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Architecture médiévale
L'architecture byzantine
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Architecture byzantine
Architecture romane
Architecture gothique
L'architecture byzantine, qui serait mieux appelée néo-hellénique, se trouve déjà en germe dans des monuments de la Syrie centrale antérieurs à la fondation de Constantinople. Vogüé a signalé à Oumm-az-Zaitoun et à Chaqqa des essais de coupoles sur pendentifs qui remontent au IIIe siècle. Du reste il semblerait qu'en Asie Mineure, dans les environs d'Ephèse, le même système de construction se montre également à des dates très anciennes quoique incertaines (Choisy, l'Art de bâtir chez les Byzantins, 1882). Ces deux pays subissaient l'influence du voisinage de Séleucie et de Ctésiphon qui, de leur côté, avaient emprunté la pratique en question à Ninive et à Babylone.

Mais si les Grecs ne peuvent revendiquer le mérite d'avoir les premiers établi une coupole sur plan carré, ils ont tellement perfectionné ce mode de construction que la fortune dont il a joui peut bien être considérée comme leur oeuvre personnelle. Avant eux tout était pour ainsi dire à l'état embryonnaire et l'on ne trouvera pas étonnant qu'il ait fallu deux siècles pour arriver aux merveilles du temps de Justinien. En architecture plus qu'en toute autre chose, les transformations sont lentes et progressives; on n'arrive pas du premier coup à produire un chef-d'oeuvre comme Sainte-Sophie et c'est étrangement se tromper que de supposer à son sujet une sorte d'éclosion spontanée.

Les difficultés présentées par l'établissement du genre de coupole qui sert de principe générateur à l'architecture byzantine ne laissent pas, en effet, que d'être assez considérables. Entre les supports et la chose supportée il n'y a pas continuité, mais superposition. On opère suivant deux sphéroïdes absolument différents. Le premier est censé pénétré par deux voûtes en berceau cylindriques qui se coupent à angle droit et laissent entre elles des triangles sphériques auxquels on a donné le nom de pendentifs. Quant au second, il vient simple ment s'appuyer sur les voussures en porte-à-faux qui servent à ménager la transition du carré au rond ou à l'octogone. 
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Chapiteau de l'église sainte-Sophie.
Chapiteau de Sainte-Sophie.

Nous ne savons pas comment sont construits les pendentifs de Sainte-Sophie, mais il est probable que sous la mosaïque se cache une série d'arcs en briques bandés les uns sur les autres. A cette époque, pour les parties semblables de tous les édifices byzantins, on ne voit pas que la pierre ait été employée. Du reste, il en est de même à Saint-Marc de Venise, dans la seconde moitié du XIe siècle. Cette manière de faire, si conforme à la tradition romaine, n'a été abandonnée qu'en Aquitaine quelques années plus tard, par suite de la substitution de la pierre à la brique. Seulement à Saint-Front de Périgueux, à Angoulême, à Cahors, etc., contrairement au principe adopté en pareil cas, les lits des assises sont horizontaux au lieu d'être normaux à la courbe génératrice. Pour trouver autre chose que de véritables encorbellement soutenus par l'adhérence des mortiers et leur forme sphéroïdale, il faut descendre jusqu'au XVIe siècle. C'est alors que certains architectes, entrant enfin dans la voie indiquée par la logique, se mirent en devoir de présenter des pendentifs régulièrement appareillés.

Plan de Sainte-Sophie.
Plan de Sainte-Sophie, à Istanbul.
Suivant que les coupoles sont également en brique ou en pierre, elles donnent lieu aux mêmes remarques. Mais il ne faut pas oublier qu'au point de vue de l'affet produit, cette question offre peu d'intérêt. On ne se demandait pas au moment où l'on fut admis à contempler la première coupole de Sainte-Sophie, celle qui s'écroula en 558, si, pour arriver à une plus grande légèreté, il avait fallu faire venir de l'île de Rhodes des tuiles blanches et spongieuses dont le poids était cinq fois moindre que celui des tuiles ordinaires. 

Extérieurement les églises byzantines paraissent assez lourdes. Renfermées, en Orient du moins, dans un espace rectangulaire, elles présentent des murs droits sur lesquels se détachent, du côté du choeur, une ou plusieurs absides. Toute la beauté du genre est à l'intérieur qui frappe véritablement les esprits par ses nobles proportions et son ampleur pleine de majesté. Sous ce rapport, rien n'est comparable à Sainte-Sophie dont la partie centrale forme comme une immense nef de 31 m de largeur, grâce aux deux voûtes hémisphériques qui, à l'Est et à l'Ouest., viennent s'appuyer contre la coupole. En outre, dans les angles se creusent des culs-de-four soutenus par des colonnes, ce qui n'interrompt nullement la circulation.

