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Premières
observations
On fait ordinairement
remonter aux observations de Galilée, en mai
1609,
les premières observations de la Lune à l'aide d'un instrument optique.
Les premiers dessins de la Lune à partir de ces observations datent de
cette époque et sont dus aussi bien à Galilée qu'à Harriot.
En eux-mêmes, ces documents restent d'un intérêt limité, tout comme
le sont ceux laissés à peu près à la même époque par Scheiner
et Schyrle de Rheita. Ils constituent finalement
un progrès mineur en comparaison de dessins déjà réalisés à partir
d'observation à l'oeil nu, comme par exemple ceux de Léonard
de Vinci (1505
et 1513).
Les découvertes qui sont faites à l'occasion de ces premières observations
télescopiques sont, tout au contraire, très importantes.
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Détails
à la surface de la Lune,
d'après
Ch. Scheiner, Disquisitiones mathematicae, 1614.
Galilée remarque ainsi que la surface
de la Lune est irrégulière, fait en contradiction avec les idées reçues
héritées d'Aristote, et selon lesquelles les
corps célestes devaient être des sphères parfaites. Ce que vont confirmer
les observations ultérieures, lorsqu'il disposera d'une lunette grossissant
30 fois. Il découvre que les montagne lunaires forment des anneaux enserrant
des cuvettes profondes. Autrement dit, il observe les cratères lunaires.
Il constate l'existence de points lumineux isolés dans la partie sombre
près du terminateur, et en déduit qu'ils sont des hauts sommets éclairés
par le Soleil, alors que leurs bases sont encore dans l'obscurité. Ce
qui va lui donner l'idée d'estimer les altitudes des montagnes à partir
de la mesure des ombres au sol (une méthode qui sera adoptée par ses
successeurs).
Les
observations de Galilée le conduisent par ailleurs a conclure, d'accord
en cela avec l'opinion déjà émise notamment par Léonard
de Vinci et Maestlin, que la lumière cendrée
devait être attribué à la lumière de la Terre, «qui se réfléchit
sur la Lune et que la Lune nous renvoie par une seconde réflexion.» La
vue «des océans, des continents, des montagnes et des vallées», qui
lui apparurent dans la Lune, et dont il comparait une partie à l'aspect
de la Bohème (regio consimilis Bohemiae), lui fit par ailleurs
supposer que, notre satellite pouvait être habité.
A l'époque de ces premières études, on
pense généralement, à la suite de Kepler, que
les régions sombres de la Lune sont des mers, et que les zones claires
correspondent aux continents. Idée qui va être à l'origine des grandes
divisions de la nomenclature lunaire toujours en usage. Galilée, on l'a
vu, avait adopté cette opinion dans un premier temps. Mais il se montrera
plus prudent par la suite. Et il semble même y avoir finalement renoncé
complètement, considérant que tout est continent sur la Lune. En tout
cas, cette opinion à propos de ces prétendues mers paraît avoir complètement
été abandonnée à partir de la deuxième moitié du XVIIe
siècle. Elle laissera la place à une opinion qui aura une
plus grande longévité, et que l'on trouve déjà dans la Micrographie,
publiée en 1666, par Hooke.
Celui-ci y soutient que les grandes taches de la Lune sont probablement
de vastes espaces couverts de végétaux analogues à nos gazons, ou Ã
nos forêts peuplées d'arbres et d'arbrisseaux. Il appuyait son opinion
sur ce que ces taches restent toujours ternes, plus ou moins verdâtres,
quelle que soit la direction de la lumière solaire qui les éclaire, tandis
que les montagnes environnantes, stériles brillent d'un vif éclat.
Les
remarques de Hooke, à propos d'observations de la région
du
cratère Hipparque, effectuées en octobre 1664 :

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La Lune du
Paradis
Perdu
Milton,
qui avait plusieurs fois rencontré Galilée, lors de son séjour à Florence,
fait allusion à celui-ci à deux reprises dans son Paradis Perdu
(publié un an après la Micrographie de Hooke). Dans ces deux passages
(dans le premier la Lune y est comparée au bouclier de Satan, et dans
le second, l'archange Raphaël observe la Terre), on ne trouve plus aucune
allusion à des mers lunaires. L'auteur se contente de parler de "régions",
et s'il évoque des îles dans le second passage, c'est pour signifier
l'isolement des planètes :
Livre
I
"Son pesant bouclier,
de trempe éthérée, massif, large et rond, était rejeté derrière lui;
la large circonférence pendait à ses épaules, comme la Lune, dont l'orbe,
à travers un verre optique, est observé le soir par l'astronome toscan
du sommet de Fiesole ou dans le Val d'Arno, pour découvrir de nouvelles
terres, des rivières et des montagnes sur son globe tacheté."
