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Saadi ou
Sadi (Muscherrif ed Din), le plus célèbre poète persan ,
né à Chiraz
vers 1184 (580 de l'hégire), mort en décembre 1291 (690 H.). Il était
le fils d'un certain Moslih ed Din Abd Allah, officier au service de L'atabek
du Fars, Saad ibn Zengi (1195-1226). C'est cette circonstance qui fit donner
au poète le nom de Saadi, qui signifie « client de Saad ». Il
perdit son père d'assez bonne heure, et sa jeunesse paraît lui avoir
laissé des souvenirs assez pénibles dont on retrouve l'écho dans la
compassion qu'il montre dans toutes ses oeuvres pour les orphelins. Il
est probable que déjà à Chiraz, où il commença ses études, il s'était
affilié à la secte des soufis ,
qui jouissait alors d'une grande considération, non seulement en Perse,
mais dans tout le monde musulman, même parmi les Sunnites .
Saadi commença à voyager très jeune, et il quitta tout d'abord Chiraz
pour se rendre à Bagdad
où il comptait suivre les leçons des plus célèbres docteurs de l'islam ;
bien que très déchue de son ancienne splendeur, Bagdad était encore
le centre moral du monde musulman, et les désastres successifs qui avaient
à peu près ruiné l'autorité temporelle du califat abasside
n'avaient porté que peu d'atteinte à son hégémonie intellectuelle.
Saadi suivit les cours du collège Nizami, où il se lia d'une vive amitié
avec l'un des plus célèbres cheikhs du soufisme, Schihab ed Din el Sohraverdi,
l'auteur d'un traité de mysticisme ,
intitulé Avarif el Méarif. Son séjour à Bagdad et les leçons
qu'il reçut de ce docteur paraissent l'avoir confirmé dans son intention
d'embrasser le genre de vie des soufis et de s'adonner à la vie contemplative,
sans toutefois renoncer complètement au monde et sans traiter tout ce
qui existe de contingences sans aucune réalité.
Saadi appartient à cette classe particulière
des soufis ,
dont le livre principal est justement le traité mystique du cheikh Sohraverdi,
qui s'écarte complètement des mystiques avancés, tels que Mohyi ed Din
el Arabi et même Nour ed Din Djami. Daulet Chah rapporte dans son Tezkeret
el Choara que Saadi se rendit à La Mecque
pour y faire le pèlerinage quinze fois de suite et qu'il y alla plusieurs
fois à pied. Son humeur voyageuse l'entraîna à visiter la plus grande
partie du monde musulman ,
et il semble qu'il l'ait fait sans avoir jamais eu beaucoup d'argent Ã
sa disposition, car il dut, à Jérusalem,
se faire porteur d'eau pour pouvoir subvenir à ses besoins, et on voit
par plusieurs passages du Goulistan que ses voyages ne furent pas toujours
des parties de plaisir. Parmi les villes et les pays qu'il parcourut, Saadi
cite, tant dans le Boustan que dans le Goulistan, Damas,
Jérusalem, Baalbek ,
Bassorah ,
l'Égypte ,
le Maghreb, le Diarbekr, le Turkestan ,
l'Abyssinie ,
le pays de Roum
(Anatolie) et l'Hindoustan .
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Saadi.
Ces voyages étaient très faciles à entreprendre
pour les musulmans ,
même les moins favorisés de la fortune, surtout quand ils étaient affiliés
aux sectes soufies ,
ce qui leur procurait presque assurément le gîte et le couvert chez un
compagnon ou dans un des monastères qui étaient richement dotés par
des fondations pieuses. Saadi raconte lui-même qu'en Syrie, il tomba aux
mains des Francs ( Les Croisades ),
qui, n'ayant pu tirer de lui une rançon suffisante, le réduisirent en
esclavage et le forcèrent à travailler avec
des juifs
au curage des fossés de Tripoli. Un habitant
d'Alep ,
qui le connaissait, le racheta et lui donna même sa fille en mariage avec
100 pièces d'or. Cette union fut très malheureuse, et le caractère acariâtre
et violent de la fille de son bienfaiteur ne put jamais cadrer avec l'humeur
insouciante de Saadi; cela ne l'empêcha pas de se remarier plus tard avec
une femme qui semble l'avoir accompagné dans toutes ses pérégrinations
et dont il eut un enfant qu'il perdit en bas âge.
