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La
quantité
de mouvement (ordinairement notée p) est une grandeur physique
qui traduit l'état de mouvement d'un corps, et se définit comme le produit
de la masse'
m
de ce corps par sa vitesse vectorielle v.
Ainsi, la relation mathématique est p = m.v. C'est donc
une grandeur vectorielle : elle possède à la fois une intensité, une
direction et un sens. L'unité du Système International pour la quantité
de mouvement est le kilogramme mètre par seconde (kg·m/s).
La véritable puissance
de ce concept émerge avec la relation fondamentale qu'il entretient avec
les forces, énoncée par la deuxième loi de
Newton. Celle-ci stipule que la somme des forces ΣF appliquées
à un système est égale à la variation temporelle de sa quantité de
mouvement : ΣF = dp/dt. Dans le cas où la masse du système
est constante, cette relation se réduit à la forme plus connue ΣF
= m.a, où
a est l'accélération. La formulation avec la
quantité de mouvement est cependant plus générale et s'applique également
à des systèmes dont la masse varie, comme une fusée qui éjecte des
gaz.
La
conservation de la quantité de mouvement totale.
Le principe de conservation
de la quantité de mouvement est un pilier de la physique. Il affirme que,
pour un système isolé (c'est-à-dire un système sur lequel la résultante
des forces extérieures est nulle), la quantité de mouvement totale du
système reste constante : ptotale initiale
= ptotale finale.
Ce principe de conservation
est particulièrement fructueux dans l'analyse des collisions et des explosions.
Dans une collision, qu'elle soit élastique (où l'énergie cinétique
est conservée) ou inélastique (où une partie de l'énergie cinétique
est convertie en d'autres formes), la quantité de mouvement totale du
système juste avant et juste après l'impact est identique.
Par
exemple, lorsque deux corps de masses respectives m1
et m2 entrent en collision, la somme vectorielle de
leurs quantités de mouvement après le choc (pf=
m1v1f + m2v2f)
est égale à celle d'avant (pi = m1v1i
+ m2v2i) :
m1v1i
+ m2v2i = m1v1f
+ m2v2f
De même, dans une explosion,
un objet initialement au repos se fragmente en plusieurs morceaux qui sont
projetés dans différentes directions. La quantité de mouvement vectorielle
totale de tous les fragments reste nulle, car elle l'était avant l'explosion.
Le principe de conservation
de la quantité de mouvement permet de prédire les vitesses, indépendamment
de la nature du choc.
Ajoutons ici qu'il
convient de bien distinguer la quantité de mouvement de l'énergie cinétique.
Ce sont deux concepts distincts, même si leurs formulations impliquent
les mêmes ingrédients (masse et vitesse). L'énergie cinétique, Ec
= ½mv², est un scalaire qui dépend du carré de la vitesse et
représente la capacité d'un corps à effectuer un travail. La quantité
de mouvement est un vecteur, linéairement dépendant de la vitesse.
La conservation de l'une n'implique pas la conservation de l'autre. Par
exemple, dans une collision inélastique, la quantité de mouvement est
conservée, mais pas l'énergie cinétique. Cette distinction est fondamentale
pour une analyse correcte des problèmes de dynamique.
Quantité de mouvement
et impulsion.
Les notions de quantité
de mouvement et d'impulsion sont inextricablement liées par une relation
fondamentale issue de la deuxième loi de Newton. L'impulsion, qu'on notera
I,
est définie comme le produit d'une force F par l'intervalle de
temps Δt pendant lequel elle s'applique. Plus précisément, pour une
force constante, l'impulsion est un vecteur donné par I = F.Δt.
Dans le cas plus général d'une force variable, l'impulsion est l'intégrale
de la force par rapport au temps : I = ∫ F dt.
Le rapport essentiel
entre quantité de mouvement et impulsion est que l'impulsion reçue par
un objet est égale à la variation de sa quantité de mouvement. Ceci
est une conséquence directe de la loi fondamentale ΣF = dp/dt.
En effet, si l'on réarrange cette équation, on obtient ΣF.dt
= dp. L'intégration des deux côtés de cette relation sur la durée
de l'intervention de la force donne directement I = Δp.
Cette relation signifie
que pour modifier la quantité de mouvement d'un objet, il faut lui appliquer
une impulsion. L'effet d'une force sur le mouvement d'un corps n'est pas
déterminé par son intensité seule, mais par l'intégrale de son action
dans le temps. Une force importante agissant pendant un temps très court
peut produire la même variation de quantité de mouvement qu'une force
faible agissant longtemps, pourvu que leurs impulsions soient égales.
Ce principe est au
coeur de nombreux phénomènes. Par exemple, lorsqu'on attrape une balle,
on tire souvent la main vers l'arrière pour augmenter le temps Δt durant
lequel la force de freinage s'exerce. Puisque l'impulsion nécessaire pour
annuler la quantité de mouvement de la balle (Δp est fixe), une augmentation
du temps de contact entraîne une diminution de la force moyenne subie
par la main, rendant la réception moins douloureuse. À l'inverse, un
coup de marteau est conçu pour être dur afin de minimiser le temps de
contact lors d'un impact, ce qui maximise la force échangée pour une
même impulsion.