[...]
Livre V
"Aucun nuage, aucune
étoile interposés n'obscurcissant sa vue, il aperçoit la Terre, toute
petite qu'elle est, et ressemblant assez aux autres globes lumineux : il
découvre le jardin de Dieu couronné de cèdres au-dessus de toutes les
collines : ainsi, mais moins sûrement, pendant la nuit, le verre de Galilée
observe dans la Lune des terres et des régions imaginaires; ainsi le pilote,
parmi les Cyclades voyant d'abord apparaître Delos ou Samos ,
les prend pour une tache de nuage. Là en bas Raphaël hâte son vol précipité,
et à travers le vaste firmament
éthéré, vogue entre des mondes et des mondes." (Milton, Le Paradis
Perdu, 1667).
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Origine
de la nomenclature
Les premières cartes de la Lune un peu
détaillées datent du milieu du XVIIe
siècle. L'introduction des premiers principes de nomenclature
lunaire est due à van Langren (Langrenus) (1645),
qui, Ã la demande du roi Philippe IV
d'Espagne, propose en particulier l'utilisation de noms de personnages
historiques pour nommer les taches et les principales formations lunaires
(l'actuel océan des Tempêtes, par exemple, est appelé par lui Oceanus
Philippicus, en l'honneur de devinez qui). Après lui, la première
description systématique de la surface de la Lune sera donnée par Hévélius
dans sa Sélénographie (1647).
L'auteur, repris la distinction entre mers et continents de Kepler, et
baptisa les diverses contrées lunaires de désignations tirées de la
géographie terrestre : mer Méditerranée, mer Adriatique, Propontide,
Pont-Euxin, Mer Caspienne ,
Sicile, Palestine, Mont Sinaï, Mont Etna (dont Riccioli fera le cratère
Copernic) ou encore le Grand lac Noir (qui deviendra avec Riccioli le cratère
Platon), etc.
On doit
également à Hévélius la découverte des principales librations
de la Lune. Galilée avait détecté la libration en latitude, et avait
soupçonné l'existence de la libration diurne. Hévélius montra que des
taches près du bord oriental et occidental étaient plus proches du bord
à certains moments et plus éloignés à d'autres. Il montra non seulement
que cela correspondait à une libration en longitude, mais que cela s'expliquait
par le mouvement non uniforme de la Lune sur son orbite.
Au moment de la publication de cet ouvrage,
Peiresc
et Gassendi qui avaient eux aussi entrepris
l'élaboration d'une carte de la Lune, renoncèrent à achever leur travail.
Un seul feuillet de leur carte fut publié.
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-La
carte d'Hévélius (1647).
-
L'ouvrage d'Hévélius, avec ses nombreuses
figures télescopiques, est encore aujourd'hui, malgré son âge, l'un
des plus curieux que l'on ait écrits sur la Lune. Pour comparaison avec
cette carte antique, on pourra examiner aussi celle de Riccioli,
Almagestum
novum (1651) de la même époque
comme on le voit, sur laquelle les configurations lunaires portent une
nouvelle nomenclature : comme le rappelle Flammarion
dans ses Terres du Ciel (1884),
les plaines appelées mers, sont nommées d'après les idées anciennes
sur les influences lunaires mers du Sommeil, des Songes, du Nectar, de
la Fécondité, des Humeurs, des Tempêtes, de la Sérénité, de la Tranquillité,
des Crises, etc.; terres de la Santé, de la Chaleur, de la Sécheresse,
de la Vie, de la Vigueur, de la Stérilité, etc.; monts Tycho, Copernic,
Kepler, Archimède, Platon, Aristote, Eudoxe, Aristarque, Eratosthène,
Ménélas, Zoroastre, Hypathia, Posidonius, Pythagore, Pythéas, Hyginus,
Galilée, Cardan, Bayer, Kircher, etc., sans compter plusieurs saints chrétiens
Ste Catherine, St Cyrille, St Théophile, St Isidore, Saint Denis l'aréopagite,
Bède le vénérable, Alcuin, Raban Lévi, etc.
Notre auteur note encore qu'on lit aussi
en tête de cette carte du savant jésuite
:
"Il n'y a pas
d'hommes dans la Lune; les âmes n'y émigrent pas non plus."
