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Ephèse

Éphèse (aujourd'hui Selçuk, en Turquie) est une ville de l'Ionie, l'une des douze cités de la confédération, située au Sud de Caystre (Caïstre) et près de l'embouchure de ce fleuve, dans une fertile plaine d'alluvions, au débouché de la Lydie. Il n'en est pas fait mention dans les poèmes homériques; on raconte que le nom primitif fut Smyrne ou Samorna; on cite encore ceux de Trecheia, Ortygia, Ptelea, Alope et Morges. Le nom d'Éphèse serait emprunté à l'une des Amazones; puis on dit qu'il venait du héros éponyme Ephesus ou Ephesos, fils de Caystre. 

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Le site d'Ephèse.
Le site d'Ephèse. L'allée principale avec, au fond, la bibliothèque de Celsus.

La topographie de la ville a été décrite par Strabon. La côte d'Éphèse était en face de l'île de Samos, et les Samiens en possédaient même une partie; on y abordait en passant par le détroit qui sépare Samos du promontoire de Mycale. On apercevait au Sud le Panionium, puis Neapolis, ancienne possession des Éphésiens passée aux Samiens, puis Pygela où s'élevait un temple d'Artémis Munychia, fondé, disait-on, par Agamemnon, puis le port de Panormus avec son temple d'Artémis Ephesia; on arrivait à la hauteur de la ville principale; à quelque distance de la côte était le bois d'Ortygia traversé par le ruisseau de Cenchrius; c'était là qu'on plaçait le lieu de naissance d'Apollon et d'Artémis; un grand nombre d'édifices religieux s'élevaient en cet endroit avec leurs statues de bois ou de marbre. Les hauteurs de Coressus dominaient cette vallée du Cenchrius et la séparaient du Caïstre. C'est sur la colline et sur la rive méridionale du Caïstre que se développait la ville d'Éphèse.

Primitivement elle occupait surtout la hauteur (Paroreia); c'est là que s'établirent les Ioniens quand ils eurent chassé les Lélèges occupants antérieurs du sol; les Lydiens habitaient la ville basse; celle-ci renfermait le grand temple d'Artémis; lorsque Crésus, roi de Lydie, eut conquis l'Ionie et soumis Éphèse, les Ioniens qui avaient voué leur cité à Artémis descendirent dans la plaine; c'est là qu'ils vécurent et que la ville fut jusqu'à l'époque d'Alexandre. Ensuite l'insécurité reparut. Lysimaque fortifia Éphèse et l'entoura de remparts qui couronnaient le Coressus et laissaient en dehors le temple d'Artémis; il profita d'une inondation terrible du Caïstre qui ravagea la ville basse pour ramener la population dans la ville haute. Il y établit aussi la population de Colophon et de Lebedos.
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Le théâtre romain d'Ephèse. Il pouvait accueillir 25 000 spectateurs et on n'acessé d'y 
donner des représentations jusqu'au Ve s. de notre ère. Selon une tradition, Saint-Paul 
y aurait même prêché. Partiellement restauré, il est utilisé aujourd'hui à l'occasion 
d'un festival annuel  de culture et d'art. 

Éphèse fut une des cités les plus riches et les plus puissantes d'Ionie; néanmoins son histoire n'est pas très connue. On fait remonter sa fondation à Androclus, fils de Codrus, qui aurait amené les colons ioniens qui se substituèrent aux Lélèges; fondée par le chef de la colonisation, personnage de la famille des rois d'Athènes, Éphèse eut une sorte de prééminence sur les autres cités ioniennes; ses représentants avaient la première place dans les jeux olympiques, portaient la pourpre, une baguette en guise de sceptre et la direction du culte de Déméter éleusinienne (Eleusis). En même temps Éphèse avait une sorte de caractère sacré dû au culte de la grande déesse (Déesse Mère, Anaïtis) que les Grecs assimilèrent à leur Artémis. 

