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Jean-Paul Sartre

Jean-Paul Sartre est un philosophe et écrivain français, né le 21 juin 1905 à Paris et mort le 15 avril 1980 dans la même ville. Il est considéré comme l'un des principaux représentants de l'existentialisme et du marxisme humaniste. Son oeuvre, variée et prolifique, aborde des thèmes liés à la liberté, la responsabilité, la mauvaise foi et l'absurdité de l'existence. Sa défense de la liberté individuelle, sa critique des structures oppressives et son engagement politique continuent d'inspirer les débats contemporains sur la liberté, la responsabilité et la justice sociale. 
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Jean-Paul Sartre.
Jean-Paul Sartre (1905-1980).
Image générée par une IA (Open Dall-e).

Sartre grandit dans une famille bourgeoise. Son père, Jean-Baptiste Sartre, meurt lorsque Jean-Paul est encore enfant, et il est élevé par sa mère, Anne-Marie Schweitzer, et son grand-père maternel, Charles Schweitzer. Sartre montre très tôt un intérêt pour la littérature et la philosophie. Il étudie au Lycée Henri-IV à Paris, puis entre à l'École normale supérieure en 1924, où il se lie d'amitié avec Paul Nizan et rencontre Simone de Beauvoir, qui va devenir sa compagne et collaboratrice intellectuelle.

Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir se sont rencontrés en 1929 à l'École Normale Supérieure à Paris. Ils étaient tous deux étudiants en philosophie et ont rapidement noué des liens intellectuels et affectifs forts. En 1929, ils ont passé ensemble l'agrégation de philosophie, où Sartre a terminé premier et de Beauvoir deuxième. Dès le début, leur relation était fondée sur un pacte de liberté et d'honnêteté. Ils ont convenu de ne jamais se marier ni vivre ensemble, et de ne jamais avoir d'enfants. Ils se considéraient comme les amours nécessaires l'un de l'autre, tout en permettant à chacun d'avoir des amours contingentes avec d'autres personnes. Ce pacte (qui n'a pas été sans créer des tensions, des complications, des jalousies et des conflits) a tenu. Il reflétait leur engagement commun envers la liberté individuelle et leur rejet des conventions bourgeoises. Sartre et de Beauvoir ont partagé une collaboration intellectuelle intense tout au long de leur vie. Ils ont échangé des idées, critiqué les Å“uvres de l'autre et se sont mutuellement inspirés. De Beauvoir a joué un rôle crucial dans le développement des idées existentialistes de Sartre, et vice versa. Leur relation a enrichi leur travail philosophique et littéraire, avec des oeuvres comme L'Être et le Néant de Sartre et Le Deuxième Sexe de Beauvoir influençant profondément la pensée existentialiste et féministe. Les deux intellectuels ont également été très engagés politiquement. Ils ont participé ensemble à de nombreux mouvements et débats politiques, notamment contre la guerre d'Algérie et en faveur des droits civiques et des libertés individuelles. Leur engagement politique commun a renforcé leur partenariat et leur influence publique. 
Le philosophe et l'écrivain.
Après avoir obtenu l'agrégation de philosophie en 1929, Sartre enseigne dans divers lycées. Ses premières oeuvres littéraires comptent des nouvelles et des essais. En 1938, il publie son premier roman, La Nausée, qui devient rapidement un succès. Ce 
• La Nausée (1938). -  Ce roman roman, écrit sous forme de journal intime, analyse le sentiment d'absurdité et d'aliénation du protagoniste, Antoine Roquentin, et établit les bases de l'existentialisme sartrien. Roquentin, un historien solitaire qui vit à Bouville, éprouve une profonde aversion pour l'existence quotidienne, une sensation qu'il appelle la nausée. Cette nausée est une prise de conscience de l'absurdité et de la contingence de l'existence humaine. À travers les expériences et les réflexions de Roquentin, Sartre explore des thèmes existentiels tels que le sens de la vie, l'aliénation et l'angoisse métaphysique.
Sartre développe ses idées philosophiques dans plusieurs essais et ouvrages majeurs. En 1943, il publie L'Être et le Néant, une analyse phénoménologique de la conscience et de la liberté et qui, après la Nausée, est un autre ouvrage fondateur de l'existentialisme.
• L'Être et le Néant (1943). - Sous-titré Essai d'ontologie phénoménologique, ce livre est une oeuvre philosophique dense et difficile, mais fondamentale pour comprendre l'existentialisme sartrien.  Sartre y développe une vision de l'humain comme un être libre, constamment confronté à des choix et responsable de sa propre existence, sans recours à des excuses ou des justifications externes.

