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La
Sénégambie
Les Ouolofs et
les Sérères.
Les Ouolofs
(Wolofs) ont, Ã partir des XIIe et
XVe siècles, été divisés en trois royaumes
peu étendus, le Oualo avec son prince portant le titre de brak,
le Djolof (Dyolof) avec son bour, le Cayor avec son damel,
qui furent de tout temps remarquables par leur organisation et dont le
second surtout ne fut pas sans jouer un rôle, important à plusieurs,
reprises. Plus au Sud était le Baol, formé de groupements ouolofs et
sérères obéissant à un roi qui portait le titre de tègne.
Les Sérères (Serer), un groupe voisin des Ouolofs, mais depuis longtemps
séparés, occupent le Saloum et le Baol et ont résisté à l'islamisation.
Il ont notamment formé le grand royaume sérère du Sine, où l'agriculture
fut toujours florissante.
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Le
Sénégal et ses pays.
Les Toucouleurs
et les Peuls.
Les Toucouleurs parlent une langue
proche de celle Ouolofs et les Sérères et sont une composante sédentaire
de l'ensemble des populations peules nomades (Peuls
proprement dits) répandues dans tous le Soudan où ils ont formé plusieurs
royaumes au XIXe siècle. Ils ont été
à l'origine, au IXe siècle, d'un royaume,
le Tekrour. Une première dynastie, celle des Dyago, y a régné jusqu'au
siècle suivant. Lui a succédé une seconde dynastie, celle des Manna,
au pouvoir jusque vers 1300, qui subit l'islamisation forcée des Almoravides .
Au XIVe siècle, vient le tour de la dynastie
Tondyon, et à partir du siècle suivant, celui d'une dynastie peule (ou
formée à partir d'une alliance avec les Peuls nomades), relayée par
la dynastie, elle aussi avec des affinités peules, mais plus durable,
de Koli Tenguéla au XVIe siècle. Dans
les années 1830, un Toucouleur, el-Hadj Omar ,
profitera des divisions apparues chez les Peuls pour en faire l'outil de
la création d'un vaste mais éphémère royaume.
L'empire
du Ghâna
L'empire
du Ghana, que ses habitants soninké appellent Wagadou, constitue le
plus ancien des grands ensembles politiques du Soudan occidental. Les sources
arabes, notamment celle d'el-Fazari au VIIIe
siècle puis celle plus précise d'al-Bakri au XIe
siècle, en attestent l'existence et la puissance. Sa capitale, Koumbi
Saleh, se compose en réalité de deux villes jumelles : l'une, où réside
le roi entouré de sa cour et où se pratiquent les rites traditionnels,
l'autre, peuplée de marchands musulmans, où s'élèvent des mosquées.
Le roi, surnommé le kaya maghan ( = maître de l'or), ne possède
pas directement les mines aurifères du Bambouk et du Bouré, situées
plus au sud, mais il en contrôle l'accès et taxe lourdement les caravanes
qui traversent son territoire pour échanger l'or du Soudan contre le sel
du Sahara. Cette position d'intermédiaire fait sa richesse. Le souverain
garde longtemps la religion ancestrale tandis que les marchands de son
royaume adoptent l'islam, créant une cohabitation religieuse durable.
Son armée, composée de contingents fournis par des royaumes vassaux,
lui permet d'imposer son autorité sur un vaste espace. À partir du XIe
siècle, le Ghana entre en déclin : les historiens ont longtemps évoqué
une invasion almoravide vers 1076,
hypothèse aujourd'hui discutée et nuancée, mais il est certain que le
royaume se fragmente progressivement. Le pouvoir passe alors aux Sosso
du royaume de Kaniaga, dirigés par Soumaoro Kanté, avant que l'ensemble
ne soit absorbé par la puissance montante du Mali.
