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glande thyroïde (du grec thyreos = bouclier, et eidos
= apparence) est une glande endocrine
impaire et médiane, située dans la région cervicale antérieure, en
avant de la trachée et en dessous du larynx,
s'étendant approximativement du bord inférieur du cartilage thyroïde
jusqu'au cinquième ou sixième anneau trachéal. La thyroïde illustre
une intégration parfaite entre un axe neuroendocrinien rigoureux, une
capacité de stockage unique parmi les glandes endocrines, et une action
pléiotrope sur le développement, la thermogenèse et le métabolisme
intermédiaire. Sa pathologie, extrêmement fréquente, va des désordres
fonctionnels auto-immuns à la cancérologie de bon pronostic, et sa prise
en charge repose sur une compréhension fine des mécanismes de rétrocontrôle,
de la biologie moléculaire des iodothyronines et des spécificités échographiques.
Anatomie de la
thyroïde.
Embryologie. La thyroïde dérive majoritairement de l'endoderme du plancher pharyngien. Un épaississement médian apparaît à la quatrième semaine, le diverticule thyroïdien, qui s'enfonce dans le mésenchyme cervical en restant relié à la langue par le canal thyréoglosse, ultérieurement résorbé. L'ébauche descend en avant de l'os hyoïde et des cartilages laryngés pour atteindre sa position définitive vers la septième semaine. Le foramen caecum, à la base de la langue, marque l'origine de cette migration. Des reliquats du canal thyréoglosse peuvent persister et donner lieu à des kystes ou des fistules médianes du cou. Les cellules parafolliculaires à calcitonine, ou cellules C, proviennent quant à elles de la migration de cellules de la crête neurale vers les corps ultimobranchiaux, lesquels fusionnent avec la partie postérieure de la thyroïde, expliquant la localisation préférentielle de ces cellules à la jonction des tiers supérieur et moyen des lobes. Histologie.
La fonction thyroïdienne.
Sous l'effet de la thyréostimuline hypophysaire (TSH), les thyréocytes émettent des pseudopodes apicaux qui englobent des gouttelettes de colloïde par endocytose. Les lysosomes fusionnent avec ces gouttelettes, et les protéases lysosomales digèrent la thyroglobuline, libérant T4 et T3 dans le cytoplasme, d'où elles sont sécrétées dans le sang au pôle basal. La T4, représentant environ quatre-vingt-dix pour cent de la production hormonale, est une pro-hormone peu active, tandis que la T3, bien que sécrétée en moindre quantité, est l'hormone biologiquement la plus puissante. La majeure partie de la T3 circulante provient de la conversion périphérique de T4 par désiodation dans des tissus comme le foie, le rein et les muscles, sous l'action des désiodases de type 1 et 2. La désiodase de type 3 catalyse une désiodation alternative qui inactive T4 en T3 reverse, métabolite dépourvu d'activité biologique significative. Dans le sang, les hormones thyroïdiennes circulent fortement liées à des protéines de transport, principalement la TBG (thyroxine-binding globulin), la transthyrétine et l'albumine. Seule une infime fraction libre, environ 0,03 pour cent pour T4 et 0,3 pour cent pour T3, est biologiquement active et pénètre dans les cellules cibles. La régulation de la thyroïde s'inscrit dans l'axe hypothalamo-hypophyso-thyroïdien. La TRH, ou thyréolibérine, tripeptide hypothalamique, stimule la synthèse et la libération de TSH par les cellules thyréotropes de l'adénohypophyse. La TSH, glycoprotéine dimérique, se fixe sur un récepteur membranaire spécifique du thyréocyte couplé aux protéines G, activant l'adénylate cyclase et la voie de l'AMP cyclique, ainsi que la voie des phospholipases. Elle exerce un effet trophique global : elle stimule l'expression du NIS, la thyroperoxydase, la synthèse de thyroglobuline, la production et la sécrétion de T4 et T3, et l'hypertrophie-hyperplasie du parenchyme thyroïdien. Le rétrocontrôle négatif est assuré par la T3 libre hypophysaire, qui réprime l'expression des gènes de la TSH et module le nombre de récepteurs à la TRH. Ce système d'asservissement maintient les concentrations circulantes d'hormones thyroïdiennes libres dans des limites très étroites, avec une remarquable stabilité individuelle. Les effets physiologiques des hormones thyroïdiennes sont ubiquitaires, car les récepteurs nucléaires de la T3, de type TR-alpha et TR-bêta, sont exprimés dans quasiment tous les tissus. Sur le métabolisme basal, elles augmentent la consommation d'oxygène et la thermogenèse, notamment via la stimulation de la Na+/K+-ATPase. Elles potentialisent les effets des catécholamines en augmentant l'expression des récepteurs bêta-adrénergiques, ce qui explique la tachycardie, l'augmentation de la contractilité myocardique et la chaleur cutanée observées en cas d'hyperthyroïdie. Le métabolisme glucidique et lipidique est profondément influencé : les hormones thyroïdiennes accélèrent la glycolyse, la néoglucogenèse, la lipolyse et le catabolisme du cholestérol, d'où une tendance à l'hypocholestérolémie dans l'hyperthyroïdie et à l'hypercholestérolémie dans l'hypothyroïdie. La croissance et la maturation osseuse sont stimulées, et l'absence d'hormones thyroïdiennes pendant la vie foetale et la petite enfance compromet irrémédiablement le développement cérébral, entraînant un retard mental sévère autrefois connu sous le nom de crétinisme. Chez l'adulte, une carence se traduit par un ralentissement psychomoteur, une apathie et des troubles mnésiques. Pathologies diverses
de la thyroïde.
