.
-

L'histoire du Mexique
De l'Indépendance à l'arrivée des Français
Le début du XIXe siècle marque un tournant dans l'histoire mexicaine. Il y eut d'abord trois tentatives inutiles d'indépendance : sous Hidalgo, 1810; sous Morelos, 1815; sous Mina, 1816. En 1821, Augustin Iturbide, général de l'armée royale, passa aux insurgés, battit le vice-roi Apodaca, s'empara de Mexico et se fit proclamer empereur en 1822, sous le nom d'Augustin Ier, mais il fut renversé dès l'année suivante, et le Mexique se constitua en république fédérative : la victoire de Tampico, gagnée en 1829 sur les troupes de Ferdinand VII, assura son indépendance. Mais depuis cette époque, le pays n'a plus cessé d'être déchiré par des dissensions intestines.

Une foule d'ambitieux se sont succĂ©dĂ© Ă  la prĂ©sidence, se renversant ou s'Ă©gorgeant les uns les autres : Vittoria (1824), Pedrazza et Guerrero (1828), Bustamente (1829 et 1836), Santa-Anna (1832), Parèdes (1841 et 1846), Santa-Anna de nouveau (1843, 1847 et 1853). Ce dernier avait rĂ©ussi un moment Ă  restaurer l'autoritĂ©; mais il fut renversĂ© de nouveau en 1855, et depuis la pays est restĂ© livrĂ© Ă  la plus dĂ©plorable anarchie : plusieurs partis, les fĂ©dĂ©ralistes et les unitaires, le parti clĂ©rical et le parti libĂ©ral, s'y disputaient le pouvoir avec acharnement. Aux maux de la guerre civile sont encore venus se joindre ceux de la guerre extĂ©rieure : en 1838, les mauvaises relations avec la France conduisirent au  bombardement de St-Jean d'Ulloa et de la Vera-Cruz; en 1846, la sĂ©cession du Texas, qui s'annexa aux États-Unis, amena une guerre avec cette puissance, Ă  la suite de laquelle le Mexique, partout vaincu, fut forcĂ© de signer Ă  Guadalupe un traitĂ© qui lui enlevait le territoire Ă  l'Est du Rio-del-Norte, le Nouveau- Mexique et la Nouvelle-Californie (2 fĂ©vrier 1848).

En 1861, sous la prĂ©sidence de Juarez, le Mexique suspend le rĂ©glement de sa dette extĂ©rieure, et les EuropĂ©ens (la France, l'Angleterre et l'Espagne), encouragĂ©s par les conservateurs malmenĂ©s par le rĂ©gime libĂ©ral de Juarez, se dĂ©cident Ă  intervenir militairement. L'affaire se règlera rapidement avec l'Espagne et l'Angleterre.  Mais la France dĂ©cida de rester encore un peu...

Dates-clés :
1810- Rebellion de Hidalgo.

1821-1824 - L'Indépendance du Mexique est proclamée.

1846-1848 - Guerre avec les États-Unis, perte du Texas et de la Californie.

1861 - Débarquement des troupes anglaises espagnoles et françaises.

Rébellion créole et indépendance

Dans ce pays si peu vivant, la première agitation importante fut le contre-coup de l'occupation de l'Espagne par Napoléon. Dans toutes les colonies espagnoles, les Créoles s'associèrent au gouvernement pour protester en faveur de la monarchie des Bourbons. Mais la jalousie des Espagnols les mécontenta bientôt et fut la cause des premiers soulèvements. Le 56e vice-roi, Don José Ituvrigaray, voulut donner aux Créoles l'égalité de droits avec les Espagnols; il fut saisi par ceux-ci (16 septembre 1808) et renvoyé en Espagne. La junte révolutionnaire de la péninsule tenait à maintenir l'ancien état de choses et nomma un vice-roi, Venegas (1810). Cette année, Hidalgo, curé de Dolorès, un Créole à qui le gouvernement avait interdit de planter des vignes, souleva les métis et les Indiens du Nord, s'empara de Guanajuato et de Valladolid et menaça Mexico. Il fut battu par le vice-roi Calleja, pris et fusillé (27 juillet 1811). En 1812, le curé Morelos recommença la même tentative dans le Sud, avec les mêmes éléments, et fut proclamé dictateur au congrès d'Oaxaca; il déclarait qu'il en voulait aux Espagnols purs, non à Ferdinand. Mais déjà, en novembre 1813, un congrès d'insurgés proclamait l'indépendance du Mexique. Le congrès fut dispersé, Morelos pris et fusillé (21 décembre 1815). Après six années de réaction, l'indépendance fut proclamée en 1824, par le général espagnol Iturbide qui fit un coup d'État contre le vice-roi. C'était un créole qui s'était distingué dans l'armée espagnole et s'exaspéra de se voir préférer les natifs d'Europe.