Les
États mandé
Les Mandingues ou Mandé ont historiquement
leurs centres principaux au Ouassoulou, au Ouagadougou, dans le Kaarta
et le Bakounou. Actuellement, ils sont répartis en trois fractions principales
: Malinké, ayant pour tenné (c.-à -d. totem) l'hippopotame, Bammana
ou Bambara ayant pour tenné le caïman et rétifs à l'islam; Soninké,
Serakoulé ou Saracolets, musulmans de longue date. Ajoutez les Sousou,
aujourd'hui dispersés, les Dioula, fraction musulmane très commerçante,
et plusieurs tribus métissées. Dans leur ensemble, les Mandé peuplent
les pays du haut Sénégal jusqu'à Bakel, de la Gambie, de la Guinée
(excepté le Fouta-Djalon, du haut Niger et du moyen Niger jusqu'à Djenné,
le Sud du Macina, le Kénédougou; ils sont
aussi répandus par îlots dans tout le reste du Soudan occidental.
Les Mandé ont été à l'origine de divers
États : en particulier ceux de Sousou (Soussou), ceux des Bambara, successivement
désagrégés; et en dernier lieu ceux de Samori ( La
conquête française du Soudan )
et de Tiéba. Auparavant, les Mandé s'étaient associés aux Soninké
dans les pays du moyen Niger aux premiers siècles de l'ère chrétienne
avaient joué un rôle considérable dans le premier royaume songhaï ;
après la conquête berbère, les Mandé, convertis à l'islam ,
réagissent et se substituent aux Sanhadja (encadré ci-dessous). Mais
surtout, les Mandé furent les fondateurs du plus vaste empire qu'ait connu
l'Afrique
noire et de l'un des plus considérables qui aient existé dans le monde,
a été l'empire du Manding ou, pour employer le nom que nous ont légué
les historiens et géographes arabes, et qui n'est autre que la forme peule
du mot « Mandé », l'empire du Mali
ou Melli.
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Noirs et
Blancs
L'histoire du Soudan
occidental est en partie celle d'une lutte entre les populations nord-sahariennes
et sahariennes
des Berbères et des Arabes (Blancs) et les populations sub-sahariennes,
proprement soudanaises (Noirs). Depuis les premiers siècles de l'ère
chrétienne, le Sahel saharien, la vallée du moyen Niger sont contestés.
On y trouve d'abord les Songhaï ;
leur lutte avec les Berbères les affaiblit et au XIe
siècle ils sont évincés par les Sousou Soussou), une population du groupe
mandé, puis par les Malinké établis à Tombouctou.
Les Berbères, convertis
à l'islam
dès la fin du VIIe siècle, formaient
dans le Sahara méridional le peuple dit des Sanhadja, dont les
principales tribus étaient les Lemta au Sud du Maroc
actuel et les Lemtouna, au contact avec les Songhaï ,
dans l'Adrar occidental, et Aoudaghost (Ã l'Ouest de Oualata), qu'ils
fondent au Xe siècle. Les Sanhadja du Nord partagèrent, à la même époque,
le Maghreb, région de l'Atlas, avec les Zenata; ils prévalaient dans
l'Algérie
et la Tunisie
actuelles. Au XIe siècle, les Sanhadja du Sud, adhérant à la réforme
religieuse des Almoravides ,
fondèrent un grand empire qui s'étendit de l'Espagne au haut Niger; ils
soumirent l'ancien royaume de Ghana ,
Djenné, Ouangara, les pays jusqu'au Sénégal. Mais les Sousou les rejetteront
au siècle suivant dans la zone désertique. Au XIIe siècle, la seconde
invasion arabe (l'invasion hillalienne) clôt également l'histoire des
Sanhadja au Nord, les populations berbères ayant été subordonnées.
Toutefois, ce nom de Sanhadja persista quelque temps; les Portugais en
ont fait Sanaga, d'où dérive le nom de l'actuel Sénégal.