A Istanbul on peut admirer encore d'autres églises bâties au temps de Justinien. Mais, chose à remarquer, aucune d'elles ne reproduit exactement le plan de SainteSophie. A Saint-Serge, par exemple, où la coupole repose sur huit piliers, si les culs-de-four restent, les grandes voûtes hémisphériques ont disparu. Quant aux Saints-Apôtres, ils affectent la forme d'une croix grecque, naturellement divisée en cinq compartiments de même étendue que surmonte un égal nombre de coupoles.

L'intérieur de la basilique Saint-Marc.
L'intérieur de la basilique saint-Marc.
En Occident, la plus célèbre des églises byzantines est, sans contredit, Saint-Marc de Venise. Seulement on a tort, à propos des coupoles, de parler du Xe siècle. Leur construction ne remonte qu'aux dernières années du XIe siècle, c.-à-d. à une époque où, par suite d'un incendie, la basilique à trois nefs élevée précédemment se trouvant réduite à ses murs extérieurs, on a eu l'idée de procéder à une complète transformation. Des transepts furent ajoutés et sur d'énormes piliers évidés inférieurement en forme de croix vinrent reposer cinq coupoles, qui assurèrent à tout jamais la durée de l'édifice. Les nouvelles constructions sont simplement emboîtées dans les anciennes qui, n'ayant rien à supporter, n'ont pas eu besoin d'être renforcées.
Plan deSaint-Marc.
Plan de Saint-Marc, à Venise.
a. Eglise du Xe siècle; b. Transformation opérée de 1049 à 1076.
c. Parties ajoutées au XIIe siècle.
Coupe de saint-Marc.
Coupe de la basilique Saint-Marc, à Venise.
Des historiens ont depuis longtemps signalé l'existence à Limoges, durant tout le Moyen âge, d'une puissante colonie vénitienne. Là vivaient, non seulement des marchands, mais des artistes qui, naturellement, parlaient en termes enthousiastes des choses de leur pays. Saint-Marc, dont la richesse et la nouveauté étaient bien faites pour frapper l'imagination, fut donc connu de bonne heure dans le centre de la France. Aussi n'y a-t-il pas lieu de s'étonner qu'à Périgueux, les moines de Saint-Front aient entrepris d'en reproduire les formes générales. Suivant toutes probabilités, la construction ne commença guère avant le milieu du XIIe siècle, et  c'est ce qui expliquait jadis la présence des grands arcs brisés qu'Abadie a si malencontreusement fait disparaître. Quoi qu'il en soit, Saint Front eut une influence considérable dans la contrée située entre la Loire et la Garonne. De tous côtés on vit s'élever des églises à coupoles sur pendentifs. Au point de vue de l'art, l'Aquitaine fut transformée en un fief de Byzance. Les architectes se bornèrent à faire, en général, prévaloir le plan en croix latine, à surélever légèrement les voûtes et à supprimer presque entièrement la rangée de petites fenêtres qui, à Saint-Marc comme à Sainte-Sophie, isolent le plus possible la coupole de ses supports.
Saint-Front à périgueux.
Coupe de Saint-Front de Périgueux.
Nous ne pouvons citer toutes les églises remarquables élevées à l'imitation de Saint-Front dans la seconde moitié du XIIe siècle. Les plus connues, sans parler de l'ancienne cathédrale Saint-Etienne, sont, dans le Périgord, celles de Saint-Astier, de Brantôme, de Saint-Jean de Cole et de Saint-Avit-Sénieur. Quant aux provinces voisines, elles montrent avec orgueil Saint-Pierre d'Angoulême, la cathédrale de Cahors, l'ancienne abbatiale de Souillac (Lot), et celle de Solignac (Haute-Vienne) (fig.6). Il n'y a pas jusqu'à la grande église de Fontevrault (Maine-et-Loire) qui, après avoir possédé quelque temps trois nefs n'ait, à son tour, réclamé des coupoles. Cette addition eut lieu en suivant la même manière de procéder qu'à Saint-Marc, de sorte que les murs latéraux et la façade bâtis de 1100 à 1115 sont d'un demi-siècle plus anciens que tout le reste. 
Abbaye de Solignac.
Intérieur de l'abbaye de Solignac.
Vue de l'extérieur, la coupole byzantine qui se rattache directement au corps de la construction ne laisse pas d'imprimer à tout l'ensemble une certaine apparence de lourdeur. Aussi, fallait-il s'attendre à voir arriver le moment où, dans le but de combattre ce défaut, on interposerait, entre les grands arcs et la voûte qu'ils suppportaient, un tambour cylindrique assez élevé. Si nous ne nous trompons, l'innovation se produisit dans les dernières années de la dynastie macédonienne, c.-à-d. aux environs de l'an 1000, et son succès fut tel que depuis cette époque on n'a, pour ainsi dire, pas construit autrement. En second lieu, le nombre des coupoles se trouva singulièrement augmenté. Dans certaines églises, on en compte jusqu'à treize, une grande et douze petites. 
Eglise Théotacos.
Façade de la Thétocos, à Istanbul.
Comme types de cette période, Istanbul nous présente la belle église de la Mère- de-Dieu (Théotacos)  et celle du Pantocrator, aujourd'hui mosquée de Kilise camii. Puis viennent, à Salonique, l'église des Saints-Apôtres, celle de Saint-Elie, qui paraît dater de 1012; celle de la Vierge, qui fut consacrée en 1028. Naturellement, au mont Athos, la vie religieuse ayant pris tout son développement au Xe et au XIe siècle, la coupole sur tambour se montre seule dans les nombreuses églises des grands monastères de Lavra, de Vatopédi, de Chiliandari et de Xeropotamos. Il en est de même en Russie, au temps de Iaroslav le Grand (mort en 1054) et même longtemps après. C'est alors que s'élevèrent, à Kiev, la belle église de la Dîme, et, à Novgorod, celle de Sainte-Sophie. Mais plus tard, sous des influences diverses, le système importé de Grèce s'altéra. D'hémisphérique, la coupole devint bulbeuse et pour ménager la transition entre le plan circulaire et le plan carré, au lieu de pendentifs on se servit d'une série d'arcs superposés. 

