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Donna Haraway

Donna Haraway est une philosophe et biologiste née le 6 septembre 1944 à Denver, dans le Colorado. Elle est la fille de Frank O.Haraway, journaliste sportif au Denver Post, et de Dorothy McGuire Haraway, qui décèdera d'une crise cardiaque alors que Donna Haraway n'a que seize ans. Elle est une théoricienne majeure des études féministes, des sciences et technologies, et des humanités environnementales. Son travail se caractérise par une écriture hybride, qui mêle biologie, philosophie, fiction spéculative et critique politique, avec une attention constante aux relations entre humains, machines et autres formes de vie. L'ensemble de son oeuvre forme une critique profonde des catégories modernes et une tentative de penser des formes de coexistence plus inclusives et responsables.

Elle se distingue très tôt par un parcours académique d'excellence, obtenant une bourse d'études Boettcher et se spécialisant en zoologie, avec des mineures en philosophie et en anglais, au Colorado College. Grâce à une bourse Fulbright, elle part ensuite étudier la philosophie de l'évolution et la théologie à la Fondation Teilhard de Chardin à Paris. Elle achève son parcours universitaire en soutenant son doctorat en biologie à l'université Yale en 1972, une thèse qui examine comment la métaphore façonne la recherche en biologie du développement et qui sera publiée en 1976 sous le titre Crystals, Fabrics, and Fields: Metaphors of Organicism in Twentieth-Century Developmental Biology.

Sa carrière d'enseignante et de chercheuse débute à l'université d'Hawaii, où elle enseigne de 1971 à 1974, avant de rejoindre l'université Johns-Hopkins jusqu'en 1980. C'est en 1980 qu'elle entre au département d'histoire de la conscience de l'université de Californie à Santa Cruz, devenant la première professeure titulaire en théorie féministe aux États-Unis. Elle y est aujourd'hui distinguée professeure émérite, tout en restant active au sein des départements d'anthropologie, d'études féministes, de cinéma et médias numériques, et d'études environnementales.

En 1985, dans un contexte de montée du conservatisme sous la présidence de Ronald Reagan, elle publie dans la Socialist Review un essai qui va la rendre mondialement célèbre : A Cyborg Manifesto: Science, Technology, and Socialist-Feminism in the Late Twentieth Century. Elle y invente la métaphore du cyborg, cet être hybride de chair et de machine, pour proposer une nouvelle alliance politique, le cyberféminisme, qui ne repose plus sur une identité fixe. Pour elle, le cyborg, qui brouille les frontières entre l'humain et l'animal, l'organique et le technologique, la fiction et la réalité, permet de déconstruire tous les dualismes traditionnels (nature/culture, homme/femme, humain/machine)  sur lesquels repose une pensée occidentale jugée essentialiste et patriarcale et et avance que les identités contemporaines sont fondamentalement hybrides. La figure du cyborg devient ainsi une voie d'émancation, en particulier pour les minorités, loin de toute naturalisation du genre ou de l'être. Le texte est devenu fondateur dans les études de genre et les science and technology studies (STS).

Trois ans plus tard, en 1988, elle approfondit sa critique de la science dans un article devenu tout aussi fondamental,  Situated Knowledges: The Science Question in Feminism and The Privilege of Partial Perspective. Elle y développe le concept de "savoirs situés", une critique radicale du mythe d'une objectivité scientifique qui serait neutre et universelle. Elle démontre que toute connaissance est produite depuis un point de vue spécifique, celui d'un sujet incarné, et que la vision omnisciente du savant est une illusion qui cache souvent une domination masculine, blanche et capitaliste. Loin de renoncer à l'objectivité, elle propose de la repenser radicalement : il ne s'agit plus de prétendre s'abstraire du monde pour le voir d'en haut, mais au contraire de revendiquer sa partialité et sa responsabilité, en reconnaissant que la meilleure science est celle qui est consciente de ses propres limites et de sa position.

Ses travaux de cette époque sont aussi marqués par une enquête monumentale sur la primatologie, Primate Visions: Gender, Race, and Nature in the World of Modern Science, publié en 1989. Elle y analyse, sur un mode souvent ironique, comment le discours scientifique sur les primates, particulièrement les grands singes, a été traversé par des récits sexistes et racistes, projetant sur la nature des histoires centrées sur la compétition mâle et la réceptivité femelle. En mettant en lumière le travail des femmes primatologues qui observaient d'autres comportements, elle contribue à démontrer que la science n'est jamais une simple lecture du réel mais une construction narrative profondément culturelle et politique. Ce livre s'inscrit dans une critique plus large de la construction sociale des faits scientifiques.

Reconnue comme une figure majeure des science studies, elle reçoit plusieurs distinctions académiques prestigieuses, notamment en 1997 pour son livre Modest_Witness@Second_Millennium. FemaleMan©_Meets_OncoMouse™. Dans cet ouvrage Donna Haraway approfondit sa critique des sciences biomédicales et des biotechnologies. Elle y introduit des figures hybrides comme l'OncoMouse, une souris génétiquement modifiée utilisée dans la recherche sur le cancer, pour analyser les enjeux éthiques, économiques et symboliques des technosciences. Le livre propose une relecture des pratiques scientifiques à travers des récits qui brouillent les frontières entre fait et fiction.

Dans les années 2000, elle continue de tisser sa toile conceptuelle en abordant d'autres formes d'altérité significative, notamment avec The Companion Species Manifesto (2003) et When Species Meet (2008), étendant sa réflexion à une éthique des relations interspécifiques et à une critique de l'anthropocentrisme. Dans The Companion Species Manifesto: Dogs, People, and Significant Otherness, la philosophe déplace son attention vers les relations interspécifiques, en particulier entre humains et chiens. Elle y développe le concept d'espèces compagnes pour décrire des coévolutions où humains et animaux se transforment mutuellement. Ce travail marque un tournant vers une pensée plus écologique et relationnelle, centrée sur l'interdépendance des vivants. Elle prolonge cette réflexion dans When Species Meet,  en traitant des rencontres concrètes entre espèces différentes. Haraway y analyse les dimensions éthiques, affectives et politiques de ces interactions, et insiste sur la responsabilité et la réciprocité. Elle critique les approches anthropocentrées et propose une éthique du devenir-avec (becoming with), où les identités se construisent dans la relation.

En 2016, elle publie Staying with the Trouble: Making Kin in the Chthulucene, un ouvrage qui tente de répondre à l'urgence écologique actuelle. Haraway y rejette les récits apocalyptiques ou technosolutionnistes au profit d'une approche pragmatique et imaginative : "vivre avec le trouble". Elle introduit la notion de Chthulucène pour désigner une époque caractérisée par des réseaux complexes d'interdépendance entre espèces, et qualifier notre époque, en rupture avec les notions trop catastrophistes ou linéaires d'Anthropocène ou de Capitalocène. Le Chthulucène n'est pas une nouvelle ère géologique, mais un temps présent, un moment d'épaisseur historique où les humains sont appelés, non pas à sauver la planète, mais à "faire parenté", c'est-à-dire à tisser des liens de solidarité et de responsabilité avec tous les terrestres, humains et non-humains, pour apprendre à vivre ensemble sur une Terre abîmée (Gaïa).

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Dictionnaire biographique
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