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Les
langues
tibéto-birmanes constituent une branche de la vaste famille linguistique
sino-tibétaine, aux côtés des langues chinoises (comme le chinois mandarin
et ses dialectes). Elle regroupe plusieurs centaines de langues parlées
sur une aire géographique étendue, allant de l'Himalaya
à travers le plateau tibétain, le nord de l'Inde ,
le Bangladesh ,
le Népal ,
le Bhoutan ,
la Birmanie
(Myanmar), la Chine
du sud-ouest (notamment dans les provinces du Yunnan, du Sichuan, du Qinghai
et du Gansu) jusqu'au nord de la Thaïlande
et du Laos .
Le tibétain
et le birman sont les langues les plus
connues et les plus documentées de cette branche, d'où leur nom de «
tibéto-birman ». Le tibétain classique, en particulier, a joué un rôle
fondamental dans la diffusion du bouddhisme
tantrique et dispose d'une riche tradition littéraire remontant au VIIe
siècle. Le birman, quant à lui, est la langue officielle de la Birmanie
et possède un système d'écriture dérivé de l'écriture brahmi, adapté
très tôt à la phonologie de la langue.
Bien que très diversifiée,
cette famille partage un certain nombre de traits typologiques, historiques
et parfois lexicaux, qui en font une unité linguistique reconnaissable
aux yeux des linguistes. Du point de vue typologique, les langues tibéto-birmanes
présentent une grande variété. Beaucoup sont à ton, c'est-à -dire que
le sens d'un mot peut changer selon le ton utilisé (comme en chinois
ou en thaï), bien que certaines langues aient
perdu ce trait ou ne l'aient jamais eu. La structure syntaxique dominante
est généralement sujet-objet-verbe (SOV), ce qui les distingue des langues
chinoises, souvent sujet-verbe-objet (SVO). Elles disposent fréquemment
d'un système complexe de marqueurs de cas, de
postpositions (plutôt que prépositions), et d'affixes verbaux pour exprimer
l'aspect, la modalité ou l'évidence. Certaines langues, notamment dans
les régions himalayennes, ont développé des systèmes d'ergativité,
où le sujet d'un verbe transitif est marqué différemment de celui d'un
verbe
intransitif.
Le vocabulaire de
base partagé entre les différentes langues tibéto-birmanes, bien que
parfois limité, permet aux linguistes de reconstruire une proto-langue,
communément appelée le proto-tibéto-birman. Cette reconstruction a été
particulièrement avancée par des chercheurs comme Paul K. Benedict et
James A. Matisoff, qui ont établi de nombreuses correspondances phonologiques
et sémantiques. Cependant, en raison de l'ancienneté de la divergence
entre les langues et des nombreux contacts linguistiques avec des familles
voisines (comme le tai-kadai, l'austroasiatique,
ou même l'indo-européen), il
est parfois difficile de distinguer l'héritage commun des emprunts.
L'histoire de cette
famille est intimement liée aux mouvements migratoires, aux échanges
culturels et aux dynamiques politiques de l'Asie du Sud et du Sud-Est.
Les locuteurs tibéto-birmans ont souvent occupé des régions montagneuses
ou périphériques, ce qui a contribué à leur fragmentation linguistique,
mais aussi à la préservation de particularités culturelles et linguistiques
face aux grands empires centrés dans les plaines. Aujourd'hui, nombre
de ces langues sont menacées par la dominance des langues nationales (comme
le chinois, l'hindi, le thaï, ou le birman),
l'urbanisation et l'assimilation culturelle.
Classification interne
des langues tibéto-birmanes
La classification interne
des langues tibéto-birmanes (dont on ne donnera ici qu'une approche sommaire)
demeure l'un des défis les plus complexes de la linguistique comparée
en Asie. Bien que certaines relations soient bien établies, notamment
au sein de groupes restreints comme les langues tibétiques ou birmanes,
la structure généalogique de l'ensemble de la branche tibéto-birmane
reste partiellement hypothétique, en raison du nombre élevé de langues
(plus de 400 selon certains décomptes), de leur dispersion géographique,
de l'absence de documentation historique pour la plupart d'entre elles,
et des nombreux contacts linguistiques qui ont obscurci les parentés génétiques.
Néanmoins, plusieurs classifications ont été proposées, les plus citées
étant celles de Paul K. Benedict (1972) et surtout de James A. Matisoff,
dont le Sino-Tibetan Etymological Dictionary and Thesaurus (STEDT)
a constitué une référence majeure.