On conserva le souvenir d'une guerre entre Éphèse et Magnésie; cette ville fut détruite par l'invasion des Cimmériens qui parvinrent jusqu'à Éphèse. Les Éphésiens subirent successivement le joug des Lydiens et des Perses. En 499; lors de la grande insurrection ionienne, ils accueillirent l'armée athénienne qui débarqua chez eux et la guidèrent jusqu'à Sardes. C'est à Éphèse que les Perses défirent ensuite les Ioniens. Cependant la cité souffrit peu et ne paraît pas avoir pris de part active à la lutte. Il n'en est guère question dans toute cette période. On raconte qu'à la fin de la guerre du Péloponnèse le chef athénien Thrasylle ayant débarqué à Éphèse fut battu par Tissapherne. Lysandre entra à Éphèse en 407, et vainquit la flotte athénienne dans le voisinage; après sa victoire d'Aegos Potamoi, les Éphésiens lui érigèrent une statue et placèrent à côté celles d'autres Spartiates. Quand les Athéniens reprirent le dessus, ces statues furent remplacées par celles de Conon et de Timothée.
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Plan des ruines d'Ephèse.
Les ruines d'Ephèse.

En somme, Éphèse ne joue aucun rôle politique et souffre peu des vicissitudes qui atteignent les cités voisines. Elle est sous la protection d'Artémis. Les colons ioniens avaient trouvé, en abordant sur cette côte, le culte d'une déesse qu'ils appelèrent Artémis. Le sanctuaire qui s'élevait auprès du Caïstre fut l'objet des libéralités de Crésus; on a dit que les Éphésiens s'étaient placés sous sa sauvegarde au moment où le roi les assiégeait. Au temps d'Hérodote, c'était après l'Heraeum de Samos le plus grand temple grec. L'architecte primitif était Chersiphron, mais le temple fut agrandi ensuite. Il était au bord d'un ruisseau du nom de Sélinus. C'est ce second temple qui fut brûlé par Hérostrate (ou Erostrate) la nuit de la naissance d'Alexandre (356). On le reconstruisit; l'architecte fut Dinocrate. Alexandre, à son entrée en campagne, offrit de payer la dépense de la reconstruction si on lui laissait placer une inscription sur le temple; les Éphésiens refusèrent, ne voulant pas lui laisser ce mérite vis-à-vis de la déesse; mais il leur fallut deux cent vingt années pour achever le travail. 

L'édifice avait 133 m de long, 69 de large; il comportait 128 colonnes de 19 m de haut, dont 36 ciselées. Les architraves avaient chacune 9 m de long, et il fallut de grandes précautions pour mettre en place les grands blocs de marbre. Démocrite d'Éphèse avait rédigé la description de l'Artémisium (Artémision) d'Éphèse, mais elle est perdue. Ce temple comptait parmi les Sept merveilles du monde. Les ruines en sont encore visibles près du village moderne d'Ayasalouk. Enrichi par la dévotion des fidèles, il fut dépouillé de ses trésors par Néron, et détruit par les Goths en l'an 262 ap. J.- C. Autour du temple était l'enclos sacré qui avait le droit d'asile. Ses limites furent agrandies par Alexandre, puis par Mithridate. Éphèse dut sa prospérité au temple d'Artémis et à sa situation au bout de la fertile plaine lydienne. Ce fut un centre de pèlerinageset par suite un rendez-vous commercial; bien qu'elle eût un port, elle fut moins que les autres cités d'Ionie tournée vers la mer, et négocia surtout avec les pays et les princes de l'intérieur de l'Asie Mineure. Elle gagna beaucoup à la conquête de l'Asie par Alexandre. Ce roi lui rendit ses libertés. 

Éphèse passa ensuite par les mains de Lysimaque, d'Antigone, appartint aux rois de Syrie jusqu'à la bataille de Magnésie; au moment de sa guerre contre les Romains, Antiochus y établit son quartier général. La ville passa alors aux rois de Pergame qui la transmirent aux Romains. Lorsque Aristonicus, fils d'une femme éphésienne et d'Eumène, revendiqua l'héritage des rois de Pergame, les Éphésiens se prononcèrent contre lui et le vainquirent dans une bataille navale près de Cyme. Éphèse fut, sous la domination romaine (à partir d'Auguste), le centre d'un district de la province d'Asie, le conventus Ephesinus. Mithridate fut bien reçu par les Éphésiens, et lors du massacre des Italiens, l'asile même de l'Artémisium ne fut pas respecté. La ville fut châtiée par Sulla. Elle n'eut plus de rôle politique. Elle trouva un large dédommagement dans la fortune matérielle, car ce fut la ville la plus riche de l'Asie Mineure et la plus grande place de commerce, au témoignage de Strabon
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Ephèse : le temple d'Hadrien.
Le temple d'Hadrien, à Ephèse.

