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et la littérature khmère |
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langue
kmère (khmer ou cambodgien) est la langue nationale
du Cambodge L'alphabet khmer
est un alphasyllabaire : chaque caractère représente une consonne porteuse
d'une voyelle inhérente, modifiable par l'ajout de signes diacritiques.
L'écriture s'effectue de gauche à droite, sans séparation régulière
entre les mots, ce qui reflète à la fois son héritage indien et son
évolution propre. L'écriture est dérivée d'un ancien système pallava,
lui-même originaire de l'Inde Le khmer dispose comprenant 33 consonnes, 24 voyelles dépendantes, 13 voyelles indépendantes et divers signes diacritiques. Il y a deux séries de consonnes, correspondant chacune à une voyelle de base différente. Ce double système provoque une alternance de valeur vocalique selon la série choisie; la même voyelle écrite peut se prononcer différemment selon la consonne à laquelle elle est attachée. La longueur des voyelles peut changer le sens d'un mot. La langue utilise également de nombreux signes pour indiquer les voyelles indépendantes, les consonnes finales ou les modifications de ton et de durée, bien que le khmer ne soit pas une langue tonale. La richesse graphique du système est généralement perçue comme complexe pour les apprenants, mais elle offre une précision nuancée dans la transcription des sons. La morphologie du khmer est principalement isolante : il n'existe ni conjugaison verbale, ni flexion nominale. Les relations grammaticales sont exprimées par l'ordre des mots, des particules, des adverbes de temps et des marqueurs aspectuels. Cette simplicité apparente donne une grande importance au contexte. Comme le verbe ne varie jamais, ce sont les mots ajoutés avant ou après qui indiquent la temporalité, l'aspect ou l'intention. De même, les noms ne comportent pas de pluriel morphologique : le pluriel est marqué par des expressions comme « plusieurs » ou « ensemble ». Le vocabulaire khmer est principalement d'origine môn-khmer. Cependant, en raison de l'influence culturelle et religieuse de l'Inde, le khmer a incorporé un nombre important de mots empruntés au sanscrit et au pâli, particulièrement dans les domaines de la religion, de la royauté, de l'administration et de la philosophie. Le thaï, le vietnamien et, plus récemment, le français et l'anglais ont également contribué au lexique. La langue se caractérise également par un système de registres de politesse complexe. Le choix du vocabulaire varie selon que l'on parle à un ami, à un inconnu, à un religieux ou à un membre de la famille royale. Certains verbes n'existent que dans le registre honorifique, utilisé pour s'adresser au roi ou pour parler de lui. Cette hiérarchie linguistique témoigne des structures sociales traditionnelles et du rôle central de la cour et du bouddhisme dans la culture khmère. Au Cambodge contemporain,
la langue khmère joue un rôle fondamental dans l'éducation, l'administration
et les médias. Sa normalisation est assurée par l'Institut bouddhique
et par les institutions éducatives nationales. Malgré des variations
dialectales, notamment le dialecte de Battambang, celui de la capitale,
Phnom
Penh (base du khmer moderne), ou encore le khmer du Nord ou khmer surin,
l'intercompréhension reste élevée. Le khmer parlé en Thaïlande Littérature
khmère.
À ses débuts, la littérature khmère était principalement orale et sacrée, véhiculée par les prêtres brahmanes et les moines bouddhiques. Les premiers textes écrits apparaissent aux alentours du VIIe siècle, gravés sur pierre, en écriture pallava dérivée du sanscrit, dans les temples d'Angkor. Ces inscriptions royales et religieuses, bien qu'administratives ou dévotionnelles, possèdent une dimension poétique et rhétorique non négligeable, mêlant formules védiques, éloges au roi divin (devarāja), et descriptions cosmologiques. Le sanscrit joue alors un rôle prépondérant : il est la langue des élites religieuses et royales, tandis que le khmer ancien, de plus en plus structuré, commence à s'affirmer dans les textes vernaculaires, notamment pour les récits épiques, les contes populaires et les commentaires des textes sacrés. L'un des tournants majeurs de la littérature khmère intervient avec l'adoption progressive du bouddhisme theravāda à partir du XIIIe siècle, qui va profondément influencer la production littéraire. Le pali devient alors la langue liturgique par excellence, et de nombreux textes bouddhiques sont traduits ou adaptés en khmer, donnant naissance à une littérature religieuse abondante : commentaires, sermons, vies de Bouddha (Jātaka adaptés), traités de morale, manuels de méditation. Ces oeuvres sont ordinairement copiées sur des feuilles de latanier (sastra sleuk rith), conservées dans les bibliothèques des wats ( = monastères), et récitées lors des cérémonies. La forme poétique domine largement, avec des mètres rigoureux empruntés à la tradition sanscrite (comme le kham chan, le chan, ou le rap hak), où la musicalité, la rime interne, et les jeux de son sont primordiaux. L'écriture khmère, quant à elle, gagne en complexité et en expressivité, intégrant des néologismes, des calques sémantiques et syntaxiques, et une riche couche de vocabulaire emprunté au sanscrit et au pali, encore très présente aujourd'hui dans le registre littéraire et formel. Parmi les chefs-d'œuvre
