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L'Égypte Musulmane
La domination ottomane (1517 - 1805)
L'Egypte musulmane
La conquĂŞte arabe
Les Toulounides
Les Fatimides
Les Ayyoubites
Les Mamelouks
La domination ottomane
Les Vice-Rois
Le pouvoir ottoman

SĂ©lim II , fils et successeur de Soliman le Magnifique avait rĂ©uni dans ses mains le pouvoir temporel des sultans et le pouvoir spirituel des califes en s'emparant d'El-Motawakkil, cinquante-cinquième et dernier calife abbâside. Les villes saintes, La Mecque et MĂ©dine, enchaĂ®nĂ©es en sort de l'Égypte, passèrent avec ce pays sous le joug ottoman. La province d'Egypte fut confiĂ©e Ă  un pacha, surveillĂ© lui-mĂŞme et contrĂ´lĂ© par deux autres pouvoirs collatĂ©raux : les aghâs et les anciens beys mamelouks. Les premiers, au nombre de six, puis de sept, formèrent le conseil obligĂ© du pacha, qu'ils devaient surveiller et, au besoin, dĂ©noncer Ă  Istanbul; ils avaient sous leurs ordres les six corps militaires ou odjâk chargĂ©s de la dĂ©fense, de la police et de la perception des impĂ´ts. Les beys, au nombre de douze, rééligibles tous les ans, furent chargĂ©s des douze gouvernements de l'Égypte. Les bases de cette organisation furent tant soit peu modifiĂ©es par Soliman, qui donna Ă  l'administration de l'Égypte la forme compliquĂ©e qu'elle conserva jusqu'Ă  Mohâmmed-Ali (Mehemet-Ali). Cette organisation fut si bien Ă©quilibrĂ©e pour la stabilitĂ© de la possession, mais non pour le bien-ĂŞtre du pays, que, malgrĂ© les distances, malgrĂ© une suite non interrompue de conspirations, l'Égypte resta pendant près de trois siècles vassale de la Porte. Il serait long et fastidieux de suivre cette nomenclature de pachas (on en compte cent seize de 1517 Ă  1766), hommes sans importance pour la plupart, agents de la Porte, tantĂ´t obĂ©is, tantĂ´t mĂ©connus, tenanciers d'une ferme politique, qui ne travaillèrent qu'Ă  s'enrichir et Ă  mĂ©riter le lacet de soie. Au XVIIIe siècle, avec l'affaiblissement de l'empire ottoman, la dignitĂ© de pacha d'Égypte, accordĂ©e au plus offrant, ne cessa de s'avilir davantage. A la fin, le pacha ottoman n'eut plus qu'un rĂ´le fictif et dĂ©pendit entièrement du cheikh el-balad ou chef des beys mamelouks, qui devint roi effectif. A cĂ´tĂ© de ces gouverneurs sans gloire figurèrent bientĂ´t ces beys hĂ©rĂ©ditaires qui en savaient acquĂ©rir. Ismâïl Bey, DoĂ»'l Fikâr, Ibrâhim Kiahyâ, Roudwân, Khâlil Bey et surtout Ali Bey el-Kebir (1763-1772). 

RĂŞvant l'indĂ©pendance de l'Égypte, AlĂ® Bey osa braver la Porte, lui dĂ©sobĂ©it, la combattit et la vainquit; le premier il osa battre monnaie Ă  son coin et se faire nommer par le chĂ©rif de La Mecque sultan-roi de l'Egypte. En cette qualitĂ©, il rechercha des alliances europĂ©ennes, s'adressant aux VĂ©nitiens par l'intermĂ©diaire de l'Italien Rosetti, et aux Russes par le canal de l'ArmĂ©nien YâqoĂ»b qui fit des ouvertures Ă  l'amiral Orloff. Sous son règne l'Égypte fut rĂ©organisĂ©e, pacifiĂ©e, prospère. Mais la trahison entraĂ®na, avec des rĂ©voltes, la dĂ©faite d'Ali Bey qui, fait prisonnier sur le champ de bataille, mourut au Caire de ses blessures. 

Ibrâhim et Moûrâd, auxquels l'expédition française donna tant de relief, ne surent qu'attirer les colères de la France républicaine par les avanies intolérables qu'ils firent subir aux nationaux. En effet, dans le courant de l'année 1795, Magallon, consul de France au Caire, adressa au Directoire une série de pétitions qui concluaient à la conquête de l'Égypte, projet déjà mis en avant par Leibniz en 1672, puis sous Louis XV par Choiseul. Au retour de Campo-Formio (octobre 1797) Bonaparte prit connaissance de ces pétitions. Poussé par l'ambition et la gloire, l'horreur de l'inaction, la crainte des haines secrètes du gouvernement, Bonaparte fit décréter l'expédition d'Égypte. Le Directoire, de son côté, n'était pas fâché de se débarrasser d'un homme dont la réputation l'écrasait. Le prétexte politique fut de frapper l'Angleterre dans l'Inde. Le moment toutefois était mal choisi; mais, en cette circonstance, les véritables intérêts du pays ne furent pas consultés.