L'hypothyroïdie, carence en hormones thyroïdiennes, peut être primitive, la thyroïdite chronique lymphocytaire de Hashimoto étant la cause la plus courante, par infiltration et destruction auto-immune de la glande. Elle peut aussi survenir après thyroïdectomie, traitement par iode radioactif ou irradiation cervicale. L'hypothyroïdie centrale, par déficit en TSH ou TRH, est plus rare. Les signes regroupent asthénie, frilosité, constipation, bradycardie, prise de poids modérée, infiltration cutanéo-muqueuse avec épaississement des traits, raucité de la voix, ralentissement intellectuel, anémie et troubles menstruels. Le dépistage néonatal systématique par dosage de TSH sur buvard permet d'éviter les séquelles neurocognitives irréversibles par substitution immédiate. Les goitres, ou hypertrophies diffuses ou nodulaires de la thyroïde, peuvent être euthyroïdiens, hypothyroïdiens ou hyperthyroïdiens. Le goitre endémique, lié à une carence iodée, reste un problème de santé publique dans certaines régions du monde. L'iode, substrat indispensable, doit être apporté par l'alimentation ; un déficit entraîne une synthèse insuffisante d'hormones thyroïdiennes, une augmentation réactionnelle de la TSH et une hyperplasie compensatrice. La nodulation thyroïdienne est une situation clinique des plus courantes, la grande majorité des nodules étant bénins. L'échographie cervicale permet de caractériser les nodules et de guider les indications de cytoponction à l'aiguille fine. Le système de classification EU-TIRADS ou Bethesda stratifie le risque de malignité. Les cancers de la thyroïde sont pour la plupart d'excellent pronostic. Les carcinomes différenciés, papillaires et vésiculaires, dérivent de l'épithélium folliculaire et conservent partiellement la capacité de capter l'iode, ce qui permet un traitement complémentaire par irathérapie radioactive après thyroïdectomie totale. Le carcinome papillaire, de loin le plus fréquent, se propage volontiers aux ganglions lymphatiques cervicaux, tandis que le vésiculaire dissémine plutôt par voie hématogène. Le carcinome médullaire, développé aux dépens des cellules C parafolliculaires, produit de la calcitonine, utilisée comme marqueur tumoral, et peut s'intégrer dans les syndromes de néoplasie endocrinienne multiple de type 2. Les carcinomes anaplasiques, très rares, sont extrêmement agressifs et de sombre pronostic. La prise en charge est multidisciplinaire, associant chirurgie, freination de la TSH par lévothyroxine, radiothérapie métabolique à l'iode 131 et thérapies ciblées en cas de résistance. Les thyroïdites regroupent un ensemble hétérogène d'affections inflammatoires. La thyroïdite d'Hashimoto, ou thyroïdite chronique lymphocytaire, associe un infiltrat lymphocytaire diffus, une destruction progressive du parenchyme et souvent la présence d'anticorps anti-thyroperoxydase et anti-thyroglobuline, pouvant aboutir à l'hypothyroïdie. La thyroïdite subaiguë de De Quervain, d'étiologie probablement virale, se manifeste par une douleur cervicale aiguë fébrile et un tableau biologique d'hyperthyroïdie transitoire suivi parfois d'une phase hypothyroïdienne, avant le retour à l'euthyroïdie. La thyroïdite du post-partum est une variante auto-immune survenant dans l'année suivant l'accouchement. Les thyroïdites iatrogènes sont observées sous immunomodulateurs ou inhibiteurs de tyrosine kinase, et l'irradiation peut également provoquer une inflammation aiguë.
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