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Les Pays tchadiens |
| Dans
la région sahélienne Par leur position géographique, ces États ont joué le rôle de pivots dans les relations avec les puissance arabophones du Nord et les régions de l'Afrique intérieure. Ils ont été les points de passage de la pénétration de l'Islam, et ont aussi jusqu'au début du XXe siècle, parcourus sans cesse par les caravanes armées des marchands arabes, qui étaient souvent des marchands d'esclaves. Il s'y formait d'ailleurs continuellement des bandes conduites par les pourvoyeurs des marchés d'esclaves, et qui s'attaquent victorieusement en général aux habitants sédentaires du pays et y entretenaient une anarchie constante le long des grandes routes. Convoités depuis
plusieurs décennies par les Européens, ces pays ont été conquis Ã
la fin du XIXe siècle. La partie occidentale
a été l'objectif des Français. L'occupation du Sahel saharien au Nord
de la ligne de Saï à Barroua fut confiée à la mission Voulet-Chanoine
qui, après la révolte et la mort de ses chefs, fut continuée par Pallier
et Joalland, rejoints par la mission Foureau-Lamy à Zinder (1899). lIs
soumirent au Nord du lac Tchad le Kanem et opérèrent dans le Baguirmi
leur jonction avec Gentil venu par le Congo sur le Chari. Ces trois expéditions
françaises vainquirent et tuèrent à Kousseri le récent conquérant
du Bornou, l'aventurier Rabah, et levèrent ainsi leur dernier obstacle
à l'occupation du pays.
Dates -clés : XIe s. - Fondation du Kanem. |
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| L'espace
considéré ici s'étend sur plus de deux millions de kilomètres carrés
et a compté quelque 30 millions d'habitants. Il a vu fleurir principalement
trois grands États : 1° Le Bornou, (200
000 km², capitale Kouka Les informations dont on dispose les époque anciennes reposent principalement sur les récits des voyageurs européens qui ont parcouru la région au XIXe siècle. Le Bornou a d'abord été visité par Oudney, Denham et Clapperton, en 1823 , puis par J. Richardson, H. Barth et A. Overweg, de 1849 à 1855. Segni, et Vogel, s'y rendirent aussi, en 1840 et 1853, respectivement. En 1869, on retrouve Barth, Overweg, et Vogel, ainsi que Beurmann et Rohlfs, puis Nachtigal. Enfin, en 1880, Matteucci et Massari visitent également le pays. Le Ouaddaï, pour sa part, nous est surtout connu par le voyage de Nachtigal (1873), plus heureux que Vogel (1855), Cuny (1858) et Beurmann (1863), qui y furent massacrés. Matteucci a raconté y être allé en 1879, mais son récit a été mis en doute. Le Baghirmi a été visité en 1823 par Denham, en 1852 par Barth, en 1872 par Nachtigal, en 1881, par Matteucci et Massari. Tous ces explorateurs ont été les éclaireurs venus préparer la mainmise des puissances coloniales. Le Bornou, l'Ouaddaï et le Baguirmi ont ainsi ont été démantelés par les Européens à la charnière du XIXe et du XXe siècle. Aujourd'hui, le nom de Bornou est donné à une circonscription du Nord-Est du Nigéria; ceux de Kanem, de Baghirmi et de Ouaddaï à trois circonscriptions du Tchad, situées au Sud du 15e parallèle. Le KanemLe Kanem fut l'un des plus anciens et des plus durables États d'Afrique subsaharienne. Il se développa dans la région située au nord-est du lac Tchad, sur un territoire correspondant aujourd'hui principalement au Tchad, mais s'étendant à différentes époques vers le Niger, le Nigeria, la Libye et le Soudan. Son histoire couvre plus d'un millénaire, depuis les premières formations politiques attestées vers le VIIIe siècle jusqu'à sa transformation progressive en empire du Bornou à partir du XIVe siècle.Avant l'émergence du Kanem, la région était habitée par diverses populations sahéliennes et sahariennes pratiquant l'agriculture, l'élevage et le commerce caravanier. Les conditions géographiques étaient favorables à la formation d'un pouvoir centralisé : le lac Tchad constituait une importante source d'eau et de ressources, tandis que les routes transsahariennes permettaient des échanges avec l'Afrique du Nord et le monde méditerranéen. Les traditions historiques rapportent que les fondateurs de la dynastie régnante provenaient d'un groupe appelé les Zaghawa ou de populations apparentées du Sahara central. Vers le VIIIe siècle apparaît la dynastie des Duguwa, considérée comme la première maison royale connue du Kanem. Les souverains exerçaient leur autorité sur un ensemble de