Iturbide profita de ce que le clergé, mécontent du triomphe de la révolution en Espagne (1820), devint séparatiste, et complota avec les créoles modérés l'érection du Mexique en royaume autonome sous un prince espagnol; c'était le plan dit de Grito de Ignala. Iturbide fut nommé généralissime des forces nationales (janvier 1821). Un commissaire royal, débarqué à Veracruz pour prendre le gouvernement, signa avec lui la convention de Cordoba (24 août 1821) par laquelle la garnison espagnole évacua Mexico, où Iturbide entra le 27 septembre. Naturellement, les Cortès espagnols n'acceptèrent pas cette solution et rejetèrent le traité de Cordoba. La scission fut complète. Iturbide réunit un congrès. La révolution avait été militaire, et l'armée joua un grand rôle politique au Mexique dans tout le cours du siècle. De 1821 à 1857, le Mexique eut 6 formes de gouvernement, 55 ministères, 250 révolutions.

La lutte, au Congrès de 1822, s'engagea entre trois partis : les monarchistes, composĂ©s de grands propriĂ©taires et des Ă©vĂŞques; les libĂ©raux, divisĂ©s en Écossais et en Yorkinos (du nom des rites maçonniques rivaux; les premiers Ă©taient aristocrates et clĂ©ricaux; les derniers voulaient une rĂ©publique fĂ©dĂ©rale comme les États-Unis; ils comptaient avec eux le plus grand nombre des mĂ©tis. Iturbide, appuyĂ© sur les monarchistes, se fit nommer empereur sous le nom d'Augustin Ier. Mais le gĂ©nĂ©ral Antonio Lopez de Santa-Anna, soutenu par les libĂ©raux, s'insurgea Ă  Veracruz (dĂ©cembre 1822), fit un coup d'État, chassa Augustin Ier et rĂ©unit le Congrès qui organisa une rĂ©publique mexicaine fĂ©dĂ©rative, dont la constitution, datĂ©e du 4 octobre 1824, fut calquĂ©e sur celle des États-Unis. Elle comptait 48 États pourvus de lĂ©gislatures particulières. Le gouvernement central comprenait le Congrès formĂ© d'une chambre des dĂ©putĂ©s et d un sĂ©nat et un prĂ©sident de la rĂ©publique Ă©lu par le Congrès et choisissant ses ministres. Cette constitution, votĂ©e le 16 dĂ©cembre 1823, mise en vigueur le 4 octobre 1824, a Ă©tĂ© la base de la constitution du Mexique; 1824 est donc la date initiale dans l'histoire de la RĂ©publique mexicaine. 

L'épreuve des réalités.
L'indépendance du Mexique fut reconnue en premier lieu par les États-Unis, puis par la Grande-Bretagne, le Portugal, le Brésil, les Pays-Bas, la Suède, le Danemark, la Prusse, la France (qui d'abord n'accrédita que des agents commerciaux). Le 29 juin 1825, le pape Léon XII adressa au président une lettre sur les affaires religieuses de la république. Les différents partis se disputèrent la majorité du Congrès et la présidence. Le premier président fut le général Fernandez Vittoria. Une encyclique de Léon XII, prêchant la soumission à l'Espagne, suscita des troubles. Le parti écossais ou aristocrate eût voulu un prince de la maison de Bourbon; les démocrates ou yorkinos s'en tenaient à la république, d'accord avec la fraction des aristocrates centralistes et avec des Espagnols européens. Les Écossais, dirigés par le général Bravo, vice-président, eurent d'abord l'avantage; mais l'Espagne refusait toute entente, bien qu'elle ne fit pas grand-chose pour reconquérir le Mexique. La capitulation du fort San Juan d'Ulloa leur enleva leur dernier point d'appui (19 novembre 1825). Ensuite d'un décret du 20 mars 1829, bannissant de la république tous les Espagnols, ils envoyèrent de Cuba une expédition qui débarqua le 27 juillet à la Punta de Jeres, prit Tampico, mais y fut cernée par Santa-Anna et dut rentrer à la Havane. Le décret de bannissement fut rapporté en 1831

