 |
Les
langues taï-kadaï (également appelées kam-taï ou daï-kadaï)
sont un ensemble de langues parlées principalement en Thaïlande, au Laos,
dans le sud de la Chine (Guangxi, Guizhou, Yunnan, Hainan), ainsi qu'en
Birmanie, au Viêtnam et dans le nord du Cambodge. L'origine et la place
des langues taï-kadaï dans la classification des langues fait encore
l'objet de débats. On a longtemps fait de ces langues une famille indépendante,
mais des rapprochement sont parfois faits avec les langues sino-tibétaines
et, peut-être de façon plus convaincante avec les langues austronésiennes,
et plus particulièrement avec les langues - ce qui justifie que nous les
placions ici, tout en notant la persistance d'incertitudes à ce sujet.
La
reconstruction du proto-taï-kadai reste un défi en raison de la diversité
interne et des contacts prolongés avec d'autres familles linguistiques,
notamment le chinois (sino-tibétain),
le vietnamien (austroasiatique)
et les langues austronésiennes avérées. Cependant, des études comparatives
ont permis de reconstruire un système initial de consonnes incluant des
séries préglottalisées et des consonnes implosives, ainsi qu'un système
tonal qui s'est développé à partir de distinctions segmentales perdues
(comme l'animation ou la voix des consonnes initiales). La syntaxe générale
est de type SVO, avec des classificateurs numéraux obligatoires et un
ordre typique déterminant-déterminé.
L'histoire linguistique
des langues taï-kadaï reflète une évolution marquée par la migration,
la diffusion culturelle et le contact prolongé avec les civilisations
chinoise et môn-khmère, tout en conservant des traits lexicaux et structuraux
témoignant d'un fonds austronésien ancien. Les langues taï-kadaï proviennent
d'un tronc proto-taï-kadaï à partir duquel se sont détachées successivement,
depuis 2000 à 3000 ans, les branches kadaï (kra), hlaï, be et kam-taï.
Ce dernier rameau, en se diffusant vers le sud, a donné naissance au sous-groupe
taï, dont les langues, notamment le thaï et le lao (laotien), sont devenues
les langues nationales de grands États d'Asie du Sud-Est. Une classification
répandue des langues taï-kadaï, basée sur des correspondances lexicales
et phonologiques héritées du proto-taï-kadaï, distingue ainsi trois
grands ensembles : le groupe kadaï (ou kra), le groupe hlaï et le groupe
kam-taï. Certains schémas incluent également un quatrième ensemble,
be, considéré comme intermédiaire entre le hlaï et le kam-taï.
-
| Langues
taï-kadaï |
Kam-Taï |
Kam-sui
: Biao, cao miao, dong, kang, sui |
| Be-Tai
: Taï (une cinquantaine de langues, dont le thaï
et le laotien), lingao, sek. |
| Lakkia. |
| Kadaï |
Yang-biao
: Cun, laha, buyang. |
| Gelao, lachi. |
| Hlai,
jiamao. |
Langues
kadaï.
Le groupe kadaï,
parfois appelé groupe kra, comprend un ensemble de langues minoritaires
parlées dans les régions montagneuses du sud de la Chine (Guangxi, Guizhou,
Yunnan) et du nord du Viêtnam. Il regroupe des langues comme le gelao,
le lachi, le laqua, le buyang et le lachi. Ces langues présentent une
grande diversité phonétique et montrent des structures grammaticales
qui semblent plus anciennes et moins influencées par les langues voisines
sino-tibétaines. Certaines caractéristiques, telles que des alternances
consonantiques et un tonogramme plus simple, suggèrent qu'elles se sont
séparées précocement du tronc commun taï-kadaï.
Les
langues hlaï.
Le groupe hlaï,
parfois désigné sous le nom de li, comprend les langues autochtones de
l'île de Hainan, notamment le hlaï (ou li) proprement dit avec ses différents
dialectes ou parlers locaux (ex. : ha, ba, qi, run, etc.) parfois suffisamment
divergents pour être considérés comme des langues distinctes, le baoting,
le cun, le jiamao et le tongzha. Ce sous-groupe conserve des éléments
archaïques du proto-taï-kadaï, notamment une phonologie riche en consonnes
initiales, des structures syllabiques plus complexes que celles des langues
taï du continent , un système de tons moins développé et des vestiges
de morphologie agglutinante. Il présente également des particularités
lexicales qui le rapprochent du groupe kadaï, ce qui alimente l'hypothèse
selon laquelle le hlaï constituerait une branche ancienne ayant divergé
très tôt.
Langues
kam-tai.
Le groupe kam-taï
est le plus important numériquement et historiquement. Il se divise en
deux sous-groupes principaux : le sous-groupe kam-sui et le sous-groupe
taï.
• Les
langues kam-sui sont parlées surtout dans les provinces chinoises
du Guangxi, du Guizhou et du Hunan. Elles incluent le kam (ou dong), le
sui, le maonan, le mulam, le chong et le mok. Le kam est particulièrement
remarquable par son système tonal complexe et ses chants polyphoniques
traditionnels. Ces langues partagent certaines innovations phonologiques
distinctes des langues taï, notamment dans l'évolution des consonnes
initiales. Elles ont aussi conservé des traits phonétiques archaïques,
notamment des consonnes finales complexes et un système vocalique diversifié.
• Les
langues taï constituent la branche la plus vaste et la plus connue.
Elles sont subdivisées en plusieurs groupes : le taï du Nord (ou taï
septentrional), qui inclut le zhuang du Nord, langue la plus parlée de
la famille avec des dizaines de millions de locuteurs en Chine (principalement
dans la région autonome du Guangxi); le taï du Sud (ou taï méridional),
comprenant le thaï standard (langue nationale
de la Thaïlande), le lao (langue nationale
du Laos), le zhuang du Sud, le shan (parlé en Birmanie), le lü, le phuan,
le white tai, le black tai, et d'autres parlers minoritaires en Thaïlande,
au Laos, au Viêtnam et en Chine. Le thaï et le lao sont mutuellement
intelligibles dans une certaine mesure, bien que leurs systèmes d'écriture
diffèrent. Le zhuang, quant à lui, est officiellement reconnu en Chine
et dispose de deux normes écrites (nord et sud), mais reste largement
oralisé. Ces langues se distinguent par un système tonal bien développé,
une morphologie analytique et des emprunts massifs aux langues môn-khmères,
sino-tibétaines et pali-sansccrites, conséquence d'un long contact culturel.
Autres
langues.
Certains linguistes
ajoutent à cette classification la langue be (ou oukei), parlée sur l'île
de Hainan et sur le continent voisin, qui, bien que géographiquement proche
des langues hlaï, présente des différences significatives et pourrait
constituer une branche à part entière. Parfois considéré comme intermédiaire
entre le kam-taï et le hlaï, le be a un lexique et une phonologie qui
révèlent des affinités à la fois avec les langues taï et avec le hlaï,
ce qui suggère qu'elle pourrait représenter un chaînon historique entre
les langues continentales et insulaires du domaine taï-kadaï. De même,
la langue laqua (ou jia, géma), parlée dans le sud du Guangxi, est parfois
considérée comme un vestige d'une branche ancienne, très divergente,
voire comme un lien possible avec d'autres familles linguistiques. En outre,
il existe un certain nombre de langues minoritaires ou éteintes en Chine
méridionale et en Asie du Sud-Est qui sont difficilement classifiables
mais pourraient appartenir à cette famille, comme le lachi, le paha ou
encore le biao - ce dernier étant parfois rattaché au sous-groupe kam-sui
ou considéré comme une langue de transition. |
|