Il commence par développer sa conception de l'existentialisme en distinguant l'être-en-soi (l'existence des objets) et l'être-pour-soi (la conscience humaine). 

+ L'Être en soi  est fixe, complet, et n'a pas de conscience. Il est ce qu'il est, sans possibilité de changement.

+ L'Être pour soi,  c'est l'existence humaine. Il est caractérisé par la conscience et la capacité de se projeter dans l'avenir. Il n'est jamais complet et est toujours en devenir, marqué par le manque et le désir.

Cela débouche sur un concept est central dans la pensée de Sartre est celui de la néantisation. La conscience humaine a la capacité de néantiser le monde, c'est-à-dire de reconnaître l'absence ou le manque de quelque chose. Cette capacité de néantisation est ce qui permet la liberté humaine, car elle permet de se distancier de la réalité actuelle et de concevoir des possibilités futures.

Sartre analyse la nature de la liberté humaine. Il affirme que l'humain, toujours confronté à des choix, même s'ils sont limités par les circonstances, est « condamné à être libre ». Cette liberté absolue porte en elle une bivalence, car elle implique aussi une responsabilité totale pour ses choix et actions. L'humain ne peut se dérober à cette responsabilité en invoquant des déterminismes extérieurs.

Le philosophe analyse également la notion de mauvaise foi,. Il y voit une forme d'auto-illusion par laquelle les individus se mentent à eux-mêmes pour éviter de confronter la pleine liberté et la responsabilité de leurs choix. Cela se manifeste par des comportements où l'on se ment à soi-même, en adoptant des rôles ou des attitudes pour échapper à l'angoisse de la liberté. En contraste avec la mauvaise foi, Sartre promeut l'idée de vivre de manière authentique. Cela implique de reconnaître et d'assumer pleinement sa liberté et sa responsabilité, malgré l'angoisse existentielle que cela peut engendrer.

Un autre thème abordé par Sartre est la relation avec autrui. Il questionne la manière dont l'existence de l'autre impacte notre propre conscience et notre liberté. Le regard de l'autre peut nous objectiver et nous réduire à un simple objet dans le monde de l'autre, ce qui peut être aliénant.