Les rivalitĂ©s des partis politiques donnèrent l'influence prĂ©pondĂ©rante aux gĂ©nĂ©raux Santa-Anna et Bustamente. En 1828, l'aristocrate Pedraza ayant Ă©tĂ© Ă©lu prĂ©sident, Santa-Anna le renversa et, avec l'aide des Yorkinos, proclama le mĂ©tis Guerrero. C'est alors que la plupart des aristocrates espagnols furent expulsĂ©s : plus de 20 000 durent quitter le pays. Il n'y eut plus dès lors que deux partis : les centralistes, gĂ©nĂ©ralement militaires et clĂ©ricaux; les fĂ©dĂ©ralistes, dĂ©centralisateurs, anticlĂ©ricaux et partisans de la prĂ©dominance du pouvoir civil; ce sont en grande majoritĂ© des MĂ©tis; en 1833, ils firent Ă©tablir, dans la loi, l'Ă©galitĂ© entre Indiens et Blancs. Le mĂ©tis Guerrero, s'Ă©tant brouillĂ© avec Santa-Anna et Bustamente, fut renversĂ© par eux, et, le 1er janvier, on Ă©lut Bustamente prĂ©sident. Guerrero, ayant repris la lutte, fut pris et fusillĂ© Ă  Oaxaca (17 fĂ©vrier 1831). Bustamente Ă  son tour devint suspect de tendances aristocratiques, et, en janvier 1852, Santa-Anna le renversa, au nom de Pedrazza, prĂ©sident lĂ©gitime; vaincu Ă  Puebla (2 octobre 1832), Bustamente abdiqua. Une transaction intervint, en vertu de laquelle Pedrazza demeura prĂ©sident six mois. Une amnistie fut promulguĂ©e pour tous faits postĂ©rieurs Ă  1828; Bustamente et ses amis Ă©migrèrent. En mars 1833, Santa-Anna se fit Ă©lire prĂ©sident, le mĂ©decin Valentin Gomez avec Farias pour vice-prĂ©sidents. 

Le succès des libéraux semblait complet, mais le clergé fit échouer les réformes votées par le Congrès (abolition des couvents et de la dîme). Santa-Anna, qui ne voulait pas réduire l'armée, laissa faire. Le général Bravo et l'évêque de Puebla provoquèrent de nouveaux troubles. Santa-Anna, après avoir transmis le pouvoir à Farias, puis au général Baragnan, le reprit et fit, avec l'aide des centralistes ou écossais, adopter, après dissolution du Congrès, la constitution du 23 octobre 1835. Les États n'étaient plus que des départements, administrés par des préfets. Les électeurs devaient avoir un revenu de 100 piastres; le cens écartait les Indiens. La conséquence déplorable de cette réforme fut la sécession du Texas (2 mars 1836). Cette sécession devint irrévocable à cause de la suppression de l'esclavage au Mexique; les planteurs du Texas, d'accord avec ceux des États méridionaux de la république voisine, étaient absolument résolus à le maintenir à tout prix. Santa-Anna, voulant le soumettre, fut battu à San Jacinto et fait prisonnier (20 avril 1836). La présidence revint à Bustamente (25 février 1837), lequel, ayant refusé de donner satisfaction aux Français lésés, se vit déclarer la guerre par la France; l'amiral Baudin s'empara de San Jean d'Ulloa (28 novembre 1838). La médiation de l'Angleterre fit conclure le 9 mars 1839 une paix par laquelle le Mexique paya à la France une indemnité de 600 000 piastres. Après plusieurs changements présidentiels, le pouvoir revint à Santa-Anna, libéré da sa captivité et président provisoire dès mars 1839; le pacte des bases acordados en Tacubaya l'investit de la dictature en octobre 1841. Il s'appuyait sur le clergé, dont il maintint les fueros, et sur les officiers; de 1842 à 1844, il nomma 1 200 officiers. Néanmoins sa prépotence ne dura que jusqu'en 1844. Déjà le Yucatan, demeuré fédéraliste, s'était séparé. En décembre 1842, le dictateur modifia arbitrairement la constitution. Le 1er novembre 1844, Paredes se souleva à Guadalajara; le 2 décembre, Herrera à Mexico; le Congrès nomma un gouvernement provisoire, Santa-Anna dut s'enfuir, fut banni et ses biens confisqués. Son ami Canalizo fut élu le 20 septembre, mais renversé dès décembre 1844 et remplacé par Herrera.

