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Les Appalaches

Les Monts Appalaches (Appalachian Mountains) sont un système de montagnes de l'Amérique du Nord (Est des Etats-Unis et du Canada), parallèle à l'Atlantique. On peut faire commencer ces montagnes au promontoire de Gaspe et au fleuve Saint-Laurent; elles auraient alors jusqu'aux dernières collines qui ondulent la plaine de l'Alabama, par le 33e parallèle environ, une longueur de plus de 2000 km. La largeur la plus considérable n'atteint nulle part 300 km, même dans le Maryland où elle est plus grande que partout ailleurs. En moyenne, elle est de 200 km.
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Appalaches.
Carte des Appalaches.

L'aspect général des Appalaches est celui d'un plateau couvert de chaînons parallèles, analogues, dans leur disposition, aux chaînes du Jura. II faut remarquer cependant que la composition géologique n'est pas la même; car les terrains cambriens, siluriens, dévoniens dominent à l'Ouest. Les montagnes américaines, comme le système franco-helvétique, ont une pente beaucoup plus raide à l'Est qu'à l'Ouest; leur axe est dirigé du Nord-Est au Sud-Ouest. Elles s'écartent de la mer à mesure qu'on s'avance au Sud. Ainsi, dans la Nouvelle-Angleterre, la plaine littorale n'a que 90 km de largeur moyenne; dans la Caroline du Sud on trouve au contraire une lisière de 330 km. Enfin, c'est également vers le Sud que se trouvent les plus grandes altitudes, Au centre, le plateau est moins haut, D'après une comparaison assez parlante, ces longues rangées de collines et de montagnes alignées ressemblent aux vagues d'un océan qui aurait été soudainement figé.

Une profonde dépression, combe gigantesque qu'on appelle quelquefois l'axe négatif du système ou grande vallée des Alleghanies, existe au coeur même de ces montagnes. Dans la région septentrionale, elle recèle le lac Champlain et l'Hudson supérieur, dans la partie centrale la Susquehannah, le Potomac et le Kanawha, au Sud le Tennessee. Large de 30 km dans les deux premières sections, elle en atteint 90 dans la dernière. Les cluses par lesquelles les eaux se frayent un passage vers l'Océan Atlantique ou vers le Mississippi sont célèbres par leur aspect grandiose. Elles peuvent nous servir de point de repère pour diviser les Appalaches en sections que nous étudierons successivement. Les Appalaches du Nord vont au Saint-Laurent, à la trouée de l'Hudson, on les appelle aussi montagnes de la Nouvelle-Angleterre. Les Appalaches du centre s'étendent de la trouée du Hudson à la cluse de Kanawha. Les Appalaches du Sud s'allongent jusqu'aux collines puis jusqu'aux plaines de l'Alabama.

Les Appalaches du Nord.
Les Appalaches du Nord sont formés de trois massifs très différents : 
a) le groupe acadien, au Nord; b) les montagnes de la Nouvelle-Angleterre, qui commencent aux sources du Connecticut; c) les monts Adirondack entre le lac Champlain, la trouée de l'Hudson et les Grands lacs. 

Le groupe acadien.
Le groupe acadien couvre le Nouveau-Brunswick et l'Etat du Maine. C'est un plateau couvert de collines peu élevées, la hauteur varie entre 300 et 600 m. Cependant la première chaîne à l'Est est dominée par les monts Catahddin où se trouve un sommet de 1643 m. Une seconde chaîne appelée Hauts de Pays (Height of Land), court à l'Ouest et sert de ligne de faîte. Son principal sommet, le mont Gasfond (1402 m), est précisément aux sources du Connecticut. 

Les montagnes de la Nouvelle-Angleterre.
Les montagnes de la Nouvelle-Angleterre ont aussi le caractère d'un plateau qui s'élève peu à peu à partir de l'Océan Atlantique. La vallée du Connecticut y trace du Nord au Sud un fossé profond et large que bordant des deux côtés de hautes montagnes. A l'Est, ce sont les montagnes Blanches (White Mountains); à l'Ouest, les montagnes Vertes (Green Mountains). Les montagnes Blanches possèdent le pic le plus élevé des Appalaches du Nord et du centre, le mont Washington à qui 1919 m suffisent pour être le géant de toute cette zone. Ce roi des hauteurs orientales est escorté d'un grand nombre d'autres sommets qui atteignent 1500 m. Au Sud, la crête aiguë du Sanappese dresse à 1413 m. 
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Appalaches : les White Mountains.
Un aspect des Appalaches dans le New Hampshire : Les White Mountains.

