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Erbil

Erbil (Hewlêr, en kurde) est une ville d'Irak, capitale de la région autonome du Kurdistan irakien. Elle se présente comme l'une des plus anciennes villes du monde continuellement habitées, un palimpseste urbain où l'histoire affleure à chaque strate. Elle est située au pied des monts Zagros, à la limite des piémonts, là où la montagne cède la place aux plaines fertiles de la haute Mésopotamie. Cette position de carrefour, au croisement des routes nord-sud reliant le golfe Persique à l'Anatolie et est-ouest, la voie royale entre la Mésopotamie et le plateau iranien, a scellé son destin de place commerciale et stratégique majeure depuis la plus haute antiquité.

Dominant la plaine environnante, la ville moderne s'articule autour d'un tell monumental, une colline artificielle haute de 25 à 32 mètres qui porte en son sommet la célèbre citadelle d'Erbil, classée au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 2014. Cette éminence est le résultat de plus de sept millénaires d'occupation humaine continue, les briques de pisé des constructions successives s'accumulant pour former cette acropole unique. 

Le climat y est de type semi-aride méditerranéen, avec des étés extrêmement chauds et secs où les températures peuvent atteindre 49°C, et des hivers plus frais et humides, la moyenne des précipitations annuelles, concentrées entre novembre et avril, s'élevant à environ 540 mm, ce qui permet à la plaine d'Erbil de conserver sa réputation de terre agricole fertile. Le paysage urbain, en pleine mutation économique, est désormais marqué par une skyline de tours modernes, d'hôtels de luxe et de centres commerciaux qui côtoient le tissu traditionnel des bazars et des quartiers plus anciens, symboles d'un essor fulgurant qui vaut parfois à la ville le surnom de "Dubai du Kurdistan".

Histoire d'Erbil.
Les premières traces d'occupation sur le site de la citadelle remontent à la période d'Obeid, au Ve millénaire avant notre ère. La ville entre dans l'histoire écrite vers 2300 av. JC, mentionnée sous le nom d'Urbilum dans les tablettes d'Ebla en Syrie, puis comme une cité rebelle face aux rois de la troisième dynastie d'Ur à la fin du IIIe millénaire. Son nom, probablement d'origine hourrite, fut ensuite interprété par les Sémites comme signifiant "les quatre dieux" (arba'ū ilū), une étymologie qui témoigne de son importance religieuse précoce. Après une période d'indépendance, elle fut conquise par les Amorrites au début du IIe millénaire, avant de tomber définitivement dans l'orbite assyrienne. C'est à l'époque néo-assyrienne (Xe-VIIe siècles av. JC) que la ville, connue alors sous le nom d'Arbail (Arbèles), atteint son apogée antique. Elle devient l'une des cités les plus sacrées de l'empire, aux côtés d'Assur et de Ninive, en abritant le prestigieux temple d'Ishtar d'Arbail, l'Egašankalamma, "la Maison du Seigneur du Monde". La déesse y était vénérée comme une divinité guerrière et oraculaire de premier plan, ses volontés étant avidement consultées par les monarques. La ville était également un centre militaire et administratif majeur, et ses gouverneurs accédèrent à plusieurs reprises à la dignité de limmu, l'éponyme qui donnait son nom à l'année.

La chute de l'empire assyrien à la fin du VIIe siècle av. JC n'entraîne pas l'abandon d'Arbail. La ville passe sous la domination des Mèdes, puis est intégrée à l'empire achéménide, où elle devient la capitale d'une satrapie. C'est dans ses environs que se joue l'un des tournants majeurs de l'histoire antique. En 331 av. J.-C., Alexandre le Grand écrase l'armée de Darius III à la bataille de Gaugamèle, parfois appelée aussi bataille d'Arbèles, bien que la ville elle-même n'ait pas été le site de l'affrontement mais le refuge où Darius s'enfuit après sa défaite. Alexandre y fit une brève halte et aurait refondé la ville sous le nom d'Alexandria Arbela. À l'époque hellénistique, la région devient le cœur du royaume d'Adiabène, un état vassal des Parthes puis de l'empire romain. C'est une période de syncrétisme culturel et religieux remarquable. La famille royale d'Adiabène se convertit au judaïsme au Ier siècle de notre ère, comme le rapporte l'historien Flavius Josèphe. Parallèlement, Erbil devient très tôt un foyer majeur du christianisme; une communauté y est attestée dès le IIe siècle, et la ville devient le siège d'un évêché métropolite de l'Église d'Orient, statut qu'elle conserve jusqu'à la fin du Moyen Âge.

