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L'épidote et le groupe de l'épidote |
| L'épidote
est un minéral silicaté complexe appartenant
au groupe des sorosilicates, remarquable
par sa couleur vert pistache si caractéristique qu'elle a donné son nom
à une teinte, le "vert épidote". Sa formule chimique idéale est Ca₂(Al,
Fe³⁺)₃(SiO₄)₃(OH), mais il s'agit en réalité d'un terme générique
pour une série isomorphe continue dont le pôle pur alumineux est la clinozoïsite
et le pôle pur ferrique est l'épidote proprement dite. La proportion
d'aluminium remplacée par le fer
trivalent détermine les propriétés optiques et la couleur du minéral,
allant de teintes pâles pour les variétés pauvres en fer à un vert
jaunâtre profond, presque noir en cas de forte teneur.
Sa structure cristalline est monoclinique et se présente typiquement sous forme de cristaux prismatiques allongés, souvent profondément striés parallèlement à leur axe d'allongement. Ces cristaux peuvent être aciculaires ou tabulaires, mais l'épidote se rencontre tout aussi fréquemment en masses granulaires, fibreuses ou compactes. La dureté se situe entre 6 et 7 sur l'échelle de Mohs, ce qui la rend suffisamment résistante pour être parfois utilisée comme gemme malgré un clivage parfait selon une direction, un facteur de fragilité notoire pour la taille. Son éclat est vitreux à résineux, et sa cassure est irrégulière. L'épidote est un minéral typique du métamorphisme régional de bas à moyen degré, caractéristique du faciès des schistes verts. Elle se forme par la déstabilisation de minéraux calciques comme les plagioclases, le pyroxène ou l'amphibole, en présence d'eau. On la retrouve ainsi abondamment dans les roches métamorphiques dérivées de basaltes, les métabasites, où elle s'associe à l'albite, la chlorite et l'actinote. Elle est également un minéral commun des skarns, ces roches nées de l'interaction entre des intrusions granitiques et des carbonates, où elle côtoie le grenat calcique, la vésuvianite et la diopside. Dans le domaine des roches magmatiques, elle apparaît comme minéral secondaire d'altération hydrothermale, remplaçant les feldspaths ou remplissant les fissures et les géodes des granites et des pegmatites, où les cristaux peuvent atteindre des tailles spectaculaires. Les gisements les plus remarquables sont nombreux. Les cristaux les plus célèbres proviennent de la vallée de l'Untersulzbach en Autriche, avec des prismes vert sombre d'une perfection et d'une taille exceptionnelles. Des spécimens magnifiques, allongés et brillants, sont extraits des pegmatites de la région de Minas Gerais au Brésil. En France, de très beaux cristaux vert bouteille ont été découverts dans les fissures alpines de la Maurienne en Savoie, et des aiguilles vert foncé associées à du quartz ornent les géodes du massif de l'Estérel. Le Pakistan, le Mozambique, le Mexique et la Norvège fournissent également des pièces de collection de grande qualité. Sur le plan gemmologique, bien que peu connue du grand public, l'épidote peut être taillée en facettes ou en cabochon pour les collectionneurs. Sa forte biréfringence, manifestée par un pléochroïsme intense dans les tons vert, jaune et brun, crée un jeu de couleurs fascinant dans les pierres transparentes. L'effet oeil de chat est parfois observable dans les variétés fibreuses taillées en cabochon. En tant que minéral index de métamorphisme, sa première apparition dans une séquence métamorphique, souvent en remplacement de la pumpellyite, marque une étape importante dans l'évolution thermodynamique des ceintures orogéniques. Le groupe de l'épidote.
L'ensemble du groupe représente aujourd'hui l'un des exemples les plus remarquables de solution solide complexe en minéralogie. Les substitutions entre aluminium, fer ferrique, fer ferreux, manganèse, chrome, magnésium, vanadium et terres rares produisent un continuum chimique très vaste, dans lequel la reconnaissance des espèces nécessite souvent des analyses chimiques précises. Ces minéraux constituent des indicateurs pétrologiques de premier ordre, car leur composition enregistre fidèlement les conditions de pression, de température, d'oxydation et la composition des fluides ayant participé à la formation des roches. Ils jouent également un rôle important dans les cycles géochimiques du calcium, de l'aluminium, du fer, du manganèse et des terres rares, tout en constituant des archives précieuses de l'évolution des environnements métamorphiques, hydrothermaux et magmatiques. Hormis l'épidote proprement dite, plusieurs espèces sont aujourd'hui reconnues par l'Association internationale de minéralogie. Les principales sont les suivantes : • La clinozoïsite constitue le second représentant majeur du groupe. Sa formule idéale est Ca2Al3(Si2O7)(SiO4)O(OH). Elle correspond pratiquement au pôle alumineux de la série continue reliant la clinozoïsite à l'épidote, dans laquelle le fer ferrique remplace progressivement une partie de l'aluminium. Dans la clinozoïsite idéale, le fer est pratiquement absent ou n'excède que quelques pourcents. Ce minéral cristallise dans le système monoclinique et se présente généralement sous forme de cristaux prismatiques, fibreux ou massifs. Sa couleur varie du blanc au gris, au vert très pâle, parfois au jaune clair. Sa dureté est comprise entre 6 et 7 sur l'échelle de Mohs, tandis que sa densité avoisine 3,2 à 3,4. La clinozoïsite est abondante dans les roches métamorphiques de faible à moyenne pression, notamment les schistes verts, les amphibolites, les marbres silicatés et les éclogites. Elle apparaît également dans certaines altérations hydrothermales de roches magmatiques calciques. Sa présence constitue un excellent indicateur des conditions métamorphiques et de la composition chimique initiale des roches.Les espèces riches en terres rares ont connu une profonde révision au cours des dernières décennies grâce aux analyses cristallographiques et microsondes modernes. Outre les allanites, plusieurs minéraux spécialisés ont été individualisés. La dissakisite-(Ce), la dissakisite-(La) et la dissakisite-(Nd) présentent une plus forte proportion de magnésium et de fer que les allanites classiques. Elles apparaissent principalement dans certaines roches métamorphiques de haute température ou dans des pegmatites enrichies en terres rares. Leur reconnaissance repose essentiellement sur les analyses chimiques quantitatives. Le groupe comprend également les dollasites, représentées notamment par la dollaseite-(Ce). Dans ces minéraux, le magnésium et les terres rares occupent des sites spécifiques de la structure. Ils sont très rares et se rencontrent principalement dans des pegmatites alcalines, des carbonatites ou des environnements métasomatiques riches en éléments incompatibles. Les espèces appelées androsite-(La), androsite-(Ce) et androsite-(Nd) sont caractérisées par une abondance de manganèse et de terres rares. Elles sont extrêmement peu communes et connues dans quelques gisements spécialisés où les processus hydrothermaux concentrent simultanément manganèse, calcium et lanthanides. Certaines espèces encore plus rares comprennent l'uedaïte-(Ce), la ferri-allanite-(Ce), la ferri-allanite-(La), la ferri-allanite-(Nd), la ferri-piémontite ainsi que plusieurs espèces récemment décrites grâce aux méthodes modernes de diffraction des rayons X et de microanalyse électronique. Ces minéraux illustrent l'extraordinaire capacité de la structure cristalline des épidotes à accueillir une grande diversité de cations sans modifier son organisation fondamentale. |
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