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| Marianne-Charlotte
de Corday d'Armont, vulgairement Charlotte Corday (bien qu'elle
signe toujours Marie Corday, ou simplement Corday) est une
femme célèbre de la Révolution, née
à Saint-Saturnin-des-Lignerets, diocèse de Sées, le 27 juillet 1768,
guillotinée à Paris le 17 juillet 1793 pour
avoir, le 13, assassiné Marat.
Son père, François
de Corday, était de noblesse ancienne; mais, cadet d'une branche cadette,
il vivait pauvrement de son petit fief des Lignerets; il écrivit sur l'égalité
des partages, c.-à -d. contre le droit d'aînesse. II avait épousé Charlotte-Marie
de Gautier des Autiers, qui mourut en 1784, lui laissant cinq enfants :
les deux fils, royalistes fervents, émigrèrent;
Charlotte était la seconde des trois filles. Le père obtint pour elle
une place à l'abbaye de la Sainte-Trinité
de Caen; cependant l'Abbaye-aux-Dames, comme
on l'appelait d'ordinaire, n'élevait pas de jeunes filles : le roi avait
seulement le droit d'y placer cinq demoiselles appartenant à la noblesse
pauvre de Normandie « Cette enfant, écrit Mme de Pontécoulant, est dure à elle-même : il faut deviner quand elle est malade. »Cependant, quoique d'un tempérament robuste, elle n'eut jamais rien d'une virago. Son visage était « d'une beauté angélique », virginale; ses manières simples, douces et modestes; la voix resta toujours « enfantine », comme les sens, muets. Les personnes la touchaient peu, quel que fût l'âge ou le sexe; souvent, lorsqu'on lui parlait, « elle se réveillait en sursaut, comme d'un songe ». Ce songe perpétuel, qui peut-être eût été mystique en un autre temps et dans un autre milieu, fut politique. Rousseau et Raynal remplacèrent bientôt le catéchisme, et, de la Vie des Saints, la jeune fille passa sans transition et presque sans conseil aux héros de Plutarque, aux Horace Rendue à sa famille
par la suppression des monastères, Ã
l'âge de vingt-deux ans, elle rentra chez son père, rue du Bègle, Ã
Argentan
Charlotte Corday (1768-1793). D'après une lithographie de Delpech. Les grandes journées de la Révolution lui apparaissaient à travers ses souvenirs classiques. Elle lisait assidûment les nouvelles, les journaux de Perlet et de Gorsas, entre autres, et les innombrables brochures qui, de Paris, inondaient les départements. Elle n'avait aucun moyen, et sans doute aucune idée de contrôle ni de critique. Comment eût-elle pu concevoir que le grand acteur du moment, n'était le peuple? Elle s'indignait de voir les individus inférieurs aux événements. Elle ne reconnut les accents de la liberté antique que dans les discours de Vergniaud, de Brissot, de Louvet, de Barbaroux; elle crut le parti girondin plus généreux que les autres. C'est dans de tels sentiments, et probablement avec le vague besoin d'un plus grand théâtre, qu'un beau jour elle prit congé de son père, en juin 1792, et s'en alla demander asile à une vieille parente de Caen, Mme Le Coustellier de Bretteville-Gouville, dont elle était à peine connue. D'abord accueillie froidement (« elle avait l'air de méditer un mauvais coup »), elle sut dissiper par une bonne grâce tout extérieure cette première impression; mais cette réserve obligée ne pouvait qu'aviver le feu intérieur qui la dévorait. Les massacres de septembre, le triomphe de la Montagne, la condamnation de Louis XVI lui apparurent comme autant de hontes pour la République, comme autant d'atteintes à son idéal. Elle connut la haine, et toute cette haine se concentra sur Marat, sur cet « ami du peuple » qui ne cessait de demander de nouvelles têtes. Les journées du 31 mai et du 2 juin, l'arrestation ou la fuite des girondins, enfin l'arrivée à Caen de dix-huit de ses chers proscrits, tout lui fit croire que la paix publique, le salut du pays seraient assurés par la mort de Marat; elle ignorait que Marat était trop malade pour avoir encore longtemps à vivre, que les puissants du jour étaient Danton et Robespierre. Avant son départ
(9 juillet), elle vit, en public, Barbaroux,
auquel elle recommanda une réclamation de Mme de Forbin, et qui lui remit
une lettre pour Lauze-Deperret. Elle avait un passeport libellé le 8 avril
pour Argentan