La guerre avec les États-Unis.
Ce fut alors qu'éclata le conflit avec les États-Unis qui dépouillèrent le Mexique de la moitié de son territoire. Herrera avait dû subir l'incorporation du Texas aux États-Unis en 1845; mais la présence de troupes américaines envoyées pour défendre le Texas et les difficultés soulevées par la délimitation de la frontière aboutirent à une rupture. Le Mexique voulait fixer la frontière au rio Nueces; les Américains réclamaient le pays jusqu'au rio Grande del Norte, si bien que le 16 juillet 1845, le Mexique déclara la guerre. La république du Nord tenta d'abord une solution pacifique envoyant à cet effet Slidell à Mexico. Mais il échoua et le 30 décembre 1845 une révolution substitua au président Herrera le belliqueux général Paredes, qui repoussa tout accord. Le corps d'observation de Taylor, concentré sur le rio Nueces, avança jusqu'au rio del Norte, où il rencontra le général mexicain Ampudias, lequel fut complètement battu le 8 mai à Palo-Alto, près de San Isabel, puis à Reseca del Palma; le 18, Matamoros fut occupé. Paredes fut alors renversé par un mouvement insurrectionnel qui rappela de la Havane Santa-Anna; il fut nommé généralissime le 1er octobre 1846. On rejeta l'offre de médiation anglaise et les propositions de paix des États-Unis; pendant cette pause, les forces de ceux-ci s'étaient très accrues, et ils s étaient organisés pour une grande guerre; quatre armées envahirent le Mexique; Wood marcha sur Chihuahua, Taylor sur Monterey, Kearney sur le Nouveau-Mexique et la Californie; Scott, par mer, débarqua à Veracruz.

Battu par Taylor à Borenavista (23 février 1847), Santa-Anna ne fut pas plus heureux contre Scott débarqué le 9 mars devant Veracruz; la prise de cette ville (29 mars), la défaite de Santa-Anna à Cerro-Gordo (18 avril), sa proclamation comme dictateur, l'arrêt des Américains à Puebla, leur succès de Contreras et Churubusco (19-20 août), la guerre civile entamée par Paredes prêchant la lutte à outrance, la prise de Mexico le 14 septembre 1847 furent les principaux épisodes de cette guerre. Force fut alors de subir les clauses du traité de Guadalupe Hidalgo (2 février 1848), qui mit la frontière au rio Grande del Norte, annexant au Texas les portions des États de Tamaulipas, Coahuila et Chihuahua sises sur la rive gauche dn fleuve. En outre, les États-Unis prenaient le Nouveau-Mexique et la Nouvelle-Californie en échange d'une indemnité dérisoire de 15 millions de dollars. Le Mexique perdait ainsi 1 650 000 km². On avait déjà quelque notion des richesses minières de la Californie. Quant au Nouveau-Mexique, ses premiers maîtres européens étaient devenus impuissants à y maintenir la sécurité contre les Indiens; les provinces du Nord étaient désolées par les brigandages des Apaches et des tribus voisines, l'armée mexicaine et ses chefs presque constamment absorbés par les pronunciamentos et les guerres civiles.

Troubles politiques, désordres financiers

Après la guerre contre les États-Unis, les choses ne firent qu'empirer; la paix avait Ă©tĂ© signĂ©e par Herrera réélu prĂ©sident; mais, dès le dĂ©part des AmĂ©ricains, il fut menacĂ© par Paredes et le prĂŞtre Jaranta, chef de guerillas; Bustamente les vainquit, mais Paredes reprit les armes en aoĂ»t 1849. Herrera n'arrivait ni Ă  combler le dĂ©ficit budgĂ©taire, ni Ă  vaincre les Indiens du Nord, non plus que ceux du Yucatan, soutenus en cachette par l'Angleterre. Le gouvernement fĂ©dĂ©ral ne pouvant protĂ©ger les États particuliers, ceux-ci Ă©taient conduits Ă  pourvoir seuls Ă  leur sĂ©curitĂ©, Ă  former des lignes, Ă  se crĂ©er des ressources propres en levant des impĂ´ts, des droits de douanes. Une dissolution parut imminente; les États de Vieille-Californie, Sonora, Sinaloa, Chihuahua, Coahuila, Tamaulipas proclamèrent leur sĂ©cession le 16 juin 1849. Toutefois, en 1850, la situation s'amĂ©liora un peu. L'annĂ©e suivante, le gĂ©nĂ©ral Mariano Arista fut Ă©lu prĂ©sident; le colonel Carbajal, chef de la garde nationale, s'insurgea en septembre 1851, rĂ©clamant la rĂ©duction des droits de douane; il fut battu devant Matamoros et dut se rĂ©fugier au Texas, d'oĂą il avait Ă©tĂ© appuyĂ©. 