Parmi les classifications
plus récentes, celle proposée par Scott DeLancey (2015) distingue plusieurs
« noyaux » ou « foyers » au sein du tibéto-birman : un foyer tibéto-kamarupain
(incluant le tibétain, le bodo-garo et le konyak), un foyer birman-lolo,
un foyer himalayen oriental (avec le tshangla, le dakpa, etc.), un foyer
qiangique-rgyalrongique, et un foyer naga-kuki-chin. Cette approche met
l'accent sur les zones de diversification plutôt que sur des arbres strictement
dichotomiques, reconnaissant que l'histoire des langues tibéto-birmanes
est probablement moins arborescente que « en réseau », avec de nombreuses
vagues de divergence et de convergence.
Groupe tibétique
(tibétain).
Le groupe tibétique,
organisé autoour du tibétain, comprend
l'ensemble des langues issues du vieux tibétain, développé dans l'Empire
du Tibet à partir du VIIe siècle. Il
se caractérise par une tradition écrite ancienne, une forte standardisation
dans certaines régions (notamment via le tibétain classique), une morphologie
majoritairement analytique et une présence de tons variable selon les
zones : l'Amdo reste non tonal, tandis que le Kham et l'Ü-Tsang sont tonals.
Ces langues présentent en général une syntaxe SOV, de vastes inventaires
de consonnes, un système de particules grammaticales et des phénomènes
d'alternance consonantique hérités de la phonologie du vieux tibétain.
-
| Tibétain |
Tibétain
central |
Ü-tsang:
tibétain
de Lhassa, shigatse, gyangtse, nyemo, transitoires amdo/ü-tsang.
Kham
: kham
central, kham du Nord, kham du Sud, transitoires gyarong/kham
Amdo
: tibétain amdo (nomadique, golok, rebkong,
etc.) |
| Dialectes
occidentaux |
Ladakhi,
balti, purik, zanskari, spiti, certaines variétés de lahuli |
Bhoutanais /
Sud-himalayen |
Dzongkha,
chocha-ngachakha, lakha, brokpa (merak-sakteng), brokkat.
Langues
étroitement liées au tibétain. |
Langues tibétiques
du Népal
(Dispersion
ancienne) |
Sherpa,
jirel, walung, thudam, tibétain humla, dolpo, tibétain ghandruk, manange
tibétisé.
Langues
du Mustang : mustang
(lowa), seke. |
Lolo-birman (Birman-Yi
/ Burmo-Naxi).
Le groupe lolo-birman
est l'un des ensembles les plus étendus, diversifiés et typologiquement
cohérents de la famille. Il comprend deux grands sous-ensembles : le birmanique,
centré autour du birman moderne et de
ses parlers voisins (arakanais, marma, tavoyan), et le groupe loloïque
(dit Yi ou Ngwi), qui occupe une large partie du Yunnan, de la Birmanie,
du Laos et du Nord de la Thaïlande.
| Birmanique |
Birman;
arakanais (rakhine); tavoyan; intha; yaw; marma; dawei; mergui |
Loloïque
(Yi / Ngwi) |
Yi
(Nuosu) et langues proches :
nuosu (yi); nasu; nisu; sani; azhe; awu; wusa; lipo; lolopo; nombreuses
autres variétés yi.
Lahu-lolo
: lahu; lahu shi; lahu na; lahu phu
Sous-groupe
du lisu : lisu;
lipo; lishan; zhaolu.
Hani-Akha
: hani; akha; haoni; baihong; kaduo; mixes
yi-hani
Sous-groupe
du phula (phulaïque) :
phula; muji; phuza; zopho; aAzha; phukha; alu.
Sous-groupe
du naxi (moso) :
naxi; mosuo
Mondzish
(proposé) :
sanie; mondzi; mangdi; muli; azong; etc. |
Les langues loloïques
sont typiquement tonales, isolantes, avec des systèmes de flexion minimale,
de nombreuses distinctions consonantiques, ainsi que des alternances tonales
grammaticalisées. Le birman, langue officielle de la Birmanie représente
la branche la plus standardisée et possède une tradition littéraire
longue, marquée par une forte simplification morphologique mais une grande
complexité syllabique. Les langues lolo-birmanes montrent souvent une
syntaxe SOV ou SOV flexible, des systèmes pronominaux à distinctions
sociales ou honorifiques, et un usage intensif de particules aspectuelles.
