 |
Les
pyroxènes
constituent un groupe de minéraux silicatés
d'une importance géologique fondamentale, puisqu'ils sont, avec les olivines
et les feldspaths, des constituants majeurs
de la croûte et du manteau
terrestre. Leur nom, dérivé du grec pyr = feu et xenos
= étranger, leur fut attribué par Haüy qui pensait
à tort que leur présence dans les laves était
accidentelle, une méprise historique alors que ces minéraux sont justement
des acteurs centraux de la cristallisation des magmas. Du point de vue
chimique, leur formule générale peut s'écrire M2M1T2O6,
où T représente majoritairement le silicium (Si) et une part variable
d'aluminium, M1 est un site octaédrique de petite taille accueillant des
cations trivalents comme Al3+, Fe3+,
Cr3+, ou divalents comme Mg2+
et Fe2+, et M2 est un site
de coordination plus large, octaédrique déformé dans les pyroxènes
calciques, occupé par des cations divalents de plus grande taille comme
Ca2+, Na+,
Mg2+ ou Fe2+.
C'est la nature des cations occupant ces deux sites qui détermine l'espèce
minérale au sein du groupe.
Les
utilisations des pyroxènes sont nombreuses. La jadéite est la forme
la plus précieuse du jade, une pierre ornementale d'une importance culturelle
immense, notamment en Asie et en Mésoamérique. Le spodumène, et plus
précisément sa variété gemme rose, la kunzite, et sa variété verte,
l'hidénite, sont très prisés en joaillerie, mais le minerai représente
surtout la première source mondiale de lithium pour l'industrie des batteries
et des céramiques. Des roches composées majoritairement de pyroxènes,
comme les pyroxénites, sont parfois exploitées comme pierres de construction
ou comme matériaux de ballast pour les voies ferrées, en raison de leur
grande ténacité et dureté.
La structure cristalline
des pyroxènes est celle des inosilicates
à chaînes simples. Les tétraèdres de silice
(SiO4) sont liés entre eux par deux de leurs sommets
pour former des chaînes infinies parallèles à l'axe cristallographique
c. Ces chaînes ont une période de répétition de deux tétraèdres,
ce qui les différencie fondamentalement des amphiboles,
qui sont des inosilicates à chaînes doubles. Les chaînes sont liées
latéralement entre elles par les cations des sites M1 et M2, créant une
structure relativement compacte et dense qui explique la dureté et le
clivage caractéristique du groupe. Le système cristallin majoritaire
est soit orthorhombique pour les pyroxènes pauvres en calcium
et riches en magnésium et fer,
qualifiés d'orthopyroxènes, soit monoclinique pour le reste du groupe,
qualifiés de clinopyroxènes. Cette dichotomie structurale est un critère
de classification primaire.
La diversité chimique
des pyroxènes est immense et conventionnellement représentée dans le
quadrilatère pyroxénique, un diagramme dont les quatre pôles sont l'enstatite
(MgSiO3), la ferrosilite (FeSiO3),
le diopside (CaMgSi2O6) et l'hédenbergite
(CaFeSi2O6). Ce quadrilatère
permet de visualiser la solution solide complète entre enstatite et ferrosilite,
formant la série des orthopyroxènes, et les solutions solides entre diopside
et hédenbergite, d'une part, et entre enstatite et diopside, d'autre part,
bien que cette dernière présente une lacune de miscibilité importante
à basse température. Cette lacune est le coeur du phénomène d'exsolution,
qui donne naissance aux textures d'entrelacs lamellaires si typiques des
pyroxènes magmatiques.
Les membres principaux
comprennent l'enstatite (pôle magnésien orthorhombique), la ferrosilite
(pôle ferrifère orthorhombique), le diopside (clinopyroxène calcique
et magnésien, typiquement vert pâle), l'hédenbergite (clinopyroxène
calcique et ferrifère, vert foncé à noir), et l'augite, qui est sans
conteste le clinopyroxène le plus commun. L'augite est une solution solide
complexe contenant des quantités significatives de calcium, magnésium,
fer et aluminium, et cristallise dans des conditions
de saturation en silice. En dehors du quadrilatère existent des pyroxènes
sodiques, ou jadéites, et des pyroxènes lithiques, le plus connu étant
le spodumène, source majeure de lithium.
