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Les bosons intermédiaires,
désignés spécifiquement par W⁺, W⁻ et Z⁰, sont des particules
fondamentales qui sont les médiateurs, ou porteurs de force, de l'interaction
faible. L'interaction faible est l'une des quatre forces fondamentales
connues de la nature, aux côtés des interactions forte, électromagnétique
et gravitationnelle. À l'instar du photon qui
médie l'interaction électromagnétique (par exemple, la répulsion entre
deux électrons est expliquée par l'échange de photons
virtuels), ou des gluons qui médient l'interaction
forte liant les quarks au sein des protons et
des neutrons, l'interaction faible s'effectue
par l'échange de ces bosons W et Z entre les particules subissant cette
force.
Ce sont des bosons
car, comme tous les porteurs de force dans le Modèle
standard de la physique des particules, ils possèdent un spin entier,
en l'occurrence un spin égal à 1. Une caractéristique majeure qui les
distingue des médiateurs des autres forces est leur masse exceptionnellement
élevée. Les bosons W⁺ et W⁻ ont une masse d'environ 80,4 GeV/c²
(gigaelectronvolts divisé par la vitesse de la lumière au carré), soit
environ 80 fois la masse d'un proton, tandis que le boson Z⁰ a une masse
légèrement supérieure, d'environ 91,2 GeV/c². Cette masse colossale
est directement responsable de la portée extrêmement courte de l'interaction
faible. Selon les principes de la mécanique quantique
et de la relativité, l'échange d'une particule
très massive ne peut se produire que sur des distances infimes et pour
des durées très courtes (dictées par le principe
d'incertitude temps-énergie de Heisenberg), limitant ainsi la portée
de la force à des distances subatomiques bien inférieures au diamètre
d'un noyau atomique (de l'ordre de 10⁻¹⁸
mètres). C'est cette portée très limitée qui justifie le nom d'interaction
"faible", car sur des distances typiques où d'autres forces (électromagnétique
ou forte) agissent, l'interaction faible est effectivement très atténuée.
L'interaction faible, médiatisée par
ces bosons, est responsable d'un certain nombre de phénomènes importants
en physique des particules et nucléaire.
Le plus connu est la radioactivité bêta,
où un noyau atomique se désintègre en émettant un électron
ou un positron et un neutrino ou antineutrino.
Par exemple, dans la désintégration bêta moins (β⁻), un neutron
(composé d'un quark up et de deux quarks down)
dans un noyau peut se transformer en un proton
(deux quarks up, un quark down) en émettant un électron et un antineutrino
électronique. Ce processus fondamental implique en réalité la transformation
d'un quark 'down' du neutron en un quark 'up' du proton via l'émission
d'un boson W⁻ virtuel. Ce W⁻ virtuel, très massif et instable, se
désintègre ensuite presque instantanément en un électron et un antineutrino.
De manière similaire, la désintégration bêta plus (β⁺) implique
un boson W⁺ (qui se désintègre en un positron et un neutrino) et la
transformation d'un quark 'up' en 'down'. Ces processus impliquent un changement
de saveur (flavour) des quarks (passage de 'down' à 'up' ou vice
versa) et des leptons (création d'un électron/positron
et d'un neutrino/antineutrino associés), ce qui est une caractéristique
spéciale de l'interaction faible : c'est la seule force capable de changer
la saveur des particules fondamentales.
Outre les bosons W chargés (W⁺ et W⁻)
qui médient les interactions impliquant un transfert de charge électrique
(on parle de 'courants chargés'), il existe le boson Z⁰, qui est électriquement
neutre. Le boson Z⁰ médie ce qu'on appelle les 'courants neutres'. Ces
interactions impliquent l'échange d'un Z⁰ mais ne changent pas la charge
électrique ou la saveur des particules interagissantes.
Un
exemple classique est la diffusion élastique d'un neutrino sur une autre
particule (par exemple, un électron : ν + e⁻ → ν + e⁻). Le neutrino,
n'ayant pas de charge électrique, ne peut pas interagir par l'intermédiaire
du photon, et sa faible masse et son absence de charge de couleur l'empêchent
d'interagir fortement ou gravitationnellement de manière significative
au niveau des particules.
Les interactions des neutrinos avec la matière
se font presque exclusivement via l'interaction faible, médiatisée par
les bosons W et Z. Les courants neutres (via le Z⁰) sont particulièrement
importants pour la compréhension de la physique des neutrinos.
L'existence des bosons W et Z a été prédite
dans les années 1960 dans le cadre de la théorie de l'unification électrofaible,
développée par Sheldon Glashow, Abdus Salam et Steven Weinberg (qui ont
reçu le prix Nobel pour leurs travaux en 1979). Cette théorie postule
que l'interaction électromagnétique et l'interaction faible, bien que
très différentes à basse énergie (la portée infinie de l'une contrastant
avec la portée ultra-courte de l'autre, et la force beaucoup plus faible
de l'interaction faible sur la plupart des échelles), sont en réalité
deux manifestations d'une seule et même force à très haute énergie.
La théorie électrofaible explique que les masses élevées des bosons
W et Z, responsables de la courte portée et de la "faiblesse" apparente
de l'interaction à basse énergie, sont acquises via un mécanisme appelé
le mécanisme de Higgs, impliquant le champ de Higgs et son quantum, le
boson
de Higgs.
La confirmation expérimentale de l'existence
des bosons W et Z a été un jalon majeur de la physique des particules
et une preuve éclatante de la validité du Modèle standard et de la théorie
électrofaible. Ils ont été découverts en 1983 aux collisionneurs de
protons et antiprotons (l'Accélérateur Synchrotron à Protons du CERN,
avec les expériences UA1 dirigée par Carlo Rubbia et UA2) à Genève,
précisément aux masses prédites par la théorie. Carlo Rubbia et Simon
van der Meer ont reçu le prix Nobel de physique en 1984 pour leur contribution
décisive à la découverte de ces particules. |
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