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| Les langues > Indo-européen > langues balto-slaves > langues slaves |
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| La
langue
serbo-croate est un ensemble linguistique slave historiquement unifié,
parlé principalement dans les Balkans Le serbo-croate s'est
constitué à partir des dialectes slaves introduits dans la région au
VIe et VIIe
siècles. Sa standardisation moderne remonte au XIXe
siècle, notamment grâce aux réformes de Vuk Stefanović Karadžić pour
le serbe et aux travaux parallèles de linguistes croates. Le dialecte
choisi comme base du standard est le štokavien, ainsi nommé en raison
de l'emploi du mot što pour "quoi". Ce dialecte est également
commun aux quatre standards actuels, bien que d'autres dialectes slaves
du Sud, comme le čakavien et le kajkavien, subsistent surtout en Croatie Sur le plan phonologique, le serbo-croate se caractérise par un système vocalique relativement simple, comprenant cinq voyelles principales (a, e, i, o, u), dont la prononciation est stable et peu sujette à réduction. Le système consonantique est plus riche, avec des affriquées et des consonnes palatales typiques des langues slaves. La langue est également tonale dans certaines variétés, avec des accents distincts combinant hauteur et longueur vocalique, ce qui peut jouer un rôle dans la distinction de sens entre certains mots, bien que cet aspect soit souvent atténué dans la langue parlée quotidienne. La morphologie est fortement flexionnelle. Les noms, adjectifs, pronoms et numéraux se déclinent selon sept cas grammaticaux : nominatif, génitif, datif, accusatif, vocatif, instrumental et locatif. Ces cas expriment les fonctions syntaxiques et les relations entre les mots dans la phrase. Le genre grammatical est triple (masculin, féminin, neutre) et le nombre distingue le singulier et le pluriel. Les adjectifs s'accordent avec les noms qu'ils qualifient en genre, en nombre et en cas, ce qui confère à la langue une grande précision syntaxique mais aussi une certaine complexité pour les apprenants. Le système verbal est lui aussi élaboré. Les verbes se conjuguent selon la personne, le nombre, le temps, le mode et l'aspect. L'opposition aspectuelle entre verbes perfectifs et imperfectifs est fondamentale et constitue l'un des traits centraux du fonctionnement de la langue. Elle permet d'exprimer si une action est envisagée comme achevée, ponctuelle ou globale, ou au contraire comme en cours, habituelle ou répétée. Les temps verbaux comprennent notamment le présent, le parfait, l'imparfait (aujourd'hui rare), le futur et le plus-que-parfait, ainsi que des formes conditionnelles et impératives. La syntaxe du serbo-croate est relativement souple grâce au système des cas, ce qui autorise différents ordres des mots sans ambiguïté majeure. L'ordre sujet-verbe-objet est fréquent, mais des variations sont courantes pour des raisons stylistiques ou pragmatiques, par exemple pour mettre un élément en emphase ou en thème de phrase. Cette flexibilité est un trait typique des langues slaves et permet une grande expressivité. Sur le plan de l'écriture, le serbo-croate présente une particularité notable : l'usage de deux alphabets. Le latin et le cyrillique sont tous deux employés, selon les normes et les contextes nationaux. Le croate et le bosnien utilisent presque exclusivement l'alphabet latin, tandis que le serbe emploie officiellement les deux, avec une préférence institutionnelle pour le cyrillique. Le monténégrin utilise principalement le latin. Les deux alphabets sont phonémiques, chaque lettre correspondant en principe à un son, conformément au principe "écris comme tu parles", particulièrement affirmé dans la réforme serbe du XIXe siècle. Le lexique du serbo-croate est majoritairement d'origine slave, mais il reflète également l'histoire politique et culturelle de la région. On y trouve des emprunts au turc ottoman, à l'allemand, au hongrois et à l'italien, ainsi que des termes d'origine grecque et latine, souvent transmis par l'intermédiaire du vocabulaire religieux, administratif ou scientifique. Les différences lexicales entre les standards actuels existent, notamment dans les domaines administratifs ou techniques, mais elles n'entravent généralement pas la compréhension mutuelle. De nos jours, le statut sociolinguistique du serbo-croate est étroitement lié aux identités nationales et aux enjeux politiques contemporains. Bien que les linguistes reconnaissent largement l'existence d'un continuum linguistique commun, les États et institutions privilégient des normes distinctes, chacune dotée de dictionnaires, grammaires et règles orthographiques propres. Cette situation illustre de manière exemplaire la distinction entre langue au sens linguistique et langue au sens politique, le serbo-croate demeurant un cas d'étude central en sociolinguistique et en linguistique slave. L'histoire du
serbo-croate.
