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Le
nominalisme méthodologique est une position épistémologique, associée
à la philosophie analytique,
aux travaux de Quine, ainsi qu'Ã Karl
Popper en opposition à ce qu'il appelle l'essentialisme
méthodologique, qui porte sur la nature et la fonction des concepts, des
définitions et du langage dans l'activité scientifique.
Selon cette position,
la tâche de la science n'est pas de découvrir ce que les choses sont
en
réalité, c'est-à -dire leur essence ou
leur nature profonde et cachée, mais de décrire comment elles se comportent,
en particulier de mettre au jour des régularités qui permettent de formuler
des lois et de faire des prédictions. Le nominaliste méthodologique considère
donc que les questions du type "qu'est-ce que X, en son fond?" sont soit
dénuées de sens pour la science, soit relèvent
de la métaphysique plutôt que de la connaissance
empirique. Ce qui importe, ce n'est pas de percer le mystère de la nature
intime d'une chose, mais d'établir comment elle se comporte dans telles
ou telles circonstances, afin de pouvoir en rendre compte de manière systématique.
Cette orientation
a des conséquences directes sur la conception des définitions. Pour l'essentialiste,
une définition doit se lire de gauche à droite : le terme défini renvoie
à une essence, et la définition tente de capturer cette essence en énonçant
les propriétés fondamentales de la chose désignée. Pour le nominaliste
méthodologique, au contraire, une définition
se lit de droite à gauche : on part d'une description,
généralement longue et complexe, et l'on introduit un terme bref, une
étiquette conventionnelle, pour la résumer commodément. Le mot n'est
alors qu'un raccourci linguistique, un instrument de commodité et de clarté
dans l'exposition, et non le nom d'une réalité essentielle préexistante
que l'on chercherait à cerner. Il en résulte que les définitions n'ont,
pour le nominaliste, qu'un rôle pratique et ne peuvent en elles-mêmes
constituer une source de connaissance substantielle
sur le monde; elles ne font que fixer un usage terminologique, réversible
et modifiable selon les besoins de la théorie.
Cette position trouve
ses racines dans la querelle médiévale des universaux,
où le nominalisme
s'opposait au réalisme conceptuel. Les réalistes soutenaient que les
universaux, les genres et les espèces, possèdent une existence propre,
indépendante des choses particulières et du langage qui les nomme. Les
nominalistes, en revanche, affirmaient que seuls les objets particuliers
existent réellement, et que les termes généraux ne sont que des noms,
des conventions du langage humain servant à regrouper des particuliers
sous une même étiquette en vertu de ressemblances, sans qu'il faille
postuler l'existence d'une entité universelle correspondante. Le nominalisme
méthodologique transpose cette intuition du terrain ontologique
au terrain de la méthode scientifique : il ne se prononce pas nécessairement
sur l'existence ou non des universaux en général, mais il adopte, pour
les besoins de la pratique scientifique, une attitude qui traite les concepts
comme des outils commodes plutôt que comme des reflets d'essences réelles.
Une autre conséquence
importante concerne le statut du langage scientifique. Le nominalisme méthodologique
encourage une attitude instrumentale à l'égard des concepts théoriques
: ceux-ci sont jugés à l'aune de leur fécondité, de leur capacité
à organiser l'expérience, à formuler des hypothèses
testables et à produire des prédictions vérifiables, plutôt qu'à l'aune
de leur fidélité supposée à une réalité essentielle sous-jacente.
Cela va souvent de pair avec une méfiance envers les discussions purement
verbales, où l'on se disputerait sur le sens "véritable" d'un mot plutôt
que sur les faits eux-mêmes. Pour le nominaliste méthodologique, de telles
discussions sont stériles, car elles portent sur des conventions de langage
et non sur des questions de fait empiriquement décidables.
Enfin, cette position
a des implications importantes pour la conception du progrès
scientifique. Puisque les concepts ne sont pas des captures d'essences,
ils peuvent être révisés, redéfinis ou abandonnés sans que cela constitue
une remise en cause de la réalité qu'ils étaient
censés décrire; seule compte l'adéquation empirique des théories qui
les mobilisent. Cette flexibilité conceptuelle est perçue comme une condition
favorable à l'avancement des connaissances, dans la mesure où elle libère
la recherche scientifique du poids de débats essentialistes jugés invérifiables,
pour la recentrer sur la formulation d'hypothèses testables et sur la
confrontation systématique de ces hypothèses à l'expérience. |
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