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| Max
Scheler
est un philosophe né le 22
août 1874 à Munich, et mort le 19
mai 1928 Ã Francfort. Figure inclassable,
à la fois phénoménologue, métaphysicien, sociologue et théologien,
Max Scheler demeure l'un des esprits les plus originaux et les plus féconds
de la philosophie européenne moderne. Son influence a été considérable
: sur Heidegger, qui le citera avec respect,
sur Merleau-Ponty, sur Karol Wojtyła (le
futur Jean-Paul II), qui lui consacrera
une thèse, sur la philosophie française
du XXe siècle et
sur le développement de l'anthropologie
philosophique en Allemagne.
Scheler grandit dans une famille d'origine juive du côté paternel, bien que sa mère fût catholique. Élevé dans un environnement bourgeois, il se convertit au catholicisme dans sa jeunesse. Il fait ses études à Munich puis à Berlin, où il est l'élève de Wilhelm Dilthey, et enfin à Iéna, où il obtient son doctorat en 1897 sous la direction de Rudolf Eucken, prix Nobel de littérature et promoteur d'un idéalisme spiritualiste. Il s'habilite à Iéna en 1899 et y enseigne quelques années avant de rejoindre l'université de Munich. C'est à Munich que Scheler entre en contact avec le cercle phénoménologique gravitant autour d'Edmund Husserl, dont il devient l'un des interlocuteurs les plus brillants et les plus indépendants. Sans jamais être un disciple au sens strict, il s'approprie la méthode phénoménologique pour la mettre au service d'une philosophie radicalement originale, centrée non sur la connaissance théorique mais sur la vie émotionnelle, les valeurs et la personne humaine. Sa relation avec Husserl est empreinte d'admiration mutuelle mais aussi de tensions, car Scheler refuse de réduire la phénoménologie à une analyse de la conscience pure et lui reproche son intellectualisme. La première grande oeuvre qui fait sa réputation est le monumental Der Formalismus in der Ethik und die materiale Wertethik (Le Formalisme en éthique et l'éthique matériale des valeurs), dont la première partie paraît en 1913 dans le premier volume du Jahrbuch für Philosophie und phänomenologische Forschung, la revue fondée par Husserl. Cet ouvrage constitue une critique frontale de l'éthique kantienne : contre le formalisme de Kant, qui fonde la morale sur la pure forme de la loi rationnelle, Scheler défend l'idée que les valeurs sont des essences objectives, données intuitivement dans des actes émotionnels intentionnels. L'amour, la honte, le ressentiment, la sympathie deviennent ainsi des accès privilégiés à une réalité axiologique irréductible à toute construction rationnelle. Cette éthique des valeurs est l'une des contributions les plus originales à la philosophie morale du XXe siècle. En 1912, Scheler publie Zur Phänomenologie und Theorie der Sympathiegefühle, consacré aux phénomènes de sympathie, d'amour et de haine, ouvrage qui annonce ses réflexions sur l'intersubjectivité et sur la connaissance d'autrui. Il y distingue avec une grande finesse plusieurs formes de participation affective (la fusion émotionnelle, la contagion, la véritable sympathie) tout en s'opposant aux théories projectives ou analogiques de la connaissance d'autrui alors dominantes. Sa conception de la personne comme acte vivant irréductible à tout objet ou substance prend ici toute sa profondeur. Sur le plan personnel, la vie de Scheler est tumultueuse. Ses deux premiers mariages se soldent par des scandales qui lui valent d'être écarté de son poste à Munich en 1910 dans un climat de réprobation morale. Pendant plusieurs années, il travaille sans position universitaire fixe, donnant des conférences à travers l'Allemagne, vivant d'expédients intellectuels, mais produisant une oeuvre d'une extraordinaire fécondité. La Première Guerre mondiale le surprend dans cette période d'instabilité, et il s'y engage d'abord avec un certain enthousiasme nationaliste, rédigeant des textes de circonstance qui témoignent d'une pensée encore liée à un certain romantisme politique allemand, même s'il s'en distancera par la suite. C'est dans les années de guerre et d'immédiat après-guerre qu'il produit certains de ses écrits les plus importants sur la sociologie de la connaissance, le génie, le saint, le héros, et sur la question du ressentiment. Son essai Das Ressentiment im Aufbau der Moralen (1912, republié en 1915) reste l'une de ses oeuvres les plus lues : s'inspirant de Nietzsche mais en le retournant contre lui-même, Scheler y montre que le ressentiment, cette haine impuissante née du sentiment d'infériorité, n'est pas à l'origine du christianisme évangélique (comme le prétendait Nietzsche) mais bien plutôt de certaines formes modernes et bourgeoises du moralisme humanitaire. En 1919, il obtient enfin un poste de professeur à l'université de Cologne, où il va enseigner jusqu'en 1928. Ces années colonaises sont les plus productives et les plus rayonnantes de sa carrière. Il y publie Vom Ewigen im Menschen (Du Sens de la souffrance, 1921), qui marque l'apogée de sa période catholique et développe une philosophie de la religion fondée sur l'expérience vécue du sacré et l'idée d'un Dieu personnel. Il y développe également une sociologie de la connaissance d'une grande originalité, distinguant plusieurs formes de savoirs (savoir de domination, savoir de formation, savoir de salut) et analysant les conditions sociales et historiques de la pensée humaine dans Die Wissensformen und die Gesellschaft (1926). Mais dans les dernières années de sa vie, sa pensée connaît une évolution radicale qui déroute nombre de ses contemporains. Abandonnant progressivement le théisme catholique qui a structuré sa philosophie des valeurs et de la personne, il s'oriente vers une métaphysique panthéiste et dualiste dans laquelle Dieu lui-même n'est pas un être achevé et tout-puissant, mais un principe en devenir, dont l'esprit et la vie se réalisent à travers l'histoire du monde et de l'homme. Ce tournant fut exposé dans Die Stellung des Menschen im Kosmos (La Situation de l'homme dans le cosmos, 1928) et dans Philosophische Weltanschauung (1929), textes dans lesquels il cherche à définir la place singulière de l'être humain parmi les vivants, par sa capacité à dire non au monde, à se distancer de la réalité immédiate, à accéder à l'être en soi. Cette anthropologie philosophique, qui va inspirer profondément Helmuth Plessner et Arnold Gehlen, constitue une refondation de la question de l'homme à la croisée de la biologie, de la psychologie et de la métaphysique. Max Scheler meurt brutalement d'une attaque cardiaque en 1928 à Francfort, à cinquante-trois ans, alors qu'il vient tout juste d'y prendre un nouveau poste et qu'il était au faîte d'une pensée en pleine transformation. |
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