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L'orfèvrerie

L'orfèvrerie est l'art de l'orfèvre ou fabricant d'objets en or et en argent, et, par extension, produit de cet art. L'orfèvrerie comprend plusieurs spécialités : la bijouterie, la joaillerie, et l'orfèvrerie proprement dite ou grosserie. Celle-ci consiste dans la fabrication de la vaisselle, des couverts, des coupes, des ornements d'église, et, en général, de tous les ouvrages d'un certain volume qui servent à la décoration ou à l'ameublement des habitations particulières et des édifices publics.

L'origine de l'orfèvrerie remonte à des temps très reculés. Les Hébreux, lors de la sortie d'Égypte, empruntèrent aux Égyptiens une grande quantité de vases d'or et d'argent, et les bijoux qu'ils offrirent à Moïse dans le désert furent convertis en objets nécessaires au service divin. Dans l'Odyssée d'Homère, Hélène reçoit en présent une quenouille d'or et une corbeille d'argent aux bords artistement travaillés. La description du bouclier d'Achille dans le même poète montre qu'on savait déjà mélanger sur les métaux la couleur des différents objets. L'épée d'Agamemnon avait une poignée d'or, le sceptre d'Achille des clous d'or. Les femmes d'Athènes portaient dans leurs cheveux des cigales d'or, pour indiquer qu'elles étaient indigènes en Grèce

L'argenterie de Délos fut célèbre à Rome. Sous l'Empire romain, les vases d'or et d'argent ciselé, les patères, les coupes, devinrent assez communs. II reste encore, entre autres choses, pour juger le mérite des oeuvres antiques, les vases du cardinal AIbani représentant l'expiation d'Oreste et les travaux d'Hercule, le plateau connu sous le nom de bouclier de Scipion, la patère d'or trouvée à Rennes et représentant un défi entre Hercule et Bacchus, etc. Les oeuvres de l'orfèvrerie ont pris, dans tous les temps, les caractères des arts contemporains. Ainsi, dans les pièces grecques et romaines qui nous sont parvenues, se retrouvent la simplicité de composition, les lignes nettes et pures de l'art antique. 

L'orfèvrerie byzantine, comme l'architecture, a des formes moins sévères, mais plus de spontanéité, de liberté et d'abandon. Au VIIe siècle, en France, Saint Éloi se fit un nom par son habileté dans l'orfèvrerie. Pendant le Moyen âge, on a surtout fabriqué des chasses, des reliquaires, des tabernacles, des ostensoirs, des crucifix, des retables, des chandeliers, etc.; les artistes y ont reproduit les formes architecturales : ainsi, jusqu'au milieu du XIIe siècle, les arcatures et les baies décoratives sont en plein cintre, les figures allongées, les draperies rigides et verticales, les costumes couverts de bijoux, tandis que plus tard l'ogive domine, les personnages se raccourcissent, les plis deviennent plus amples. 

C'est au XIVe siècle qu'on a repris la fabrication de l'orfèvrerie de table. Parmi les oeuvres d'orfèvrerie du Moyen âge qui sont arrivées jusqu'à nous, on peut citer; les couronnes de Guarrazar; la couronne de Charlemagne; le magnifique autel d'or de la basilique St-Ambroise à Milan; la couverture dulivre d'heures de Charles le Chauve; le retable d'or de la cathédrale de Bâle, qui est actuellement au musée de Cluny, à Paris; le calice de l'abbaye de Weingarten en Souabe; la châsse d'Aix-la-Chapelle, donnée par Frédéric Barberousse; l'autel d'or de la chapelle royale à Munich; la châsse des Rois Mages à Cologne; les chasses de Saint Héribert à Deutz, de Saint Taurin à Évreux, de Saint Romain à Rouen, de Saint Calmine à Mauzac, etc.; une Vierge avec l'enfant Jésus, en or, donnée par Jeanne d'Evreux à l'abbaye de Saint-Denis en 1839, et qui est au musée du Louvre; le bâton cantoral, daté de 1394, qui a longtemps passé pour le sceptre de Charlemagne. Un des plus fameux orfèvres fut Raoul, que Philippe III anoblit.

A l'époque de la Renaissance, l'orfèvrerie, de religieuse qu'elle avait été, se fit profane : tout en cherchant à reproduire les formes du style antique, elle y ajouta les rameaux de feuillage, de fruits et de fleurs, et modela le corps humain avec une égale habileté. Dans le même temps, l'art de l'orfèvre se partage en plusieurs branches : les procédés de fabrication devenant plus savants il est nécessaire qu'on s'y consacre exclusivement, et désormais la composition des modèles est le plus souvent l'oeuvre d'artistes particuliers. Beaucoup d'artistes italiens s'illustrèrent par des travaux d'orfèvrerie entre autres Donatello, Brunelleschi, Ghiberti, Ant. del Pollajuolo, Maso Finiguerra, Amerighi, Verrochio, Piero Giovanni, Michelagnolo da Pinzidimonte, Romolo del Tavolaccino, Stefano Saltaregli, Zanobi del Lavacchio, Bastiano Cennini, Piero di Nino, Antonio di Salvi, Salvadore Pilli, Lorenzo della Golpaja, etc. Mais ce fut surtout Benvenuto Cellini qui eut la plus grande influence sur l'orfèvrerie du XVIe siècle. On doit citer, après lui, Caradosso de Milan et Lautizio de Pérouse. Étienne de Laulne, Jean Cousin (différent des deux peintres), et François Briot, furent aussi des orfèvres distingués de cette époque en France. Au XVIIe siècle, la variété des ornements et la délicatesse de la main-d'oeuvre font place à un art qui vise à la majesté : sous l'influence du cavalier Bernin et de Lebrun, l'orfèvrerie devient fastueuse; il y a cependant d'heureuses exceptions, entre autres De Launay et les Ballin. 

Pendant le XVIIIe siècle, reparaissent les libertés et les caprices : les oeuvres de l'orfèvrerie, quelquefois ravissantes de fantaisie, n'ont plus rien de régulier; ce sont toutes formes antigéométriques, toutes surfaces ondulées, contournées, indescriptibles. Les Germain produisent des ouvrages délicats, très étudiés, et d'un grand mérite d'ajustement; ils règlent le goût de l'époque, tout en y cédant. Après la période de la Révolution, l'orfèvrerie, un instant arrêtée, reprend sa marche : Auguste, Odiot père, Thomire, Biennais, la représentent sous le règne de Napoléon Ier; pendant la Restauration, Odiot fils (dont on voit de beaux spécimens au musée du Luxembourg) et Cahier restent fidèles aux formes sérieuses, tandis que Fauconnier, Fossin, les frères Marrel, Lenglet, et plus tard Froment-Meurice se composent une sorte d'originalité par des emprunts faits au Moyen âge, à la Renaissance et au XVIIIe siècle. C'est encore cet éclectisme qui caractérise l'orfèvrerie du XIXe siècle, représentée par Vetche, Rudolphi, Wiese, Bapst, Maurice Mayer, les frères Fannière, Rouvenat, Hayet, Mention, Wagner, Morel, Bachelet, Duponchel, Christofle, etc. On pourrait encore citer Garrard et Hancock en Angleterre; de Meyer et Salm en Ho!lande, Friedcherg en Prusse, etc. (B.).



En bibliothèque - Séré et Paul Lacroix, Histoire de l'orfèvrerie-joaillerie, Paris, 1850, in-8°.
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Dictionnaire Architecture, arts plastiques et arts divers
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