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L'histoire de l'Afrique
Le Soudan occidental et central
Le nom de Soudan dérive de celui de Biled es-Soudan ( = Pays des Noirs) qui a été donné par les Arabophones à une vaste région de l'Afrique moyenne qui s'étend au Sud du Sahara sur à peu près 5 millions de km². Dans son ensemble, le Soudan forme une vaste plaine accidentée de collines d'une altitude moyenne de 400 à 600 m, avec pourtant quelques massifs isolés, sur le. pourtour du bassin du Tchad, dans l'Adamaoua (3000 m) et le Dar-Four (4830 m). Le sol laisse émerger en bien des endroits des roches cristallines, mais celles-ci sont généralement couvertes de sédiments calcaires ou sablonneux, d'alluvions anciennes et modernes souvent ferrugineuses. 

Les limites du Soudan sont un peu flottantes; du côté du Nord, c'est le désert, avec un certain doute sur l'attribution de la zone des terres légères, le Sahel, au Sahara ou au Soudan; à l'Ouest, les massifs montagneux du Fouta-Djalon et de la Sénégambie, mais on peut aussi rattacher au Soudan le bassin du Sénégal; au Sud. On regarde comme bornant le Soudan les hauteurs qui divisent le bassin, du Niger des bassins côtiers rattachés à la Guinée, puis la ligne de faite entre le bassin du Congo et ceux du Niger, du Tchad, du Bahr-el-Ghazal; à l'Est, la limite serait formée par les massifs éthiopiens. 

Cette appellation un peu vague de Soudan, distingué du Sahara par son climat et son régime de pluies tropicales plutôt que par son orographie, réunit donc des régions que l'on divise en trois groupes : le Soudan occidental comprenant les pays de l'Atlantique (ou du Senégal) au cours inférieur du Niger; et le Soudan central, comprenant le bassin du lac Tchad et les pays à l'Est du bas Niger, qui ont subi la colonisation française, et le Soudan oriental, comprenant le bassin moyen du Nil, qui a subi la colonisation égyptienne puis anglaise, et que l'on traitera dans la page consacrée également à la Nubie

Les principaux groupes, en allant de l'Ouest à l'Est, sont  : les Ouolofs (Wolofs) et les Sérères, qi vivent essentiellement en Sénégambie; les Mandés ou Mandingues, qui occupent un vaste espace du Mali au Niger et Burkina Faso qui ont été les fondateurs en particulier de l'empire du Mali, construit sur les ruine du Ghâna, les Songhaï, également à l'origine d'un empire; les Mossi ou Moro, dans la boucle du Niger, et qui ont eux aussi formé de grands États, et, dans le Soudan central, autour du Lac Tchad, le populations du Bornou, de Ouadaï et du Baguirmi.

La Sénégambie

Les Ouolofs et les Sérères.
Les Ouolofs  (Wolofs) ont, à partir des XIIe et  XVe siècles, été divisés en trois royaumes peu étendus, le Oualo avec son prince portant le titre de brak, le Djolof (Dyolof) avec son bour, le Cayor avec son damel, qui furent de tout temps remarquables par leur organisation et dont le second surtout ne fut pas sans jouer un rôle, important à plusieurs, reprises. Plus au Sud était le Baol, formé de groupements ouolofs et sérères obéissant à un roi qui portait le titre de tègne. Les Sérères (Serer), un groupe voisin des Ouolofs, mais depuis longtemps séparés, occupent le Saloum et le Baol et ont résisté à l'islamisation. Il ont notamment formé le grand royaume sérère du Sine, où l'agriculture fut toujours florissante.
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Sénégal
Le Sénégal et ses pays.