L'Expédition française (mai 1798-septembre 1801)

Le Directoire abandonna Ă  Bonaparte des pouvoirs discrĂ©tionnaires pour prĂ©parer dans le plus grand secret la conquĂŞte et la colonisation de l'Egypte. L'armĂ©e expĂ©ditionnaire, forte de 36 000 hommes, dont 2500 cavaliers, presque tous soldats de l'armĂ©e d'Italie, et de 10 000 marins, s'embarqua Ă  Toulon (19 mai). La flotte se composait de 30 vaisseaux ou frĂ©gates, 72 corvettes et 400 transports. Bonaparte emmenait, outre les gĂ©nĂ©raux Berthier, Lannes, Marmont, Murat, KlĂ©ber, Desaix, Reynier, Menou, un corps auxiliaire de cent vingt-deux savants et artistes tels que Monge, Berthollet, Larrey, Desgenettes, Geoffroy Saint-Hilaire, Denon, Marcel, qui devaient l'aider « dans la tâche laborieuse de faire oublier par les bienfaits de la paix les misères de la conquĂŞte ». 

L'amiral Brueys avait sous ses ordres Gantheaume, Villeneuve, Decrès. Le 10 juin, Malte fut prise après un simulacre de dĂ©fense; le 2 juillet, le dĂ©barquement avait lieu Ă  l'anse du Marabout, Ă  4 lieues d'Alexandrie, qui Ă©tait aussitĂ´t enlevĂ©e d'assaut après un combat violent. Bonaparte y laissa KlĂ©ber avec 3000 hommes et marcha de suite sur Le Caire. Les troupes, après une marche très pĂ©nible par le dĂ©sert de DamanhoĂ»r, atteignirent (10 juillet) Rahmâniyeh, oĂą elles opĂ©rèrent leur jonction avec la flottille du Nil, chargĂ©e des convois. La première rencontre eut lieu Ă  ChĂ©breĂŻs (13 juilet) : MoĂ»râd, Ă  la tĂŞte de 1200 Mamelouks et 500 Arabes fut repoussĂ© avec pertes. Le 21 Ă©tait livrĂ©e la fameuse bataille d'Embâbeh ou des Pyramides. MoĂ»rad fut aussitĂ´t poussĂ© dans la Haute-Egypte par Desaix; Ibrâhim s'enfuit du cĂ´tĂ© de la Syrie, et les Français, ayant franchi le fleuve, firent leur entrĂ©e au Caire (22-25 juillet). Bonaparte dĂ©clara aux habitants qu'il venait comme alliĂ© de la Porte ottomane pour les dĂ©livrer de la domination des Mamelouks. Il donna un gouvernement municipal Ă  la ville, respecta les propriĂ©tĂ©s, les moeurs, la religion des habitants, Ă©tablit des manufactures, entoura Le Caire d'une ceinture de forts et bientĂ´t fonda l'Institut d'Egypte, instrument actif de colonisation formĂ© par l'Ă©lite des savants, des ingĂ©nieurs et des artistes français. 

Les Français commençaient Ă  avoir l'espoir de faire un Ă©tablissement durable dans ce pays, lorsqu'un irrĂ©parable dĂ©sastre vint ruiner tout l'avenir de leur expĂ©dition. La flotte française, poursuivie depuis deux mois par les Anglais, n'ayant pu entrer dans le port d'Alexandrie, fut surprise et dĂ©truite par l'escadre de Nelson dans la rade d'Aboukir; Brueys Ă©tait tuĂ© (1er aoĂ»t 1798). Ce fut l'un des Ă©vĂ©nements qui ont le plus influĂ© sur les destinĂ©es du monde, au moins jusqu'Ă  la Première Guerre mondiale. Si la plupart des habitants se pliaient avec fatalisme la domination française, il s'en fallait que le clergĂ© montrât de la sympathie Ă  l'Ă©gard des infidèles. Une mesure fiscale du maladroit Poussielgue ajouta aux griefs des meneurs, et, le 21 octobre, une insurrection terrible Ă©clata au Caire dans laquelle pĂ©rirent 300 Français et qui ne fut apaisĂ©e qu'après une bataille de deux jours. Pendant ce temps, Desaix avec 4000 hommes et les gĂ©nĂ©raux Davout, Belliard et Friant finissait par rejeter MoĂ»râd en Nubie. Le 3 mars 1799, Belliard atteignait Philae; le 29 mai, Desaix occupait le port de QoseĂŻr, sur la mer Rouge. 