La
carte de Riccioli (1651).
L'usage a fait adopter la nomenclature
de Riccioli de préférence à celle d'Hévélius, à l'exception cependant
des «terres» dont les noms sont tombés en désuétude. Quant aux montagnes,
à part quelques noms comme ceux des Alpes, des Apennins et des Pyrénées,
qui rappellent les chaînes de montagnes terrestres, on a continué Ã
leur donner ceux des astronomes et des savants. On peut dire, notait en
son temps Flammarion, que la Lune est le cimetière
des astronomes. C'est là qu'on les enterre : lorsqu'ils ont quitté la
Terre ,
on inscrit leurs noms sur les terrains lunaires comme sur autant d'épitaphes...
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De
Cassini à Lohrmann
Dominique Cassini,
dès 1673 et dans les années suivantes,
fit dessiner par Patigny toutes les phases
de la Lune, marquées de jour en jour [a].
L'artiste se servait pour cela de la lunette de 31 pieds de focale que
l'on conserve encore à l'Observatoire de Paris .
A la suite de ces dessins, Cassini donna une première carte de la Lune
d'un diamètre de 54 centimètres. Elle ne montrait pas beaucoup de détails
supplémentaires, mais elle valait d'abord pas sa méthode de construction.
Les emplacements des principales formations lunaires avaient été mesurés
avec précision et se trouvaient localisés sur la carte avec exactitude,
en tenant compte des effets de libration. En 1680,
Cassini publia une seconde carte. Curieusement cette carte, que l'on qualifierait
aujourd'hui de "grand succès de librairie", tant elle fut rapidement épuisée,
s'avérera plus complète que celle d'Hévélius, mais moins exacte. Cette
carre ne trouve réduite à une petite échelle, et accompagnée d'un texte
explicatif, dans les Mémoires de l'Académie des sciences, année 1692.
La
Hire, qui lui-même était fort bon dessinateur, voulut faire une carte
semblable. Il fit aussi construire un globe lunaire tel qu'Hévélius l'avait
proposé. Ce globe, et la carte de La Hire changèrent plusieurs fois de
propriétaire.
L'exemple de Cassini et de La Hire fut
suivi par Tobias Mayer, directeur de l'observatoire
de Göttingen. Ce sera la première carte lunaire véritablement fiable.
Au départ, l'astronome se proposait seulement d'observer une éclipse
de Lune en 1748, et de suivre à cette
occasion la progression de l'ombre de la Terre sur la surface de notre
satellite, en se repérant grâce aux différentes formations lunaires.
Mais pour cela, il lui fallait disposer d'une carte plus exacte que celles
qui existaient alors. Il ne lui restait plus qu'à en élaborer une lui-même.
Il envisagea ainsi une carte à grande échelle, sur laquelle les différentes
formations auraient été placées sur la base de mesures micrométriques.
Trop occupé par ailleurs, il ne put finalement réaliser ses plans. On
retrouva cependant dans ses papiers, après sa mort, une carte plus petite
(diamètre de 7 1/2 pieds de Paris, tout de même), qu'il avait finalement
réalisée. Elle fut publiée à Göttingen en 1775,
treize ans après sa disparition, parmi ses Opera Inedita, et resta
jusqu'en 1824, la meilleure carte de
la Lune disponible.
Il convient ensuite de signaler deux autres
entreprises cartographiques, avant la grande oeuvre de Beer et de Maedler.
Il s'agit, en premier lieu de celle de Schroeter.
Celui-ci étudia la Lune avec beaucoup de soin, d'abord avec un réflecteur
de 7 pieds de focale, puis avec un instrument de 18 pieds, et enfin avec
un télescope de 27 pieds. Les dessins qu'il produira ont cependant été
souvent critiqués (peut-être injustement) par ses successeurs qui reprocheront
à Schroeter de s'être montré plus préoccupé de discerner des changements,
plus ou moins imaginaires, sur la Lune que de représenter ce qu'il voyait
vraiment. Mais controversée est la deuxième carte, celle que va dessiner
Lohrmann.
On y verra même la première tentative de représentation des détails
de notre satellite réellement scientifique. Lohrmann avait initialement
prévu de réaliser une carte de la Lune à très grande échelle, en 25
sections. Il publia les quatre premières en 1824.
Mais sa vue devenant déficiente, il ne put poursuivre son entreprise.
En 1838, il fit dessiner et publia
malgré tout une excellente carte de la Lune de 15,25 pieds de diamètre.