Les Toucouleurs et les Peuls.
Les Toucouleurs parlent une langue proche de celle Ouolofs et les Sérères et sont une composante sédentaire de l'ensemble des populations peules nomades (Peuls proprement dits) répandues dans tous le Soudan où ils ont formé plusieurs royaumes au XIXe siècle. Ils ont été à l'origine, au IXe siècle, d'un royaume, le Tekrour. Une première dynastie, celle des Dyago, y a régné jusqu'au siècle suivant. Lui a succédé une seconde dynastie, celle des Manna, au pouvoir jusque vers 1300, qui subit l'islamisation forcée des Almoravides. Au XIVe siècle, vient le tour de la dynastie Tondyon, et à partir du siècle suivant, celui d'une dynastie peule (ou formée à partir d'une alliance avec les Peuls nomades), relayée par la dynastie, elle aussi avec des affinités peules, mais plus durable, de Koli Tenguéla au XVIe siècle. Dans les années 1830, un Toucouleur, el-Hadj Omar, profitera des divisions apparues chez les Peuls pour en faire l'outil de la création d'un vaste mais éphémère royaume.

L'empire du Ghâna

L'empire du Ghana, que ses habitants soninké appellent Wagadou, constitue le plus ancien des grands ensembles politiques du Soudan occidental. Les sources arabes, notamment celle d'el-Fazari au VIIIe siècle puis celle plus précise d'al-Bakri au XIe siècle, en attestent l'existence et la puissance. Sa capitale, Koumbi Saleh, se compose en réalité de deux villes jumelles : l'une, où réside le roi entouré de sa cour et où se pratiquent les rites traditionnels, l'autre, peuplée de marchands musulmans, où s'élèvent des mosquées. Le roi, surnommé le kaya maghan ( = maître de l'or), ne possède pas directement les mines aurifères du Bambouk et du Bouré, situées plus au sud, mais il en contrôle l'accès et taxe lourdement les caravanes qui traversent son territoire pour échanger l'or du Soudan contre le sel du Sahara. Cette position d'intermédiaire fait sa richesse. Le souverain garde longtemps la religion ancestrale tandis que les marchands de son royaume adoptent l'islam, créant une cohabitation religieuse durable. Son armée, composée de contingents fournis par des royaumes vassaux, lui permet d'imposer son autorité sur un vaste espace. À partir du XIe siècle, le Ghana entre en déclin : les historiens ont longtemps évoqué une invasion almoravide vers 1076, hypothèse aujourd'hui discutée et nuancée, mais il est certain que le royaume se fragmente progressivement. Le pouvoir passe alors aux Sosso du royaume de Kaniaga, dirigés par Soumaoro Kanté, avant que l'ensemble ne soit absorbé par la puissance montante du Mali.

Les États mandé

Les Mandingues ou Mandé ont historiquement  leurs centres principaux au Ouassoulou, au Ouagadougou, dans le Kaarta et le Bakounou. Actuellement, ils sont répartis en trois fractions principales : Malinké, ayant pour tenné (c.-à-d. totem) l'hippopotame, Bammana ou Bambara ayant pour tenné le caïman et rétifs à l'islam; Soninké, Serakoulé ou Saracolets, musulmans de longue date. Ajoutez les Sousou, aujourd'hui dispersés, les Dioula, fraction musulmane très commerçante, et plusieurs tribus métissées. Dans leur ensemble, les Mandé peuplent les pays du haut Sénégal jusqu'à Bakel, de la Gambie, de la Guinée (excepté le Fouta-Djalon, du haut Niger et du moyen Niger jusqu'à Djenné, le Sud du Macina, le Kénédougou; ils sont aussi répandus par îlots dans tout le reste du Soudan occidental.

Les Mandé ont été à l'origine de divers États : en particulier ceux de Sousou (Soussou), ceux des Bambara, successivement désagrégés; et en dernier lieu ceux de Samori (La conquête française du Soudan) et  de Tiéba. Auparavant, les Mandé s'étaient associés aux Soninké dans les pays du moyen Niger aux premiers siècles de l'ère chrétienne avaient joué un rôle considérable dans le premier royaume songhaï; après la conquête berbère, les Mandé, convertis à l'islam, réagissent et se substituent aux Sanhadja (encadré ci-dessous). Mais surtout, les Mandé furent les fondateurs du plus vaste empire qu'ait connu l'Afrique noire et de l'un des plus considérables qui aient existé dans le monde, a été l'empire du Manding ou, pour employer le nom que nous ont légué les historiens et géographes arabes, et qui n'est autre que la forme peule du mot « Mandé », l'empire du Mali ou Melli. 
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Noirs et Blancs