Les Arabes de l'invasion
hillalienne; la plus nomade de leurs trois tribus, celle des Beni-Hassan,
s'avance par le désert jusqu'à Oualata, où, par son mélange avec les
Berbères Lemtouna et Masoufa, elle forme les nouvelles tribus des Aroussiyn
et des Mechdouf; plus à l'Ouest, les Ouled-Delim et les Berabich absorbent
les Djeddala. Le Sahara occidental devient ainsi le domaine de ces métis
d'Arabes et de Berbères, où dominent la population berbère et l'influence
arabe, que les Européens ont englobé sous le nom de Maures, populations
pillardes et batailleuses, divisées en petits clans. Au contraire, le
Sahara central est demeuré berbère; on y retrouve les grandes tribus
des Lemta et des Zenata sous le nom de Touareg .
Le peuple berbère des Tademekka établi au Nord-Est du Niger dès le XIe
siècle est refoulé au XVIIe par les Touareg Aouelimmiden, qui de l'Iguidi
s'avancent dans l'Adrar oriental et conquièrent la prépondérance sur
le Niger septentrional.
La possession de
Tombouctou
fut constamment disputée entre eux et les Noirs; en 1433, les Touareg
s'en emparent sur les Mandé de Mali ;
la seconde dynastie songhaï
les refoule; mais elle succombe devant la grande expédition marocaine
de 1588. Les Chorfa, qui avaient renversé au Maroc la domination des Berbères
Zenata, entreprennent la conquête du Sahara ;
ils occupent les salines de Taghaza (1586) et deux ans après, 3600 fusiliers,
en majorité Andalous, conduits par l'eunuque Djodar, s'emparent de Tombouctou
et de la vallée septentrionale du Niger; une route jalonnée de poteaux
assure les relations avec le Maroc. Toutefois, les descendants des envahisseurs,
connus sous le nom de Rouma, se rendent indépendants; un caïd du Sous,
Sidi Ali, fonde une dynastie locale (1667); mais dès 1680, les Mandé
reprennent Tombouctou; des dynasties locales d'origine arabo-berbère se
maintiennent quelque temps à Djenné, Bamba, Sansandig et dans le Bakounou.
Les Maures Trarza et Brakna refoulent au Sud du Sénégal les Ouolofs,
avec lesquels ils se métissent. |
L'empire du Mali.
L'empire
du Mali naît véritablement en 1235, lorsque Soundiata Keita, prince
malinké, vainc Soumaoro Kanté à la bataille de Kirina. Cette victoire
fonde non seulement un nouvel État mais aussi, selon la tradition orale,
une charte politique, celle de Kurukan Fuga, qui organise les relations
entre les clans fondateurs. Soundiata établit sa capitale à Niani, sur
un affluent du Niger, et étend rapidement son autorité sur les routes
commerciales et les zones aurifères. Ses successeurs poursuivent cette
expansion, mais c'est sous le règne de Kanga Moussa, mieux connu comme
Mansa Moussa, entre 1312 et 1337, que l'empire atteint son apogée. Son
pèlerinage à La Mecque en 1324, effectué avec une caravane d'un faste
légendaire chargée d'or, fait connaître le Mali dans tout le monde musulman
et jusqu'en Europe, où il apparaît sur les cartes de l'époque. De ce
voyage, Mansa Moussa ramène l'architecte andalou Es-Saheli, qui édifie
la mosquée de Djingareyber à Tombouctou, ville qui devient alors un centre
commercial et intellectuel de premier plan. L'empire repose sur une administration
provinciale confiée à des gouverneurs, sur le contrôle des mines de
Bouré et sur le commerce transsaharien. L'islam s'implante durablement
chez les élites, sans effacer entièrement les pratiques religieuses anciennes.
Après la mort de Mansa Moussa, des crises de succession affaiblissent
le pouvoir central. Les royaumes mossis multiplient les raids sur les provinces
orientales de l'empire, les Touaregs s'emparent de Tombouctou, et la province
de Gao, sous la conduite de Sonni Ali, finit par se détacher complètement.
