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Daniel Kirkwood
est un mathématicien et astronome
né le 27 septembre 1814 dans une ferme du comté de Harford, dans le Maryland,
aux États-Unis, et mort le 11 juin 1895 à Riverside, en Californie,
alors qu'il est en visite chez sa fille. Il a laissé une oeuvre
qui, bien que parfois empirique et pré-théorique, identifie avec une
précision remarquable des phénomènes dynamiques fondamentaux. Son nom
demeure inscrit dans la géographie du Système solaire avec les lacunes
de la ceinture principale, et la notion même de résonance orbitale, qu'il
contribue à formuler dans son sens moderne, devient l'une des clés
de voûte de l'astrophysique, dépassant
largement le cadre des astéroïdes pour s'appliquer aux satellites,
aux exoplanètes, aux anneaux
planétaires et, comme on le sait désormais, aux résonances galactiques
qui gouvernent les bras des galaxies spirales.
Fils de fermiers modestes, il grandit dans
un environnement rural qui lui offre peu de stimulations intellectuelles
formelles, mais il manifeste très tôt une aptitude remarquable pour les
mathématiques. Son éducation initiale
se déroule dans des écoles locales aux ressources limitées, et il doit
en grande partie sa formation avancée à un travail autodidacte acharné.
Le jeune Kirkwood dévore les quelques livres d'arithmétique
et d'algèbre qui lui tombent sous la main,
et sa réputation d'enfant prodige en calcul se répand dans la région.
À l'adolescence, il enseigne déjà les mathématiques dans des écoles
de campagne pour financer ses propres études. Il entre à la York County
Academy en Pennsylvanie, oĂą il approfondit
sa connaissance des mathématiques classiques et des rudiments de l'astronomie.
Il n'obtient pas de diplôme universitaire formel avant l'âge de trente-cinq
ans; ce n'est qu'en 1849 que le Washington College, en Pennsylvanie,
lui décerne un Master of Arts honorifique en reconnaissance de ses travaux
scientifiques déjà substantiels.
Sa carrière d'enseignant commence véritablement
dans les années 1830, alors qu'il occupe des postes dans plusieurs écoles
secondaires du Maryland et de Pennsylvanie, notamment Ă la Lancaster High
School et Ă la York County Academy. Il se fait rapidement remarquer comme
un pédagogue exceptionnel, capable de transmettre à ses élèves non
seulement la rigueur des démonstrations
mais aussi l'enthousiasme pour les grands problèmes cosmologiques. En
1851, il est nommé professeur de mathématiques à l'Université du
Delaware, mais son séjour y est bref car dès 1856, il accepte la chaire
de mathématiques à l'Université de l'Indiana
à Bloomington, institution à laquelle il restera fidèle jusqu'à la
fin de sa vie professionnelle. Il y enseigne pendant trente ans et occupe
la fonction de directeur du département de mathématiques, tout en continuant
ses recherches astronomiques. Il prend sa retraite académique en 1886,
à l'âge de soixante-douze ans, mais poursuit ses travaux depuis sa
résidence de Bloomington jusqu'à sa mort.
L'oeuvre de Kirkwood s'inscrit dans
le contexte de la mécanique céleste
post-newtonienne, dominée par les travaux de Laplace,
Lagrange et Gauss, mais
c'est dans l'étude spécifique du Système
solaire qu'il apporte sa contribution la plus durable. Son nom reste
attaché à la découverte des lacunes dans la ceinture d'astéroïdes,
les fameuses lacunes de Kirkwood, qu'il met en évidence en 1866.
Il remarque, en analysant la distribution statistique des demi-grands axes
des orbites d'astéroïdes, que certaines distances au Soleil sont remarquablement
vides de corps, et que ces distances correspondent Ă des rapports simples
de périodes orbitales avec celle de Jupiter.