Les montagnes Vertes, l'orgueil de l'Etat de Vermont qui a du reste pris leur nom, dressent leurs épaisses murailles de granit entre le Connecticut et le Hudson. Les principaux dômes, le mont Mansfield (1350 m), la Bosse du Chameau et le pic Killington, avec leurs bois humides, leurs prairies vertes, attirent des milliers de touristes qui admirent la coquetterie des petits villages clairsemés dans les vallées, En suivant, au Sud, l'axe des montagnes Vertes, on trouve le mont de la Selle (Saddle), 1098 m. 

Au Sud  du mont de la Selle, la chaîne est double; les monts Hoosick ont le même axe que les montagnes Vertes. La chaîne du Taghanik serre de plus près l'Hudson et lui est parallèle. Son sommet le plus élevé, le mont Everett, rappelle par son nom le colossal Everest, la plus haute cime de notre planète; il n'atteint pas au dixième de la taille du grand mont asiatique (803 m). 

Les monts Adirondack.
A l'Ouest de l'Hudson les monts Adirondack avec leurs lacs étroits et longs, semblables aux lochs d'Ecosse, leurs forêts de moins en moins moins vierges, leurs solitudes, sont comme un monde à part. 

Les Appalaches du centre.
Dans les Appalaches du centre, la partie la moins élevée du système, le parallélisme des montagnes est beaucoup plus visible que dans les autres groupes. La première chaise, en venant de l'Atlantique, s'appelle : au Nord, les Hautes Terres de Jersey et de New-York (Jersey high lands); au Sud, les montagnes du Sud de la Pennsylvanie, qui sont à peu près dans le prolongement de la chaîne des montagnes Bleues de Virginie. Quelques restes de forêts primaires que réduisent de jour en jour les empiètements des activités humaines, un climat plus humide, de belles échappées de vue sur la plaine qu'arrose l'Hudson, la proximité de New York et quelques lacs épars çà et là au pied des collines valent, à cette section des Appalaches, une renommée hors de toute proportion avec sa beauté réelle et surtout avec, sa hauteur qui est, en moyenne, de 250 m. La grande vallée centrale porte le nom de vallée appalachienne ou Kitatinny valley; elle n'est pas absolument plane, sa surface est ondulée comme une mer moutonneuse et on y trouve de longues lignes de collines boisées. Au-delà de cette ride se dresse la chaîne des Alleghanies ou Allegheny Mountains  (dont le nom servait autrefois à désigner les Appalaches dans leur ensemble). Ce sont de hautes crêtes, étroites, droites, séparées par des vallons que les eaux ont creusés à des époques anciennes. Détachés au Nord sont les monts Catskill, qui bordent la rive droite de l'Hudson, Heidelberg, dont le principal sommet est le sommet Rond (Round-Top 1160 m). La crête qui porte le nom de monts Clinch est la plus longue de toutes; plus à l'Ouest, on en trouve d'autres qui portent des noms d'arbres : les monts des Lauriers, des Chataigniers, etc.