Le Mali, réduit à un territoire plus modeste autour de Kangaba, subsiste
néanmoins pendant plusieurs siècles avant de disparaître définitivement.
Les royaumes bambara
de Ségou et du Kaarta.
Les Bambara, les plus connus des Mandé
orientaux, constituent un rameau du tronc ouangara, répandu
des deux: côtés du Niger depuis Bamako jusqu'Ã
la région de Djenné et du Macina, et ont longtemps été sujets du Manding
pour devenir, au moins en partie, vassaux du Songhaï
dès l'époque du sonni Ali-le-Grand et surtout de l'askia Mohammed. Les
Bambaras, partis de Ouassoulou, se sont rendus indépendants vers le milieu
du XVIIe siècle et avaient formé alors
deux États. L'un avait sa capitale à Ségou
et s'étendait le long du Niger, entre ce fleuve et le Bani; l'autre,
dit du Kaarta, avait son domaine à l'Ouest
du premier, au Nord du haut Sénégal. L'un et l'autre étaient gouvernés
au début par des princes de la même famille, celle des Kouloubali, la
fraction occidentale portant le nom de Kouloubali-Massassi.
Ségou.
Vers 1660, le roi
Biton Kouloubali venait de s'installer à Ségou. Le mansa du Manding ,
qui était alors Mama-Magan, voulut détruire dans son nid ce voisin qu'il
devinait dangereux et, vers 1667, il vint mettre le siège devant la forteresse
qu'avait élevée Biton. Le siège, durait encore en 1670 et Mama-Magan,
désespérant d'en venir à bout, se retira en suivant la rive droite du
Niger; Biton le poursuivit jusqu'Ã la hauteur de Niani, l'accula au fleuve
et le força à conclure un traité aux termes duquel le souverain mandingue
s'engageait à ne pas s'avancer dorénavant en aval de Niamina. Biton promettant
de son côté de ne pas se porter en amont de ce point. Cet événement
consacré définitivement le déclin de l'empire mandingue, qui, réduit
désormais aux provinces malinké du haut Niger et de la haute Gambie,
cessa de compter parmi les États puissants de l'Afrique noire.
Biton s'était constitué
une armée de métier à l'image de celle des askia, au moyen de ton-dion,
ou esclaves du gouvernement, et une flottille d'État, en utilisant les
pêcheurs dits Somono et leurs embarcations. Il assit solidement
son autorité sur tous les pays compris entre Niamina et Djenné, s'empara
du Bagana et imposa sa suzeraineté au Massina et à Tombouctou.
Il mourut du tétanos en 1710, à la suite d'un accident, et avec
lui finit sa dynastie. Son armée en effet massacra ses enfants et ses
parents et s'empara du pouvoir; mais elle se divisa en clans dont les uns
soutenaient le chef de l'infanterie et les autres le maître de la cavalerie,
jusqu'à ce qu'un serviteur de l'ancienne famille royale, nommé Ngolo
ou Molo Diâra, réussît à se faire proclamer roi et fonda une nouvelle
dynastie (1750). L'un de ses successeurs, Monson (1792-1808), se rendit
surtout célèbre par la guerre qu'il fit à ses congénères les Bambara
du Kaarta et par une expédition punitive qu'il conduisit en 1803 à Tombouctou,
à la suite du refus de cette ville de payer à Ségou son tribut annuel.