L'assassinat de Marat, par Baudry (détail). Le lendemain, elle fit, auprès de Deperret, sa commission, et lui remit un paquet de la part de Barbaroux. Le 13 au matin, elle acheta pour quarante sous, au Palais-Royal, un couteau à gaine qu'elle cacha dans son sein. A son hôtel, elle avait appris que Marat n'allait plus à la Convention. Après une tentative inutile pour être reçue par lui, à midi, elle lui écrivit qu'elle avait à lui révéler des choses importantes pour le parti montagnard, faillit encore être éconduite à sept heures et demie; mais elle insista tellement que Marat l'entendit et ordonna de la laisser parvenir jusqu'à lui. II était au bain, dans une pièce retirée, était recouvert d'un drap et d'une planchette sur laquelle il écrivait, ne laissant passer que la tête, les épaules et le bras droit. L'entretien dura environ un quart d'heure; il ne fut interrompu qu'un instant par la compagne de l'ami du peuple, Simonne Evrard, qui vit la jeune fille pleurer. On ne connaît ce qui se passa que par les aveux de Charlotte elle-même devant le tribunal révolutionnaire. Marat lui demanda les noms des députés réfugiés à Caen; elle les lui donna, il écrivait à mesure. Il conclut par ces mots : « C'est bien! Dans huit jours ils iront à la guillotine. »Charlotte retrouva l'énergie qui peut-être l'avait un instant abandonnée devant un mourant, et, tirant de son sein le couteau, elle l'enfonça tout entier, jusqu'au manche, dans le coeur de Marat. « A moi, ma chère amie ! » furent les dernières paroles de la victime. Un instant immobile après l'acte accompli, Charlotte gagna la pièce voisine, « le salon ». C'était au premier : elle jeta un coup d'oeil vers la fenêtre; la porte étant solidement gardée par Simonne, par la portière Pain, par la cuisinière Jeannette Maréchal, par un plieur du journal de Marat, le commissionnaire Laurent Bas, une lutte s'engagea à coups de chaises jusqu'à ce que Laurent Bas eut « saisi le monstre par les mamelles et l'eût terrassé », selon les termes de sa déposition. -
Charlotte Corday (1768-1793). D'après un dessin de Chauer Pour que le peuple ne vengeât pas lui-même son ami, il fallut attendre la nuit pour conduire Charlotte à l'Abbaye; mais il y eut un premier interrogatoire dans le salon par les soins du commissaire de police de la section et en présence de plusieurs membres du comité de Sûreté générale. Le lendemain 14, le comité de Sûreté générale fit des recherches, entendit des témoins; la même jour, la Convention saisit de l'affaire le tribunal révolutionnaire, devant lequel furent traduits aussi, comme complices présumés, l'évêque Fauchet (que l'on avait vu avec des femmes, dans une tribune, à la Convention), et Lauze-Deperret, Mais il fallut reconnaître que Charlotte n'avait eu ni instigateur, ni confident d'aucune sorte. L'instruction du
tribunal, commencée le 16, fut close le jour même. Le 17 au matin, l'accusée
comparut, se glorifia de « son projet extraordinaire », et regretta,
sur une insinuation du président Montané, de n'avoir pas tué « tous
les Marat ». Cependant on la vit repousser avec un effroi, sans doute
purement physique, le couteau ensanglanté dont elle s'était servi. Elle
s'était adressée pour sa défense à Doulcet de Pontécoulant, qu'elle
croyait du parti de la Montagne,
et auquel d'ailleurs sa lettre ne parvint que quatre jours trop tard. Elle
fut défendue selon son coeur par Chauveau-Lagarde, qui se refusa à l'humilier
en plaidant la folie, comme l'eût désiré Fouquier-Tinville.
Portrait de Charlotte Corday, par Robert-Fleury (détail). Condamnée à une heure, elle sortit de la Conciergerie, où elle avait été transférée, vers cinq heures; elle resta debout dans la charrette, la chemise rouge sur les épaules, calme et souriante comme une martyre au milieu des cris de la foule. Sur la place de la Révolution, elle pria qu'on lui laissât voir la guillotine, « car elle n'en avait jamais vu »; elle se livra héroïquement à la mort. Mais lorsque le valet du bourreau, Legros, prit la tête coupée et la souffleta, des cris d'indignation s'élevèrent, et bien des personnes affirmèrent que la joue avait rougi sous l'insulte. Les écrits qu'a laissés Charlotte Corday, sa célèbre Lettre à Barbaroux, datée de l'Abbaye et de la Conciergerie, son Adresse aux Français amis des loix et de la paix, défense anticipée de son attentat, n'offrent aucune trace d'idées catholiques, ni même simplement chrétiennes. On sait que depuis longtemps elle n'allait plus à confesse, et ce n'est certainement pas parce que le prêtre était assermenté qu'elle en refusa, avec politesse d'ailleurs, le ministère. Charlotte était devenue déiste; son esprit vécut jusqu'au bout avec les Anciens. Elle s'excuse sur l'exemple d'Alcide (Hercule), le destructeur des bêtes féroces. Elle n'imitera point Pâris en se tuant. Elle croit les Français indignes de la liberté; elle ira « jouir du repos dans les Champs Elysées avec Brutus et quelques Anciens ». Son fanatisme
est d'inspiration classique, ajoutons provinciale; la Normandie « Elle nous perd, mais elle nous apprend à mourir. » (H.
Monin).
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