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Les
plagioclases
constituent une série isomorphe continue de tectosilicates
du groupe des feldspaths, dont l'importance
en géologie est absolument capitale, car ils représentent les minéraux
les plus abondants de la croûte terrestre. Leur
formule chimique générale s'écrit NaAlSi3O8
- CaAl2Si2O8,
ce qui traduit une solution solide complète entre deux pôles purs : l'albite,
qui est le pôle sodique, et l'anorthite,
qui est le pôle calcique. Le remplacement d'un cation sodium
(Na+) par un cation calcium
(Ca2+) nécessite une substitution couplée
pour maintenir l'électroneutralité du réseau
cristallin. Ainsi, le remplacement de Na+
par Ca2+ s'accompagne du remplacement simultané
d'un atome de silicium
(Si4+) par un atome d'aluminium
(Al3+). Cette substitution complexe, dite
couplée, est à l'origine de toute la gamme de compositions intermédiaires.
La classification
de ces minéraux repose sur un découpage arbitraire
mais universellement adopté de cette série continue, basé sur le pourcentage
de la molécule d'anorthite (%An) dans le cristal.
On distingue ainsi six membres principaux. L'albite contient de 0 Ã 10
% d'anorthite. L'oligoclase en contient
de 10 à 30 %, avec une particularité souvent observée, la présence
de reflets bleutés ou dorés nommés adularescence dans la variété connue
sous le nom de pierre de lune. L'andésine, comprise entre 30 et 50 % d'anorthite,
est moins fréquemment rencontrée en tant que minéral distinct nommé.
La labradorite,
dont la teneur en anorthite varie de 50 Ã 70 %, se signale par son chatoiement
spectaculaire aux couleurs métalliques bleues, vertes, dorées ou cuivrées,
un phénomène optique appelé labradorescence. La bytownite est une variété
plus calcique, entre 70 et 90 % d'anorthite, plutôt rare. Enfin, l'anorthite
constitue le pôle calcique pur, avec une teneur en anorthite allant de
90 Ã 100 %.
La structure cristalline
des plagioclases est un assemblage tridimensionnel de tétraèdres SiO4
et AlO4 liés entre eux par leurs quatre sommets,
formant une charpente ou tectosilicate. Les cations
sodium et calcium, de grande taille, viennent se loger dans les cavités
irrégulières laissées au sein de cette charpente anionique. Le système
cristallin est le système triclinique, le moins symétrique des sept systèmes,
ce qui a pour conséquence que les angles entre les axes cristallographiques
ne sont jamais droits. Cette faible symétrie est directement responsable
des propriétés optiques distinctives des plagioclases qui permettent
de les identifier au microscope polarisant. La macle,
un phénomène d'intercroissance régulière de plusieurs cristaux d'une
même espèce minérale, est une caractéristique quasiment systématique
et hautement diagnostique des plagioclases. La plus commune est la macle
polysynthétique de l'albite, qui se manifeste par une série de lamelles
parallèles, visibles à l'oeil nu sur les faces de clivage ou en lame
mince sous le microscope, et produisant un aspect strié très caractéristique.
D'autres lois de macles existent et se combinent fréquemment, comme la
macle de Carlsbad et la macle du péricline. Leur présence et leur agencement
forment des motifs complexes en "damier" ou en "hachures croisées" qui
sont une clé d'identification irréfutable pour ces minéraux.
Les propriétés
physiques varient de manière systématique et subtile avec la composition
chimique. La densité augmente progressivement
avec la teneur en calcium, passant d'environ 2,62 pour l'albite à 2,76
pour l'anorthite, car l'atome de calcium est plus lourd que le sodium.
La dureté sur l'échelle de Mohs
est d'environ 6 pour tous les membres de la série; ils peuvent donc rayer
le verre. Le clivage est une propriété
fondamentale pour la diagnose macroscopique. Les plagioclases présentent
deux plans de clivage formant un angle de 86° à 87° environ, une valeur
légèrement différente des 90° de l'orthose,
ce qui permet de distinguer les deux familles de feldspaths sur un échantillon.
L'éclat est vitreux à nacré sur les surfaces de clivage.
Sur le plan optique,
la variation de composition entraîne un changement continu des indices
de réfraction et de l'angle des axes optiques,
ce qui fait des plagioclases le sujet d'application par excellence de méthodes
d'identification précises, comme la méthode de la macle de l'albite au
microscope polarisant.
La présence d'un
plagioclase spécifique est un indicateur pétrologique de premier ordre.
L'albite est typique des roches magmatiques
acides, comme les granites et les pegmatites,
et se rencontre aussi dans des roches métamorphiques de bas degré. L'oligoclase
se trouve couramment dans les granites et les granodiorites. L'andésine
et le labrador sont les plagioclases caractéristiques des roches magmatiques
intermédiaires, telles que les andésites et les diorites, et basiques
comme les basaltes et les gabbros.
La bytownite est plus rare, présente dans certains gabbros et anorthosites
très calciques, tandis que l'anorthite se rencontre
dans les roches basiques et ultrabasiques ainsi que dans les calcaires
métamorphisés de haute température, les skarns.
Ce lien étroit entre
la composition du plagioclase et le type de roche a été formalisé par
le concept de "série de
réaction continue de Bowen". Lors de la cristallisation d'un magma
basaltique, le premier plagioclase à se former est très calcique, proche
de l'anorthite. À mesure que la température
baisse, le cristal déjà formé réagit avec le liquide résiduel, s'enrichissant
progressivement en sodium pour aboutir à une composition plus albitique.
Si la réaction est incomplète, un zonage se développe, le cœur du cristal
étant plus calcique que sa périphérie. Cette histoire magmatique figée
dans le minéral est un outil puissant pour reconstituer l'évolution thermique
et chimique des chambres magmatiques. Au-delà des roches magmatiques,
la composition d'un plagioclase métamorphique renseigne sur les conditions
de pression et de température qu'a subies sa
roche hôte. Dans les zones de subduction, l'étude de la transformation
du plagioclase en minéraux de haute pression est fondamentale.
Enfin, l'altération
et les utilisations des plagioclases méritent d'être mentionnées. En
présence d'eau et d'agents atmosphériques, ils
sont sujets à l'hydrolyse, se transformant
en minéraux argileux comme la kaolinite ou la séricite, un processus
essentiel dans la formation des sols. La présence de plagioclases dans
une roche la rend plus vulnérable à la météorisation chimique qu'une
roche riche en quartz. Certaines variétés sont
employées comme pierres ornementales et gemmes. Le labrador, avec sa labradorescence,
et l'oligoclase "pierre de lune" sont très prisés en joaillerie. Enfin,
des roches riches en plagioclases calciques, comme l'anorthosite, sont
utilisées dans la fabrication de céramiques, de verre et de matériaux
de construction. |
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