La conquête arabe musulmane au VIIe siècle ouvre un nouveau chapitre. La ville dont le nom est désormais arabisé en Erbil (ou Irbil), perd de son importance politique au profit de Mossoul, mais demeure un centre régional prospère sous la domination des califats omeyyade puis abbasside. Elle connaît un nouvel âge d'or au XIIe et au début du XIIIe siècle sous la dynastie turkmène des Begtiginides, qui en font la capitale d'un émirat indépendant. C'est de cette époque que date le minaret Mudhafaria, toujours debout, et c'est à la cour de l'atabeg Muzaffar al-Din que vécut le célèbre biographe Ibn Khallikân. Cet âge d'or prend fin avec l'invasion mongole. La ville est prise par les armées de Houlagu en 1258, mais connaît une période de relative tolérance religieuse sous les premiers Ilkhanides, qui y installent des populations chrétiennes. Cependant, la fin du XIVe siècle est catastrophique : les armées de Tamerlan (Timur Lang) s'emparent et détruisent complètement la ville en 1397, un choc dont elle mettra des siècles à se relever. Erbil est ensuite intégrée à l'empire ottoman au XVIe siècle, devenant un chef-lieu de sanctjak rattaché au vilayet de Mossoul. La ville moderne commence à se développer autour de la citadelle, qui conserve sa structure traditionnelle divisée en trois quartiers : le Sérail, résidence des notables; la Takya, pour les religieux; et la Topkhana, pour les artisans et agriculteurs.

L'effondrement de l'empire ottoman après la Première Guerre mondiale et la création du royaume d'Irak placent Erbil sous mandat britannique, puis au sein de l'État irakien indépendant à partir de 1932. La ville devient un symbole de la lutte kurde pour l'autonomie. Un accord conclu en 1970 entre le gouvernement irakien et les chefs kurdes aboutit à la création d'une région autonome kurde, et Erbil en est désignée comme la capitale. Cette autonomie reste cependant largement théorique sous le régime baasiste de Saddam Hussein, et la ville et sa région subissent de plein fouet la politique d'arabisation forcée et la répression militaire, notamment pendant la guerre Iran-Irak et la campagne d'Anfal dans les années 1980. La défaite de Saddam Hussein lors de la guerre du Golfe en 1991 et l'instauration d'une zone d'exclusion aérienne par les Alliés permettent l'établissement d'un gouvernement régional kurde de facto. Erbil devient la capitale d'une entité kurde en grande partie autonome. Les années 1990 sont toutefois marquées par une guerre civile fratricide entre les deux principaux partis kurdes, le Parti démocratique du Kurdistan (PDK) et l'Union patriotique du Kurdistan (UPK), qui se disputent le contrôle de la ville jusqu'à un accord de paix en 1998. Un épisode tragique de cette période est le massacre de Hewlêr (Erbil) en 1997, où des forces du PDK, avec le soutien de l'armée turque, attaquèrent des positions considérées comme proches du PKK dans la ville, exécutant une centaine de personnes, dont des patients et du personnel médical d'un hôpital.

Au XXIe siècle, Erbil connaît une renaissance spectaculaire. L'invasion américaine de l'Irak en 2003 et le renversement de Saddam Hussein consolident la position de la région kurde. Relativement épargnée par la violence qui embrase le reste du pays, la ville devient un havre de paix et de stabilité, attirant des investissements étrangers massifs, principalement turcs, et une main-d'Å“uvre nombreuse. Un nouvel aéroport international, doté de l'une des plus longues pistes du monde, ouvre en 2010, reliant directement Erbil à l'Europe et au Moyen-Orient. La ville devient un centre politique et diplomatique, qui accueille des dizaines de représentations consulaires, ainsi qu'un pôle universitaire en plein essor avec l'université Salahaddin et l'université privée de Kurdistan. 

Cependant, la ville a dû aussi faire face à de nouvelles tragédies, comme les attentats meurtriers d'Al-Qaïda en 2004 et 2005, et plus récemment, à l'afflux massif de centaines de milliers de réfugiés fuyant l'avancée de l'État islamique (Daech) en 2014, notamment des chrétiens et des Yazidis, qui ont trouvé refuge dans le quartier d'Ankawa. Symbole de la résilience de la ville, le pape François s'y est rendu en mars 2021, et y a célébré une messe au stade Franso Hariri, du nom d'un gouverneur assyrien assassiné en 2001. Aujourd'hui, Erbil a une population d'environ un million et demi d'habitants, majoritairement kurde mais aussi arabe, turkmène, assyro-chaldéenne et arménienne.

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Dictionnaire Villes et monuments
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