Ce fut sous son successeur
Da que le Macina s'affranchit de la suzeraineté bambara pour constituer
un royaume indépendant sous le commandement du marabout peul
Sékôu-Hamadou, de la famille des Bari ou Sangaré (1810). Ce dernier
s'empara de Djenné, se construisit une capitale à Hamdallahi, sur la
rive droite du Bani, et organisa sagement l'administration et les finances
de son royaume. Il convertit à l'islam
les Peuls qui jusqu'alors avaient obéi à l'ardo de la famille Diallo
et réussit à substituer à Tombouctou sa propre influence à celle du
roi bambara de Ségou. En fait il s'était emparé de Tombouctou en 1826
ou 1827, mais ses compatriotes y étaient détestés et la garnison peule
qu'il y avait installée ne put y rester. Il ne devait avoir que deux successeurs
, son fils Hamadou Sekou et son petit-fils, Hamadou-Hamadou, lequel fut
vaincu et mis à mort en 1862 par le conquérant toucouleur El-Hadj Omar.
Quant au royaume
bambara de Ségou, il disparut à la même, époque et de la même façon
que le royaume peul du Macina : El-Hadj Omar ( Peuls
et Toucouleurs )
s'empara en effet de Ségou le 10 mars 1861 et, l'année suivante,
il se saisit de la personne d'Ali, le dernier roi de la dynastie des Diâra,
lequel s'était réfugié auprès de Hamadou-Hamadou, devenu, en
face du danger commun, l'allié de ses anciens ennemis.
Kaarta.
Le royaume bambara
du Kaarta avait eu une durée moins longue
encore. Ses débuts remontent, comme ceux du royaume de Ségou, à 1660
ou 1670. Moins d'un siècle après, en 1754, le roi Sié s'emparait de
Diâra. Ses successeurs se rendirent maîtres de la plupart des autres
provinces situées au Nord du haut Sénégal et enlevèrent le Bambouk
et Kita aux Mandingues.
L'empire
Songhaï
L'empire
songhaï prend sa pleine dimension lorsque Sonni Ali Ber, qui règne
de 1464 à 1492, transforme un royaume jusque-là vassal du Mali en une
puissance dominante. Ce chef de guerre redoutable s'empare de Tombouctou
en 1468 puis de Djenné en 1473, et constitue une flotte sur le Niger pour
contrôler le fleuve. Sa mort ouvre une crise de succession que tranche
Mohammed Touré, dit Askia Mohammed, qui prend le pouvoir en 1493 et fonde
la dynastie askia. Profondément pieux, il effectue lui aussi le pèlerinage
à La Mecque en 1496-1497 et revient avec
le titre de calife, qui légitime son autorité religieuse. Il réorganise
l'empire en provinces administrées par des gouverneurs nommés, standardise
les poids et mesures, développe la fiscalité et encourage l'essor intellectuel
de Tombouctou, où l'université de Sankoré attire des savants comme Ahmed
Baba. Sous son règne, l'empire songhaï atteint son extension maximale,
dominant l'ensemble du commerce transsaharien de la région. Déposé par
son propre fils en 1528, Askia Mohammed laisse un empire qui continue de
prospérer mais que les querelles dynastiques fragilisent au fil du XVIe
siècle. La fin survient brutalement en 1591 : le sultan saadien du Maroc,
Ahmad al-Mansour, envoie une expédition équipée d'armes à feu qui écrase
les forces songhaï, pourtant largement supérieures en nombre, à la bataille
de Tondibi. L'empire se disloque alors en principautés rivales, tandis
que les conquérants marocains installent un pachalik à Tombouctou.
Les
royaumes Mossi
Les royaumes
mossis se développent dans le bassin de la Volta, sur le territoire
de l'actuel Burkina Faso, en restant largement à l'écart de l'islamisation
qui touche les grands empires sahéliens voisins. La tradition orale rattache
leur origine à la légende de la princesse Yennenga, qui fuit la cour
de son père et épouse un chasseur nommé Riale; leur fils, Ouédraogo,
fonde le premier royaume mossi, celui de Tenkodogo. De ce noyau initial
naissent plusieurs royaumes distincts, dont celui de Ouagadougou,
fondé au XVe siècle, et celui du Yatenga,
issu d'une scission ultérieure. Le royaume de Ouagadougou se structure
autour du Mogho Naba, souverain sacré entouré d'une cour hiérarchisée
de ministres portant des titres précis, chacun chargé d'une fonction
du royaume. Les Mossis conservent leurs croyances traditionnelles pendant
des siècles, ce qui ne les empêche pas de mener des expéditions militaires
redoutées contre leurs voisins islamisés : ils pillent à plusieurs reprises
les territoires du Mali puis du Songhaï, allant jusqu'à menacer Tombouctou
et Oualata, avant d'être repoussés par les armées d'Askia Mohammed.
