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moment de la conquĂŞte espagnole, le territoire de ce qui est aujourd'hui
le Salvador était occupé par deux peuples indiens, les Chontalli
et surtout les Pipils. La conquête les réduisit en esclavage,
mais plus vite que partout ailleurs dans l'Amérique Comme toutes celles
des colonies latines d'Amérique, l'histoire da Salvador a été fort troublée.
C'est en 1524 que Pedro Alvarado pénétra pour
la première fois dans le pays; il y trouva une résistance acharnée dans
les villages des Izalcos et Ă la ville des Pipils, Cuscatlan. San
Salvador fut fondée en 1528; la nouvelle colonie
dépendit de la capitainerie de Guatemala En 1823, l'empire
d'Iturbide s'écroula, et le 22 novembre 1824 fut proclamée la République
fédérale centre-américaine, avec San Salvador comme capitale et le général
Manuel Arce comme président. Mais les guerres civiles ne tardèrent pas
à éclater (1826-1829), le Guatemala En 1851, le Salvador
fut envahi par Carrera. En 1856 et 1860, un flibustier
américain, William Walker, tenta de conquérir
l'Amérique centrale au profit des Etats-Unis Une tentative d'union
pour les affaires intérieures entre le Salvador, le Honduras et le Nicaragua
échoué encore en 1898. Au mois de juillet 1906, le Salvador a été entraîné
dans un conflit violent avec le Guatemala A cette Ă©poque, le Salvador connaissait un rĂ©gime rĂ©pressif, prĂ©sidĂ© par Pedro JosĂ© EscalĂłn. Il a cependant connu une embellie Ă©conomique due Ă l'expansion de la production de cafĂ©, mais, il est vrai, au prix d'une concentration des terres, qui a créé une profonde fracture sociale entre les riches propriĂ©taires terriens de cafĂ© et les ruraux pauvres. Dans les annĂ©es 1930 et 1940, la concentration des terres a continuĂ© d'approfondir la fracture sociale, tandis que le pays continuait de vivre sou les rĂ©gimes rĂ©pressifs d'une succession de gouvernements militaires. Des groupes politiques de gauche et de syndicats qui ont commencĂ© Ă se faire entendre pour exiger des rĂ©formes. La stabilitĂ© politique n'est revenue que dans les deux dĂ©cennies suivantes, sous la prĂ©sidence de JosĂ© MarĂa Lemus. Mais la pĂ©riode a Ă©tĂ© marquĂ©e par la corruption croissante et l'absence de rĂ©formes sociales et Ă©conomiques, si bien qu'une partie de la population rurale s'est enfoncĂ©e encore davantage dans la pauvretĂ©. En rĂ©action, des groupes de guĂ©rilla se sont formĂ©s, tels que le Front de libĂ©ration nationale Farabundo MartĂ (FMLN). Il s'en est suivi, dans les annĂ©es 1970 une montĂ©e de la violence politique, accentuĂ©e par une Ă©lection prĂ©sidentielle frauduleuse en 1972 et un retour Ă un rĂ©gime rĂ©pressif. L'action de groupes militaires et paramilitaires (escadrons de la mort) a entraĂ®nĂ© la mort de milliers de personnes et le dĂ©placement de centaines de milliers d'autres dans les pays voisins. Cette guerre civile salvadorienne, comme on l'a appelĂ©e, a atteint son apogĂ©e dans les annĂ©es 1980, qui a vu la multiplication des atrocitĂ©s commise, mais aussi le soutien des Etats-Unis au gouvernement salvadorien. La guerre civile a coĂ»tĂ© la vie Ă environ 75 000 personnes, et a pris fin en 1992 lorsque le gouvernement et les rebelles de gauche ont signĂ© un traitĂ© (les accords de Chapultepec) prĂ©voyant des rĂ©formes militaires et politiques. Depuis, le pays a connu une alternance entre les deux principaux partis politiques, le Front Farabundo Marti de LibĂ©ration Nationale (FMLN), issu de la guĂ©rilla, et l'Alliance RĂ©publicaine Nationaliste (ARENA), un parti de droite. Des rĂ©formes Ă©conomiques ont Ă©tĂ© mises en place qui ont permis une croissance Ă©conomique rapide, mais elle n'a pas Ă©tĂ© suffisante pour rĂ©soudre les problèmes sociaux et Ă©conomiques profonds auxquels le pays est confrontĂ©. En 2009, Mauricio Funes, le candidat du FMLN, a remportĂ© les Ă©lections prĂ©sidentielles. Son gouvernement a cherchĂ© Ă rĂ©duire les inĂ©galitĂ©s sociales, Ă renforcer les institutions dĂ©mocratiques et Ă amĂ©liorer les relations avec les pays voisins. L'ARENA a ensuite remportĂ© les Ă©lections prĂ©sidentielles de 2014 et encore en 2019. Mais, Ă cette date, le prĂ©sident Ă©lu, Nayib Bukele, s'est engagĂ© dans une gouvernance populiste et autoritaire, mettant en place des rĂ©formes constitutionnelles controversĂ©es, limogeant des juges de la Cour suprĂŞme et des procureurs, et portant atteinte Ă la libertĂ© de la presse. Après la pandĂ©mie de covid-19, le Salvador s'est enfoncĂ© dans une crise Ă©conomique et une augmentation de la pauvretĂ©, tandis que ses maux endĂ©miques, corruption, inĂ©galitĂ©s sociales n'ont fait que s'aggraver. Les
violations des droits humains au Salvador.
