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| Les langues > Indo-européen > langues indiennes |
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| L'ourdou
est une langue indo-aryenne, principalement parlée en Asie du Sud. Sa
formation est le résultat d'un mélange linguistique et culturel survenu
dans le sous-continent indien. Elle est née aux alentours des XIIe
et XIIIe siècles dans les camps militaires
et les marchés, à partir du khari boli, un dialecte de la région de
Delhi, nourri par les apports lexicaux et structurels
du persan, de l'arabe
et dans une moindre mesure du turc. Cette
langue de contact, parfois appelée hindvi ou rekhta, s'est progressivement
développée pour devenir un véhicule littéraire et culturel majeur.
Aujourd'hui, l'ourdou
est la langue nationale du Pakistan L'ourdou s'écrit de droite à gauche dans une variante nastaliq de l'alphabet arabo-persan. Le nastaliq est une calligraphie cursive et élégante, réputée pour sa beauté et sa difficulté technique. L'alphabet est augmenté de lettres modifiées pour représenter les phonèmes indiens absents de l'arabe ou du persan, comme les consonnes rétroflexes (/ʈ/, /ɖ/, /ɳ/) ou les voyelles. Cette écriture le distingue visuellement de l'hindi, qui utilise l'écriture devanagari. Sur le plan littéraire, l'ourdou a une tradition éclatante, particulièrement dans la poésie. Elle a été la langue de cour de nombreux sultanats et de l'Empire moghol. Aux XVIIIe et XIXe siècles, elle a produit des formes poétiques raffinées comme le ghazal (poème lyrique d'amour, souvent mystique), le masnavi (poème narratif) et le marsiya (élégie). Des figures telles que Mir Taqi Mir, Mirza Ghalib et Allama Iqbal ont porté la langue à des sommets d'expressivité et de profondeur philosophique. La phonologie de l'ourdou est caractérisée par un système de consonnes riches, incluant des rétroflexes (comme ṭ, ḍ) typiques des langues indiennes, et des aspirées (comme kh, gh). Le vocabulaire de l'ourdou est un amalgame remarquable. Sa base grammaticale et ses mots courants sont indo-aryens, très proches de l'hindi, formant ce que l'on appelle l'hindoustani. Cependant, son lexique savant, littéraire et administratif est largement empreint de persan et d'arabe. Ainsi, pour un même concept, il peut exister un mot d'origine sanscrite et un mot d'origine arabo-persane, utilisés dans des registres différents. Par exemple, feu peut se dire aag (mot indien) ou ātesh (mot persan). La grammaire ourdoue.
Le système nominal en ourdou distingue deux genres : le masculin et le féminin. Ce genre grammatical est attribué à tous les noms, y compris les noms inanimés, et il influence l'accord des adjectifs, des déterminants et des verbes au participe passé. Les noms se divisent également en deux catégories selon leur dénombrement : les noms dénombrables et les noms indénombrables. En outre, les noms peuvent être marqués pour le cas, bien que le système casuel soit essentiellement marqué par des postpositions plutôt que par des désinences flexionnelles, à l'exception de quelques formes pronominales. Les cas principaux sont le cas direct (sujet), l'oblique (utilisé avec les postpositions ou pour marquer l'objet direct dans certains contextes), le vocatif et le possessif. Les pronoms personnels en ourdou varient selon la personne, le nombre et parfois le genre. Il existe une distinction entre formes sujet et formes obliques, ces dernières servant de base à la construction des pronoms avec postpositions. De plus, l'ourdou possède un système de politesse très développé, notamment dans les pronoms de la deuxième personne : tū (très familier), tum (familier mais respectueux) et āp (formel et respectueux). Ce dernier est toujours traité comme pluriel, même lorsqu'il désigne une seule personne. Les verbes ourdous se conjuguent selon le temps (présent, passé, futur), l'aspect (accompli, inaccompli, habituel) et le mode (indicatif, impératif, subjonctif, conditionnel). Le verbe principal s'accorde en genre et en nombre avec le sujet, sauf dans les constructions passives ou avec certains verbes impersonnels. L'ourdou possède un riche système d'aspects verbaux, souvent exprimés à l'aide de formes composites utilisant des auxiliaires comme honā (être/devenir) ou des particules aspectuelles. Les temps verbaux ne sont pas toujours marqués de façon autonome : souvent, le temps est déduit du contexte ou indiqué par des particules temporelles. Par exemple, le passé simple est formé en ajoutant des suffixes variables selon le genre et le nombre au radical verbal, tandis que le passé parfait utilise une construction composée avec le participe passé et l'auxiliaire honā. Le futur est souvent exprimé par l'utilisation d'un suffixe ajouté à la forme subjonctive. Les adjectifs précèdent généralement le nom qu'ils qualifient et s'accordent en genre, en nombre et parfois en cas avec ce nom. Cependant, certains adjectifs, notamment ceux d'origine persane ou arabe, ne s'accordent pas ou suivent des règles différentes. Il existe trois degrés pour les adjectifs : positif, comparatif et superlatif. Le comparatif se forme souvent avec la particule se (que) et le superlatif avec sab se (le plus). Les adverbes en ourdou ne s'accordent pas et peuvent apparaître à différentes positions dans la phrase, bien que leur place la plus naturelle soit juste avant le verbe. Certains adverbes sont formés par dérivation à partir d'adjectifs, notamment en ajoutant le suffixe -ī ou en utilisant des expressions figées. La syntaxe ourdoue repose fortement sur les postpositions plutôt que sur les prépositions. Ces postpositions suivent le nom ou le pronom auquel elles se rapportent, et ce dernier doit souvent être à la forme oblique. Par exemple, pour exprimer "dans la maison", on dit ghar meṉ, où ghar (maison) est au cas oblique implicite et meṉ est la postposition "dans". Les phrases subordonnées sont fréquentes et souvent introduites par des conjonctions comme ke (que), qui joue un rôle central dans la subordination. L'ourdou utilise également des constructions relatives avec des pronoms relatifs ou par simple juxtaposition. La coordination se fait à l'aide de conjonctions comme aur (et), lekin (mais), ya (ou), etc. Noton encore que l'ourdou présente une grande flexibilité dans la formation de mots composés et dérivés, avec de nombreux emprunts intégrés de façon productive. L'histoire et
les dialectes de l'ourdou.