Les Appalaches du Sud.
Les Appalaches du Sud s'élèvent au-dessus d'un plateau dont la hauteur est d'environ un millier de mètres, quoique les grandes vallées soient creusées à un niveau inférieur, et qui se compose d'épaisses masses de schistes et de gneiss. Les crêtes plus confuses, les sommets, les pics glus rapprochés, les dômes moins régulièrement disposés donnent à cette portion du système un air plus grandiose, dont l'effet saisissant est augmenté par la puissante végétation qui en tapisse les fentes. L'anatomie de la charpente n'est pas facile à faire. On aperçoit bien au premier abord, du côté de l'Est, une longue chaîne qui est orientée dans la direction du Sud-Ouest. Ce sont les montagnes Bleues proprement dites, le Blue ridge, où les Américains aisés, qui ne disposent pas d'assez longs loisirs pour gagner les Parc nationaux de l'Ouest ou faire le tour d'Europe, vont chercher du repos et de la fraîcheur. Le Blue ridge est la principale ligne de partage des eaux de cette partie du système; elle ne constitue cependant pas exactement un faite de partage entre les tributaires de l'Atlantique et le Mississippi: deux rivières, la James river et un bras supérieur de la Roanoke, la Staunton, ont profité, pour descendre dans la plaine de l'Atlantique, de deux crevasses géantes dont la première est célèbre par ses cascades, et dont la seconde est comme la porte de la Virginie. Le pic d'Otter est la première grande montagne qui crénelle cette muraille; vers le Sud on trouve d'abord des promontoires massifs, puis le mont du Grand-Père, "Grand Father" (1790 m), le Pain-de-Sucre (Sugarloaf), le mont de la Butte et la Tête-de-César; la dernière cime importante de cette rangée est le Nez-Pointu, ou Nez-de-Pioche (Pocknen Nose), d'où jaillissent les sources du Petit Tennessee. En arrière de cette muraille, s'élève le massif qu'on pourrait appeler le donjon des Appalaches, celui des montagnes Noires. Cette fois le nom est bien donné. Les montagnes Noires contiennent le sommet culminant de tout le système : la Dôme-Noir ou Black Dome (2045 m) à qui l'on donne aussi le nom de deux grands géographes, Mitchell et Clingmann. Tout près de là surgit du même piédestal le cône du Baume (Balsam cone, 2,034 m), auquel il convient de laisser le nom du savant Guyot qui a le mieux décrit tout l'ensemble des monts Appalaches. La grande vallée centrale, dont l'altitude varie de 800 à 300 m, et où coulent en sens inverse le Tennessee et la Kanawha, court entre deux chaînes secondaires. Celle de l'Est fort irrégulière, est désignée par les noms de monts du Centre, monts du Fer, monts de la Pierre, enfin, monts Bald. Celle de l'Ouest est un peu plus nette, pas beaucoup plus, du moins y trouve-t-on les monts Clinch. Ils s'allongent en suivant la même direction générale pendant plus de 150 km mais ne sont guère plus hauts que les montagnes de Cumberland qui leur sont parallèles. Au delà cesse la région montagneuse.

Les Appalaches se confondent avec les collines qui annoncent la grande plaine du Mississippi.

Climat, hydrographie.
Les monts Appalaches ne s'avancent pas assez haut dans la région des nuages pour avoir des glaces perpétuelles. Ils sont trop éloignés de l'océan Pacifique d'où viennent les vents d'Ouest, qui sont arrêtés d'ailleurs par la haute barrière des Montagnes Rocheuses. Leur importance hydrographique est donc médiocre. Ils n'appartiennent même pas à la zone pluvieuse de l'Amérique du Nord. Tandis que la Floride et le Delta du Mississipi reçoivent de 65 à 70 cm, les monts Appalaches n'en recueillent guère que 40, et il n'existe pas de différence notable entre le degré de l'humidité de l'Ouest et celui de l'Est. Leur seule influence sur la température consiste en ce que les lignes isothermiques sont déviées dans la direction du Sud. Le climat y est plus froid et en réalité plus sec, sauf dans le voisinage des grandes forêts qui, s'opposant à l'évaporation rapide des eaux de pluie, peuvent faire illusion sur le degré hygrométrique, grâce à la fraîcheur ambiante.
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Le fleuve Delaware dans les Appalaches.