Groupe kiranti.
Le groupe kiranti,
concentré dans l'est du Népal, se distingue par une morphologie verbale
parmi les plus riches de toute la famille sino-tibétaine. Ses langues,
telles que le limbu, le bantawa, le chamling, le kulung, le thulung, le
khaling, l'athpare, le dumi
le yakkha, le belhare,
le bantawa, le puma, le khambu, le bahing, le lohorong, le yamphu, le mewahang,
le chhintang, le nachiring, le wambule, le jero, ou encore le sumar (souvent
inclus) et le koinch (éteint), possèdent typiquement des verbes à accords
multiples : la marque verbale indique non seulement le sujet, mais également
l'objet, avec parfois des paradigmes polypersonnels extrêmement complexes.
Les systèmes de classes verbales, de directionnalité (marquage de l'orientation
du procès vers le haut, le bas, l'amont, l'aval) et de préfixation/préinitiales
héritées sont caractéristiques. Les langues kiranti sont généralement
SOV, non tonales ou faiblement tonales, avec des inventaires consonantiques
importants, notamment des séries de pré-nasalisées. L'éloignement géographique
des vallées himalayennes a permis le maintien de structures morphologiques
conservatrices, qui font de ce groupe un élément clé pour la reconstruction
prototypique du tibéto-birman.
Groupe qianguique
(rGyalrongique).
Le groupe qianguique
ou rGyalrongique représente l'un des ensembles les plus morphologiquement
complexes de toute l'aire trans-himalayenne. Il comprend deux grands ensembles
: d'une part les langues rgyalrongiques, et d'autre part les langues
qiangiques.
-
| Langues rgyalrongiques |
rGyalrong:
situ,
japhug, tshobdun; zbu.
Lavrung
(khroskyabs) : thugsrjechenmo, njorogs.
Horpa
(ergong) :
showu (rtau/tawo), shangzhai (stodsde). |
| Langues qiangiques |
Queyu;
zhaba (?); tangoute (xixia); pumi (P.
du Nord et p. du Sud); muya (m. du Nord et M. du Sud); qiang
(q du Nord et q. du Sud); queyu (choyo). |
| Autres langues (réunies
aux deux groupes précédents fotment le groupe na-qiangique, selon
G. Jacques et A. Michaud (2011)) |
Naïque
: naish (naxi, na (mosuo));
namuyi:
shixing (xumi)
Ersuique
: ersu; lizu; tosu; guiqiong (?) |
Ces langues se caractérisent
par une structure consonantique très riche, parfois incluant des préfixes,
préinitiales et clusters lourds datant de stades très anciens. Leur morphologie
est hautement flexionnelle, avec marquage du nombre, de l'agent, du patient,
polysynthèse modérée et incorporations. La syntaxe est majoritairement
SOV, mais certaines langues rgyalrongiques présentent des traits ergatifs
fortement marqués. En comparaison avec les autres groupes tibéto-birmans,
elles sont considérées comme conservatrices et cruciales pour la reconstruction
du proto-sino-tibétain, en raison du maintien d'alternances ablautées
et de morphèmes hérités absents ailleurs.
Tamangique.
Le groupe tamangique,
concentré dans le centre du Népal, rassemble le tamang, le gurung, le
thakali, le chantyal, le nar-phu et le manangba (manangi). Ces langues
présentent une structure plus analytique que celle des langues kiranti,
mais conservent souvent des systèmes de calcul de l'honneur, une morphologie
verbale modérément développée et des systèmes tonaux ou accentuels
complexes selon les dialectes. Le tamang possède plusieurs dialectes divergents,
certains tonals, d'autres accentuels. Le gurung et le thakali montrent
de fortes influences du tibétique et des langues voisines indo-aryennes.
Typologiquement, les langues tamangiques sont SOV, Ã particules nombreuses,
avec une expression claire de l'aspect, de l'évidentialité et des distinctions
spatiales. Elles occupent un espace intermédiaire, à la fois géographique
et structurel, entre le domaine kiranti, le domaine tibétique et les langues
newariques.
Newarique.