Mais la protestation contre les taxes excessives et les prohibitions, le conflit entre le pouvoir central et le gouverneur de Matamoros, le général Analos, qui, de sa propre autorité, avait abaissé les droits, les tendances autonomistes des États, les progrès des Indiens rendaient la situation intenable. Arista fut renversé par le général Cevallos (1852), puis on se tourna vers Santa-Anna, réfugié à la Jamaïque; Cevallos le rappela; il fit une rentrée triomphale à Mexico le 27 avril 1853. Le 16 décembre, le conseil d'État lui décerna la dictature, pour une durée illimitée avec faculté de désigner son successeur; un plébiscite ratifia ces dispositions en janvier 1855. Santa-Anna avait agi énergiquement dans le sens centraliste, à l'imitation du prince Napoléon. Il avait donné l'autorité législative à un conseil d'État, restreint la liberté de la presse, rappelé les jésuites. Pour se procurer de l'argent, il fit une nouvelle cession de territoire aux États-Unis, leur rendit la vallée de Mecilla et la région au Sud du rio Gila pour 10 millions de dollars (traité Gadsden). Il ne put se maintenir. Le général Comonfort à Ayotla, puis le métis Alvarez, gouverneur de l'État de Guerrero, s'insurgèrent en 1854; Monterey, Veracruz furent gagnés par les libéraux, et en août 1855 Santa-Anna dut quitter la place. Son rôle était fini... pour l'instant.

Radicaux, libéraux et cléricaux.
Trois partis Ă©taient aux prises : radicaux (puros), libĂ©raux et clĂ©ricaux. Alvarez, candidat des premiers, abolit les privilèges (fueros) du clergĂ© et de l'armĂ©e et fĂ»t renversĂ© par Comonfort (dĂ©cembre 1855) qui s'appuyait sur les libĂ©raux. Par la loi du 28 juin 1856, il dĂ©cida la sĂ©cularisation et la vente des biens ecclĂ©siastiques, l'État retenait 5 % et versait le reste Ă  l'Église, soit comptant, soit en titres de rente 6 %. Une nouvelle constitution Ă©tablissait la libertĂ© de conscience, expulsait les jĂ©suites, ouvrait les ports Ă  l'immigration. On rĂ©tablissait les lois de 1824 modifiĂ©es dans un sens radical; le SĂ©nat disparaissait. Le clergĂ© rĂ©sista, refusa l'obĂ©issance; non seulement il ne voulut pas prĂŞter serment Ă  la constitution, mais l'archevĂŞque de Mexico excommunia ceux qui le feraient; la majoritĂ© des fonctionnaires et une partie de l'armĂ©e suivirent. Le gĂ©nĂ©ral Zuloaga prit la tĂŞte de la rĂ©volte; après sept jours de combats, il resta maĂ®tre de la capitale et se fit nommer prĂ©sident le 22 ,janvier 1858. Comonfort avait d'abord transigĂ©, puis cĂ©dĂ©, sans rĂ©sister; mais, en mĂŞme temps que lui, les radicaux avaient fait Ă©lire prĂ©sident de la cour suprĂŞme, charge qui impliquait lĂ  vice-prĂ©sidence de la rĂ©publique, un personnage d'une autre trempe, l'un des deux hommes qui ont rĂ©organisĂ© le Mexique et l'ont replacĂ© au rang des grands États, Benito Juarez, avocat d'origine indienne, qui se vantait de descendre des anciens chefs aztèques. 