Ces royaumes mossis conservent leur indépendance jusqu'à la fin du XIXe
siècle, lorsque la conquête coloniale française, menée en 1896 et 1897,
met fin au pouvoir autonome de Ouagadougou, dont le dernier souverain pleinement
indépendant, Wobogo, choisit l'exil plutôt que la soumission.
Les
Etats des pays tchadiens
Dans la région
tchadienne se succèdent plusieurs États structurés autour du commerce
transsaharien et de l'islam.
Kanem.
Le royaume du Kanem
apparaît à l'est du lac Tchad sous la conduite
de la dynastie sefuwa, d'origine zaghawa, qui établit sa capitale à Njimi.
La conversion à l'islam du roi Mai Hummé, vers la fin du XIe
siècle, intègre durablement le royaume dans les réseaux d'échanges
du monde musulman, par la route caravanière du Fezzan qui le relie Ã
Tripoli et à l'Égypte; le Kanem y exporte esclaves, ivoire et plumes
d'autruche, et y importe chevaux et marchandises manufacturées. Sous la
pression des invasions venues de l'est, en particulier celle des Bulala,
la dynastie sefuwa doit abandonner Njimi et déplace son centre de pouvoir
vers l'ouest du lac Tchad, où elle fonde à la fin du XIVe
siècle une nouvelle capitale, Ngazargamu : c'est la naissance du royaume
de Bornou, qui prolonge directement la lignée du Kanem.
Bornou.
Le Bornou connaît
son apogée sous le règne de Mai Idris Alaouma, à la fin du XVIe
siècle, qui réorganise l'armée en intégrant des mousquetaires inspirés
du modèle ottoman, multiplie les fortifications, étend les frontières
et noue des relations diplomatiques avec l'Empire ottoman. Le royaume demeure
une puissance régionale pendant plusieurs siècles, jusqu'à ce que les
attaques des djihadistes peuls, dans le sillage du mouvement d'Ousmane
dan Fodio au début du XIXe siècle, menacent
gravement son existence. Le royaume survit grâce à l'intervention du
chef religieux et militaire Mohammed al-Kanemi, dont l'influence grandissante
aboutit, vers 1846, Ã la substitution de sa propre dynastie kanemiste
à l'antique lignée sefuwa. Affaibli par la suite, le Bornou tombe sous
la coupe du conquérant Rabah az-Zoubeir en 1893, avant d'être intégré
aux possessions coloniales européennes qui se partagent la région tchadienne.
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Le
Soudan central et oriental.
Ouaddaï.
À l'est du lac
Tchad se développe parallèlement le royaume du Ouaddaï, sultanat musulman
qui émerge au XVIIe siècle en remplaçant
l'ancienne dynastie tundjur, sous la conduite d'Abd al-Karim. Établi autour
de sa capitale Ouara, puis plus tard Abéché, le Ouaddaï devient aux
XVIIIe et XIXe
siècles un concurrent redoutable du Bornou et du Darfour pour le contrôle
des routes commerciales et de la traite négrière vers la Libye et l'Égypte.
Il conserve son indépendance jusqu'au début du XXe
siècle, la conquête française n'y étant achevée que vers 1909-1911
après une résistance opiniâtre.
Baguirmi.
Entre le Bornou
et le Ouaddaï s'étend enfin le sultanat du Baguirmi (Baghirmi), fondé
au XVIe siècle, dont la capitale est Massenya.