Au Moyen Âge, la situation linguistique est marquée par une forte diglossie. La langue écrite est essentiellement le vieux slave d'Église, dans sa recension serbe ou croate, utilisé pour les textes religieux, juridiques et administratifs. Les variantes locales du slave parlé, ancêtres du serbo-croate moderne, restent cantonnées à l'oral ou à des usages écrits limités. Dès cette époque, des différences apparaissent entre les zones occidentales et orientales, notamment dans le système vocalique et dans la prononciation de l'ancienne voyelle slave jat, dont les évolutions ultérieures joueront un rôle central dans la classification dialectale. À partir du XIIIe et du XIVe siècle, on observe une diversification dialectale plus nette. Trois grands ensembles se distinguent progressivement selon le mot interrogatif pour "quoi" : le štokavien, le čakavien et le kajkavien. Le štokavien s'impose dans une vaste zone allant de la Bosnie à la Serbie centrale et méridionale, tandis que le čakavien domine sur la côte adriatique et dans certaines îles, et que le kajkavien se développe au nord-ouest, sous l'influence linguistique et culturelle de l'Europe centrale. Ces divisions ne sont pas encore associées à des identités nationales modernes, mais elles structurent durablement l'évolution de la langue. La conquête ottomane, à partir du XVe siècle, a des conséquences profondes sur l'histoire linguistique. Les déplacements de populations favorisent l'expansion du štokavien, qui devient progressivement le dialecte le plus répandu. Le contact prolongé avec l'Empire ottoman introduit de nombreux emprunts lexicaux, notamment dans les domaines de l'administration, de la vie urbaine, de l'artisanat et de la culture matérielle. Parallèlement, dans les territoires sous domination austro-hongroise ou vénitienne, d'autres influences linguistiques se manifestent, en particulier de l'allemand, du hongrois et de l'italien. Du XVIe au XVIIIe siècle, les traditions écrites divergent selon les régions. En Croatie, une littérature se développe en čakavien et en kajkavien, ainsi qu'en latin, tandis que dans les terres serbes, l'écrit reste largement dominé par le slavon d'Église et par des formes hybrides mêlant éléments vernaculaires et tradition ecclésiastique. Malgré cette diversité, le štokavien gagne en prestige comme langue de communication interrégionale, notamment grâce aux échanges commerciaux et aux réseaux religieux. Le tournant décisif intervient au XIXe siècle avec les mouvements nationaux et les réformes linguistiques. En Serbie, Vuk Stefanović Karadžić entreprend une codification radicale fondée sur le principe phonétique et sur le štokavien oriental parlé par le peuple. Il réforme l'alphabet cyrillique, simplifie l'orthographe et affirme que la langue littéraire doit reposer sur la langue vivante. En Croatie, le mouvement illyrien, animé par des figures comme Ljudevit Gaj, cherche à unifier les Slaves du Sud et adopte également le štokavien comme base du standard, tout en utilisant l'alphabet latin réformé. Ces choix convergents posent les fondements du serbo-croate moderne. À la fin du XIXe et au début du XXe siècle, le serbo-croate est de plus en plus perçu comme une langue commune aux Serbes et aux Croates, malgré des divergences culturelles et confessionnelles. Les grammaires et dictionnaires se multiplient, et la langue s'impose dans l'enseignement, la presse et l'administration. Après la création du Royaume des Serbes, Croates et Slovènes en 1918, puis de la Yougoslavie, le serbo-croate devient une langue officielle, bien que la coexistence de normes serbes et croates demeure une réalité. Dans la Yougoslavie socialiste après 1945, le serbo-croate est officiellement reconnu comme une langue unique à