Les puros appelèrent aux armes les gens des campagnes contre les réactionnaires de la capitale, installèrent un gouvernement successivement à Queretaro, Guanajuato, Guadalajara, et finalement le 24 mai 1858 à Veracruz et soutinrent les hostilités contre Zuloaga et son général, Miramon. Ceux-ci ayant refusé de reconnaître aux États-Unis le droit perpétuel de transit par l'isthme de Tehuantepec, les Américains reconnurent Juarez (avril 1859), qui prévalut dans les États du Nord et de l'Atlantique; ceux du Centre acceptaient le régime conservateur. Le jeune général Miramon, qui avait battu les libéraux au Nord, ne tarda pas à évincer Zuloaga (janvier 1859) et marcha sur Veracruz qu'il assiégea (mars 1860) ; mais l'escadre américaine captura ses transports de guerre, et il dut se replier sur Mexico, poursuivi par les constitutionnels. Ceux-ci se procuraient des ressourcés par la vente des biens du clergé; Juarez avait prononcé la séparation de l'Église et de l'État, la suppression des couvents, la sécularisation des biens ecclésiastiques (1859). Miramon eut recours aux pires expédients financiers, empruntant à n'importe quel taux, s'emparant de fonds déposés à la légation anglaise. Il fut battu par Ortega, chef de l'armée libérale, à Silao (8 août 1860) et à Calentalpa (22 décembre) et s'enfuit à Cuba. Le 14 janvier 1861, Juarez entrait à Mexico. Il appliqua les réformes ecclésiastiques, proclama la liberté de conscience, le mariage civil, expulsa l'archevêque de Mexico et la plupart des évêques qui avaient dirigé la dernière insurrection et renvoya de même le nonce. Un congrès élu alors le confirma dans la présidence (juin) et lui décerna même la dictature (1er juillet 1864). Les chefs cléricaux, Marquez, Mejia, Ca,jique, Lozada, Vicario, Cobos, tenaient encore la campagne; le premier fit fusiller un des principaux libéraux, Ocampo, et fut mis hors la loi. Nonobstant, Juarez réussissait dans la pacification lorsqu'il se vit aux prises avec une intervention étrangère.

L'or de l'ancien monde.
La situation financière du Mexique n'avait cessĂ© d'empirer au cours de ces rĂ©volutions incessantes, âprement exploitĂ©es par les prĂŞteurs Ă©trangers. Voici comment le colonel Niox apprĂ©cie les faits : 

« Les Ă©trangers Ă©tablis au Mexique ne s'Ă©taient pas tenus Ă  l'Ă©cart des luttes des partis; les nĂ©gociants, les consuls eux-mĂŞmes avaient, au contraire, souvent favorisĂ© les rĂ©volutions sur lesquelles un grand nombre spĂ©culaient et ils en avaient parfois profitĂ© pour accroĂ®tre rapidement leur fortune, soit au moyen de prĂŞts et de transactions usuraires, soit au moyen d'arrangements de douanes. Cependant, après chaque crise, les ministres des puissances Ă©trangères, interprètes trop complaisants parfois des plaintes exagĂ©rĂ©es de leurs nationaux, prĂ©sentaient au nouveau gouvernement une longue liste de dommages Ă  rĂ©parer qui se traduisaient toujours par un chiffre excessif d'indemnitĂ©s pĂ©cuniaires. Les maisons de banques Ă©trangères, qui disposaient de capitaux importants, tiraient très habilement parti de la situation en les prĂŞtant Ă  des conditions qu'elles savaient fort bien proportionner aux risques Ă  courir. » 
Le plus fameux de ces prĂŞts usuraires est celui que fit le banquier Jecker. Le 19 octobre 1859, le gouvernement insurrectionnel clĂ©rical de Miramon avait dĂ©cidĂ© une Ă©mission de papier-monnaie de 15 millions de piastres (75 millions de F de l'Ă©poque) destinĂ©s Ă  amortir les titres discrĂ©ditĂ©s de la dette moyennant une soulte de 25 Ă  28 % en argent; on Ă©changeait les anciens titres contre les nouveaux bons, lesquels devaient ĂŞtre admis pour un cinquième en paiement des impĂ´ts et jouir d'un intĂ©rĂŞt de 6%, dont moitiĂ© garantie pendant cinq ans par le banquier suisse Jerker qui les Ă©mettait en prĂ©levant les trois cinquièmes de la soulte. L'Ă©mission Ă©choua; en mai 1860, Jecker fit faillite; il avait encore en caisse presque tous les bons. Juarez avait dĂ©clarĂ© ne pas reconnaĂ®tre l'arrangement fait par Miramon. Le banquier s'entendit alors avec Almonte, qui avait reprĂ©sentĂ© Miramon Ă  Paris, promit Ă  Morny 30 % dans les bĂ©nĂ©fices et par son influence obtint que le ministre de France Ă  Mexico imposât Ă  Juarez la reconnaissance de la lĂ©galitĂ© des bons Jecker. Il avait aussi dĂ» promettre diverses indemnitĂ©s pĂ©cuniaires. Mais la caisse Ă©tait vide, et la banqueroute inĂ©vitable. Les 80 millions de pesos produits par la vente des biens ecclĂ©siastiques n'arrivèrent qu'en partie au trĂ©sor et ne purent combler le dĂ©ficit. Le congrès suspendit le paiement de la dette intĂ©rieure, puis le 17 juillet 1861, ajourna Ă  deux ans le paiement de la dette extĂ©rieure, dont la principale Ă©tait un emprunt anglais 3% rĂ©glĂ© en 1851 Ă  256 millions de francs. En mĂŞme temps, il frappait une contribution de 1% sur le capital. Huit jours après, les ministres de France et d'Angleterre rompirent les relations diplomatiques. 