L'histoire du Soudan occidental est en partie celle d'une lutte entre les populations nord-sahariennes et sahariennes des Berbères et des Arabes (Blancs) et les populations sub-sahariennes, proprement soudanaises (Noirs). Depuis les premiers siècles de l'ère chrétienne, le Sahel saharien, la vallée du moyen Niger sont contestés. On y trouve d'abord les Songhaï; leur lutte avec les Berbères les affaiblit et au XIe siècle ils sont évincés par les Sousou Soussou), une population du groupe mandé, puis par les Malinké établis à Tombouctou

Les Berbères, convertis à l'islam dès la fin du VIIe siècle, formaient dans le Sahara méridional le peuple dit des Sanhadja, dont les principales tribus étaient les Lemta au Sud du Maroc actuel et les Lemtouna, au contact avec les Songhaï, dans l'Adrar occidental, et Aoudaghost (à l'Ouest de Oualata), qu'ils fondent au Xe siècle. Les Sanhadja du Nord partagèrent, à la même époque, le Maghreb, région de l'Atlas, avec les Zenata; ils prévalaient dans l'Algérie et la Tunisie actuelles. Au XIe siècle, les Sanhadja du Sud, adhérant à la réforme religieuse des Almoravides, fondèrent un grand empire qui s'étendit de l'Espagne au haut Niger; ils soumirent l'ancien royaume de Ghana, Djenné, Ouangara, les pays jusqu'au Sénégal. Mais les Sousou les rejetteront au siècle suivant dans la zone désertique. Au XIIe siècle, la seconde invasion arabe (l'invasion hillalienne) clôt également l'histoire des Sanhadja au Nord, les populations berbères ayant été subordonnées. Toutefois, ce nom de Sanhadja persista quelque temps; les Portugais en ont fait Sanaga, d'où dérive le nom de l'actuel Sénégal.

Les Arabes de l'invasion hillalienne; la plus nomade de leurs trois tribus, celle des Beni-Hassan, s'avance par le désert jusqu'à Oualata, où, par son mélange avec les Berbères Lemtouna et Masoufa, elle forme les nouvelles tribus des Aroussiyn et des Mechdouf; plus à l'Ouest, les Ouled-Delim et les Berabich absorbent les Djeddala. Le Sahara occidental devient ainsi le domaine de ces métis d'Arabes et de Berbères, où dominent la population berbère et l'influence arabe, que les Européens ont englobé sous le nom de Maures, populations pillardes et batailleuses, divisées en petits clans. Au contraire, le Sahara central est demeuré berbère; on y retrouve les grandes tribus des Lemta et des Zenata sous le nom de Touareg. Le peuple berbère des Tademekka établi au Nord-Est du Niger dès le XIe siècle est refoulé au XVIIe par les Touareg Aouelimmiden, qui de l'Iguidi s'avancent dans l'Adrar oriental et conquièrent la prépondérance sur le Niger septentrional.

La possession de Tombouctou fut constamment disputée entre eux et les Noirs; en 1433, les Touareg s'en emparent sur les Mandé de Mali; la seconde dynastie songhaï les refoule; mais elle succombe devant la grande expédition marocaine de 1588. Les Chorfa, qui avaient renversé au Maroc la domination des Berbères Zenata, entreprennent la conquête du Sahara; ils occupent les salines de Taghaza (1586) et deux ans après, 3600 fusiliers, en majorité Andalous, conduits par l'eunuque Djodar, s'emparent de Tombouctou et de la vallée septentrionale du Niger; une route jalonnée de poteaux assure les relations avec le Maroc. Toutefois, les descendants des envahisseurs, connus sous le nom de Rouma, se rendent indépendants; un caïd du Sous, Sidi Ali, fonde une dynastie locale (1667); mais dès 1680, les Mandé reprennent Tombouctou; des dynasties locales d'origine arabo-berbère se maintiennent quelque temps à Djenné, Bamba, Sansandig et dans le Bakounou. Les Maures Trarza et Brakna refoulent au Sud du Sénégal les Ouolofs, avec lesquels ils se métissent.