Les chiffres avancés dans le rapport GIPES sont accablants et témoignent de l'ampleur des violations. Près de 90 000 personnes ont été arrêtées sans mandat ni procédure régulière, souvent sur la base de simples dénonciations, de critères physiques comme des tatouages ou encore de quotas d'arrestations. Le président Bukele lui-même a reconnu qu'au moins 8000 de ces détenus étaient innocents. Entre mars 2022 et août 2025, 403 décès en détention ont été documentés, dont ceux de quatre enfants, et 540 cas de disparition forcée ont été enregistrés. Les conditions de détention sont inhumaines, avec des prisons surpeuplées où les détenus sont jugés en masse, sans accès effectif à un avocat et dans une opacité totale. Les enfants et adolescents n'ont pas été épargnés : plus de 3000 ont été incarcérés, et une loi récente autorise désormais la prison à vie pour les mineurs reconnus coupables de meurtre, de viol ou de terrorisme, pouvant même les envoyer dans des prisons pour adultes. Au-delà des détentions arbitraires et des morts en prison, le rapport GIPES détaille d'autres crimes qui constituent des crimes contre l'humanité : la torture, les assassinats, les disparitions forcées et la violence sexuelle sont devenus des pratiques systématiques. Ces violences visent non seulement les membres présumés des gangs, mais aussi les opposants politiques et toute personne perçue comme telle. Le gouvernement est accusé de mener des "campagnes de stigmatisation et de criminalisation" contre la société civile et la presse, réduisant au silence les voix critiques. Des figures de l'opposition et des journalistes ont été contraints à l'exil ou emprisonnés, tandis que des organisations de défense des droits humains comme Cristosal ont dû fuir le pays. En mai 2025, une loi sur les agents étrangers a imposé des restrictions sévères aux organisations recevant des financements internationaux. Le régime d'exception s'accompagne d'un démantèlement méthodique de l'État de droit et de la séparation des pouvoirs. Le point de bascule a été identifié en mai 2021, lorsque l'Assemblée législative, dominée par le parti du président, a destitué les juges de la Chambre constitutionnelle et le procureur général. Depuis, l'exécutif a concentré tous les pouvoirs, l'Assemblée lui étant entièrement acquise. Cela a permis d'adopter des réformes clés : d'abord, en 2024, la réélection présidentielle immédiate, jugée inconstitutionnelle par de nombreux experts, puis en 2025, une réforme permettant la réélection indéfinie. Plus récemment, en mars 2026, le Congrès a approuvé une réforme constitutionnelle instaurant la prison à vie pour les homicides, viols et actes de terrorisme, une mesure défendue par le président Bukele. Face à cette situation, le GIPES a formulé des recommandations urgentes à l'attention de la communauté internationale, appelant le Conseil des droits de l'homme des Nations unies à créer une mission internationale d'enquête pour établir les faits et garantir la justice. Il exhorte également l'État salvadorien à mettre fin au régime d'exception, à annuler les réformes pénales qui violent le droit international et à établir une commission indépendante, avec un soutien international, pour réexaminer tous les cas de personnes détenues. Les experts internationaux et les organisations de défense des droits humains constatent que, d'un côté, le gouvernement de Nayib Bukele a indéniablement réussi à briser l'emprise des gangs, réduisant les homicides à des niveaux historiquement bas et redonnant une liberté de mouvement que les Salvadoriens n'avaient pas connue depuis des décennies. De l'autre, ils affirment que ce succès a été obtenu au prix de la mise en place d'un système qui, par son caractère généralisé et systématique, a franchi la ligne rouge du droit international, transformant l'État lui-même en une source de violence et de terreur. |
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