classiques figurent les adaptations locales du Rāmāyaṇa Parallèlement à cette littérature savante, une littérature populaire foisonne : contes animaliers à visée pédagogique (le personnage du lièvre rusé Khya Thôn y est récurrent), fables, légendes locales liées à des esprits (neak ta), histoires d'amour tragiques (Tum Teav, parfois comparé à Roméo et Juliette, mettant en scène un moine défroqué et une jeune fille promise à un haut dignitaire), ou encore chants de travail, berceuses, et formules rituelles. Ces récits, transmis de génération en génération, sont imprégnés d'une sagesse pratique, d'humour subtil, et d'une vision cyclique du monde où le karma, la compassion et la modération sont des vertus cardinales. La période coloniale (1863-1953) marque une transition importante. Sous l'influence française, une élite lettrée émergente s'empare de nouveaux genres : roman, nouvelle, essai, théâtre moderne. Des auteurs comme Keng Vannsak, Oum Sum ou Nhok Them traduisent des oeuvres occidentales, lancent des revues, et expérimentent avec la prose narrative. L'écriture romanesque se développe lentement, souvent teintée de moralisme et d'un souci de modernisation sociale, tout en restant ancrée dans les valeurs bouddhiques. Des institutions comme l'École française d'Extrême-Orient jouent un rôle crucial dans la collecte, la transcription et la préservation des manuscrits anciens, bien que parfois avec une grille de lecture orientaliste. Après l'indépendance en 1953 et jusqu'au coup d'État de 1970, la littérature khmère entre dans une phase de dynamisme intellectuel remarquable. Phnom Penh devient un centre culturel vivant, où se côtoient poètes engagés, dramaturges expérimentaux, et romanciers qui analysent les tensions entre tradition et modernité. Des figures comme Nou Hach (auteur du roman Phka Srapoun = La Fleur de fânée), un des premiers romans modernes traitant de l'émancipation féminine), ou Khun Srun (dont l'écriture laconique et introspective préfigure la littérature du trauma) ouvrent des voies nouvelles. Le théâtre se renouvelle, mêlant formes classiques et sujets contemporains. Mais cette effervescence est brutalement interrompue par la guerre civile, puis par le génocide perpétré par les Khmers rouges : des milliers d'intellectuels, d'écrivains, d'artistes sont exécutés ; les bibliothèques sont brûlées, les manuscrits détruits, les traditions orales rompues. La littérature, considérée comme un vecteur de « pensée bourgeoise », est interdite; seule une poésie de propagande rudimentaire est tolérée. Après 1979, la reconstruction littéraire est lente, douloureuse, et fragmentée. Les survivants, souvent marqués par le silence, commencent à témoigner : ce sont d'abord des mémoires, des récits autobiographiques écrits en khmer, en français ou en anglais, comme ceux de Loung Ung ( First they killed my father : A daughter of Cambodia remembers), ou de Rithy Panh, dont l'oeuvre cinématographique (Les Gens de la rizière; S21, la machine de mort khmère rouge) a forte dimension littéraire). Dans les camps de réfugiés thaïlandais, des écrivains comme Vann Nath (également peintre) ou Chum Mey (l'un des rares survivants du camp S21) reconstituent des fragments de mémoire. Au Cambodge même, une nouvelle génération émerge timidement à partir des années 1990, formée dans des conditions précaires, souvent influencée par les médias étrangers, les ONG, et la diaspora. Des maisons d'édition réapparaissent, des concours littéraires sont organisés, des revues encouragent les jeunes auteurs. Aujourd'hui, la littérature khmère est hybride, traversée par des tensions multiples : entre oralité et écriture, entre respect des formes classiques et désir d'expérimentation, entre ancrage local et circulation globale. La poésie demeure très vivante, notamment chez les jeunes, qui utilisent les réseaux sociaux pour publier des vers courts, engagés, parlant d'amour, d'injustice sociale, ou de quête identitaire. Le roman gagne du terrain, avec des auteurs comme Soth Polin (bien que son oeuvre majeure date des années 1960-1970), ou plus récemment Ros Chantrabot et Ly Daravuth. La bande dessinée émerge aussi comme un moyen de raconter l'histoire récente, comme dans les travaux du Centre Bophana, qui forme des jeunes à la narration visuelle et sonore. Il faut aussi souligner
le rôle fondamental du bouddhisme dans la préservation et la retransmission
de la littérature classique. Les moines continuent d'enseigner la lecture
des textes anciens dans les wats, et des projets numériques, souvent
soutenus par des institutions étrangères (comme le Digital Library of
Lao and Cambodian Manuscripts), s'efforcent de numériser les précieux
manuscrits survivants. Enfin, la diaspora cambodgienne (aux Etats-Unis |
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