En 1945, Sartre prononce une conférence intitulée L'existentialisme est un humanisme, où il défend l'existentialisme contre ses détracteurs et clarifie ses idées principales, notamment la notion que l'existence précède l'essence, c'est-à-dire que l'humain n'a pas de nature prédéfinie et doit créer son propre sens à travers ses actions.
• L'Existentialisme est un humanisme (1946). - Cet essai, basé sur une conférence donnée par Sartre l'année précédente, vise à clarifier les malentendus sur l'existentialisme et à défendre cette philosophie contre ses critiques. Sartre y affirme que l'existentialisme est une forme d'humanisme car il met l'accent sur la responsabilité individuelle et la liberté. Il explique que, selon l'existentialisme, « l'existence précède l'essence », c'est-à-dire que les êtres humains ne sont pas définis par une nature prédéterminée, mais qu'ils se définissent eux-mêmes par leurs actions et leurs choix. Sartre soutient que chaque individu a la responsabilité de donner un sens à sa propre vie et de créer des valeurs par ses actes.
Sartre s'engage activement dans la vie politique et sociale de son époque. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il est fait prisonnier par les Allemands en 1940 mais s'évade en 1941. De retour à Paris, il participe à la Résistance et fonde, avec Simone de Beauvoir et d'autres intellectuels, la revue Les Temps Modernes, qui va devenir un forum important pour les débats intellectuels et politiques de l'après-guerre. Au lendement de la guerre Sartre commence à publiée sa série de romans Les chemin de la Liberté.
• Les Chemins de la liberté. - Cette série de romans, composée de quatre volumes (dont trois publiés du vivant de l'auteur), suit les vies de plusieurs personnages avant et pendant la Seconde Guerre mondiale. Les titres des trois premiers volumes publiés sont : L'Âge de raison (1945), Le Sursis (1945), et La Mort dans l'âme (1949). Sartre aborde les thèmes de la liberté, de l'engagement et de l'angoisse existentielle à travers les dilemmes personnels et politiques des personnages. Le quatrième volume, La Dernière Chance, est resté inachevé.
C'est à cette époque aussi il adopte des positions marxistes et critique fortement le colonialisme, notamment dans ses essais sur la guerre d'Algérie. Cependant, il se distancie du Parti communiste français après l'insurrection hongroise de 1956. Sa pensée évolue vers un marxisme plus humaniste, critique de l'autoritarisme soviétique.
• Critique de la raison dialectique (1960). - Cet ouvrage philosophique est une tentative de réconcilier l'existentialisme avec le marxisme. Sartre y propose une version renouvelée du matérialisme historique en intégrant des concepts existentialistes tels que la liberté individuelle et la subjectivité. Il critique le déterminisme marxiste traditionnel et soutient que les individus ont un rôle actif dans l'histoire par leurs choix et leurs actions. Le livre traite également de la notion de praxis, ou de l'action humaine intentionnelle, de et son rôle dans la transformation sociale.
En plus de ses oeuvres philosophiques, Sartre est un dramaturge prolifique. Ses pièces de théâtre tournent autour de thèmes existentiels et politiques. Parmi ses oeuvres les plus célèbres, on trouve :
• Les Mouches (1943). - Cette pièce de théâtre est une adaptation moderne du mythe d'Oreste. Sartre utilise la tragédie grecque pour développer des thèmes existentialistes comme la liberté, la culpabilité et la responsabilité. Oreste retourne à Argos pour venger la mort de son père, Agamemnon, en tuant sa mère, Clytemnestre, et son amant, Égisthe. Les Mouches (les Erinyes) symbolisent la culpabilité et la punition divine, mais Oreste choisit d'assumer pleinement ses actes et rejette la culpabilité imposée par les dieux, affirmant ainsi sa liberté.

• Huis clos (1944). - Cette pièce de théâtre est l'une des plus célèbres de Sartre, connue pour la phrase L'enfer, c'est les autres. Trois personnages, Garcin, Inès et Estelle, sont enfermés dans une pièce sans fenêtres ni miroirs. Ils découvrent qu'ils sont en enfer et que leur torture réside dans leur cohabitation et leur incapacité à échapper au jugement des autres. La pièce aborde des thèmes tels que l'auto-perception, la mauvaise foi et la dépendance à l'égard des regards et jugements des autres.

• Les Mains sales (1948). - Cette pièce de théâtre se déroule dans un pays fictif d'Europe de l'Est pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle raconte l'histoire de Hugo, un jeune intellectuel bourgeois qui rejoint un groupe communiste et est chargé d'assassiner un de ses chefs, Hoederer, qu'il soupçonne de trahir les idéaux du parti. La pièce examine des thèmes complexes tels que l'engagement politique, la moralité de la violence révolutionnaire et la pureté idéologique. Elle soulève des questions sur les moyens et les fins dans la lutte politique et l'impact des actions individuelles sur le cours de l'histoire.

Dans ses dernières années, Sartre continue de s'engager politiquement et de publier des essais et des articles. Sa santé décline cependant, et il devient aveugle. En 1980; des milliers de personnes assisteront à ses funérailles, en témoignage de l'impact profond de son oeuvre et de sa pensée.

