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Assur

Assur, est une ancienne ville qui se dressait sur la rive occidentale du Tigre, dans le nord de l'Irak moderne, à environ cent dix kilomètres au sud de Mossoul, sur un promontoire rocheux qui domine le fleuve et la plaine environnante. Le site archéologique, connu sous le nom de Qal'at Sherqat, s'étend sur une superficie d'environ soixante-dix hectares et constitue l'un des ensembles urbains les plus impressionnants et les mieux documentés de la Mésopotamie septentrionale. Assur fut le berceau de la puissance assyrienne, la première capitale du royaume qui allait devenir l'un des empires les plus puissants de l'Antiquité, et le centre religieux du dieu Assur, dont le nom même de la ville dérive. Son histoire, qui s'étend sur plus de trois millénaires, est marquée par une alternance de périodes de grandeur et de déclin, de destructions violentes et de restaurations pieuses, mais la ville conserva jusqu'à sa fin un prestige sacré incomparable, celui du lieu où le dieu national résidait et d'où émanait la légitimité des rois.

Les origines d'Assur remontent au IIIe millénaire avant notre ère, à la période des dynasties archaïques, lorsque des communautés agricoles et marchandes s'installèrent sur ce promontoire naturel, attirées par la proximité du Tigre, la fertilité des terres environnantes et la position stratégique sur les routes commerciales reliant la Mésopotamie à l'Anatolie, à la Syrie et au plateau iranien. Les premiers textes mentionnant Assur apparaissent dans les archives de la troisième dynastie d'Ur, au vingt et unième siècle avant notre ère, lorsque la ville était un avant-poste septentrional de l'empire sumérien, gouverné par des gouverneurs nommés par Ur. À la chute d'Ur, Assur recouvra son indépendance et se développa rapidement comme une cité marchande prospère, grâce au commerce de l'étain, des textiles, du cuivre et des produits de luxe entre l'Assyrie et l'Anatolie. Les marchands d'Assur établirent des colonies commerciales en Cappadoce, notamment à Kanesh, l'actuelle Kültepe, où des milliers de tablettes cunéiformes ont été retrouvées, documentant avec une précision remarquable les activités économiques, les réseaux familiaux et les pratiques juridiques de ces entrepreneurs assyriens du début du deuxième millénaire avant notre ère. Ce commerce à longue distance fit la richesse d'Assur et posa les bases de la puissance assyrienne.

La ville d'Assur fut dominée au XVIIIe siècle avant notre ère par Shamshi-Adad Ier, un conquérant amorrite qui bâtit un vaste royaume en Haute Mésopotamie et fit d'Assur l'une de ses capitales. Shamshi-Adad entreprit des travaux considérables dans la ville, notamment la reconstruction du temple du dieu Assur et l'élévation d'une grande ziggourat, et il se proclama "roi de l'univers", affirmant la vocation impériale de la cité. Après sa mort, son royaume se disloqua, et Assur passa sous la domination de Babylone, puis du Mitanni, un royaume hourrite qui contrôla la Mésopotamie septentrionale pendant une grande partie du deuxième millénaire. Assur demeura néanmoins un centre religieux et économique important, et ses rois, bien que vassaux du Mitanni, conservèrent une certaine autonomie. Au XIVe siècle avant notre ère, le roi Assur-uballit Ier secoua le joug du Mitanni et fonda le royaume moyen-assyrien, qui s'étendit rapidement vers l'ouest, le nord et l'est. Les rois moyen-assyriens, notamment Tukulti-Ninurta Ier, firent d'Assur une capitale monumentale, ornée de temples, de palais et de fortifications, et imposèrent leur domination sur la Babylonie et la Syrie. Tukulti-Ninurta Ier alla jusqu'à fonder une nouvelle capitale, Kar-Tukulti-Ninurta, sur la rive opposée du Tigre, mais Assur demeura le cœur religieux et dynastique du royaume.

L'empire néo-assyrien, entre le IXe et le VIIe siècle avant notre ère, porta Assur à son apogée de richesse et de prestige, bien que les capitales politiques aient été transférées d'abord à Kalkhu (Nimrud) puis à Dur-Sharrukin et enfin à Ninive. Les rois néo-assyriens, conquérants infatigables, firent affluer vers Assur un tribut immense, des matériaux précieux et des prisonniers de guerre, et ils entreprirent de vastes programmes de construction et de restauration. Le temple du dieu Assur, l'Éhursagkurkurra, fut reconstruit et agrandi à plusieurs reprises, et la ziggourat, dédiée au dieu, dominait la ville de sa masse imposante. Les fêtes religieuses, notamment la grande fête du Nouvel An, l'Akitu, célébraient la souveraineté du dieu Assur et la légitimité du roi, son représentant sur terre. Les rois néo-assyriens, d'Assurnasirpal II à Assurbanipal, se firent représenter sur les murs des palais et des temples, non pas à Assur même, mais dans les capitales impériales, laissant au dieu Assur la primauté dans sa ville sainte. Assur était alors une ville de prêtres, de scribes, d'artisans et de marchands, peuplée de plusieurs dizaines de milliers d'habitants, entourée de murailles puissantes et de faubourgs.