Un grand nombre de sources jaillissent pourtant dans ces montagnes. Quinze sont des sources d'eaux chaudes et plusieurs ont une réputation méritée. Les sources de Saratoga (N. Y.), près de la trouée de l'Hudson, reçoivent une foule de visiteurs pendant chaque saison. Les eaux courantes ne donnent pas seulement un charme de vie aux vallées qu'elles ont creusées, dans le Nord surtout, elles forment des lacs; les deux plus beaux sont le lac Champlain et le lac Georges, très allongés comme des lacs d'Écosse; elles fournissent à l'industrie la force motrice dont elle a besoin. Les principaux fleuves et rivières qui naissent dans les Appalaches sont, dans la région du Nord, le Pénobscot et le Kennebeck, le Merrimac et la Connecticut, dans les États de la Nouvelle-Angleterre, enfin, l'Hudson et le Richelieu, ce dernier qui sert de déversoir au lac Champlain et tombe dans le Saint-Laurent. La partie centrale est sillonnée par la Delaware, les deux bras du Susquehannah, les deux bras et les affluents supérieurs du Potomac qui vont à l'Atlantique et, sur l'autre versant, par ceux de l'Ohio, dont le principal est le Kanawha. La James river, la Savannah, l'Alabama et le Tennessee recueillent toutes les eaux de la section méridionale. Les hautes vallées de ces cours d'eau, dirigées suivant l'axe du système, sont, en général, perpendiculaires à leur vallée inférieure. 

Géologie.
Maintenant que nous connaissons l'aspect superficiel du système, examinons le sous-sol. Les roches qui composent les Appalaches ont été formées par des dépôts marins qui sont plus jeunes que les terrains du Saint-Laurent, mais qui ont précédé le soulèvement de la Cordillère. Elles sont disposées en couches épaisses formant des ondulations et des plis réguliers. Il s'y rencontre moins de failles que dans la plupart des autres contrées; pourtant il en existe. Ainsi, dans le Sud-Ouest de l'État de Virginie, sur une longueur qui dépasse 150 km, on trouve un très curieux exemple de dislocation des couches de terrain calcaire qui ont été soulevées de façon que les couches de terrain carbonifère se sont glissées au-dessous d'elles. L'action des eaux est très visible dans tout le système. Elle a moulé longitudinalement le creux des vallées et pratiqué des brèches transversales en leur donnant une physionomie si frappante qu'un coup d'oeil jeté sur une carte topographique suffit pour faire deviner quels sont les terrains, et qu'inversement on peut juger au seul aspect de la carte géologique du relief des montagnes. Les Appalaches renferment des richesses minérales d'une énorme valeur. Les couches carbonifères s'y sont formées dans les âges antérieurs par d'immenses dépôts au sein d'eaux profondes. Les minerais de fer abondent dans les districts du lac Champlain, la vallée du Hudson et au pied des montagnes de Fer (Iron mountains). La proximité des couches carbonifères a permis à l'industrie métallurgique de prendre un tel développement que dans trois États seulement, New-York, New-Jersey et Pennsylvanie, les hauts-fourneaux produisent plus du tiers de la fonte et de l'acier des États-Unis. Ces filons sont généralement rangés le long de l'axe de la grande vallée centrale, beaucoup semblent presque inépuisables. C'est la vraie richesse de cette région, car il y a peu de métaux dits précieux. Le cuivre qui se rencontre dans les schistes calqueux et micacés des montagnes Bleues a peu d'importance, de même pour le plomb. Les carrières de marbre, de pierre calcaire, de plâtre et de sel gemme, sont abondantes. 

La flore et la faune.
Les Appalaches fournissent en outre de beaux bois de construction. Les cèdres, les bouleaux, les aulnes, les hêtres, les frênes, les mélèzes, sont les principales essences de la section septentrionale. Au centre, les futaies sont composées d'érables, de châtaigniers et surtout de cerisiers qui, dans la Virginie occidentale, suffisent à peupler exclusivement des aires très étendues. Dans la partie méridionale : les chênes, les châtaigniers, les lauriers, le peuplier blanc, le pin jaune, le pin blanc, le platane, etc., s'élèvent à de grandes hauteurs dans d'inextricables fourrés de plantes grimpantes, de lianes, de bouquets touffus ou la gentiane marie ses clochettes bleues aux fleurs blanches et rouges du nénuphar et aux bouquets de rhododendrons. C'est des Appalaches que vient l'azalée.

La faune est aussi variée que la flore; les ours, les loups, et les chats sauvages existent encore dans ces forêts. Mais ce ne sont plus les Appalaches qui les  chassent. Ces Indiens dont le nom a été donné aux montagnes ont totalement disparu depuis longtemps. (Louis Bougier).



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