Vers la même époque, deux armées turques se rassemblaient à Rhodes et à Damas pour chasser les Français de l'Égypte. Bonaparte, qui savait que la possession de la Syrie était indispensable à qui voulait conserver l'Égypte, fit ses préparatifs de campagne. Le 10 février, il partait, à la tête de 13 000 hommes, dans la direction d'El-Arîch, traversait le désert, entrait dans Gaza et arrivait le 7 mars devant Jaffa, qu'il prenait d'assaut le 13. On sait que, embarrassé de ses prisonniers, il les fit fusiller. De là, il marcha sur Saint-Jean-d'Acre qui, vigoureusement défendue par le pacha Djezzâr, Sydney Smith, commandant de la croisière anglaise, et deux émigrés français, repoussa deux assauts (20 mars). Pendant en temps, l'armée de Damas s'avançait sur le Jourdain. Kléber, avec 2000 hommes, marcha à sa rencontre et fut enveloppé près du mont Thabor par 12 000 cavaliers et autant de fantassins. Bonaparte arriva à temps avec 3000 hommes pour mettre l'immense cohue adverse en déroute (16 avril). On retourna devant Saint-Jean-d'Acre; mais, menacé par L'armée de Rhodes, Bonaparte en dut lever le siège après quatorze assauts et deux mois d'inutiles efforts. Il fallait renoncer à la conquête de la Syrie, partant à tout espoir de succès ultérieur. L'armée revint au Caire sans obstacle, mais diminuée de 4000 hommes et découragée (24 mai). Bientôt après, l'armée de Rhodes, forte de 18 000 hommes, abordait dans la presqu'île d'Aboukir et s'y retranchait. A cette nouvelle, le général en chef accourut du Caire avec 6000 hommes; le 25 juillet, l'armée turque était détruite et, par cette victoire, la possession de l'Égypte sembla assurée aux Français. Le 22 août suivant, Bonaparte quittait secrètement l'Égypte avec Lannes, Duroc, Bessières, Marmont, Berthier, Monge et Berthollet; il venait d'apprendre par les journaux que lui avait envoyés l'amiral anglais les récents désastres et l'anarchie de la France. Auréolé maintenant d'une gloire fabuleuse, il se laissa entraîner par le souci de sa fortune politique; il partit, abandonnant le commandement de l'armée à Kléber avec des instructions qui l'autorisaient à évacuer l'Égypte (22 août).

Ce départ fut regardé par l'armée tout entière comme une désertion. Kléber exhala son indignation dans une lettre au Directoire. Privée de marine et de renforts, sans défense du côté de la Syrie, menacée de plus par les forces considérables et renouvelables des Anglais et des Turcs, réduite enfin à 15 000 combattants disponibles, l'armée française était démoralisée et craignait de ne pouvoir se maintenir longtemps sur cette terre éloignée. Alors Kléber, cédant aux clameurs de ses soldats, aux mauvais conseils de Reynier, entama des négociations avec la Porte et Sydney Smith et signa la convention d'El-Arich (24 janvier 1800). L'armée française devait rendre les forteresses et évacuer le pays avec tous les honneurs de la guerre pour être transportée en France sur des vaisseaux anglais. Le mouvement d'évacuation était commencé lorsque, par une perfidie insigne, l'amiral Keith avertit Kléber que le cabinet britannique ne pouvait reconnaître la convention d'El-Arich, à moins que l'armée ne se rendit à discrétion (20 mars). Indigné, Kléber rompt aussitôt la convention. Avec 10000 hommes, il marche contre l'armée du grand vizir forte de 80 000 soldats, la met en pleine déroute à Matariyeh (Héliopolis, 24 mars), puis, revenant au Caire où Ibrâhim Bey était rentré en son absence, il bombarde la ville révoltée et la soumet après une bataille de dix jours. Les français reprirent leurs positions; Moûrâd Bey traita avec eux et s'en alla gouverner l'Egypte comme tributaire : l'Egypte était reconquise. Le courage revenait aux troupes et les projets de colonisation étaient repris avec une ardeur toute nouvelle, lorsqu'un nouveau malheur vint décider pour toujours du sort de l'expédition : le 14 juin 1800, Kléber tombait frappé à mort par un Syrien fanatisé. Le général Menou lui succéda, non par l'ordre de mérite, mais par le droit de l'âge. La colonie affaiblie jouit encore de six mois de paix intérieure.

Au commencement de l'année 1801, 30 000 Anglais, sous les ordres du général Abercrombie, débarquent à Aboukir. Le 21 mars, Menou est écrasé à Canope, par la faute de Reynier, qui reste immobile avec sa division; il se retire à Alexandrie, mais y reste bloqué, Hutchinson ayant rompu les dignes qui séparent la mer du lac Mareotis, alors desséché depuis deux siècles. Son lieutenant, Belliard, enveloppé avec 8000 hommes dans Le Caire par 50 000 Turcs ou Anglais, se décide à capituler sur les bases de la convention d'El-Arîch (25 juin). Il évacue la ville avec tous les honneurs de la guerre et embarque ses troupes sur des vaisseaux anglais. Menou, assiégé dans Alexandrie, se rend le 2 septembre, aux mêmes conditions que Belliard. Dans le courant du même mois, l'évacuation complète de l'Égypte était consommée. Telle fut cette fragile conquête, une expédition manquée et meurtrière. (Paul Ravaisse).

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