communautés pastorales et agricoles. Leur pouvoir reposait sur le contrôle des routes commerciales, sur la perception de tributs et sur une forte légitimité religieuse associée à des croyances traditionnelles africaines. Les rois portaient le titre de « mai », qui demeura celui des souverains kanembous pendant des siècles. À la fin du XIe siècle se produisit un changement majeur avec l'arrivée au pouvoir de la dynastie des Sefuwa. Selon la tradition officielle, cette dynastie faisait remonter son origine à un personnage nommé Sayf ibn Dhi Yazan, héros légendaire de la péninsule Arabique. Les historiens modernes considèrent généralement cette généalogie comme une construction politique destinée à renforcer le prestige de la monarchie en la reliant au monde islamique. Malgré son caractère légendaire, cette tradition joua un rôle important dans l'identité politique du royaume. Sous les premiers souverains sefuwa, l'islam pénétra profondément dans les institutions du Kanem. Le roi connu sous le nom de Hummay, qui régna vers la fin du XIe siècle, est souvent considéré comme le premier souverain musulman de la dynastie. L'adoption de l'islam transforma progressivement l'administration, la diplomatie et la culture du royaume. Les relations avec les centres musulmans d'Afrique du Nord s'intensifièrent. Des érudits, des marchands et des juristes traversaient le Sahara, apportant de nouvelles connaissances religieuses, juridiques et scientifiques. Entre le XIIe et le XIIIe siècle, le Kanem connut une phase d'expansion remarquable. Son armée, composée notamment de cavaliers, imposa l'autorité royale sur de nombreux peuples voisins. Le royaume contrôlait des portions importantes des routes commerciales reliant l'Afrique centrale aux marchés du Maghreb. Les caravanes transportaient des esclaves, de l'ivoire, des plumes d'autruche, des peaux, du natron et d'autres produits sahéliens. En retour arrivaient des chevaux, des armes, des tissus, du sel et divers produits manufacturés. Le règne de Mai Dunama Dabbalemi, au XIIIe siècle, représente souvent l'apogée de la puissance du Kanem. Ce souverain mena de nombreuses campagnes militaires contre les États voisins et étendit considérablement l'influence du royaume. Il entretint des relations diplomatiques avec l'Égypte et d'autres territoires musulmans. Des pèlerinages à La Mecque furent organisés, illustrant l'intégration croissante du Kanem dans la communauté islamique internationale. La cour royale développa une administration plus complexe, fondée sur des gouverneurs, des chefs militaires et des dignitaires religieux. La société du Kanem était hiérarchisée. Au sommet se trouvait le mai et son entourage aristocratique. Les élites contrôlaient les terres, les troupeaux et les activités commerciales. Les communautés paysannes assuraient la production agricole, tandis que les éleveurs exploitaient les vastes pâturages sahéliens. L'esclavage constituait également un élément important de l'économie. Les captifs de guerre pouvaient être employés dans les travaux agricoles, intégrés aux armées ou vendus à travers les réseaux commerciaux transsahariens. L'islam se diffusa progressivement parmi les élites urbaines et les classes dirigeantes, mais les croyances traditionnelles restèrent longtemps vivaces dans les campagnes. Cette coexistence religieuse caractérisa une grande partie de l'histoire du royaume. Les souverains devaient souvent concilier les exigences de la légitimité islamique avec les traditions politiques et culturelles locales. À partir de la fin du XIIIe siècle, le royaume entra dans une période de difficultés. Des conflits de succession affaiblirent l'autorité centrale. Les tensions entre différentes branches de la dynastie sefuwa provoquèrent des luttes internes. Dans le même temps, des populations nomades et semi-nomades, notamment les Bulala, gagnèrent en puissance à l'est du lac Tchad. Ces adversaires lancèrent des attaques répétées contre le cœur du royaume. Au XIVe siècle, les offensives des Bulala devinrent particulièrement dévastatrices. Plusieurs souverains furent tués au combat et la capitale dut être déplacée à plusieurs reprises. L'ancien centre politique du Kanem devint de plus en plus difficile à défendre. Face à cette situation, la dynastie sefuwa prit une décision fondamentale : elle transféra progressivement son centre de pouvoir vers les régions situées à l'ouest du lac