de légèreté et d'ornementation. On remarquera que la façade donnant sur la place Saint-Vincent n'est qu'un placage adossé aux murs du vieux château, que l'architecte eut le bon esprit de conserver. C'est dans cette partie du monument, - restaurée au XIXe siècle par Duban, peut-être avec plus de luxe et de dorures qu'il n'aurait convenu, - que les derniers Valois habitèrent; les salles prenant vue sur la cour servaient de salles de garde aux gens d'armes; les appartements royaux faisaient face à la place. 

C'est là, au second étage de cette aile, dite de François ler qu'eut lieu l'un des drames les plus pathétiques de l'histoire de France, nous voulons parler de l'assassinat du duc Henri de Guise. On en connaît les détails : Henri III avait décidé de faire mourir le duc, dont l'existence était une menace constante pour sa couronne et sa propre vie. Le jour du crime fut fixé au 23 décembre 1588. Dès quatre heures du matin, le roi apposta quarante-cinq de ses plus fidèles courtisans dans un escalier dérobé, qui est aujourd'hui complètement muré. Quand le duc arriva au Conseil, comme il en avait l'habitude, vers huit heures du matin, il fut informé que le roi l'appelait à son cabinet; c'est dans le trajet de la salle du Conseil à ce cabinet qu'il fut massacré. Le lendemain, le cardinal de Guise, frère du duc, était assassiné dans la tour dite de Châteaurenault. Cette tour, qui termine à l'Ouest l'aile de François Ier, est un des derniers vestiges du château féodal; on a prétendu, sans assez de preuves, qu'elle contenait des oubliettes; il suffit qu'elle ait pu servir de prison pour expliquer son maintien au milieu des élégantes constructions du XVIe siècle.

Quand Gaston d'Orléans, frère de Louis XIII, vint se fixer à Blois, il s'occupa aussitôt de reprendre les travaux du château, interrompus depuis près d'un siècle et en confia le soin à Mansart. Celui-ci conçut un plan qui consistait à renverser impitoyablement les deux ailes élevées par Louis XII et François Ier, pour bâtir à leur place un palais monumental, qui eût été assez semblable à celui de Versailles, construit par lui quelques années plus tard. Le temps et l'argent manquèrent, heureusement, à cette entreprise; le château du XVIe siècle est resté debout et Mansart n'y a ajouté qu'un pavillon, d'architecture massive, froide, non sans grandeur cependant, mais qui contraste trop avec les bâtiments si gracieux de la Renaissance pour ne pas leur sembler tout à fait inférieurs. Le quatrième côté du quadrilatère, celui qui regarde la Loire, n'a jamais été achevé; on y voit une tour datant du XIIIesiècle et dont Catherine de Médicis avait fait son observatoire astrologique, Uraniae sacrum, - et la chapelle, joli petit édifice du style flamboyant, restauré avec beaucoup de soin par Duban.

Après la Révolution, le château de Blois, devenu la propriété de la ville, fut laissé dans un état d'abandon déplorable. On en fit même, en 1833, une caserne d'infanterie, ce qui acheva de le dégrader complètement. La création de la Commission des monuments historiques, en 1841, le sauva de l'oubli et de la ruine; il n'était que temps; dès lors d'importants travaux de restauration y ont été entrepris. Rappelons qu'en 1861 la ville de Blois crut devoir se dessaisir de l'édifice et l'offrir au prince impérial; cette donation a été annulée au moment de la déchéance du second Empire. En 1870, au mois de juillet, le château de Blois fut le lieu de réunion de la Haute Cour de justice, constituée pour juger une vague conspiration contre l'Empire.

L'Église Saint-Nicolas.
La première église fut détruite par incendie en 1114. La reconstruction s'effectuera en deux grandes campagnes de travaux. La première campagne (1138-1186) vit la construction du chœur, du transept et de la première travée de la nef, suivant un plan typique des abbayes bénédictines : chapelles rayonnantes et vaste choeur  entouré d'un double deambulatorium avec le carré du transept- voûté en coupole, disposition assez rare au Nord de la Loire. Cette partie fut consacrée le 25 mai 1186, lors du transfert des reliques de Saint Laumer, en présence du comte de Blois. 
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L'église saint-Nicolas, à Blois
L'église saint-Nicolas, à Blois
L'église Saint-Nicolas, à Blois.

La deuxième campagne (début du XIIle ) vit la construction de la nef, inspirée de celle de la cathédrale de Chartres. Par la suite, l'édifice ne subit que des transformations de détail. En 1791, les bénédictins quittent l'abbaye. L'église prit alors le vocable de Saint Nicolas en souvenir d'une église voisine, détruite pendant la Révolution. Les flèches des tours ne datent que du XIXe siècle. Les bâtiments de l'abbaye furent  transformés en Hôtel-Dieu (ils sont occupés aujourd'hui par des services administratifs).
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Cathédrale de Blois
Eglise saint-Vincent de Paul, à Blois.
La cathédrale de Blois.
L'église saint-Vincent de Paul.