Les documents relatifs aux monuments byzantinsfont rarement mention du nom des architectes employés par les empereurs. Ils citent seulement, sous Constantin, Théodore Belonas. qui construisit les Saints-Apôtres, sous Justinien, Anthémius de Tralles et Isidore de Milet, qui conçurent le plan et exécutèrent les travaux de Sainte-Sophie, sous Théophile (IXe siècle), Patricès qui, à la suite d'une ambassade de Jean le Syncelle à Bagdad, fut chargé de bâtir le palais de Bryos, sur le modèle de ceux que l'on voyait en Syrie.

Chapiteau de Saint-Vital.
Chapiteau de saint-Vital, à Ravenne.
La nouvelle architecture ne s'imposa pas du premier coup et longtemps elle eut à lutter contre les pratiques romaines. Un peu partout, en Orient, durant le IVe et le Ve siècle, on continua à élever des églises en forme de basilique dont la seule différence avec les types occidentaux consistait dans l'addition d'une abside à chaque extrémité du transept. Jusqu'à un certain point, à propos des églises des bords du Rhin qui, pour la plupart, présentent cette particularité, on peut donc parler d'influence byzantine. Les transepts arrondis qui, encore à l'époque moderne, se retrouvent à Bethléem, font partie des importations dues à l'impératrice Théophanie. 

Nous rangeons également parmi les églises qui, sauf certains détails d'ornementation, n'ont rien de byzantin, le Saint-Sépulcre de Jérusalem, Saint-Vital de Ravenne et le dôme d'Aix-la-Chapelle. Ce-dernier donne un exemple de ce que l'on a parfois appelé l'architecture carolingienne. Dans le dôme d'Aix on trouve toutes les formes et tous les détails de l'architecture byzantine. II existe encore deux édifices remarquables de l'époque carolingienne, l'abbaye de Saint-Guilhem-du-Désert (Languedoc) et la chapelle du château de Nimègue. 

De tout temps, à Rome, on sut élever des coupoles sur plan circulaire ou octogone. Cette disposition n'était même pas propre aux édifices religieux, ainsi que le démontre l'existence de la salle de bains connue sous le nom de Panthéon d'Agrippa. Si nous en croyons les historiens du VIe siècle, entre Saint-Vital  et le Chrysotriclinium ou Triclinium d'or qui, dans le palais de Constantinople, servait aux réceptions solennelles, il n'y avait pas la moindre différence. L'un et l'autre se composaient d'une salle octogone couverte par une coupole, sur laquelle s'ouvraient huit absides communiquant entre elles. 

II nous reste à dire un dernier mot de la manière dont étaient construites les murailles byzantines. Comme à Rome, pour les revêtements, on employait presque uniquement des briques fabriquées avec soin. Quant à la partie centrale , elle se composait de menus moellons noyés dans du ciment. (L. Palustre).

Architecture russe.
Architecture russo-byzantine. - 1. Eglise d'Ardjich (Valachie);
2. Plan de cette église; 3. Eglise de la Vierge (Moscou);
4. Tour du Kremlin (Moscou).
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