deux variantes principales, orientale et occidentale. L'accord de Novi Sad de 1954 affirme l'égalité des alphabets latin et cyrillique et promeut une norme commune. Cette période favorise une forte intercompréhension et une standardisation partagée, notamment à travers les médias, l'armée et le système éducatif, même si des tensions subsistent quant aux choix lexicaux et orthographiques. La fin du XXe siècle marque une rupture majeure. Avec l'éclatement de la Yougoslavie dans les années 1990, la langue devient un enjeu politique central. Le serbo-croate est officiellement fragmenté en plusieurs langues nationales distinctes : le croate, le serbe, le bosnien, puis le monténégrin. Chacune fait l'objet de politiques de différenciation, notamment par la sélection lexicale, la normalisation orthographique et l'affirmation symbolique de particularités propres. Malgré ces évolutions, la base linguistique reste largement commune, et la continuité historique du serbo-croate demeure évidente du point de vue linguistique. Les dialectes
et les langues standardisées serbo-croates.
Le premier niveau de classification distingue, comme on l'a déjà noté, traditionnellement les grands groupes dialectaux selon le mot interrogatif signifiant "quoi". On identifie ainsi le štokavien (što), le čakavien (ča) et le kajkavien (kaj). Parmi ces trois groupes, seul le štokavien constitue la base du serbo-croate standard au sens strict, tandis que le čakavien et le kajkavien sont aujourd'hui principalement associés à des usages régionaux, surtout en Croatie, et sont parfois considérés comme des langues régionales ou des ensembles dialectaux distincts sur le plan sociolinguistique. Le
štokavien.
À l'intérieur du štokavien, une autre division fondamentale oppose les parlers anciens (ou conservateurs) aux parlers néo-štokaviens. Les dialectes néo-štokaviens, qui se sont imposés à partir des grandes migrations des XVe-XVIIe siècles, se caractérisent notamment par un système accentuel réorganisé, comprenant quatre types d'accents distincts combinant ton et longueur. Ce sont ces dialectes néo-štokaviens qui servent de base à l'ensemble des standards contemporains : le serbe, le croate, le bosnien et le monténégrin. Les dialectes néo-štokaviens se subdivisent à leur tour en plusieurs ensembles régionaux, habituellement décrits comme oriental, occidental, oriental méridional et occidental méridional. Le štokavien oriental inclut majoritairement les parlers ekaviens et ijekaviens de Serbie centrale et orientale, tandis que le štokavien occidental est principalement ijekavien et couvre une grande partie de la Bosnie, de la Croatie occidentale et du Monténégro. Ces subdivisions se distinguent par des différences subtiles de phonétique, d'accentuation, de morphologie verbale et de lexique, sans remettre en cause l'intercompréhension. Le
ÄŤakavien.
Le
kajkavien.
Les
langues standardisées.
• Le serbe présente la particularité d'exister officiellement sous deux réalisations phonétiques standards, l'ekavien et l'ijekavien, toutes deux reconnues et utilisées selon les régions et les contextes. Le serbe est la seule des langues issues du serbo-croate à employer officiellement deux alphabets, le cyrillique et le latin, le cyrillique étant constitutionnellement privilégié. La norme serbe est historiquement marquée par les réformes de Vuk Stefanović Karadžić, qui ont établi une orthographe strictement phonétique et une langue littéraire fondée sur la langue parlée. Le lexique serbe conserve de nombreux emprunts historiques, notamment d'origine turque et russe, et se montre généralement plus tolérant envers les doublets lexicaux et les variations stylistiques que la norme croate. |
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