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Dans son sens restreint
à celui de grandeur physique, l'action correspond à une quantité
de travail ou à une énergie multipliée
par une durée ou à une impulsion multipliée par une longueur). Un peu
abstraite, cette grandeur est construite à partir des différentes variables
qui définissent un système dynamique.
L'étude des valeurs extrêmes qu'elle peut prendre (en particulier son
minimum, mais pas nécessairement) permet de raisonner sur l'évolution
du système considérée.
Historiquement, c'est sous l'appellation
de quantité d'action introduite par Maupertuis
dans les Mémoires de l'Académie des Sciences de Paris 1744, et
dans ceux de l'Académie de Berlin 1746, que ce terme est apparu
en physique. Il était défini par Maupertuis comme égal au produit de
la masse d'un corps par l'espace qu'il parcourt et par sa vitesse. Maupertuis
désignait sous le nom de Loi d'économie (lex parcimoniae) ou de
principe
de moindre action la proposition selon laquelle dans les changements
qui se font dans l'état d'un corps, la quantité d'action nécessaire
pour produire ce changement, est la moindre qu'il est possible. Il a cherché
à appliquer ce principe à la recherche des lois de la réfraction, des
lois du choc, des lois de l'équilibre, etc. Il
s'est même risqué à des conséquences plus périlleuses sur l'existence
d'un premier Être...
Maupertuis que nous venons de citer, l'auteur
a ainsi cherché à allier la métaphysique des causes finales avec les
vérités fondamentales de la mécanique; faire dépendre d'une même loi
le choc des corps élastiques et celui des corps durs, qui jusqu'ici avaient
eu des lois séparées; et réduire à un même principe les lois du mouvement
et celles de l'équilibre.
Le premier Mémoire où Maupertuis
a donné l'idée de son principe, est du 15 Avril 1744; et à la fin de
la même année, Euler
publia son excellent livre : Methodus inveniendi lineas curvas maximi
vel minimi proprietate gaudentes. Dans le supplément qui y avait été
ajouté cet illustre géomètre démontre, que dans les trajectoires
que des corps décrivent par des forces centrales, la vitesse multipliée
par l'élément de la courbe, fait toujours un minimum. Ce théorème est
une belle application du principe de Maupertuis au mouvement des
planètes.
Par le Mémoire du 15 Avril 1744,
que nous venons de citer, on voit que les réflexions de Maupertuis, sur
les lois de la réfraction, l'ont conduit au théorème dont il s'agit.
On fait le principe que Fermat ,
et après lui Leibniz ,
ont employé pour expliquer les lois de la réfraction. Ces géomètres
ont prétendu qu'un corpuscule de lumière qui va d'un point à un autre
en traversant deux milieux différents, dans chacun desquels il a une vitesse
différente, doit y aller dans le temps le plus court qu'il est possible
: et d'après ce principe, ils ont démontré géométriquement que ce
corpuscule ne doit point aller d'un point à autre en ligne droite, mais
qu'étant arrivé sur la surface qui sépare les deux milieux; il doit
changer de direction, de manière que le sinus de son incidence soit au
sinus de sa réfraction comme sa vitesse dans le premier milieu est Ã
sa vitesse dans le second; d'où ils ont déduit la loi si connue des rapports
constants des sinus.
Dès cette époque, cette explication,
quoique fort ingénieuse, fut sujette à une certaine perplexité; c'est
qu'il faudrait que le corpuscule s'approchât de la perpendiculaire dans
les milieux où sa vitesse est moindre, et qui par conséquent lui résistent
davantage : ce qui paraît contraire à toutes les explications mécaniques
qu'on a donné jusqu'à à présent de la réfraction des corps, et en
particulier de la réfraction de la lumière.