Le groupe newarique
comprend le newar (newari ou nepal bhasa), langue historique de la vallée
de Katmandou, ainsi que des langues plus petites comme le thami, le surel,
le baram (en danger critique) et une langue éteinte le dura. Le newar
est célèbre pour sa tradition littéraire abondante, son ancien système
syllabique complexe et sa morphologie nettement plus développée que celle
des langues tibétiques voisines. Typologiquement, il se caractérise par
une syntaxe SOV, un système verbal avec distinctions d'aspect bien marquées,
des emprunts massifs au sanscrit et au népali, et un vocabulaire ancien
difficile à rattacher aux autres groupes tibéto-birmans. Les langues
newariques, bien qu'himalayennes, possèdent une organisation interne particulière
: elles combinent des traits typiques du tibéto-birman avec des influences
indo-aryennes profondes, tant sur le lexique que sur la morphosyntaxe.
Elles jouent un rôle central dans l'histoire linguistique du Népal, en
tant que pivot culturel et commercial entre les mondes indo-aryen et tibétique.
Kuki-Chin-Naga.
Le groupe kuku-chin-naga
constitue l'un des ensembles les plus ramifiés de l'aire tibéto-birmane,
couvrant le Nord-Est de l'Inde, le nord-ouest de la Birmanie et certaines
zones du Bangladesh. Il réunit deux sous-ensembles historiquement et typologiquement
distincts mais connectés : les langues kuki-chin et les langues naga :
-
| Kuki-Chin |
Chin
du nord : thadou
/ kuki, paite, zou, simte, vaiphei, hmar, gangte, kom.
Chin
du centre : mizo
(lushai), ralte, bawm, pankhu, pawi / La.
Chin
du sud :
hakha, falam, tedim, mara (lai), lushai anciens; zyphe.
Langues
voisines souvent associées : sak;
meithei (manipuri parfois considéré séparé). |
| Naga |
Angami-Pochuri
: angami, chakhesang, rengma, pochuri.
Ao
: ao proprement dit, mongsen, chungli.
Zeliangrong
: zeme, liangmai, rongmei.
Autres
:
lotha; sema (sümi); konyak; chang; phom, sangtam; tangkhul; khiamniungan;
yimchungru; makury. |
Les langues kuki-chin
se caractérisent par des systèmes tonaux bien développés, une morphologie
modérée, des alternances consonantiques régulières, et surtout un marquage
pronominal riche, souvent avec des distinctions inclusif/exclusif et une
orientation verbale limitée. Elles sont généralement SOV, avec des particules
aspectuelles et des suffixes de valence.
Les langues naga,
quant à elles, présentent une immense variété interne : certaines sont
fortement tonales (Ao, Angami), d'autres seulement faiblement (Zeme, Liangmai),
et leur morphologie varie de quasi-isolante à modérément flexionnelle.
Les systèmes pronominaux, les stratégies de focus et les constructions
ergatives y sont courants.
Malgré une forte
diversité, l'ensemble kuki-chin-naga partage un substrat typologique commun
marqué par la complexité des distinctions tonales, la présence de séries
consonantiques héritées, et une grande variabilité dialectale due aux
reliefs montagneux et à la fragmentation ethnique.
Bodo-Garo.
Le groupe bodo-garo
forme un ensemble relativement homogène dans la plaine de l'Assam, du
Meghalaya et du Tripura. Il comprend des langues importantes comme le bodo,
le garo, le dimasa, le kokborok (tripuri), le rabha, le tiwa, le deuri
ou encore l'atong et le hajong. Ces langues sont souvent tonales ou quasi-tonales,
avec une morphologie plutôt analytique et des constructions verbales simples.
Le bodo-garo est notable pour sa symétrie pronominale et ses marqueurs
nominaux postposés, ainsi que pour ses constructions spatiales élaborées,
qui reflètent d'anciennes distinctions directionnelles tibéto-birmanes.
Les systèmes phonologiques sont relativement réguliers, avec des oppositions
fortes de voisement et d'aspiration, et une structure syllabique moins
chargée que dans les groupes himalayens. L'unité du groupe est reconnue
par la plupart des linguistes : le lexique, la morphosyntaxe et l'évolution
phonétique montrent un développement commun relativement récent, probablement
en lien avec l'expansion des populations bodo-garo dans l'Assam ancien.
Jingphoïque (kachinique).