Les deux voyages les plus importants que
fit Saadi sont ceux de l'Inde
et du Turkestan .
Il raconte dans le ch. v (§ 15) du Goulistan qu'il poussa jusqu'Ã
Kashgar
(Turkestan chinois ),
après avoir visité sans nul doute Samarcande ,
Boukhara et les villes du Ferghana ( Le
Kharezm et les khanats ouzbekhs ),
et qu'il arriva dans cette capitale l'année même où le sultan Mohammed
Khoarizmchah fit la paix avec le souverain du Khitaï ,
c.-à -d. très peu de temps après l'année 606 de l'hégire.
Son voyage en Inde ,
et surtout dans l'Inde non musulmane ,
est le plus célèbre de tous, et il ne l'entreprit que par curiosité
et non pas, comme on l'a quelquefois prétendu, pour aller faire la guerre
aux infidèles; d'ailleurs, pas plus qu'Horace,
le poète persan
ne se faisait pas d'illusion sur sa bravoure et sur ses capacités militaires;
en face d'un danger, même minime, il ne se faisait aucun scrupule d'y
échapper par la fuite. Il visita dans le Gudjarat la fameuse idole de
Shiva
qui était adorée dans la ville de Somenat, et il raconte dans le Boustan
qu'il mystifia d'une façon assez cruelle les ministres du culte que l'on
rendait à cette idole; à ce propos, Saadi montre qu'il n'était pas très
versé dans la connaissance des religions étrangères, car il prend constamment
les prêtres de Shiva pour des mages adorateurs du feu. Il se pourrait
d'ailleurs que cette histoire ne soit qu'une pure invention du poète,
car les prêtres de Shiva n'étaient pas si naïfs qu'il le prétend.
Saadi revint à Chiraz
un peu avant l'année 656 de l'hégire (1258 J.-C.) et il s'établit dans
un petit ermitage en dehors de la ville; c'est dans cette retraite et cette
même année qu'il écrivit ses deux ouvrages les plus célèbres, le Boustan
et le Goulistan, tous les deux dédiés à l'atabek du Fars, Abou
Bekr ibn Saad ibn Zengi. Il termina sa vie dans cette ville, entouré du
respect de tous et comblé de marques de considération par les souverains
et même par les khans
mongols .
Le grand vizir Shems ed Din Djouveïni Sahib Divan, qui fut chancelier
du nouvel empire depuis le règne de Houlagou,
jusqu'à l'avènement d'Arghoun,
traita le vieux poète avec libéralité, et Abaga Khan, fils de Houlagou,
se le fit présenter. On comprend que Saadi, arrivé déjà à un âge
aussi avancé, n'ait pas pu accepter les offres du sultan du Moultan, Mohammed
ibn Ghyas ed Din Balaban (670-683 H.), qui l'invitait à venir se fixer
à sa cour.
L'oeuvre poétique de Saadi, sa Koulliat,
comme l'on dit en Iran ,
comprend dans les meilleurs exemplaires vingt-deux traités de longueur
très inégale et qui ont été recueillis par un nommé Ahmed Nasik ibn
Sasan. Elle est donc très inférieure comme dimensions à celles de Djami,
de Nizami ou de Khosrav Dehlevi, et il est certain
qu'il n'a pas l'envergure poétique des poètes qui vécurent après lui.
Cela n'empêche pas ses oeuvres d'être plus goûtées en Iran que celles
de beaucoup d'autres littérateurs, peut-être justement parce qu'elles
sont à la portée de tout le monde et que, sauf un chapitre du Goulistan
et quelques vers détachés d'une authenticité douteuse, elles ne contiennent
rien qui choque la morale la plus sévère. (GE). |
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