Dans les camps militaires, les marchés et les centres urbains, une langue de communication commune se développe progressivement. Le terme "ourdou" dérive du mot turco-mongol ordu, signifiant camp ou armée, et reflète cette genèse dans un environnement militaire et administratif multilingue. Cette langue véhiculaire, souvent appelée hindavi, dehlavi ou rekhta selon les époques et les contextes, conserve une structure grammaticale indo-aryenne tout en intégrant un lexique persan et arabe de plus en plus riche, notamment dans les domaines de l'administration, de la culture savante et de la poésie. Sous l'Empire moghol, du XVIe au XVIIIe siècle, l'ourdou connaît un essor décisif. Bien que le persan demeure la langue officielle de l'administration impériale, l'ourdou s'impose comme langue littéraire et urbaine, particulièrement à Delhi et dans les centres culturels du nord de l'Inde. La poésie ourdoue, caractérisé par les formes du ghazal et du masnavi, atteint un haut degré de raffinement, et la langue se dote d'une norme écrite fondée sur l'alphabet perso-arabe adapté. Les emprunts lexicaux au persan et à l'arabe se multiplient, tandis que le registre littéraire se distingue nettement de la langue parlée par un niveau de formalité et d'ornementation élevé. À l'époque coloniale britannique, la langue ourdoue devient un enjeu politique et identitaire. Au XIXe siècle, la standardisation s'accélère grâce à l'imprimerie, à l'enseignement et à la production de grammaires et de dictionnaires. Parallèlement, une différenciation idéologique et scripturale s'opère entre l'ourdou, écrit en caractères perso-arabes et associé aux élites musulmanes, et l'hindi, écrit en devanagari et de plus en plus sanscritisé. Bien que les deux langues partagent une base grammaticale largement commune et une intercompréhension élevée à l'oral, cette séparation se cristallise dans les usages officiels et symboliques. La partition du sous-continent en 1947 marque un tournant majeur. L'ourdou est proclamé langue nationale du Pakistan, malgré le fait qu'il ne soit la langue maternelle que d'une minorité de la population. Il devient un instrument de cohésion nationale et un symbole de l'identité musulmane pakistanaise. En Inde, l'ourdou perd son statut central mais demeure une langue reconnue, utilisée dans la littérature, les médias et certaines administrations régionales. Des communautés ourdophones importantes subsistent dans des villes comme Lucknow, Hyderabad et Delhi. Du point de vue dialectal, l'ourdou standard repose historiquement sur le parler de Delhi et de sa région, appelé khari boli. Toutefois, la langue s'inscrit dans un continuum dialectal indo-aryen beaucoup plus large, et ses variétés régionales reflètent les influences des langues locales. En Inde du Nord, l'ourdou présente des affinités étroites avec l'hindi standard, tandis que dans le Deccan, une variété distincte, le dakhani, s'est développée dès le Moyen Âge. Le dakhani, parlé dans le sud de l'Inde, notamment autour d'Hyderabad, conserve des traits lexicaux et phonétiques archaïques et intègre des emprunts aux langues dravidiennes comme le télougou et le kannada. Au Pakistan, les variétés parlées de l'ourdou sont fortement influencées par les langues régionales telles que le pendjabi, le sindhi, le pachtoune ou le baloutchi. Ces influences se manifestent par des variations de prononciation, d'intonation et de vocabulaire, sans toutefois remettre en cause l'unité de la norme écrite. L'ourdou urbain, notamment à Karachi et à Lahore, a développé des registres familiers et des sociolectes marqués par le contact avec l'anglais, qui joue un rôle important dans les domaines de l'éducation, de l'administration et des médias. La variation en ourdou est souvent davantage de nature stylistique que strictement dialectale. La langue se caractérise par une forte opposition entre un registre formel, riche en emprunts persans et arabes, utilisé dans la littérature, les discours officiels et l'écrit soigné, et des registres familiers ou colloquiaux, plus proches du fonds indo-aryen commun et largement intercompréhensibles avec l'hindi parlé. |
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