Tchad, dans le Bornou. Ce déplacement ne signifia pas la disparition immédiate du Kanem. Pendant plusieurs générations, les souverains continuèrent à revendiquer leur héritage kanembou tout en consolidant leurs positions au Bornou. Cette transition aboutit à la formation du royaume puis de l'empire du Kanem-Bornou, qui allait devenir l'un des États les plus importants d'Afrique centrale jusqu'au XIXe siècle. Au XVe siècle, les souverains du Bornou réussirent même à reconquérir une partie du territoire historique du Kanem. Les Bulala furent progressivement repoussés, permettant une réunification partielle des anciennes possessions. Cependant, le centre politique demeura désormais installé à l'ouest du lac Tchad. Le Kanem cessa donc d'exister comme État distinct, mais son héritage institutionnel, dynastique et culturel survécut dans le Kanem-Bornou. L'importance historique du Kanem réside dans plusieurs aspects. Il fut l'un des premiers grands royaumes africains à intégrer durablement les réseaux commerciaux transsahariens. Il constitua également un vecteur majeur de diffusion de l'islam dans la région du lac Tchad. Sa dynastie sefuwa, qui se maintint sous différentes formes pendant près d'un millénaire, représente l'une des plus longues continuités monarchiques connues en Afrique. Le peuple kanembou, descendant des populations du royaume, demeure aujourd'hui présent principalement au Tchad. Les traditions orales, les chroniques royales et les vestiges archéologiques témoignent encore de l'importance de cet ancien État, qui joua pendant plusieurs siècles un rôle central dans les échanges économiques, culturels et politiques entre le Sahara, le Sahel et l'Afrique centrale. Le Kanem fut ainsi l'un des grands foyers de civilisation de l'Afrique médiévale, comparable par son influence régionale aux empires du Ghana, du Mali et du Songhaï. L'empire du BornouL'Empire du Bornou, souvent appelé Kanem-Bornou dans sa phase la plus vaste, fut l'un des plus puissants et des plus durables États d'Afrique précoloniale. Son histoire s'étend sur plusieurs siècles, depuis le déplacement du centre de pouvoir des souverains du Kanem vers le Bornou au XIVe siècle jusqu'à son déclin au XIXe siècle. Situé autour du lac Tchad, il occupait des territoires correspondant aujourd'hui au nord-est du Nigeria, au Tchad, au Niger et au Cameroun. Héritier direct du royaume du Kanem, il conserva la même dynastie régnante, les Sefuwa, ainsi qu'une grande partie des institutions politiques et religieuses de son prédécesseur.La naissance du Bornou comme centre politique résulte des crises qui frappèrent le Kanem à partir de la fin du XIIIe siècle. Le royaume était alors affaibli par des conflits dynastiques et par les attaques répétées des Bulala, peuple établi à l'est du lac Tchad. Ces offensives provoquèrent l'abandon progressif des anciennes capitales du Kanem. Les souverains sefuwa migrèrent vers les régions occidentales du lac, dans le Bornou, où ils trouvèrent des terres fertiles, des populations déjà organisées et une meilleure position stratégique pour reconstruire leur puissance. Au cours du XIVe siècle, les souverains sefuwa consolidèrent leur autorité sur les populations locales, notamment les Kanouri, qui allaient progressivement devenir le groupe dominant de l'empire. Le mélange entre les élites venues du Kanem et les populations du Bornou donna naissance à une nouvelle identité politique et culturelle. Les Kanouri héritèrent de nombreux éléments de la tradition kanemboue tout en développant leur propre langue et leur propre culture. Durant les premières décennies de son existence, le Bornou demeura relativement fragile. Les Bulala conservaient le contrôle d'une partie importante du Kanem historique et continuaient à représenter une menace militaire sérieuse. Malgré ces difficultés, les souverains réussirent à maintenir la continuité dynastique et à préserver les réseaux commerciaux qui constituaient la base de leur richesse. Au XVe siècle, l'empire connut un redressement progressif. Les armées royales furent réorganisées et les souverains entreprirent des campagnes visant à reconquérir les territoires perdus. Sous plusieurs mai énergétiques, les Bulala furent progressivement repoussés. Vers la fin du siècle, une grande partie du Kanem fut reprise, permettant la reconstitution d'un vaste ensemble politique connu sous le nom de Kanem-Bornou. Toutefois, le