Le groupe jingphoïque,
également appelé kachinique, est centré autour du jingpho (kachin),
langue importante du nord-est de la Birmanie, parlée aussi en Chine (Yunnan)
et en Inde (Arunachal). Il comprend un ensemble de langues apparentées
comme le zaiwa, le lashi (lachik), le rawang, ainsi que des variétés
transitoires parfois difficiles à classifier (tangsut, long phuri naga,
sous-dialectes tsaiwa). Ces langues sont typiquement tonales, avec une
morphologie analytique et des systèmes verbaux organisés autour de particules
d'aspect et de modes de valence. Elles présentent une structure syllabique
riche, des oppositions consonantiques multiples et un inventaire vocalique
développé. Le jingpho joue un rôle clé pour la reconstruction du proto-burmo-naxi-loloïque
dans certains modèles, bien que sa position exacte dans le tibéto-birman
soit débattue. Le lexique ancien et certaines structures morphologiques
suggèrent des liens avec le lolo-birman, mais aussi avec les groupes himalayens,
ce qui en fait un groupe pivot dans l'étude des contacts historiques trans-himalayens.
Tani.
Le groupe tani,
parlé principalement dans l'Arunachal Pradesh indien et dans quelques
zones du Tibet méridional, représente une branche distincte et parfois
considérée comme primaire dans la famille tibéto-birmane. Il inclut
des langues comme l'apatani, le galo (adi), le nyishi, le tagin, le bokar,
le pailibo, l'hill miri, le padam, le mishing (miri), le ramo, le
nah (bangni), et des variétés en danger comme le milang ou le tangam
(quasi éteint)). Les langues tani sont généralement non tonales ou seulement
légèrement tonalisées, possèdent une syntaxe SOV stable, une morphologie
modérée et un système nominal marqué par des suffixes casuels et des
particules directionnelles. Le système verbal distingue souvent plusieurs
modes d'évidentialité, et certaines langues montrent encore des reliques
de préfixation verbale ancienne. Le groupe tani se distingue par une relative
homogénéité lexicale malgré une grande dispersion géographique, et
il représente un bloc culturel cohérent connu pour une tradition orale
très développée.
Lepcha (rong).
Le groupe lepcha,
représenté essentiellement par la langue lepcha (rong), parlée au Sikkim,
au Bhoutan et dans l'ouest du Bengale, constitue une branche isolée Ã
l'intérieur du tibéto-birman. La langue présente un système phonologique
distinctif avec une série de consonnes pré-nasalisées et une structure
syllabique relativement simple. Le lepcha est généralement non tonal,
mais il possède des alternances vocaliques et consonantiques héritées.
Sa morphologie est analytique, mais il conserve des marques verbales et
nominales, en particulier dans le domaine spatial. La tradition écrite
lepcha, qui utilise une écriture spécifique développée à partir du
XVIIIe siècle, témoigne d'une identité
culturelle ancienne. Malgré certaines influences tibétiques et indo-aryennes,
la structure fondamentale du lepcha montre un profil ancien, ce qui a conduit
les linguistes à considérer cette langue comme l'un des rameaux les plus
conservateurs de la région.
Dhimalish.
Le groupe dhimalish,
beaucoup plus restreint, comprend deux langues principales : le dhimal
et le toto, parlées dans la plaine du Téraï oriental, à la frontière
indo-népalaise. Ces langues sont faiblement tonales ou non tonales, avec
une morphologie relativement simple et un système verbal analytique. Elles
se distinguent par des traits phonologiques particuliers, notamment des
oppositions dans les séries dentales, et par des pronoms et des particules
qui les relient aux groupes bodiques et tamangiques. Le dhimalish est habituellement
présenté comme un groupe proche des langues kiranti mais suffisamment
distinct pour former une branche autonome. Leur isolement géographique
dans la plaine, loin du coeur himalayen, a favorisé des emprunts importants
aux langues indo-aryennes voisines.
Nungish / Rawang.
Le groupe nungish
/ rawang regroupe des langues des régions montagneuses du nord de la Birmanie
et du sud-est du Tibet : le rawang, le d'rung (drung / trung), le tangsar
et quelques variétés apparentées. Ces langues sont parfois classées
comme un rameau du jingphoïque, mais leur structure interne et certaines
caractéristiques lexicales anciennes soutiennent l'idée d'un groupe indépendant.
Elles sont généralement tonales, avec des systèmes phonologiques complexes
et des lexiques très conservateurs. La morphologie verbale est relativement
simple, mais l'organisation syntaxique et le système des particules les
rapprochent du tibéto-birman central. Le rawang possède plusieurs dialectes
fortement différenciés, parfois mutuellement difficiles d'accès, ce
qui reflète l'isolement géographique dans des vallées profondes et éloignées.
Langues karéniques.