Plus modeste que ses puissants voisins, le Baguirmi évolue souvent comme
État tributaire, tantôt du Bornou, tantôt du Ouaddaï, tirant ses ressources
de l'agriculture et de sa participation au commerce régional, notamment
à la traite des esclaves. Comme le Bornou, il subit dans les années 1890
les ravages du conquérant Rabah az-Zoubeir avant de passer, après la
défaite de celui-ci face aux troupes françaises en 1900, sous administration
coloniale.
La
mosaïque des chefferies
Le rapide tour d'horizon que l'on vient
de faire nous a contraints à laisser de côté quantité beaucoup populations
intéressantes, répandues dans l'intérieur de la Boucle du Niger : les
Dogon, sur lesquels Marcel Griaule et ses collaborateurs ont si bien attiré
l'attention, et qui habitent, au Nord du Yatenga, au pied des falaises
rocheuses de Bandiagara et de Hombori; les Samo, qui les avoisinent dans
la direction du Sud-Ouest; les Foulsé, Nioniosse, Kipirsi, Nourouma, Sissala
et autres groupes communément englobés sous le nom générique de Gourounsi;
les Dagari, Birifo ou Birifor, Gbanian ou Gondja, Dagomba, Nankana et autres
peuples proches des Mossi; les Bobo, Lobi, Dian et autres peuples; les
Koulango de la haute Côte d'Ivoire orientale, les Soumba du haut Togo
et du haut Dahomey, etc.
On peut dire de tous ces peuples qu'ils
n'ont, dans leur ensemble, pas formé d'Etats importants; à part quelques
exceptions, il se sont organisés en structures centrées sur l'unité
familiale ou réunies en chefferies (micro-royaumes), gouvernés par un
souverain assisté d'un conseil de notables. Quoique voisins d'États puissants
et bien organisés, comme les empires mossi et les royaumes du Gourma et
du Bergo, habités par des populations apparentées, ils n'ont pas profité
en général de ce voisinage; les uns se sont trouvés englobés comme
sujets ou vassaux dans ces États, les autres sont demeurés en dehors,
semblant n'avoir qu'un but, sauvegarder leur indépendance. Presque tous
sont de merveilleux cultivateurs et l'attachement à la terre y est une
institution solide et féconde.
Il convient de mettre à part l'importante
population des Sénoufo ou Siéna, répandue depuis la région de San et
de Koutiala sur la rive droite du Bani jusqu'Ã celle de Bondoukou et du
coude de la Volta
Noire, où elle atteint la limite septentrionale de la grande forêt. En
partie dégrossies par les Dioula établis parmi elles et qui souvent,
comme à Sikasso et à Kong, ont exercé dans le pays une hégémonie durable,
beaucoup de fractions sénoufo sont arrivées à constituer de petits États
de superficie restreinte mais offrant de la cohésion et de la vitalité.
L'industrie du fer et celle de la poterie, l'agriculture, l'art musical
ont atteint chez certains Sénoufo un certain développement.
Les
indépendances
Si l'on excepte la Gambie, britannique
à partir de 1821, et le Bornou
qui sera intégré au Nigéria, de même que les États haoussa, toute
la région du Soudan Occidental et Central abordée ici a fait partie Ã
l'époque coloniale de l'Afrique Occidentale française (1895) (à laquelle
étaient aussi aussi plusieurs des États actuels du Golfe de Guinée),
et à l'Afrique Équatoriale Française (1910) (Tchad). Des États indépendants
ont été créés à partir des années 1960, avec les tracés des frontières
hérités des anciennes divisons administratives du Soudan français. Il
s'agit du Sénégal ,
de la Mauritanie (plus saharienne
que soudanaise, mais dont le Sud-Est fut le centre de l'empire du
Ghâna ),
du Mali, du Burkina Faso (anciennement Haute-Volta), du Niger et du Tchad;
ces derniers pays étant géographiquement en partie sahariens et en partie
soudanais. |
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