centre du pouvoir resta installé dans le Bornou, qui demeura désormais le cœur politique du royaume. L'expansion économique du Bornou reposait largement sur sa position géographique. Situé au carrefour des routes transsahariennes et des réseaux commerciaux d'Afrique centrale, l'empire contrôlait des échanges reliant le Maghreb, l'Égypte, la vallée du Nil, le Sahara et les régions forestières plus méridionales. Les caravanes transportaient du sel, des chevaux, des tissus, des objets métalliques et des produits de luxe venus du nord. En retour, le Bornou exportait des esclaves, du bétail, du natron, des peaux, de l'ivoire et diverses marchandises sahéliennes. L'armée constituait l'un des principaux instruments de la puissance impériale. La cavalerie jouait un rôle central dans les campagnes militaires. Les chevaux importés d'Afrique du Nord étaient particulièrement précieux et réservés aux élites guerrières. Les armées du Bornou combinaient cavaliers lourdement équipés, fantassins et contingents recrutés parmi les peuples tributaires. Cette force militaire permit à l'empire d'exercer son autorité sur un vaste ensemble de populations très diverses. L'islam occupait une place fondamentale dans la vie politique du Bornou. Hérité du Kanem, il servait de base idéologique à la monarchie. Les souverains entretenaient des relations avec les centres intellectuels musulmans d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient. Des érudits, des juristes et des théologiens étaient invités à la cour. Les pèlerinages à La Mecque renforçaient encore le prestige international des dirigeants. Cependant, comme dans de nombreux États africains islamisés, les pratiques religieuses locales continuèrent longtemps à coexister avec l'islam officiel. L'apogée de l'Empire du Bornou fut atteinte sous le règne d'Idris Alaoma, considéré comme le plus grand souverain de son histoire. Il régna approximativement entre 1571 et 1603. Son gouvernement marqua une période de réformes profondes et d'expansion militaire exceptionnelle. Idris Alaoma modernisa l'administration, améliora l'organisation de l'armée et renforça l'autorité centrale. Il fit construire des fortifications, développa les infrastructures et encouragea le commerce. Les campagnes militaires d'Idris Alaoma furent nombreuses et souvent victorieuses. Il combattit les Bulala, les Touaregs, les peuples du Hausaland et plusieurs groupes établis autour du lac Tchad. Son objectif était à la fois de sécuriser les frontières et de garantir le contrôle des routes commerciales. Grâce à ces succès, l'empire atteignit son extension maximale et domina une grande partie du Sahel central. Idris Alaoma entreprit également des réformes religieuses. Attaché à l'orthodoxie islamique, il favorisa l'application plus rigoureuse du droit musulman et encouragea l'enseignement religieux. Des mosquées furent construites ou restaurées, tandis que des savants venus de diverses régions du monde musulman participaient à la vie intellectuelle de la cour. Sous son règne et celui de ses successeurs immédiats, la capitale impériale devint un centre politique et commercial majeur. Les marchés attiraient des marchands venus de régions très éloignées. Les échanges de produits, d'idées et de techniques renforçaient la prospérité de l'empire. Les voyageurs étrangers décrivaient un État relativement bien organisé, disposant d'institutions stables et d'une administration efficace pour l'époque. La société du Bornou était fortement hiérarchisée. Au sommet se trouvait le mai, détenteur du pouvoir politique, militaire et religieux. Autour de lui gravitaient les membres de la famille royale, les chefs militaires, les gouverneurs provinciaux et les dignitaires religieux. Les communautés rurales formaient la majorité de la population. L'agriculture et l'élevage constituaient les principales activités économiques. Les artisans produisaient des objets métalliques, des textiles et divers biens destinés au commerce local et régional. L'esclavage jouait un rôle important dans l'économie impériale. Les captifs obtenus lors des campagnes militaires étaient employés dans les exploitations agricoles, les activités domestiques ou vendus sur les marchés transsahariens. Ce système contribuait à la richesse de l'État, bien qu'il ait également alimenté des conflits permanents avec les populations voisines. À partir du XVIIe siècle, l'empire demeura