Les propriétés
physiques découlent directement de la structure en chaînes. Le trait
le plus diagnostique est le système de clivage prismatique. Les pyroxènes
présentent deux plans de clivage parallèles aux faces du prisme, formant
entre eux un angle d'environ 87° et 93°. Vus en section transversale,
ces clivages se croisent donc presque à angle droit, une caractéristique
qui permet une distinction immédiate avec les amphiboles, chez qui l'angle
est d'environ 56° et 124°. Ce clivage à près de 90 degrés est le critère
de diagnose macroscopique le plus fiable et le plus utilisé par les étudiants
et les géologues sur le terrain. La dureté est relativement élevée,
se situant entre 5,5 et 6,5 sur l'échelle
de Mohs. La densité varie avec la teneur en fer, allant d'environ
3,2 pour les termes magnésiens à plus de 3,6 pour les termes riches en
fer. L'éclat est typiquement vitreux à résineux, et la couleur est fortement
dépendante de la composition : le diopside est souvent vert clair et transparent,
l'hédenbergite vert bouteille à noir, l'enstatite brune ou incolore,
l'augite d'un noir verdâtre opaque, et la jadéite, le minéral constitutif
du jade, se décline en vert, blanc ou lavande.
L'optique cristalline
est un outil puissant pour l'identification précise des pyroxènes en
lame mince. La plupart des clinopyroxènes présentent une forte biréfringence
avec des teintes de polarisation vives,
et une extinction oblique caractéristique, l'angle d'extinction entre
la direction d'allongement du minéral et l'un de ses clivages variant
avec la composition. Les orthopyroxènes, en revanche, montrent une biréfringence
beaucoup plus faible, des teintes grises ou jaunes de premier ordre, et
une extinction droite par rapport au clivage, ce qui permet de les distinguer
immédiatement des clinopyroxènes. Le pléochroïsme
est faible ou absent dans la majorité des cas, sauf pour certaines variétés
très riches en fer ou en titane.
La genèse et les
gisements des pyroxènes couvrent un spectre pétrologique très étendu.
Les orthopyroxènes comme l'enstatite sont des phases essentielles des
roches magmatiques basiques et ultrabasiques pauvres en calcium, telles
que les péridotites, les norites et
les basaltes tholéiitiques, et sont des constituants majeurs du manteau
supérieur. L'augite est un minéral cardinal de pratiquement tous les
basaltes
et gabbros, cristallisant à des températures
élevées et sur une large gamme de pressions. Le diopside est un indicateur
de milieux calciques, il se forme lors du métamorphisme de contact des
calcaires
dolomitiques impurs, produisant des roches appelées skarns,
et on le trouve également dans les basaltes alcalins aux côtés de l'olivine.
L'hédenbergite est typique des skarns riches en fer. La jadéite est un
pyroxène sodique d'une importance pétrologique absolument unique, car
elle est le minéral index des conditions de très haute pression et de
relativement basse température qui règnent dans les zones de subduction.
Sa présence définit le faciès métamorphique des schistes
à jadéite-glaucophane. Le spodumène, quant à lui, se rencontre exclusivement
dans les pegmatites granitiques enrichies en éléments rares, où il peut
former des cristaux géants.
L'altération des
pyroxènes est un processus clé dans le cycle
géochimique superficiel. Ils s'altèrent relativement facilement en
présence d'eau et d'agents atmosphériques par hydrolyse.
La transformation classique donne naissance à des minéraux du groupe
des amphiboles, comme l'ouralite qui est une amphibole fibreuse remplaçant
le clinopyroxène, un processus nommé ouralitisation. Une altération
plus poussée produit des minéraux argileux, des chlorites, de la serpentine,
ou des oxydes de fer comme l'iddingsite. Leur instabilité en surface est
un facteur important contribuant Ă la consommation du dioxyde de carbone
atmosphérique lors de la météorisation des roches basaltiques. |
|