Les autres églises.
Les autres églises de Blois, Saint-Vincent (architecture des jésuites, XVIIe siècle); Saint-Saturnin, dans le faubourg de Vienne (XVIe siècle) et la cathédrale (en grande partie du XVIIe siècle, avec quelques parties plus anciennes) n'offrent pas un grand intérêt archéologique. 

L'Hôtel de Ville.
L'Hôtel de ville (1700), dans une situation admirable dominant la vallée de la Loire, occupe les bâtiments de l'ancien palais épiscopal, construit par l'architecte Jacques V Gabriel, (auquel on doit aussi le vieux pont de Blois), dans un style classique très sobre. On remarque sur le fronton, les armes de Mgr de Bertier, premier évêque du diocèse de Blois, créé par Louis XIV en 1697. On note également sur l'ancien bâtiment de l'Officialité (tribunal ecclésiastique), le cadran solaire avec la devise latine "L'heure passe, les oeuvres restent, pendant que nous avons le temps, employons-le à faire le bien". 
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Hôtel de Ville de Blois.
L'Hôtel de Ville de Blois (bâtiments de l'ancien évêché). Au fond, la cathédrale,
à droite l'ancienne Officialité, à gauche, les jardins en terrasse de l'évêché.

L'Hôtel de Jassaud.
Construit sous Louis XII sans doute pour Pierre Cottereau, maître des Eaux et Forêts du Comté de Blois, il porte le nom de Nicolas de Jassaud qui en fut le propriétaire au XVIIe siècle. Constitué de deux corps de logis, l'hôtel est desservi par un escalier dans l'angle gauche de la cour. Contrairement aux usages de l'époque, il n'est pas construit hors oeuvre et ne se distingue que par sa toiture en pavillon, surmontée d'un bel épi de faîtage du XVIe siècle. On remarque au dessus de la porte le bas-relief, orné de deux personnages énigmatiques qui passent pour être Jacob et Rachel. D'après la tradition; le Duc de Guise aurait passé sa dernière nuit dans cette maison, en compagnie de Madame de Noirmoutiers...
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Château de Blois.
Château de Blois.
Hôtel de Jassaud.
Cour de l'hôtel Sardini.

L'Hôtel Sardini.
L'Hôtel Sardini a probablement été construit vers 1510 par un notable de la cour de Louis XII, sans doute chevalier de l'ordre du camail. Il fut, à la fin du XVIe siècle, la demeure de Scipion sardini, banquier italien, qui a laissé son nom à cette maison. Déjà très marqué par les influences italiennes, son décor fastueux s'apparente d'assez près à celui de l'aile Louis XII du château, notamment sur le pilier de la galerie où l'on retrouve les panneaux à décor de candélabres et, sur le chapiteau, dauphins et cornes d'abondance. Remarquer le très beau porc-épic couronné, emblème de Louis XII. Démonté à la Révolution pour éviter les vandales, il a été retrouvé en 1975 par les actuels propriétaires, dans le mur de clôture où il avait été caché. Ceci explique son parfait état de conservation.

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Blois : hérisson de l'hôtel Sardini.
Blois : colonne de l'hôtel Sardini.
Hérisson couronné de l'hôtel Sardini.
Colonne scuptée.

La maison des Acrobates.
Très typique de son époque, la maison des Acrobates (fin du XVe siècle) est la plus belle des maisons à pans de bois de la ville. Sur les deux étages, à encorbellements, on remarque les consoles des avant-soliers sculptées de scènes et de personnages tirés des fabliaux ou farces du Moyen-âgejongleurs, acrobates, chevalier un genou en terre faisant la cour à une dame coiffée d'un hennin.
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Maison des Acrobates, à Blois.
Maison des Acrobates, à Blois.
Maison des Acrobates, à Blois.
la maison des Acrobates.

Les autres édifices civils.
Parmi les édifices civils, nous citerons la fontaine Louis XII ou Grandes fontaines, charmante construction de la fin du XVe siècle;  plusieurs hôtels historiques du temps de la Renaissance, parmi lesquels l'hôtel d'Alluye, bâti par Florimond Robertet, baron d'AIluye, ministre de Louis XII; les Bains de la reine (Anne de Bretagne), pavillon en bois, qui jadis était situé à l'extrémité des jardins du château et en est maintenant séparé par une avenue; l'hôtel de Denys du Pont, jurisconsulte du XVIe siècle; l'hôtel Hurault, l'hôtel Phelypeaux, etc. 
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Fontaine de Blois
Fontaine Louis XII.

Le vieux pont, bâti par Gabriel, au commencement du règne de Louis XV, a longtemps passé pour un modèle de constructions de ce genre et ses devis ont été, à ce titre, publiés dans le Traité de la police de Delamare ; c'est, en effet, un fort beau monument, en dos d'âne, de onze arches; il porte, sur l'arche centrale, une pyramide de forme bizarre, au-dessous de laquelle (sur le fleuve), le célèbre Coustou a sculpté de jolis tritons. (F. Bournon).
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Blois : vieux pont sur la Loire.
Le pont sur la Loire. Ci-dessous : l'ancien Hôtel-Dieu de Blois. Au fond, l'église Saint-Nicolas.
Photos : © Serge Jodra, 2010.
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Blois : l'ancien Hôtel-Dieu.
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Dictionnaire Villes et monuments
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