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Les
gyri
(singulier : gyrus), séparés par des sillons
(sulci) sont des replis qui organisent le cortex
cérébral. Cette organisation en crêtes et en vallées augmente considérablement
la surface corticale disponible (environ 2400 cm² chez l'adulte) qui,
si elle était dépliée, tiendrait difficilement dans la boîte crânienne.
Les gyri ne sont pas de simples rides anatomiques : ils correspondent Ã
des territoires fonctionnels précis, stables d'un individu à l'autre
dans leurs grandes lignes, bien que leur topographie exacte varie légèrement.
• Les
gyri du lobe frontal. - Le lobe frontal, la plus grande des quatre
divisions, concentre plusieurs gyri majeurs. Le gyrus precentralis (ou
circonvolution précentrale) longe le sulcus centralis en avant : c'est
le cortex moteur primaire, dont la surface reproduit une carte topographique
du corps, le fameux homoncule de Penfield.
La face, la main et la langue y occupent une surface disproportionnée,
reflet de la finesse du contrôle moteur exigé. Juste en avant, trois
gyri frontaux parallèles (superieur, moyen, infériuer), séparés par
des sillons frontaux supérieur et inférieur, organisent les fonctions
exécutives, la planification et le langage expressif. Le gyrus frontalis
inferior est subdivisé en parties operculaire, triangulaire et orbitaire,
dont certaines correspondent à des régions impliquées dans la production
du langage. Dans ses parties operculaire et triangulaire chez l'hémisphère
gauche, constitue l'aire
de Broca (aires
44 et 45 de Brodmann), indispensable Ã
la production du langage articulé.
• Les gyri du
lobe pariétal. - Le lobe pariétal débute immédiatement en arrière
du sulcus centralis. Le gyrus postcentralis est le miroir somatosensitif
du gyrus precentralis : il reçoit et intègre les informations tactiles,
proprioceptives et thermiques selon la même carte corporelle inversée.
Plus en arrière, le gyrus supramarginalis encercle l'extrémité du sulcus
latéral et participe à la lecture, à la compréhension du langage et
à la conscience de l'espace. Le gyrus angularis, qui l'encadre en arrière,
est un carrefour multimodal essentiel à l'intégration visuelle, auditive
et sémantique; ses lésions provoquent des syndromes aphasiques ou des
troubles du calcul (acalculie).
• Les gyri du
lobe temporal. - Le lobe temporal est dominé par trois gyri superposés.
Le gyrus temporalis superior borde le sulcus latéral sur sa face interne
: dans sa portion postérieure, l'aire
de Wernicke (aires 21-22) est le siège de la compréhension du langage
parlé. Sa lésion produit l'aphasie de Wernicke, caractérisée par un
discours fluent mais vide de sens. Le gyrus temporalis medius contribue
à la reconnaissance des visages et des objets, tandis que le gyrus temporalis
inferior participe à la mémorisation sémantique à long terme.
• Les gyri du
lobe occipital. - Le lobe occipital ferme l'hémisphère en arrière.
Ses gyri (cuneus, gyrus lingualis, gyri occipitaux) organisent le traitement
visuel selon une hiérarchie stricte : le cortex strié (V1, gyrus calcarinus)
reçoit les informations brutes depuis le corps genouillé latéral du
thalamus, et les gyri environnants décomposent la scène en couleurs,
formes et mouvements avant de transmettre ces données aux voies ventrales
(identification des objets, s'étendant vers le temporal inférieur) et
dorsales (localisation spatiale, vers le pariétal).
Certains gyri méritent
une mention particulière pour leur complexité.
• L'insula
est un gyrus enfoui dans la profondeur du sulcus latéral, masqué par
le temporal et le frontal qui l'operculent (on n'y accède qu'en écartant
ces structures). Elle intègre les sensations intéroceptives (faim, douleur
viscérale, dégoût), la conscience du corps
et certains aspects du traitement émotionnel.
• Le gyrus cingulaire,
sur la face médiale de l'hémisphère, entoure le corps calleux en demi-cercle
: il appartient au système limbique
et orchestre l'attention, la régulation émotionnelle et la prise de décision
sous conflit. Enfin, le gyrus parahippocampique encercle l'hippocampe
dans la profondeur du lobe temporal médial; avec lui, il forme la porte
d'entrée de la mémoire épisodique et de la
navigation spatiale.
La latéralisation fonctionnelle
est une propriété fondamentale de plusieurs gyri. L'hémisphère gauche
héberge, chez environ 95 % des droitiers, les zones
de Broca et de Wernicke. Cette asymétrie anatomique se reflète dans
la taille du planum temporale, zone postérieure du gyrus temporalis superior,
systématiquement plus large à gauche dans les cerveaux droitiers. L'hémisphère
droit domine quant à lui pour la prosopie (reconnaissance des visages),
la prosodie émotionnelle et le traitement spatial global. |
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