L'empire du Mali.
L'empire du Mali naît véritablement en 1235, lorsque Soundiata Keita, prince malinké, vainc Soumaoro Kanté à la bataille de Kirina. Cette victoire fonde non seulement un nouvel État mais aussi, selon la tradition orale, une charte politique, celle de Kurukan Fuga, qui organise les relations entre les clans fondateurs. Soundiata établit sa capitale à Niani, sur un affluent du Niger, et étend rapidement son autorité sur les routes commerciales et les zones aurifères. Ses successeurs poursuivent cette expansion, mais c'est sous le règne de Kanga Moussa, mieux connu comme Mansa Moussa, entre 1312 et 1337, que l'empire atteint son apogée. Son pèlerinage à La Mecque en 1324, effectué avec une caravane d'un faste légendaire chargée d'or, fait connaître le Mali dans tout le monde musulman et jusqu'en Europe, où il apparaît sur les cartes de l'époque. De ce voyage, Mansa Moussa ramène l'architecte andalou Es-Saheli, qui édifie la mosquée de Djingareyber à Tombouctou, ville qui devient alors un centre commercial et intellectuel de premier plan. L'empire repose sur une administration provinciale confiée à des gouverneurs, sur le contrôle des mines de Bouré et sur le commerce transsaharien. L'islam s'implante durablement chez les élites, sans effacer entièrement les pratiques religieuses anciennes. Après la mort de Mansa Moussa, des crises de succession affaiblissent le pouvoir central. Les royaumes mossis multiplient les raids sur les provinces orientales de l'empire, les Touaregs s'emparent de Tombouctou, et la province de Gao, sous la conduite de Sonni Ali, finit par se détacher complètement. Le Mali, réduit à un territoire plus modeste autour de Kangaba, subsiste néanmoins pendant plusieurs siècles avant de disparaître définitivement.

Les royaumes bambara de Ségou et du Kaarta.
Les Bambara, les plus connus des Mandé orientaux, constituent  un rameau du tronc ouangara, répandu des deux: côtés du Niger depuis Bamako jusqu'à la région de Djenné et du Macina, et ont longtemps été sujets du Manding pour devenir, au moins en partie, vassaux du Songhaï dès l'époque du sonni Ali-le-Grand et surtout de l'askia Mohammed. Les Bambaras, partis de Ouassoulou, se sont rendus indépendants vers le milieu du XVIIe siècle et avaient formé alors deux États. L'un avait sa capitale à Ségou et s'étendait le long du Niger, entre ce fleuve et le Bani; l'autre, dit du Kaarta, avait son domaine à l'Ouest du premier, au Nord du haut Sénégal. L'un et l'autre étaient gouvernés au début par des princes de la même famille, celle des Kouloubali, la fraction occidentale portant le nom de Kouloubali-Massassi.

Ségou.
Vers 1660, le roi Biton Kouloubali venait de s'installer à Ségou. Le mansa du Manding, qui était alors Mama-Magan, voulut détruire dans son nid ce voisin qu'il devinait dangereux et, vers 1667, il vint mettre le siège devant la forteresse qu'avait élevée Biton. Le siège, durait encore en 1670 et Mama-Magan, désespérant d'en venir à bout, se retira en suivant la rive droite du Niger; Biton le poursuivit jusqu'à la hauteur de Niani, l'accula au fleuve et le força à conclure un traité aux termes duquel le souverain mandingue s'engageait à ne pas s'avancer dorénavant en aval de Niamina. Biton promettant de son côté de ne pas se porter en amont de ce point. Cet événement consacré définitivement le déclin de l'empire mandingue, qui, réduit désormais aux provinces malinké du haut Niger et de la haute Gambie, cessa de compter parmi les États puissants de l'Afrique noire.