L'explication entre autres qu'a imaginée
Newton ,
jugée alors la plus satisfaisante de toutes celles qui ont été données
jusque là , rendait parfaitement raison du rapport constant des sinus,
en attribuant la réfraction des rayons à la force attractive des milieux;
d'où il s'en fuit que les milieux plus denses, dont l'attraction est plus
forte, doivent approcher le rayon de la perpendiculaire : ce qui
était en effet confirmé, semblait-il, par l'expérience. Or l'attraction
du milieu ne saurait approcher le rayon de la perpendiculaire, sans augmenter
sa vitesse, comme on peut le démontrer aisément : ainsi suivant Newton,
la réfraction doit se faire en s'approchant de la perpendiculaire lorsque
la vitesse augmente; ce qui était contraire à la loi de Fermat et Leibniz
Maupertuis a cherché à concilier l'explication
de Newton avec les principes métaphysiques. Au lieu de supposer avec Fermat
et Leibniz, qu'un corpuscule de lumière va d'un point à un suppose qu'un
corpuscule de lumière va d'un point à un autre, de manière que la quantité
d'action soit la moindre qu'il est possible.
Cette quantité d'action, disait-il, est
la vraie dépense que la nature ménage. Par ce principe philosophique,
il trouvait que non seulement les sinus sont en raison constante mais qu'ils
sont en raison inverse des vitesses (ce qui s'accordait avec l'explication
de Newton) et non pas en raison directe, comme le prétendaient Fermat
et Leibniz. (Brisson).
Le principe de moindre action tel qu'il
était présenté par Maupertuis, et rendu célèbre par plaisanteries
si sensées de Voltaire
n'avait pas la portée que lui attribuait son auteur. La médiocrité du
personnage, académicien à vingt-quatre ans, sans avoir fait, dira J.
Bertrand, ses preuves en aucun genre, le rendait incapable d'élever son
idée à la hauteur d'un principe. Bien qu'il en ait déduit les lois de
la réflexion et de la réfraction de la lumière, ainsi que celles du
choc des corps, il était réservé à Lagrange
de faire à l'équation générale de la dynamique
l'application du calcul des variations, qu'il a créé, et d'en tirer le
principe de la moindre action. Mais laissons s'exprimer à ce sujet l'illustre
auteur de la Mécanique analytique :
Les applications
de Maupertuis, dit-il, sont trop particulières pour servir à établir
la vérité d'un principe général; elles ont d'ailleurs quelque chose
de vague et d'arbitraire, qui ne peut que rendre incertaines les conséquences
qu'on en pourrait tirer pour l'exactitude même da principe. Aussi l'on
aurait tort, ce me semble, de mettre ce principe présenté ainsi (à la
façon de Maupertuis) sur la même ligne que ceux que nous venons d'exposer
(ceux des forces vives, des aires et du mouvement du centré de gravité).
Mais il y a une autre manière de l'envisager, plus générale et plus
rigoureuse, et qui mérite seule l'attention des géomètres. Euler en
a donné la première idée à la fin de son Traité des Isopérimètres
(Lausanne, 1744), en y faisant voir que, dans les trajectoires décrites
par des forces centrales, l'intégrale de la vitesse multipliée par l'élément
de la courbe fait toujours un maximum ou un minimum. - Cette propriété
qu'Euler avait trouvée dans le mouvement des corps isolés, et qui paraissait
bornée à ces corps, je l'ai étendue, par le moyen de la conservation
des forces vives, au mouvement de tout système de corps qui agissent les
uns sur les autres d'une manière quelconque; et il en est résulté ce
nouveau principe général, que la somme des produits des masses par les
intégrales des vitesses multipliées par les éléments des espaces parcourus
est constamment maximum ou minimum.
Il résulte de ce passage de la Mécanique
analytique que le principe de la moindre action n'est applicable qu'autant
que celui des "forces vives", c'est-à -dire en somme de l'énergie, dont
il se déduit, l'est lui-même, c.-à -d. qu'autant qu'on se borne à considérer
le mouvement d'un système de points matériels soumis à des liaisons
indépendantes du temps et sollicité par des forces avant pour composantes
les dérivées partielles d'une même fonction. |
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