puissant mais commença à faire face à des difficultés croissantes. Les luttes de succession se multiplièrent. Certains gouverneurs provinciaux cherchèrent à accroître leur autonomie. Les routes commerciales furent progressivement affectées par les transformations économiques mondiales liées au développement du commerce maritime européen sur les côtes africaines. Au XVIIIe siècle, le Bornou conserva encore une influence importante, mais son autorité sur les régions périphériques diminua progressivement. Plusieurs peuples tributaires profitèrent de l'affaiblissement du pouvoir central pour s'émanciper. Les rivalités internes devinrent plus fréquentes et l'efficacité militaire de l'empire commença à décliner. Le début du XIXe siècle marqua une nouvelle période de crise. Le mouvement de réforme islamique lancé par le chef peul Ousmane dan Fodio bouleversa l'équilibre politique de toute la région. Les armées du califat de Sokoto envahirent plusieurs territoires voisins et exercèrent une forte pression sur le Bornou. Une partie du royaume fut temporairement occupée et l'autorité des souverains se trouva gravement menacée. Le salut de l'État vint en grande partie d'un chef militaire et administrateur remarquable, Muhammad al-Kanemi. Celui-ci organisa la résistance contre les Peuls et réussit à préserver l'indépendance du Bornou. Son prestige devint tel qu'il éclipsa progressivement la dynastie sefuwa. En 1846, les descendants d'al-Kanemi remplacèrent définitivement les anciens souverains, mettant fin à une dynastie qui avait régné, sous différentes formes, pendant près de huit siècles. Malgré ce redressement temporaire, le Bornou ne retrouva jamais sa puissance passée. Les conflits internes, les transformations économiques régionales et les nouvelles pressions extérieures affaiblirent progressivement l'État. À la fin du XIXe siècle, les conquêtes du chef soudanais Rabih az-Zubayr provoquèrent l'effondrement du royaume traditionnel. Peu après, la conquête coloniale menée par la France, le Royaume-Uni et l'Allemagne entraîna le partage définitif de ses territoires. L'héritage du Bornou demeure considérable dans l'histoire africaine. Pendant près de six siècles, l'empire constitua l'une des principales puissances du Sahel central. Il joua un rôle essentiel dans la diffusion de l'islam, dans le développement du commerce transsaharien et dans la formation de l'identité kanouri. Son influence politique, culturelle et économique marqua profondément l'histoire de la région du lac Tchad, faisant du Bornou l'un des plus importants empires de l'Afrique précoloniale. Le Ouaddaï Ce pays s'étendait de la rive orientale
du lac Tchad à l'Ouest au Darfour à l'Est, du Borkou au Nord au pays
des Nyam-Nyam (Azandé) au Sud. C'était un État d'ailleurs qui était
limité, comme la plupart des États africains à la même époque, de
la manière la moins précise. Ses frontières variaient avec le degré
de puissance du souverain et avec le déplacement de certaines tribus nomades,
qui, de migration en migration et de pâturage en pâturage, donnant au
Ouaddaï des limites mouvantes. Comparé au Bornou, le Ouaddaï, était
médiocrement fertile; les habitants en étaient beaucoup plus pauvres
et vivaient dans des huttes; ils possédaient des troupeaux de boeufs,
de moutons, de chèvres et des chameaux. La population se composait d'Arabes
beaucoup plus nombreux dans le Ouaddaï que dans le Bornou L'histoire du Ouaddaï
n'est guère faite que des cruautés et des débordements de la plupart
de ses rois. Ce pays connu aussi sous les noms de Bergou et Dar-Saleh s'est
constitué en tant qu'entité politique vers le début du XVIIe
siècle, après avoir été soumis à des païens auxquels on attribue
une origine sémitique, les Toundjour, qui avaient leur capitale à Kadama,
au Sud-Ouest d'Abéché. C'est vers 1615 seulement que l'islam Son fils Kharout (1655-1678) poursuivit l'islamisation du Ouaddaï. Kharif (1678-1681) et Yakoub-Arous (1681-1707) essayèrent à plusieurs reprises de secouer la tutelle du Darfour; le second réussit enfin à battre et à capturer Omar-Lélé, roi du Darfour. Après une lutte malheureuse contre le Baguirmi conduite par Mohammed Ez-Zaouni, la guerre entre le Ouaddaï et le Darfour recommença sous Djoda (1745-1795), sous le règne duquel le premier de ces États étendit son influence sur une partie du Kanem. Saboun (1803-1813), après avoir ravi le trône à son propre père, Saleh-Derret ou Dered, se signala par des expéditions victorieuses contre le Baguirmi et contre ses vassaux révoltés du Tama. C'était un prince cruel et sanguinaire, qui périt assassiné par un inconnu. Son fils Youssef, dit Kharifine, fut peut-être plus barbare encore. Vers 1829, après une régence féminine qui fut marquée par les pires atrocités, Abdelaziz, petit-fils de Saboun, s'empara du pouvoir; il eut à lutter contre de continuelles rébellions, qu'il noya dans le sang. A sa mort (1835 environ),