La
carte de Beer et Maedler
Un des grands achèvements de la cartographie
lunaire est représenté par la carte de la Lune de Beer
et Maedler, commencée en 1830
et terminée en 1837. Elle se fondait
sur des observations effectuées avec un instrument de seulement 4 pouces
(une dizaine de centimètres) d'ouverture. |
[a]
Ces dessins habilement faits au crayon sont restés inédits. Lalande le
vit à l'époque de la révolution entre les mains du comte Cassini, fils
de Cassini de Thury. |
|
"Dessinée d'après la projection
orthographique, elle avait 1 mètre de diamètre. Les auteurs, explique
à l'occasion de la troisième livraison de ce travail un compte rendu
de l'Académie des sciences, se sont engagés à n'y porter que ce qui
aura été vu, observé, mesuré et calculé par eux-mêmes. Ils ont déjÃ
déterminé les positions absolues de 106 points principaux [a].
Les objets du second ordre sont rapportés aux précédents à l'aide de
triangles, comme dans nos canevas géodésiques. En passant aux points
de moindre importance, aux points du troisième ordre, les auteurs se contentent
de simples alignements.
La nomenclature reste celle de Riccioli
: tous les anciens noms d'hommes célèbres sont conservés. Au besoin,
de nouveaux noms propres ont été introduits; on en comptait déjà 29
de cette espèce dans la première livraison de la nouvelle carte. Quant
à des centaines de petits objets qui peuvent cependant intéresser les
astronomes, les auteurs les marquent par les lettres de l'alphabet latin,
s'il s'agit de cratères, et par celles de l'alphabet grec, lorsqu'ils
ont à désigner de petites montagnes.
Dans les livraisons déjà publiées de
la belle carte de la Lune qu'il exécute à Dresde, Lohrmann a employé,
pour la représentation des montagnes, la méthode assez généralement
adoptée aujourd'hui par les topographes : la teinte plus ou moins noire
du dessin donne la mesure de la rapidité des pentes. Beer et Maedler se
sont rigoureusement conformés aux mêmes principes dans toutes les parties
de leur grand travail.
La Lune renferme des régions brillantes
et d'autres régions très sombres : le jour de la pleine lune, chacun
a pu le remarquer, même à l'oeil nu. Beer et Maedler sont parvenus avec
des mélanges convenables de blanc et de noir, à donner aux diverses parties
de leur carte les degrés comparatifs de clarté dont les objets naturels
eux-mêmes sont doués.
Les auteurs ont poussé le scrupule jusqu'Ã
désigner par un genre particulier de hachures les espaces où, dans des
circonstances atmosphériques très favorables, ils assurent avoir aperçu
des couleurs, le rougeâtre, le brun-jaune et surtout le verdâtre. Dans
le nombre de ces espaces colorés, Beer et Maedler placent au premier rang
l'intérieur du mare serenitatis.
La nouvelle carte a été très habilement
gravée sur pierre par Vogel sous la direction immédiate de Maedler. La
4e et dernière livraison paraîtra en
1837.
D'après les engagements que les auteurs ont bien voulu contracter, les
astronomes peuvent espérer de voir publier en même temps un ouvrage où
seront consignés les nombreux résultats mathématiques et physiques qu'une
si longue, qu'une si minutieuse contemplation de notre satellite a dû
nécessairement révéler."
En présentant cette 3e
livraison de la carte de la Lune à l'Académie, Arago
rappela les curieux mémoires que Beer et Maedler ont déjà publiés sur
la constitution physique et le mouvement de rotation de Mars
et de Jupiter .
"En très
peu de temps, ajouta-t-il, l'observatoire de Berlin
que Guillaume Beer a fait construire à ses frais, aura ainsi pris rang
parmi ceux de ces dispendieux établissements auxquels la science est le
plus redevable. Dès aujourd'hui, la famille Beer, qui déjà pouvait se
glorifier d'avoir donné au monde le célèbre poète dont une mort prématurée
a si malheureusement brisé la brillante carrière, et l'illustre musicien
auteur de Robert le Diable, a le droit d'inscrire le nom du troisième
frère parmi ceux des astronomes les plus zélés, les plus scrupuleux
et es plus habiles de notre époque."
L'observatoire
de Berlin, au XIXe
siècle.
Source
: Deusches Museum.
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Les rivières
de la Lune
Que la Lune n'ait
pas eu de mers véritables a été une chose assez vite comprise. Et l'on
a aussi compris rapidement qu'elle n'avait pas non plus de rivières (seraient-elles
asséchées). La découverte de rainures et autres fissures à la surface
du sol lunaire a cependant éveillé durablement des interrogations sur
l'origine de ces formations.