L'Espagne se joignit Ă  eux : le parti clĂ©rical y Ă©tait au pouvoir avec, la reine Isabelle et souhaitait ardemment la ruine des libĂ©raux mexicains; il rĂ©clamait vainement Ă  Juarez une indemnitĂ© pour un navire dont il s'Ă©tait emparĂ©. Les conservateurs mexicains Ă©migrĂ©s trouvèrent Ă  Paris un chaud appui chez l'impĂ©ratrice EugĂ©nie, une Espagnole fanatique, et chez Morny. Le 31 octobre 1864 fut conclue la convention de Londres entre la France, l'Angleterre et l'Espagne. Les trois puissances dĂ©claraient s'unir dans une action commune pour obtenir satisfaction Ă  leurs griefs, des garanties pour les personnes et propriĂ©tĂ©s de leurs nationaux, l'exĂ©cution des obligations contractĂ©es par la rĂ©publique mexicaine, s'engageant Ă  n'intervenir en aucune façon dans les affaires intĂ©rieures du Mexique. Juarez fit rapporter la loi qui suspendait le paiement de la dette (28 novembre 1861); tous les patriotes mexicains se rallièrent autour de lui. Le 14 dĂ©cembre les Espagnols arrivaient Ă  Veracruz qui fut occupĂ©e sans rĂ©sistance et oĂą parvinrent ensuite l'escadre anglaise (commodore Dunlop), l'escadre française (amiral Jurien de la Gravière). 

Trois corps d'occupation furent mis Ă  terre, mais l'expĂ©dition n'ayant pas de chef commun manquait d'unitĂ©, et Juarez fit au premier ultimatum des alliĂ©s une, rĂ©ponse hautaine; il interdisait Ă  ses nationaux toute relation avec eux et levait un impĂ´t de guerre. NĂ©anmoins, on avait de part et d'autre Ă©vitĂ© toute hostilitĂ©, et le 19 fĂ©vrier le gĂ©nĂ©ral espagnol Prim signait avec Doblado, ministre mexicain des affaires Ă©trangères, la convention de la Soledad; des nĂ©gociations devaient s'ouvrir Ă  Orizaba, tandis que les alliĂ©s camperaient pacifiquement sur les hautes terres, Ă  l'abri de la fièvre jaune: les Espagnols sous Prim Ă  Orizaba; les Français sous Jurien de la Gravière, auquel on adjoignit Dubois de Saligny Ă  titre de commissaire, Ă  Tehuacan; les Anglais, sous Charles Wyke, Ă  Cordoba. 

L'entreprise semblait terminée quand Napoléon III démasqua ses plans. Quand il apprit la convention de la Soledad, il expédia au Mexique une brigade de 4500 hommes sous le général Latrille de Lorencez, accompagné du général Alamonte, fils du patriote Morelos et l'un des chefs des conservateurs; avec lui vinrent le père Miranda et d'autres notables cléricaux. Juarez donna l'ordre d'arrêter « les traîtres et les réactionnaires », et les représentants de l'Espagne et de l'Angleterre, Prim et Wyke, demandèrent qu'on rembarquât Almonte; Jurien de la Gravière refusa, et, en avril, les corps anglais et espagnol évacuèrent le Mexique. (J. Gautier et A. Métin).

.


[Histoire politique][Biographies][Cartothčque]
[Aide][Recherche sur Internet]

© Serge Jodra, 2004. - Reproduction interdite.