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| Les
anneaux
des planètes géantes et d'autres corps du Système solaire |
Les anneaux des planètes géantesJusqu'en 1977, les seuls anneaux connus autour d'une planète étaient ceux qui entourent SaturneLes anneaux sont composés de milliards
de petits corps (poussières ou blocs de roches plus gros) recouverts de
glace, et circulant sur un même plan.
Selon un premier scénario, ces structures
se seraient formées à partir de la matière
résiduelle qui entourait les planètes géantes à leur naissance. Cela
rappelle l'hypothèse de Laplace Une deuxième hypothèse implique indirectement les satellites, envisagés comme des pourvoyeurs de matière. On soupçonne, par exemple, Encelade d'éjecter dans l'espace des poussières qui se disperseraient autour de Saturne pour en constituer un des anneaux. Cette expulsion pourrait être causée par l'existence à la surface de la petite planète de geysers - une activité, que l'on pourrait aussi rapprocher de la surface lisse et donc jeune de l'objet. Une autre possibilité est la projection
de poussières et de petits blocs, arrachés à Encelade par le bombardement
de météorites
Un troisième scénario recours à l'hypothèse d'une dislocation d'un ancien satellite par l'action des effets de marée de sa planète tutélaire. La formation des anneaux de Saturne, dont la masse totale est celle d'un petit satellite de glace, pourrait dans une large mesure entrer dans ce cadre. Pareille situation se rencontrera peut-être d'ici une centaine de millions d'années autour de Saturne. On attend en effet que Triton, son principal satellite, dont l'orbite se resserre lentement, soit alors disloqué par le mécanisme des marées. Les anneaux des autres corpsJusqu'en 2013, les systèmes d'anneaux étaient considérés comme l'apanage exclusif des quatre planètes géantes. La découverte inattendue d'un anneau autour du centaure (10199) Chariklo a bouleversé ce paradigme et ouvert un nouveau champ d'étude concernant les petits corps du système solaire externe, notamment les centaures et les objets transneptuniens.La méthode observationnelle qui a permis toutes ces découvertes est l'occultation stellaire. Ce corps de petite taille, situé à grande distance et trop peu lumineux pour être résolu directement par les télescopes, passe devant une étoile d'arrière-plan ; la baisse de luminosité enregistrée par un réseau de télescopes au sol permet de reconstruire le profil du corps occultant. Lorsque des chutes de luminosité secondaires, symétriques et de courte durée, encadrent l'occultation principale, elles trahissent la présence de matériau annulaire en orbite autour de l'objet. C'est précisément ce protocole, mis en œuvre notamment dans le cadre du projet européen Lucky Star dirigé par Bruno Sicardy, qui a permis la caractérisation de plusieurs de ces systèmes. Chariklo, plus gros centaure connu avec un diamètre d'environ 250 km, orbite entre Saturne et Uranus. En juin 2013, une campagne d'occultation destinée à l'origine à étudier son atmosphère éventuelle a révélé deux anneaux étroits et denses, désignés C1R et C2R, situés respectivement à environ 391 et 405 km du centre du corps, séparés par une lacune d'environ 9 km. Ces anneaux, composés vraisemblablement de glace d'eau, se trouvent à l'intérieur de la limite de Roche du corps central, ce qui est cohérent avec un confinement collisionnel classique empêchant leur accrétion en un satellite. Haumea, planète naine de la ceinture de Kuiper caractérisée par une forme fortement ellipsoïdale due à sa rotation rapide (période d'environ 3,9 heures) et par la présence de deux satellites connus (Hi'iaka et Namaka), s'est révélée pourvue d'un anneau en 2017, également par occultation stellaire. Cet anneau, situé à environ 2287 km du centre de Haumea, présente la particularité intéressante d'être proche de la résonance rotation-orbite 1:3 avec le corps central : les particules de l'anneau accomplissent une révolution orbitale pendant que Haumea effectue trois rotations sur elle-même. Quaoar, autre objet transneptunien classique de grande taille (environ 1110 km de diamètre, ce qui en fait un candidat sérieux au statut de planète naine), possède un anneau découvert en 2023 à partir d'observations d'occultations menées entre 2018 et 2021. Sa particularité, qui a considérablement surpris la communauté scientifique, est sa distance au corps central : environ 7,4 rayons de Quaoar, ce qui le situe très largement au-delà de la limite de Roche théorique. Selon les modèles d'accrétion collisionnelle classiques, un tel anneau devrait s'agréger en satellite en quelques semaines seulement. Sa persistance interroge donc directement la validité de ces modèles dans le régime des faibles vitesses de collision caractéristique des confins du système solaire, où les coefficients de restitution énergétique lors des chocs entre particules glacées diffèrent probablement des hypothèses formulées par Édouard Roche en 1850. Là encore, l'anneau de Quaoar se trouve proche de la résonance rotation-orbite 1:3 avec le corps central, propriété partagée avec Chariklo et Haumea, ce qui suggère un rôle structurant de ce type de résonance dans le confinement azimutal du matériau annulaire autour des petits corps. Le cas le plus récent, celui du centaure (2060) Chiron, se distingue nettement des précédents. Chiron, corps de petite taille présentant une activité cométaire sporadique (émission épisodique de poussière et de glace, comportement typique des centaures situés à la limite de sublimation des glaces), avait déjà montré des signes ambigus de matériau circumplanétaire dès 2011. Des observations d'occultation menées en 2023 depuis l'Observatoire Pico dos Dias au Brésil ont révélé une structure complexe : trois anneaux denses et distincts situés entre 273 et 438 km du centre de l'objet, noyés dans un halo diffus de matière plus étendu. La comparaison avec les données de 2011 indique une évolution temporelle de cette structure, contrairement aux anneaux stables observés autour de Chariklo. L'hypothèse privilégiée est que l'activité cométaire de Chiron alimente continûment un disque de matière éjectée, dont la masse du corps central, suffisante pour retenir gravitationnellement une partie de ce matériau, permettrait la formation rapide d'anneaux étroits, une fraction de la matière retombant par ailleurs à la surface. Chiron constitue ainsi le premier cas d'un système d'anneaux observé en cours de formation, offrant une fenêtre inédite sur les mécanismes dynamiques de mise en place de tels systèmes. L'ensemble de ces découvertes, réalisées en l'espace d'une décennie, suggère que la présence d'anneaux n'est probablement pas un phénomène rare parmi les centaures et les objets transneptuniens, mais pourrait au contraire constituer une caractéristique relativement répandue de cette population de petits corps glacés, dont l'étude systématique par occultations stellaires reste un axe de recherche actif. |
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