Les langues karéniques,
également appelées karen ou kariang sont parlées par les ethnies Karen
qui vivent principalement dans le sud de la Birmanie et certaines régions
adjacentes en Thaïlande. Bien que leur appartenance au tibéto-birman
ait été un temps contestée en raison de traits atypiques (comme l'ordre
SVO, rare dans la famille), des études lexicales et morphologiques solides
ont confirmé leur inclusion.
Chaque groupe présente
des particularités linguistiques, mais partagent des similitudes dans
leur structure grammaticale. Les langues kareniques sont caractérisées
par une flexibilité verbale complexe, une phonologie riche avec des voyelles
longues et courtes, ainsi que des consonnes nasales et sonores. Leur écriture
est basée sur l'alphabet birmano-latin pour la plupart des variétés
modernes, bien qu'une partie utilise encore des systèmes d'écriture traditionnels.
La classification
des langues karéniques est encore en débat parmi les linguistes, car
les relations entre les différents dialectes et sous-groupes sont complexes
et peu claires. Cependant, les principales classifications proposées comprennent
généralement les groupes suivants :
-
Groupes Pwo et S'gaw.
(les
deux plus grandes familles au sein des langues karéniques. Elles sont
largement répandues dans le sud du Myanmar et certaines régions de Thaïlande). |
Le
groupe S'gaw est souvent considéré comme
le plus homogène.
Le
groupe Pwo présente une plus grande diversité
dialectale. |
| Groupes
Pa'o et Kayah |
Le
groupe Pa'o comprend
les dialectes parlés par les Pa'o, un peuple Karen qui se distingue par
sa pratique du bouddhisme theravada.
Le
groupe Kayah regroupe les langues parlées
par les Kayah, également connus sous le nom de Karenni, qui vivent principalement
dans l'État autonome des Kayah en Birmanie. |
| Autres groupes |
Le
groupe Pwo-Kaya comprend des dialectes
moins bien documentés.
Le
groupe Pwo-Bwe, comprend des dialectes
proches du groupe Pwo mais avec des caractéristiques distinctives.
Le
groupe Padaung est lié à des peuples
célèbres pour leurs colliers de métal. |
Langues isolées
ou peu classifiées |
Certaines
langues karéniques, comme le bwe
ou le geba, restent
difficiles à classer précisément en raison de leur faible documentation
et de leur relative isolement géographique. |
Bai.
Le groupe bai est
l'un des plus controversés de la classification tibéto-birmane. La langue
bai, parlée principalement, avec ses variétés régionales, dans le Yunnan
autour de Dali et Jianchuan, présente un vocabulaire mixtes : une forte
proportion de mots sino-tibétains, mais également de nombreux emprunts
anciens au chinois, ce qui complique l'établissement d'une généalogie
claire. Le bai est tonal, analytique et montre une tendance à la réduction
syllabique caractéristique des langues du sud-ouest chinois. Certains
traits lexicaux suggèrent un lien ancien avec les langues lolo-birmanes,
mais sa phonologie et sa morphosyntaxe s'en distinguent nettement. Aujourd'hui,
la plupart des analyses considèrent le bai comme une branche indépendante
à l'intérieur du tibéto-birman ou comme une langue sino-tibétaine très
fortement sinisée depuis les premiers siècles de notre ère
Tujia.
Le groupe tujia
regroupe deux variétés principales : le tujia du nord et le tujia du
sud, parlées dans la zone montagneuse des provinces du Hunan, du Hubei,
du Chongqing et du Guizhou. Ces langues sont en contact intense avec le
chinois depuis des siècles, ce qui leur a fait perdre une grande partie
de leur morphologie héritée.
-
| Le
tujia du nord est faiblement tonal et
conserve davantage de traits tibéto-birmans anciens, notamment dans les
pronoms, les particules et certaines racines verbales. |
| Le
tujia du sud est beaucoup plus sinisé,
avec un système tonal plus étendu et des structures syntaxiques proches
du mandarin local. |
Malgré cette sinisation
extrême, des traits lexicaux profonds, certains archaïsmes grammaticaux
et des correspondances régulières montrent que le tujia est bien d'origine
tibéto-birmane, probablement un rameau ancien du corridor du Wuling.
Langues
isolées ou au classement incertain
-
| Gongduk
(bhoutanais), siyuewu, puroik (sulung), hruso (aka), koro (arunachalais),
miji (sajolang), lhoba (en
débat), trung
/ derung, bugun (khowa) |
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