Biton s'était constitué une armée de métier à l'image de celle des askia, au moyen de ton-dion, ou esclaves du gouvernement, et une flottille d'État, en utilisant les pêcheurs dits Somono et leurs embarcations. Il assit solidement son autorité sur tous les pays compris entre Niamina et Djenné, s'empara du Bagana et imposa sa suzeraineté au Massina et à Tombouctou. Il mourut du tétanos en 1710, à la suite d'un  accident, et avec lui finit sa dynastie. Son armée en effet massacra ses enfants et ses parents et s'empara du pouvoir; mais elle se divisa en clans dont les uns soutenaient le chef de l'infanterie et les autres le maître de la cavalerie, jusqu'à ce qu'un serviteur de l'ancienne famille royale, nommé Ngolo ou Molo Diâra, réussît à se faire proclamer roi et fonda une nouvelle dynastie (1750). L'un de ses successeurs, Monson (1792-1808), se rendit surtout célèbre par la guerre qu'il fit à ses congénères les Bambara du Kaarta et par une expédition punitive qu'il conduisit en 1803 à Tombouctou, à la suite du refus de cette ville de payer à Ségou son tribut annuel.

Ce fut sous son successeur Da que le Macina s'affranchit de la suzeraineté bambara pour constituer un royaume indépendant sous le commandement du marabout peul Sékôu-Hamadou, de la famille des Bari ou Sangaré (1810). Ce dernier s'empara de Djenné, se construisit une capitale à Hamdallahi, sur la rive droite du Bani, et organisa sagement l'administration et les finances de son royaume. Il convertit à l'islam  les Peuls qui jusqu'alors avaient obéi à l'ardo de la famille Diallo et réussit à substituer à Tombouctou sa propre influence à celle du roi bambara de Ségou. En fait il s'était emparé de Tombouctou en 1826 ou 1827, mais ses compatriotes y étaient détestés et la garnison peule qu'il y avait installée ne put y rester. Il ne devait avoir que deux successeurs , son fils Hamadou Sekou et son petit-fils, Hamadou-Hamadou, lequel fut vaincu et mis à mort en 1862 par le conquérant toucouleur El-Hadj Omar.

Quant au royaume bambara de Ségou, il disparut à la même, époque et de la même façon que le royaume peul du  Macina : El-Hadj  Omar (Peuls et Toucouleurs) s'empara en effet  de Ségou le 10 mars 1861 et,  l'année suivante, il se saisit de la personne d'Ali, le dernier roi de la dynastie des Diâra, lequel s'était réfugié auprès de Hamadou-Hamadou, devenu, en face du danger commun, l'allié de ses anciens ennemis.

Kaarta.
Le royaume bambara du Kaarta avait eu une durée moins longue encore. Ses débuts remontent, comme ceux du royaume de Ségou, à 1660 ou 1670. Moins d'un siècle après, en 1754, le roi Sié s'emparait de Diâra. Ses successeurs se rendirent maîtres de la plupart des autres provinces situées au Nord du haut Sénégal et enlevèrent le Bambouk et Kita aux Mandingues.

L'empire Songhaï

L'empire songhaï prend sa pleine dimension lorsque Sonni Ali Ber, qui règne de 1464 à 1492, transforme un royaume jusque-là vassal du Mali en une puissance dominante. Ce chef de guerre redoutable s'empare de Tombouctou en 1468 puis de Djenné en 1473, et constitue une flotte sur le Niger pour contrôler le fleuve. Sa mort ouvre une crise de succession que tranche Mohammed Touré, dit Askia Mohammed, qui prend le pouvoir en 1493 et fonde la dynastie askia. Profondément pieux, il effectue lui aussi le pèlerinage à La Mecque en 1496-1497 et revient avec le titre de calife, qui légitime son autorité religieuse. Il réorganise l'empire en provinces administrées par des gouverneurs nommés, standardise les poids et mesures, développe la fiscalité et encourage l'essor intellectuel de Tombouctou, où l'université de Sankoré attire des savants comme Ahmed Baba. Sous son règne, l'empire songhaï atteint son extension maximale, dominant l'ensemble du commerce transsaharien de la région. Déposé par son propre fils en 1528, Askia Mohammed laisse un empire qui continue de prospérer mais que les querelles dynastiques fragilisent au fil du XVIe siècle. La fin survient brutalement en 1591 : le sultan saadien du Maroc, Ahmad al-Mansour, envoie une expédition équipée d'armes à feu qui écrase les forces songhaï, pourtant largement supérieures en nombre, à la bataille de Tondibi. L'empire se disloque alors en principautés rivales, tandis que les conquérants marocains installent un pachalik à Tombouctou.