une armée du Darfour envahit le Ouaddaï, à la suite de déprédations
commises dans les provinces occidentales du premier de ces royaumes par
des Ouaddaïens que la, famine poussait au pillage. Les troupes envoyées
par Mohammed-Fadel, roi du Darfour, entrèrent dans Ouara et placèrent
sur le trône du Ouaddaï un nommé. Mohammed-Chérif, qui s'engagea Ã
accepter la suzeraineté du Darfour. Ce Mohammed-Chérif (1835-1858) paraît
avoir été le seul souverain du Ouaddaï qui se soit montré réservé
en fait d'exécutions capitales. Il jouit d'un réel prestige et d'un pouvoir
considérable. Il ne craignit pas de s'attaquer au puissant cheikh Omar,
sultan du Bornou Un nommé Ali lui succéda, qui s'occupa surtout de favoriser le commerce avec la Méditerranée et de remettre de l'ordre dans le pays. Il reçut la visite de Nachtigal en 1873-1874, au moment de sa lutte contre Abou-Sekkine, mbang du Baguirmi. C'est lui qui fit construire, par deux Tripolitains, le palais royal d'Abéché et qui annexa le Rougna et le Kouti. Le roi Youssef (1874-1898)
laissa le Baguirmi reprendre son indépendance. C'est sous son règne que
Rabah, venant du Bahr-el-Ghazal, fit irruption dans le Kouti (1879), puis
dans le Rougna, razzia les dépendances méridionales du Ouaddaï et installa
comme sultan du Kouti et du Rougna le nommé Senoussi (1890). Ce dernier,
une fois Rabah au Bornou A cette époque, l'autorité du sultan du Ouaddaï ne s'étendait déjà que sur la partie Nord de ses États, certaines tribus, comme les Koukas, ayant conservé une sorte d'autonomie. La partie Nord du royaume est divisée en provinces à la tête desquelles sont des gouverneurs. Les villes principales s'ont Abéché, la capitale, fondée en 1850, centre militaire du pays et actif foyer de propagande musulmane; population de 20 000 à 25 000 habitants; Nimro, centre de la tribu des Djellabas; Amm-Demm, renommé pour ses sources d'eau chaude; Yaoua, etc.; l'ancienne capitale, Ouara, fut abandonnée en 1850 et tomba en ruine. Ces villes, d'ailleurs, à l'exception d'Abéché, ne comptent que quelques centaines de maisons.Ibrahim (1898-1901) périt des suites de blessures infligées par des rebelles. Abou-Ghazali (1901-1902) eut à lutter contre un de ses officiers, Acil, qui chassa le roi d'Abéché, puis se réfugia lui-même au Fitri, où il se mit sous la protection des troupes françaises. Doudmourra remplaça Abou-Ghazali. En 1909, les Français prenaient Abéché et plaçaient Acil sur le trône du Ouaddaï; Doudmourra, réfugié dans le Nord du pays, continuait la lutte pendant deux ans et enfin les Français n'obtinrent sa soumission qu'en 1911. Quant à Acil, ils le déposèrent en 1912, il n'a pas eu de successeur. Le Baguirmi Le Baguirmi (ou Baghirmi), situé au Sud
du lac Tchad, traversé par le Chari, a été un Etat qui s'étendait sur
un pays fertile où l'on cultivait le sorgho, l'indigo et le coton.
Le Baguirmi a longtemps fait avec Benghazi (Tripolitaine)
un commerce d'humains très florissant qui a été à l'origine de sa prospérité
au XVIIIe siècle, mais que les obstacles
apportés à la traite des esclaves au siècle suivant ont diminué son
importance. La population se composait d'Arabes et de Noirs, et son histoire
se résume en une perpétuelle oscillation entre le joug du Bornou Son neuvième successeur,
Borkoumanda-Tadlélé (1734-1739), fut un guerrier : après avoir dirigé
une expédition vers le Borkou et le Kaouar, il vainquit à deux reprises
le roi du Ouaddaï, Mohammed Ez-Zaouni. Mais Alaouine (1739-1741) fut vaincu
à son tour par l'empereur du Bornou Un autre fils de
celui-ci, Tchigama, déposa son frère, fut arrêté sur l'ordre de Sa-boun,
amené prisonnier à Ouara, capitale du Ouaddaï, puis relaxé, et revint
à Massénia, où il régna sous le nom d'Ousmân-Borkoumanda de 1807 Ã
1846, payant assez régulièrement le tribut exigé par le Ouaddaï. Il
conduisit plusieurs expéditions contre le Bornou |
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