Les positions lacunaires se situent précisément là où les périodes
de révolution seraient dans un rapport de 3:1, 5:2, 7:3 ou 2:1 avec la
période de la planète géante. Kirkwood émet immédiatement l'hypothèse
que ces lacunes résultent de perturbations gravitationnelles cumulatives
exercées par Jupiter sur des orbites commensurables
: une particule placée sur une telle orbite subirait, à chaque révolution,
une attraction maximale de Jupiter au mĂŞme point de sa trajectoire, ce
qui induirait une excentricité croissante
et finalement une éjection ou une collision. Ce phénomène de résonance
orbitale, bien qu'imparfaitement formalisé mathématiquement par
Kirkwood lui-même qui n'utilise pas les équations modernes des résonances
de Lindblad, représente une intuition fondamentale de la dynamique
chaotique Ă long terme. L'explication
complète ne sera apportée qu'au XXᵉ siècle avec les travaux de Poincaré
sur le problème des trois corps et les développements de la théorie
KAM, mais la description empirique et la prédiction observationnelle sont
bien l'oeuvre de Kirkwood.
Son intérêt pour les résonances ne se
limite pas aux astéroïdes. Il applique le même principe aux divisions
dans les anneaux de Saturne, suggérant que la
division de Cassini, notamment, est une région où les particules seraient
en résonance avec les satellites de la planète,
notamment Mimas. Il étudie également l'origine
des comètes périodiques, proposant dès les
années 1860 l'idée qu'elles pourraient provenir de corps du Système
solaire extérieur capturés par les planètes géantes,
une hypothèse qui préfigure de manière frappante le concept moderne
de la ceinture de Kuiper et du nuage
d'Oort, bien que formulée avec les moyens de son époque. Kirkwood
se distingue par une approche résolument statistique et historique de
l'astronomie dynamique, cherchant à déduire l'évolution à long
terme du Système solaire à partir des configurations orbitales actuelles.
Il publie en 1867 un traité influent, Meteoric Astronomy, dans
lequel il défend l'origine cosmique des météorites
et leur lien avec les comètes, contre les théories atmosphériques ou
volcaniques encore en vogue. Il y développe l'idée que les pluies d'étoiles
filantes sont produites par le passage de la Terre
à travers des essaims de débris laissés par des comètes désagrégées,
et il calcule les orbites de plusieurs de ces essaims, établissant leur
parenté avec les orbites cométaires connues.
La pensée de Kirkwood est informée par
une conviction profonde, quasi théologique, de l'ordre et de l'harmonie
mathématique du monde. Il voit dans les rapports de périodes et les lacunes
la preuve d'une loi générale gouvernant la distribution des corps célestes,
qu'il cherche à étendre aux systèmes de satellites de Jupiter et de
Saturne, mais aussi à l'échelle stellaire, bien avant que la dynamique
galactique ne soit formalisée. Cette recherche d'une "loi de Kirkwood"
universelle, parfois teintée de numérologie, le conduit à proposer une
relation empirique liant les distances planétaires au Soleil, une variante
de la loi de Titius-Bode, mais fondée
sur une progression mathématique qui implique les périodes orbitales.
Cette tentative n'est pas couronnée du même succès que ses travaux
sur les lacunes, mais elle illustre la nature de son programme scientifique
: découvrir par l'analyse numérique les régularités cachées qui
révèlent les principes dynamiques sous-jacents.
Parmi ses autres apports notables, Kirkwood
identifie le premier la rotation synchrone de l'orbite de Janus
et Épiméthée autour de Saturne, bien avant que ces satellites ne
soient découverts, en suggérant que des corps à résonance 1:1 pourraient
partager une mĂŞme orbite sans se heurter, une situation qu'il nomme
"orbites co-orbitales". Il propose aussi que la Lune de la Terre tournait
autrefois plus vite et s'est progressivement verrouillée gravitationnellement
dans sa rotation synchrone actuelle, une idée qui anticipe les études
modernes de l'évolution des systèmes de marée.
Sa réputation scientifique est considérable
à son époque. Il est élu membre de l'American Philosophical Society,
de l'American Academy of Arts and Sciences et il reçoit un doctorat
honorifique en droit de l'Université de l'Indiana en 1891. Il entretient
une correspondance suivie avec les astronomes de son temps, notamment avec
Simon Newcomb et Asaph Hall,
et ses articles paraissent régulièrement dans l'Astronomical Journal
et les Monthly Notices of the Royal Astronomical Society. Il demeure
néanmoins une figure relativement isolée géographiquement, travaillant
loin des grands centres de la côte Est, et sa réputation décline après
sa mort, éclipsée par les développements théoriques de la mécanique
céleste de Poincaré et de ses successeurs. |
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