Les royaumes Mossi

Les royaumes mossis se développent dans le bassin de la Volta, sur le territoire de l'actuel Burkina Faso, en restant largement à l'écart de l'islamisation qui touche les grands empires sahéliens voisins. La tradition orale rattache leur origine à la légende de la princesse Yennenga, qui fuit la cour de son père et épouse un chasseur nommé Riale; leur fils, Ouédraogo, fonde le premier royaume mossi, celui de Tenkodogo. De ce noyau initial naissent plusieurs royaumes distincts, dont celui de Ouagadougou, fondé au XVe siècle, et celui du Yatenga, issu d'une scission ultérieure. Le royaume de Ouagadougou se structure autour du Mogho Naba, souverain sacré entouré d'une cour hiérarchisée de ministres portant des titres précis, chacun chargé d'une fonction du royaume. Les Mossis conservent leurs croyances traditionnelles pendant des siècles, ce qui ne les empêche pas de mener des expéditions militaires redoutées contre leurs voisins islamisés : ils pillent à plusieurs reprises les territoires du Mali puis du Songhaï, allant jusqu'à menacer Tombouctou et Oualata, avant d'être repoussés par les armées d'Askia Mohammed. Ces royaumes mossis conservent leur indépendance jusqu'à la fin du XIXe siècle, lorsque la conquête coloniale française, menée en 1896 et 1897, met fin au pouvoir autonome de Ouagadougou, dont le dernier souverain pleinement indépendant, Wobogo, choisit l'exil plutôt que la soumission.

Les Etats des pays tchadiens

Dans la région tchadienne se succèdent plusieurs États structurés autour du commerce transsaharien et de l'islam. 

Kanem.
Le royaume du Kanem apparaît à l'est du lac Tchad sous la conduite de la dynastie sefuwa, d'origine zaghawa, qui établit sa capitale à Njimi. La conversion à l'islam du roi Mai Hummé, vers la fin du XIe siècle, intègre durablement le royaume dans les réseaux d'échanges du monde musulman, par la route caravanière du Fezzan qui le relie à Tripoli et à l'Égypte; le Kanem y exporte esclaves, ivoire et plumes d'autruche, et y importe chevaux et marchandises manufacturées. Sous la pression des invasions venues de l'est, en particulier celle des Bulala, la dynastie sefuwa doit abandonner Njimi et déplace son centre de pouvoir vers l'ouest du lac Tchad, où elle fonde à la fin du XIVe siècle une nouvelle capitale, Ngazargamu : c'est la naissance du royaume de Bornou, qui prolonge directement la lignée du Kanem. 

Bornou.
Le Bornou connaît son apogée sous le règne de Mai Idris Alaouma, à la fin du XVIe siècle, qui réorganise l'armée en intégrant des mousquetaires inspirés du modèle ottoman, multiplie les fortifications, étend les frontières et noue des relations diplomatiques avec l'Empire ottoman. Le royaume demeure une puissance régionale pendant plusieurs siècles, jusqu'à ce que les attaques des djihadistes peuls, dans le sillage du mouvement d'Ousmane dan Fodio au début du XIXe siècle, menacent gravement son existence. Le royaume survit grâce à l'intervention du chef religieux et militaire Mohammed al-Kanemi, dont l'influence grandissante aboutit, vers 1846, à la substitution de sa propre dynastie kanemiste à l'antique lignée sefuwa. Affaibli par la suite, le Bornou tombe sous la coupe du conquérant Rabah az-Zoubeir en 1893, avant d'être intégré aux possessions coloniales européennes qui se partagent la région tchadienne.
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Le Soudan central et oriental.

Ouaddaï.
À l'est du lac Tchad se développe parallèlement le royaume du Ouaddaï, sultanat musulman qui émerge au XVIIe siècle en remplaçant l'ancienne dynastie tundjur, sous la conduite d'Abd al-Karim. Établi autour de sa capitale Ouara, puis plus tard Abéché, le Ouaddaï devient aux XVIIIe et XIXe siècles un concurrent redoutable du Bornou et du Darfour pour le contrôle des routes commerciales et de la traite négrière vers la Libye et l'Égypte. Il conserve son indépendance jusqu'au début du XXe siècle, la conquête française n'y étant achevée que vers 1909-1911 après une résistance opiniâtre. 