La chute de l'empire assyrien, en 612 avant notre ère, fut catastrophique pour Assur. La ville fut prise et détruite par une coalition de Mèdes et de Babyloniens, après la chute de Ninive et de Kalkhu. Les temples furent pillés et incendiés, les statues des dieux brisées ou emportées, la population massacrée ou déportée. Le dieu Assur, dont le culte avait été le ciment de l'empire, cessa d'être vénéré, et la ville ne retrouva jamais sa puissance. Elle demeura cependant habitée, de manière modeste, pendant les périodes babylonienne, achéménide, séleucide et parthe, et des sanctuaires furent restaurés à plusieurs reprises, témoignant de la persistance d'une mémoire religieuse et d'une identité locale. Le site fut finalement abandonné au troisième siècle de notre ère, et il tomba dans l'oubli, recouvert par les sables et les débris, jusqu'à sa redécouverte par les explorateurs européens au dix-neuvième siècle.

Le site archéologique de Qal'at Sherqat fut fouillé pour la première fois par des archéologues britanniques au milieu du XIXe siècle, notamment Austen Henry Layard, qui visita le site en 1847 et en rapporta des descriptions et des objets. Les fouilles systématiques furent entreprises par la Deutsche Orient-Gesellschaft entre 1903 et 1914, sous la direction de Walter Andrae, l'un des plus grands archéologues de son temps. Andrae excava une grande partie de la ville, dégageant les temples, les palais, les fortifications et les quartiers résidentiels, et établissant une chronologie précise de l'occupation du site. Ses travaux, d'une rigueur exemplaire pour l'époque, ont fait d'Assur l'un des sites les mieux étudiés de la Mésopotamie. Les fouilles furent interrompues par la Première Guerre mondiale, puis reprises sporadiquement par des équipes irakiennes et internationales, notamment dans les années 1980 et 2000, mais le site a souffert de l'érosion, des pillages et des menaces liées au projet de barrage de Makhoul, qui aurait englouti une partie des ruines si la guerre en Irak n'avait pas interrompu les travaux.

Le site d'Assur se présente aujourd'hui comme un vaste promontoire rocheux, entouré sur trois côtés par les vestiges de murailles massives en brique crue, dont certaines sections sont encore bien visibles. La ville était protégée par une enceinte double, percée de portes monumentales et flanquée de tours, qui s'étendait sur plus de deux kilomètres et demi. Au nord, le promontoire domine le Tigre, offrant une vue étendue sur la plaine et sur les montagnes lointaines. Le coeur de la ville était occupé par le quartier sacré, dominé par le temple du dieu Assur, l'Éhursagkurkurra, et par la ziggourat qui lui était associée. Le temple, reconstruit à de nombreuses reprises, était un édifice massif en brique crue, avec des cours, des chapelles, des magasins et des salles de culte, où se dressait la statue du dieu, vénérée par les rois et les prêtres. La ziggourat, dont il ne reste que des vestiges érodés, s'élevait autrefois à plusieurs dizaines de mètres, et sa silhouette dominait la ville et le fleuve. Autour du quartier sacré, les fouilles ont mis au jour les restes du Vieux Palais, résidence des rois assyriens depuis le IIe millénaire, ainsi que d'autres palais et bâtiments administratifs, dont les murs étaient ornés de briques émaillées, de reliefs en pierre et d'inscriptions royales. Les temples de Nabu, d'Ishtar, de Sîn et de Shamash, ainsi que les chapelles dédiées à d'autres divinités, étaient dispersés dans la ville, formant un dense réseau de sanctuaires.

Les quartiers résidentiels d'Assur, fouillés par Andrae sur une vaste surface, ont révélé un tissu urbain dense, avec des maisons en brique crue organisées autour de cours centrales, des rues étroites et sinueuses, des canalisations et des puits. Les maisons des marchands et des notables contenaient des archives de tablettes cunéiformes, des objets en bronze, en fer, en ivoire, en verre et en céramique, des sceaux-cylindres, des amulettes et des figurines. Les archives privées et publiques d'Assur, qui comptent des milliers de textes, documentent la vie économique, sociale, religieuse et politique de la ville sur plus de deux mille ans. Elles comprennent des contrats, des lettres, des listes de rations, des textes juridiques, des rituels religieux, des hymnes, des chroniques et des inscriptions royales. Ces documents sont aujourd'hui conservés principalement au musée de Pergame à Berlin, ainsi qu'à Istanbul et à Bagdad. Les objets exhumés à Assur, notamment les reliefs, les statues, les bijoux, les armes et les céramiques, ont enrichi les collections des musées du monde entier et ont permis de reconstituer l'évolution de l'art et de la culture assyriens, depuis les modestes débuts de la cité marchande jusqu'à la splendeur de l'empire.

Aujourd'hui, le site de Qal'at Sherqat, inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco et menacé par les conflits et les projets de barrage, continue de témoigner de la grandeur et de la fragilité des civilisations antiques, et les ruines d'Assur, sous le ciel immense du nord irakien, demeurent l'un des lieux les plus importants de l'archéologie mésopotamienne.

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Dictionnaire Villes et monuments
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