Dans l'histoire de saint Paul, il est souvent parlé d'Éphèse; vers l'an 57, l'apôtre fut menacé par les dévots d'Artémis soulevés par un orfèvre qui vivait du culte. L'église d'Éphèse fondée par lui devint la première des sept églises d'Asie. C'est à Éphèse que se réunit, en 431, le troisième concile Oecuménique qui condamna les nestoriens (Nestorius), et, en 449, celui qui fut qualifié de conciliabule des brigands. Le métropolitain d'Éphèse était, après le patriarche oecuménique de Constantinople, le troisième dignitaire religieux de l'empire d'Orient. Éphèse déclina sous la domination byzantine. Elle tomba, en 1391, au pouvoir des Turcs et disparut.
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Les conciles d'Ephèse

C'est à Ephèse que s'est réuni un premier concile destiné en 197 à fixer la date de Pâques. En 431, le IIIe concile oecuménique y fut convoqué par Théodose le Jeune et Valentinien, pour mettre fin à la controverse engagée entre Nestorius, patriarche de Constantinople, et Cyrille, patriarche d'Alexandrie, sur le titre de mère de Dieuprêté à Marie.

Les collections grecques contiennent huit canons attribués à ce concile. Jean le Scolastique et Photius n'en comptent que sept. Les collections latines n'en  reproduisent aucun. Outre les condamnations prononcées contre la doctrine et la personne de Nestorius les actes de cette assemblée comprennent une décision disciplinaire défendant aux évêques d'usurper l'administration d'une province qui n'aurait pas été précédemment soumise à leur juridiction et ordonnant de restituer cette province à celui à qui elle appartenait. En 449, il s'y tint un autre concile qui se déclara pour l'Eutychianisme et qui a été flétri du nom de brigandage d'Éphèse (Latrocinium Ephesinum), à cause des violences qui s'y commirent. (E.-H. V.).

Les ruines d'Éphèse, qui sont restées ensevelies dans la végétation jusqu'au XIXe siècle, s'étendent au Nord du Caïstre, dont les limons ont fini par enliser le port, à sec depuis le Moyen âge. En 1675, Spon et Wheler ont visité cet emplacement qui était complètement désert. Les alluvions du fleuve ont également recouvert bien des substructions; le temple d'Artémis a servi de carrière, et il n'en subsiste à peu près rien. 

A partir de 1863, T. Wood a fouillé les ruines d'Éphèse et découvert un stade, un grand théâtre (24 500 places environ), un odéon, plusieurs gymnases enfin, en 1870, il a retrouvé l'Artémisium dont quelques débris ont été transportés au British Museum. Les fouilles se sont prolongées jusqu'en 1874. Hogarth s'est de nouveau intéressé à l'Artémisium lors de fouilles effectuées en 1904. Parallèlement des fouilles de grande ampleur étaient entreprises depuis les dernières années du XIXe siècle, qui furent poursuivies jusqu'au déclenchement de la Première Guerre mondiale, et reprises ensuite de 1926 à 1935. 

D'autres fouilles auront encore lieu au lendemain de la Seconde guerre mondiale, et finiront de mettre au jours tous les grands monuments qui font aujourd'hui du site d'Éphèse un important pôle d'attraction du tourisme en Turquie. 

On y découvre, entre autres fleurons, la bibliothèque de Celsus, à l'angle de la rue de Marbre et de la belle rue des Courètes. Cette bibliothèque a été construite entre 100 et 110 par Gaïus Julius Aquila en mémoire de son père Tiberius Julius Polemanaeus, un ancien gouverneur de l'Asie romaine, qui fut inhumé dans l'édifice. Elle a possédé 1200 manuscrits et a été orientée vers l'ESt pour tirer parti de la lumière du matin. Un séisme l'a détruite en 270. La façade a été reconstruite entre 1970 et 1970.

Plus loin se trouve le temple d'Hadrien, qui remonte au  IIe siècle (avec des réparations datant du IVe s.), et que les restaurateurs modernes ont partiellement reconstruit.

Citons encore : les  thermes, l'agora , le grand théâtre, la voie Arcadiané qui menait au port, ce qui reste, donc, du temple d'Artémis, etc. (A.-M. B.).
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Ephèse : la bibliothèque de Celsus.
La bibliothèque de Celsus, à Ephèse.
Photos : The World Factbook.
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Dictionnaire Villes et monuments
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