Baguirmi.
Entre le Bornou et le Ouaddaï s'étend enfin le sultanat du Baguirmi (Baghirmi), fondé au XVIe siècle, dont la capitale est Massenya. Plus modeste que ses puissants voisins, le Baguirmi évolue souvent comme État tributaire, tantôt du Bornou, tantôt du Ouaddaï, tirant ses ressources de l'agriculture et de sa participation au commerce régional, notamment à la traite des esclaves. Comme le Bornou, il subit dans les années 1890 les ravages du conquérant Rabah az-Zoubeir avant de passer, après la défaite de celui-ci face aux troupes françaises en 1900, sous administration coloniale.

La mosaïque des chefferies

Le rapide tour d'horizon que l'on vient de faire nous a contraints à laisser de côté quantité beaucoup populations intéressantes, répandues dans l'intérieur de la Boucle du Niger : les Dogon, sur lesquels Marcel Griaule et ses collaborateurs ont si bien attiré l'attention, et qui habitent, au Nord du Yatenga, au pied des falaises rocheuses de Bandiagara et de Hombori; les Samo, qui les avoisinent dans la direction du Sud-Ouest; les Foulsé, Nioniosse, Kipirsi, Nourouma, Sissala et autres groupes communément englobés sous le nom générique de Gourounsi; les Dagari, Birifo ou Birifor, Gbanian ou Gondja, Dagomba, Nankana et autres peuples proches des Mossi; les Bobo, Lobi, Dian et autres peuples; les Koulango de la haute Côte d'Ivoire orientale, les Soumba du haut Togo et du haut Dahomey, etc.

On peut dire de tous ces peuples qu'ils n'ont, dans leur ensemble, pas formé d'Etats importants; à part quelques exceptions, il se sont organisés en structures centrées sur l'unité familiale ou réunies en chefferies (micro-royaumes), gouvernés par un souverain assisté d'un conseil de notables. Quoique voisins d'États puissants et bien organisés, comme les empires mossi et les royaumes du Gourma et du Bergo, habités par des populations apparentées, ils n'ont pas profité en général de ce voisinage; les uns se sont trouvés englobés comme sujets ou vassaux dans ces États, les autres sont demeurés en dehors, semblant n'avoir qu'un but, sauvegarder leur indépendance. Presque tous sont de merveilleux cultivateurs et l'attachement à la terre y est une  institution solide et féconde.

Il convient de mettre à part l'importante population des Sénoufo ou Siéna, répandue depuis la région de San et de Koutiala sur la rive droite du Bani jusqu'à celle de Bondoukou et du coude de la Volta Noire, où elle atteint la limite septentrionale de la grande forêt. En partie dégrossies par les Dioula établis parmi elles et qui souvent, comme à Sikasso et à Kong, ont exercé dans le pays une hégémonie durable, beaucoup de fractions sénoufo sont arrivées à constituer de petits États de superficie restreinte mais offrant de la cohésion et de la vitalité. L'industrie du fer et celle de la poterie, l'agriculture, l'art musical ont atteint chez certains Sénoufo un certain développement.

Les indépendances

Si l'on excepte la Gambie, britannique à partir de 1821, et le Bornou qui sera intégré au Nigéria, de même que les États haoussa, toute la région du Soudan Occidental et Central abordée ici a fait partie à l'époque coloniale de l'Afrique Occidentale française (1895) (à laquelle étaient aussi aussi plusieurs des États actuels du Golfe de Guinée), et à l'Afrique Équatoriale Française (1910) (Tchad). Des États indépendants ont été créés à partir des années 1960, avec les tracés des frontières hérités des anciennes divisons administratives du Soudan français. Il s'agit du Sénégal, de la Mauritanie (plus saharienne que soudanaise, mais dont le Sud-Est fut le centre de l'empire du Ghâna), du Mali, du Burkina Faso (anciennement Haute-Volta), du Niger et du Tchad; ces derniers pays étant géographiquement en partie sahariens et en partie soudanais.

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