Ainsi, l'impulsion
est la cause du changement d'état de mouvement, lequel est mesuré par
la variation de la quantité de mouvement. L'une est le processus, l'autre
est le résultat. Cette connexion intime fait de l'impulsion et de la quantité
de mouvement un duo conceptuel indispensable pour analyser tout phénomène
impliquant des forces et des mouvements, en particulier les chocs et les
collisions où les forces sont intenses et de courte durée.
Au-delà de la
mécanique classique.
En mécanique classique,
la relation entre la masse et la vitesse qui exprime la quantité de mouvement
telle qu'elle a été définie ci-dessus s'applique avec une excellente
précision aux vitesses faibles devant celle de la lumière. Cependant,
cette conception est profondément modifiée dans les régimes de hautes
vitesses et aux échelles microscopiques.
En
relativité restreinte.
En relativité restreinte,
la quantité de mouvement n'obéit plus à la formule simple p =
mv. Elle est redéfinie pour être compatible avec le principe de
l'invariance de la vitesse de la lumière. L'expression relativiste correcte
est p = γm0v, où v est la vitesse
de l'objet, m0 sa masse au repos (une propriété
intrinsèque et invariante) et γ le facteur
de Lorentz, donné par γ = 1/√(1 - v²/c²). Ce facteur γ est toujours
supérieur ou égal à 1 et croît de manière significative lorsque la
vitesse v approche celle de la lumière, c. Cette définition assure que
la quantité de mouvement totale est conservée dans tous les référentiels
inertiels. Une conséquence essentielle est que la quantité de mouvement
tend vers l'infini lorsque v tend vers c, expliquant pourquoi il est impossible
d'accélérer un objet de masse non nulle jusqu'à la vitesse de la lumière.
Par ailleurs, en relativité, la quantité de mouvement et l'énergie E
sont unies dans un quadrivecteur, un objet mathématique à quatre dimensions.
La relation qui en découle est E² = p²c² + m0²c⁴,
qui montre que même un objet au repos possède une énergie intrinsèque,
E = m0c².
En
mécanique quantique.
En mécanique quantique,
la rupture avec la physique classique est encore plus radicale. La quantité
de mouvement cesse d'être une simple propriété numérique d'une particule
pour devenir un opérateur mathématique agissant sur sa fonction d'onde,
Ψ(x,t). En représentation de position, l'opérateur quantité de mouvement
est donné par p = -iħ(∂/∂x), où i est l'unité imaginaire
et ħ la constante de Planck réduite. Cette formulation implique que l'on
ne peut généralement pas attribuer à une particule une position et une
quantité de mouvement définies simultanément. C'est le principe d'incertitude
de Heisenberg, qui énonce que Δx.Δp ≥ ħ/2, où Δx et Δp représentent
les incertitudes sur la position et la quantité de mouvement. Ainsi, plus
la quantité de mouvement est déterminée avec précision, plus la position
est indéterminée, et vice-versa. De plus, pour une particule quantique,
comme un électron dans un atome, la quantité de mouvement n'est pas une
valeur unique mais est décrite par une distribution de probabilités.
La valeur moyenne de la quantité de mouvement peut être calculée en
intégrant le produit de la fonction d'onde et de l'opérateur quantité
de mouvement.
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La quantité
de mouvement du photon
Un photon,
bien qu'il n'ait pas de masse au repos (caractéristique propre m0
= 0), possède une quantité de mouvement en raison de sa vitesse et de
son énergie. Cette situation peut sembler paradoxale au regard de la définition
que l'on a donnée en commençant cette page de la quantité de mouvement,
mais elle découle directement des principes de la mécanique quantique
et de la relativité restreinte. On observera d'abord que le concept de
photon appartient à la mécanique quantique. Un photon correspond à un
quantum d'énergie électromagnétique. Cette énergie E est reliée à
la ν est la fréquence par la relation E = hν, où h est la constante
de Planck. Si, maintenant, on exprime cette énergie dans les termes donnés
par la relativité restreinte, on a, comme on l'a vu : E² = p²c² + m0²c⁴.
Pour un photon, m0 = 0, cette équation se simplifie
en : E = pc. Cela signifie que l'énergie d'un photon est entièrement
due à sa quantité de mouvement, et non à une masse au repos. En d'autres
termes, la quantité de mouvement d'un photon est une manifestation de
son énergie en mouvement, plutôt qu'une conséquence de sa masse. Elle
peut s'écrire : p = E/c ou encore : p = hν/c. Un photon n'a pas
de masse au repos, mais il possède donc bien une quantité de mouvement
non nulle proportionnelle à sa fréquence ou à son énergie et inversement
proportionnelle à sa vitesse, qui est toujours égale à la vitesse de
la lumière c. |
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