L'intellectuel engagé.
Dès les années 1930, Sartre s'était intéressé aux questions politiques, mais c'est surtout après la Seconde Guerre mondiale qu'il s'engage activement. Influencé par le marxisme, sans jamais avoir adhéré au Parti communiste français (PCF), il Sartre critique le capitalisme et l'impérialisme. Il reste cependant critique vis-à-vis du marxisme orthodoxe et des régimes communistes autoritaires. Pendant l'Occupation, Sartre s'implique modérément dans la Résistance. Il se contente de participer à des activités intellectuelles de résistance, par exemple enn publiant des pièces de théâtre et des écrits qui défient subtilement l'occupant.

C'est après, seulement, que l'engagement véritable de Sartre commence à se manifester.  Il soutient que les intellectuels doivent assumer leurs responsabilités sociales et politiques et il développe et promeut la philosophie de l'engagement. Celle-ci va se s'exprimer dans ses écrits et ses actions, notamment à travers la revue Les Temps modernes, qu'il fonde en 1945 avec Simone de Beauvoir. La revue devient une plateforme pour des débats politiques et sociaux importants. Et Sartre lui-même s'impose comme  emblématique de la figure de l'intellectuel engagé.

L'un des moments clés de l'engagement politique de Sartre est sa position contre la guerre d'Algérie (1954-1962). Le philosophe soutient activement l'indépendance algérienne et critique sévèrement le colonialisme français. Il écrit des articles et des essais dénonçant la guerre et soutenant le Front de Libération Nationale (FLN). Sa maison est même visée par un attentat à la bombe en raison de ses positions.

En mai 1968, Sartre soutient les étudiants et les ouvriers lors des grandes grèves et manifestations en France. Il participe aux assemblées générales et prend la parole lors des rassemblements. Il voit dans ces mouvements une expression de la lutte contre l'oppression et l'autorité, alignée avec sa philosophie de l'engagement et de la liberté.

La fondation du journal Libération. - C'est dans le contexte de l'après-Mai 68 que Jean-Paul Sartre a participé à la création du journal Libération. Une grande partie de la gauche française est alors en quête de nouvelles voies pour poursuivre la lutte contre l'injustice sociale et le capitalisme. Sartre continue de chercher des moyens pour maintenir et promouvoir l'esprit de révolte et de critique sociale qui a émergé durant cette période. Avec d'autres intellectuels et militants de gauche, il s'investit dans la fondation, enn 1973, de Libération, qui est conçu comme un journal indépendant, résolument engagé à gauche, destiné à donner une voix aux mouvements sociaux et aux idées révolutionnaires. Sartre apporte non seulement son prestige intellectuel mais aussi sa vision politique. Libération se veut différent des autres médias de l'époque, perçus comme alignés sur les intérêts de la bourgeoisie ou des partis politiques traditionnels. Le journal prône la liberté d'expression, la critique radicale du capitalisme, et le soutien aux luttes sociales et aux mouvements de libération. Il s'adresse particulièrement aux jeunes, aux travailleurs, et à ceux qui se sentent marginalisés par le système dominant. Le journal adopte un ton provocateur et direct, en accord avec l'esprit de contestation qui caractérise les années post-68. Même après le retrait progressif de Sartre, le journal continuera d'incarner l'esprit de révolte et de critique sociale initié par les événements de mai 68. 
Vers cette époque, Sartre s'engage également pour des causes internationales. Il critique l'intervention américaine au Vietnam, soutient les mouvements de décolonisation en Afrique et en Asie, et prend position contre les régimes dictatoriaux en Amérique latine. Il est membre du Tribunal Russell (Bertrand Russell), qui enquête sur les crimes de guerre américains au Vietnam.

Dans le même temps, Sartre reste critique vis-à-vis de l'Union soviétique, surtout après la répression du Printemps de Prague (L'histoire de la Hongrie) en 1968 . Il soutient les dissidents soviétiques et d'autres mouvements pour les droits humains en Europe de l'Est.

Pendant les dernières années de sa vie, Sartre continue de soutenir les droits des travailleurs et les mouvements syndicaux. Il défend les grévistes et prend position contre les inégalités économiques et sociales. Il est également un défenseur des mouvements de libération sexuelle et féministe, bien que son engagement dans ces domaines soit moins prononcé que dans d'autres.

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