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Rainures
de la région d'Hyginus.
Schroeter
est le premier a avoir aperçu des rainures à la surface de notre satellite.
Il en découvrit 11 de 1788
à 1801.
Lohrmann
en découvrit 75 nouvelles pendant la période de 1823Ã
1827,
qu'il consacra à la construction de son immense carte de la Lune à la
suite de laquelle il perdit la vue. Maedler en
ajouta 55 nouvelles, de 1832
à 1841,
et Jules Schmidt, 278 de 1842
à 1865.
Depuis cette époque, Neison (auteur d'une carte
lunaire parue en 1876),
Webb,
Birt, Gaudibert en ont découvert un grand nombre
d'autres et leur nombre s'élèvera à la fin du XIXesiècle
à près d'un millier - autrement dit, pratiquement toutes celles qui sont
accessibles depuis la Terre avait été répertoriées. Les plus belles
et les mieux visibles étant celles d'Hyginus, de Triesnecker et d'Archimède.
La rainure
d'Hyginus (la première découverte : 5 décembre 1788) traverse
dix cratères, dont Hyginus lui-même est le cinquième, en comptant du
nord-est. La rainure traverse Hyginus en brisant sa paroi et en passant
avec ses bords élevés par son intérieur, preuve évidente qu'elle s'est
formée plus tard que ce cratère. Quant aux 9 autres cratères, leur petitesse
empêche de constater le fait; mais sur d'autres points de la surface lunaire
on trouve encore des rapports semblables. Un fait dans lequel les astronomes
ont vu l'un des indices qui leur permettrait de comprendre l'origine de
ces formations.
Les rainures leur
paraissaient ainsi appartenir exclusivement à une époque tardive de la
formation de la surface lunaire. Même si certaines crevasses, certains
ravins (par exemple; la Vallée des Alpes et quelques fissures dans les
montagnes qui, par leur direction en ligne droite et leurs parois escarpées,
rappellent tout à fait les rainures) remontaient probablement, estimait-on,
à une époque antérieure. Mais, en général la formation des grandes
montagnes circulaires, comme aussi celle des cratères de diamètres moyens,
était certainement déjà terminée, ajoutait-on, lorsque des forces purement
locales se sont fait jour et ont donné naissance aux rainures.
Malgré certaines analogies,
il paraissait tout de même difficile de voir, en dépit des premières
affirmations, dans ces sillons des fleuves, ou des lits desséchés de
fleuves lunaires qui auraient existé dans les temps primitifs. On ne pouvait
certainement nier de façon formelle que de l'eau ait pu autrefois couler
dans ces lits maintenant arides, car, expliquait-on, notre Terre avait
été elle-même autrefois entièrement recouverte d'eau ( Déluge ),
et maintenant plus d'un quart de sa surface est composé de terre ferme,
et la masse des eaux continuait, semblait-il, Ã diminuer.
Cependant un examen
plus approfondi de la nature de ces rainures conduisait à une explication
contraire. Plusieurs de ces formations parcourent des pays de montagnes
sans atteindre les plaines; d'autres naissent et se terminent dans une
plaine, ou s'étendent d'une montagne à une autre en traversant un bas
pays. Elles ont presque toutes une largeur constante, ou sont au milieu
plus larges qu'aux deux extrémités. Il est rare que plusieurs se réunissent.
Un grand nombre s'étendent en ligne directe et toutes ont une profondeur
considérable. Il est invraisemblable qu'une eau courante ait pu creuser
de tels canaux, d'autant plus que la pesanteur est environ 6 fois moins
intense sur la Lune que sur la Terre. Si donc, à une époque quelconque,
il y avait eu de l'eau dans ces canaux, on n'en devait pas moins penser
que ce n'est pas à elle qu'ils devaient leur existence.
Ces formations apparaissaient
en fait tout à fait spéciales à la Lune et il n'y avait rien d'analogue
sur la Terre. Et jusqu'au milieu des années
1960,
c'est-à -dire jusqu'au renouveau des études lunaires qui a accompagné
les premiers temps de l'exploration
spatiale, elles resteront inexpliquées. |
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[a]
Ils
en détermineront au total 919, et y ajouteront 1095 déterminations d'altitudes,
dont celle du mont Newton. Sa hauteur sera par eux estimée à 23 800 pieds,
au-dessus du fond du cratère qu'elle enserre. |